Archives par mot-clé : Dominique Strauss-Kahn

Grèce : Un détective pose quelques questions troublantes, par Roberto Boulant

Billet invité. Paul Jorion : comme vous pouvez le voir, le Columbo de Roberto Boulant fait un tabac sur les réseaux sociaux ! Félicitations Roberto !
Le 11 juillet à 20h30 : Columbo

… à ajouter aux chiffres que vous verrez ci-dessous !

Euh… une dernière p’tite question M’sieurs-Dames. Oh trois fois rien, un dernier p’tit détail et puis je vous laisse. Je sais que vous êtes très occupés ces temps-ci !
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Troïka : Il va peut-être falloir s’en occuper nous-mêmes !

Jean-Daniel Magnin m’envoie une coupure de journal : c’est l’actrice Emma Thompson qui dit qu’elle ne paiera pas ses impôts – elle qui a l’habitude de le faire, tant que tous ceux qui ne les paient pas – et ont l’habitude de ne pas le faire, ne sont pas en prison. C’est de la désobéissance civique, c’est une façon de prendre les choses en main soi-même si le ou les gouvernement(s) ne le font pas. Ça fait réfléchir.

Zébu est en train d’écrire quelque chose sur le documentaire d’Arte sur la Troïka et c’est très bien qu’il le fasse. Nous verrons ça tout à l’heure. En attendant, moi je suis en train de regarder ce documentaire, et il y a beaucoup de choses là-dedans. Beaucoup de choses qui, si elles sont vraies, devraient conduire pas mal de ces gens de la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) en prison.

Au lieu par exemple d’ennuyer M. Dominique Strauss-Kahn sur des gaudrioles, ce ne serait peut-être pas mal d’entendre ce qu’il a à dire de l’affirmation qui est faite là par « quelqu’un qui cause dans le poste » (Philippe Legrain, ancien conseiller de Manuel Barroso à la Commission européenne) qu’il a délibérément enfoncé la tête du peuple grec sous l’eau pour dégager 20 milliards d’euros pour les banques françaises, pour en faire sa dot de futur candidat à la présidence de l’État français.

C’est vrai ou ce n’est pas vrai, et si ça se trouve, ce n’est même pas vrai ! Qui sait ? Mais enfin, on aimerait bien savoir ce qu’en pense M. Strauss-Kahn de ce qu’affirme quelqu’un du sérail. C’est pourquoi, l’idée d’un tribunal d’opinion pour juger les dirigeants de la Troïka ne serait peut-être pas une mauvaise idée, comme le tribunal Russell-Sartre sur les crimes de guerre au Vietnam.

Bon, les morts sont moins visibles avec la Troïka mais avec des millions de gens qui comme en Grèce ont perdu toute couverture sociale, ils doivent crever dans l’ombre.

Comme dit Emma Thompson : exigeons qu’on arrête les bandits. Le fait qu’ils sont nos dirigeants ne doit pas servir de prétexte à ne pas le faire.

Qu’en pensez-vous, vous lecteurs du Blog de PJ, d’une telle idée d’un tribunal pour juger les gens de la Troïka, ceux que j’appelle « les prêtres d’une religion féroce » ?

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Thierry Leyne ou la finance à la Zola

Vous êtes nombreux parmi ceux qui me félicitent pour le travail accompli ici, à m’admonester d’améliorer encore ma performance en me convertissant au conspirationnisme et au complotisme.

Que ne m’avez-vous alors reproché de n’avoir rien dit de la défenestration il y a une semaine exactement à Tel-Aviv de M. Thierry Leyne, associé de M. Dominique Strauss-Kahn dans la firme Leyne Strauss-Kahn & Partners, une compagnie domiciliée au Luxembourg aujourd’hui en liquidation, dont M. Leyne détenait 30% des parts et M. Strauss-Kahn 20%.

Il est vrai que si l’on peut se défenestrer tout seul, il est beaucoup plus facile encore de le faire à plusieurs. L’explication de ce qui s’est véritablement passé nous vient ce matin, et c’est l’hypothèse du « tout seul » qui se voit confirmée.

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LE MONDE, EUROZONE: Fraktur an der Spitze; Montag,17.- Dienstag 18.Juni 2013

Une traduction allemande par Monika Roma de ma chronique paraissant aujourd’hui dans Le Monde.

Mitte März hielt ein seltsamer Vorgang die Aufmerksamkeit der Finanzpresse fest: die Troika, das Kontrollgremium für Mitgliedsländer der Eurozone, die mit ihrem Staatshaushalt in Schwierigkeiten geraten sind und welches befugt ist, diesen Ländern zu erläutern was von ihnen als Gegenleistung im Austausch eines finanziellen Rettungsplanes erwartet wird, spaltete sich. Dieses dreigliedrige Gremium, bestehend aus der Europäischen Kommission, der Europäischen Zentralbank (EZB) und des internationalen Währungsfonds (IWF) präsentierte sich nun aus zwei antagonistischen Seiten. Auf der einen Seite standen der IWF, die EZB und Deutschland, auf der anderen Seite  positionierte sich die EU-Kommission. In der Financial Times vom 17.März las man folgende erstaunlichen Worte: „an diesem Punkt angekommen verliert die (europäische) Kommission jede Glaubwürdigkeit.

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LE MONDE, La « troïka » à hue et à dia, lundi 17 – mardi 18 juin 2013

À la mi-mars, un étrange incident retenait l’attention de la presse financière : la Troïka, la force d’intervention chargée d’expliquer aux pays en difficulté de la zone euro ce qui est attendu d’eux en échange d’un plan de sauvetage financier, se clivait. Cette tripartite composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) laissait en présence deux camps antagonistes composés, d’un côté du FMI, de la BCE et de l’Allemagne, et de l’autre, de la seule Commission européenne. On lisait dans le Financial Times en date du 17 mars, ces propos étonnants : « Arrivé à ce point […] la Commission [européenne] avait perdu toute crédibilité à Berlin ».

La publication, le 20 mai, par le FMI, d’un rapport d’évaluation de la politique adoptée durant deux ans à l’égard de la Grèce (*), constitue un second épisode de la guerre intestine qui déchire désormais la Troïka. Témoignage de la profondeur du fossé qui s’est creusé, la réaction violente d’Olli Rehn, économiste en chef de la Commission européenne, exprimant son « désaccord fondamental » avec les conclusions du rapport.

Bien que recourant aux euphémismes d’usage, les reproches qu’adresse le FMI à la Commission européenne sont en effet dévastateurs : incompétence, amateurisme et, plus sérieusement encore, complicité de deux poids lourds jouant contre leur propre camp, tirant parti du rapport de force en leur faveur pour faire payer les pots cassés, non seulement par la Grèce, mais aussi par les pays situés en-dehors d’un axe Berlin-Paris, et par le contribuable européen en général et ceci, au bénéfice exclusif des établissements financiers.

Ce qu’affirme le rapport du FMI pour qui sait lire entre les lignes, c’est que l’Allemagne et la France laissèrent pourrir la situation pour permettre à leurs banques de récupérer les prêts « accordés à la Grèce », l’ardoise étant réglée par la Banque centrale européenne devenue « banque de défaisance » ou « bad bank » comme disent plus crûment les Anglo-Saxons, c’est-à-dire, réglée à l’arrivée par le contribuable européen. Pour que le mistigri puisse ainsi être passé, le FMI a dû contrevenir à ses principes en avançant des fonds à un emprunteur incapable de jamais les rembourser. La justification de la Commission européenne : un « risque systémique exceptionnel », autrement dit, d’effondrement global qui, comme le note amèrement le rapport : « … continua semble-t-il d’être invoqué à chaque réexamen de la question, en dépit du fait que le risque de contagion se réduisait à mesure que la dette souveraine grecque migrait du secteur privé vers le secteur public ».

Selon la Banque des règlements internationaux, au 1er octobre 2010, le bilan des banques allemandes était grevé de dette publique grecque à hauteur de 19,2 milliards d’euros, celui des banques françaises à hauteur de 14,4 milliards et, secteur commercial et public confondus, de 50,6 milliards d’euros pour l’Allemagne, et de 67 milliards pour la France, représentant, à elles seules, 58,1% du total. Le temps passé en tergiversations, interprété par une opinion publique distraite comme une simple marque d’amateurisme de la Commission européenne, avait en réalité pour but de permettre aux banques allemandes et françaises de se délester de ces actifs dévalorisés auprès de la BCE.

Plus de deux ans ont été perdus avant que n’intervienne la restructuration de la dette grecque en février 2012, affirme le FMI. Piqué au vif, Olli Rehn ne peut s’empêcher de rejeter le blâme adressé à la Commission européenne sur l’axe Berlin-Paris, déclarant : « Je n’ai pas le souvenir que Dominique Strauss-Kahn ait appelé de ses vœux en début de période une restructuration de la dette grecque, je me souviens distinctement par contre de Christine Lagarde y étant opposée ». L’époque dont il parle, c’est l’année 2010 : Dominique Strauss-Kahn était alors à la tête du FMI, Christine Lagarde était ministre française de l’économie, des finances et de l’emploi.

Visée dans ce récent rapport du FMI, pourquoi l’Allemagne avait-elle alors conclu à la mi-mars, dans l’affaire de Chypre, une alliance avec celui qui la montre aujourd’hui du doigt ? Parce que l’Allemagne imagine que sa tactique est passée inaperçue et que les commentateurs se contenteront, à l’instar de ce qu’ils font depuis plusieurs années, d’expliquer le comportement de l’Allemagne comme conséquence du seul souci de Mme Merkel de se retrouver à la tête du gouvernement qui résultera des élections législatives du mois de septembre.

Qu’émerge-t-il de tout cela ? L’image d’un axe Berlin-Paris faisant marcher la zone euro au son de sa propre musique, sans grand souci des quinze autres nations qui la composent. La Grèce se trouve bien entendu au premier rang de celles-ci, victime expiatoire toute désignée en raison de ses crimes : exonération criante des grosses et des moyennes fortunes de toute logique fiscale, secteur étatique pléthorique et généreusement rémunéré, enfin, désinvolture non sans arrière-pensées dans la production des statistiques économiques du pays.

Le jeu « perso » de l’Allemagne et de la France aura coûté très cher aux autres membres de la zone euro, et mis le Fonds monétaire international en contravention avec ses propres principes, lequel vient de le signaler au monde entier, tout en rappelant discrètement aux deux intéressées qu’il n’était pas dupe de ce qui s’était passé…

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(*) Greece : Ex Post Evaluation of Exceptional Access under the 2010 Stand-By Arrangement International, IMF Country Report No. 13/156, June 2013

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LE SYMPTÔME

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Parmi les faits, il y d’abord ceux qui sont incontestables, et parmi ceux-ci, en premier, l’inculpation de Dominique Strauss-Kahn, et en second, les conséquences de cette inculpation.

Pour l’inculpation, voyez la presse et l’audio-visuel ; pour ses conséquences, Jacques Attali a dit dès hier matin tout ce qu’on pouvait en dire, je paraphrase : à moins qu’une machination ne puisse être rapidement prouvée, la direction du Fonds Monétaire International et la présidence de la République française, pour lui, c’est fini.

Les conséquences de l’inculpation sont majeures. Pour ce qui touche aux élections présidentielles françaises, c’est le candidat qui caracolait en tête des sondages qui disparaît, ce qui ne manquera pas d’exacerber une situation où c’est la candidate d’un parti d’extrême-droite qui risque de se trouver rapidement en pole position. Pour le FMI, c’est le retour à courte échéance à une politique plus libérale et moins socio-démocrate. J’ai eu l’occasion de signaler un glissement récent du FMI vers des positions proches de celle défendues ici sur le blog, en particulier sur les questions de l’immobilier résidentiel américain et de la nécessité d’une monnaie de référence internationale. Pour la zone euro et pour ses pays en difficulté, c’est la disparition à brève échéance d’une politique où le FMI bouchait sans broncher l’ensemble des trous que les chamailleries entre pays européens laissaient béants. La probabilité augmente du coup d’une restructuration des dettes souveraines à chaud, entraînant à sa suite des pertes substantielles pour les banques commerciales européennes dont, comme la fois précédente, les États transmettront immanquablement l’ardoise à ceux de leurs citoyens à ce point louseurs qu’ils paient des impôts.

Il y a ensuite les faits qui peuvent être contestés. Et là, on aimerait bien pouvoir écarter d’un revers de main, comme absurde, soit l’hypothèse que le crime a été commis, soit qu’il s’agit plutôt d’une machination. Mais on ne le peut pas : les coups tordus existent et ceux qui les commettent sont parfois pris la main dans le sac, même quand les ordres viennent tout droit du sommet de l’État ; les personnes qui abusent d’un rapport de force pour tenter d’obtenir une relation sexuelle existent malheureusement aussi, hommes et femmes également.

Les coups tordus sont le symptôme de situations économiques et politiques dégradées. C’est ce qui explique leur multiplication aujourd’hui (*). L’hybris aussi en est le symptôme : la déliquescence ouvre un créneau aux « grands hommes » et aux « grandes femmes » en puissance, et c’est alors que l’on découvre quels sont ceux dont les dieux ont voulu la perte.

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(*) Je fais le compte-rendu détaillé de certains de ces coups tordus dans mon livre d’entretiens qui paraît la semaine prochaine : La guerre civile numérique.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Heureusement, le Fonds Monétaire International nous tirera tous d’affaire !

L’Afrique du Sud jette l’éponge dans la guerre des monnaies. Le rand s’est apprécié de 37 % par rapport au dollar depuis 2009 mais avec un taux de chômage de 25 %, le pays ne sait plus comment répondre à l’attrait des « marchés » pour sa monnaie.

Le conseil donné par le Fonds Monétaire International (FMI) dont le mandat est de venir en aide aux pays connaissant des difficultés financières (son directeur est Mr. Dominique Strauss-Kahn, candidat éventuel aux élections présidentielles françaises en 2012) : diminuer l’impôt sur les sociétés.

Sans commentaire.

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Dans quel camp, le Fonds Monétaire International est-il ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le parlement hongrois a voté hier jeudi une taxe sur les banques, les compagnies d’assurance et autres établissements financiers, s’élevant à 0,45% de leur bilan – leurs actifs et passifs étant additionnés. La taxe représentera environ un tiers du bénéfice des banques et la moitié de celui des compagnies d’assurance. La mesure a été adoptée à une très large majorité : 301 voix pour, 12 contre et une abstention. Il s’agit d’une taxe d’exception qui sera d’application pour trois ans. Elle devrait rapporter 200 milliards de forints, soit environ 700 millions d’euros.

Le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, dont le parti Fidesz dispose depuis le mois d’avril d’une majorité des deux tiers au parlement, a déclaré que cette taxe était logique du fait de la responsabilité des banques dans la crise, il a ajouté que les 200 milliards de forints permettraient que les avantages sociaux soient préservés. La Hongrie s’efforce en ce moment de réaliser des économies de fonctionnement substantielles en fusionnant ses communautés locales ; les effectifs de l’administration publique devraient également être réduits de 15% pour réaliser une économie d’environ 419 millions d’euros. Ces mesures combinées permettraient de réduire le déficit à 3,8 % du PIB hongrois en 2010, et à 3 % en 2011.

Jusqu’ici tout cela paraît éminemment raisonnable (je ne dispose pas d’assez d’éléments pour me prononcer sur la réduction d’effectifs prévue dans l’administration publique hongroise). Ce qui l’est beaucoup moins, c’est le fait que l’Union européenne et le Fonds Monétaire International ont interrompu le 17 juillet les négociations que ces institutions tenaient depuis le 6 juillet avec le gouvernement hongrois à propos de son déficit en raison précisément du projet de taxe qui a été voté hier. La raison avancée : ces mesures mettraient en danger la relance et affaibliraient les banques. Résultat : le prochain versement du prêt de 20 milliards d’euros accordés par le FMI à la Hongrie en 2008, n’aura pas lieu.

La véritable raison est plus prosaïque : les banques étrangères présentes en Hongrie, dont les principales sont les autrichiennes Erste et Raiffeisen, les italiennes, UniCredit et Banca Intesa, la belge KBC et l’allemande BayernLB, ont fait savoir à l’Union européenne et au FMI que ces taxes étaient trop élevées à leur goût, et ces deux institutions se sont tout bonnement faites leur porte-parole. Ces banques craignent essentiellement la contagion : elles ont peur que les autres pays d’Europe centrale et orientale ne considèrent l’initiative hongroise excellente, et ne veulent la copier.

Le premier ministre hongrois avait annoncé dans la journée de jeudi que son pays se passerait des 5,7 milliards d’euros encore disponibles dans le cadre de l’accord que la Hongrie avait conclu avec le FMI en 2008. « Nous voulons que la Hongrie recouvre sa souveraineté économique », avait-il déclaré.

Mr. Bartosz Pawlowski, stratège à la BNP Paribas Londres, a commenté à l’intention du Wall Street Journal, le vote de la taxe, dans les termes suivants : « Cela constitue une atteinte majeure à la crédibilité de ce gouvernement ». Il a ajouté que « La prime de risque de la Hongrie a crû », ce qui dans sa bouche est sans doute davantage une menace qu’une simple constatation puisque le taux de change du forint vis-à-vis des autres devises s’est en fait raffermi dans la journée de jeudi

J’aimerais personnellement savoir ce que Mr. Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds Monétaire International, pense du fait que l’institution qu’il dirige se trouve dans le même camp que le remarquable stratège qu’est Mr. Bartosz Pawlowski.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Le Monde – Économie, lundi 8 – mardi 9 mars

LA MACHINE INFERNALE

Here for an English version.

La représentation de l’appareil économico-financier qui nous était proposée il y a cinq ans seulement était celle d’un système ayant atteint sa maturité : stable en raison d’une prédisposition généralisée à l’autorégulation et ayant découvert le moyen d’éparpiller le risque avec une telle efficacité qu’il soit de facto neutralisé.

L’autorégulation n’existait pas. Le risque bien qu’atomisé se concentrait néanmoins parce que les joueurs les plus avisés se constituaient d’énormes portefeuilles de produits financiers dont la prime de risque était conjoncturellement surévaluée ; quand eut lieu le retour de balancier, les Bear Stearns, Lehman Brothers, AIG, Fannie Mae et Freddie Mac, implosèrent.

L’informatisation avait favorisé une complexification de la finance sur la base du crédit qui lui interdisait désormais de fonctionner autrement qu’en régime de bulle : l’euphorie cachait alors l’absence d’autorégulation et, le risque étant provisoirement minime, sa concentration demeurait invisible.

L’actualité souligne au contraire le caractère dysfonctionnel de l’appareil économico-financier en l’absence d’une dynamique de bulle. Ainsi, dans la spéculation contre l’euro, la puissance de nuisance des divers éléments rassemblés se renforce par leur combinaison délétère.

Dans les années 2001-2002, l’Europe ferme les yeux sur des prêts déguisés en swaps de change consentis par Wall Street à des états européens pour leur permettre de respecter les termes du pacte de stabilité et de croissance de la zone euro. Or, la complexité croissante des produits financiers interdit désormais aux agences de notation d’évaluer correctement le risque qu’ils présentent. Lorsque la crise des subprimes éclate en 2007, les notateurs sont rapidement décrédibilisés. Les velléités de réformer ces agences subissent le sort de toutes les réglementations envisagées à l’époque (à l’exception de celles sans conséquences) : elles sombrent rapidement dans l’oubli. Pendant ce temps, les notateurs substituent à la rigueur scientifique introuvable, l’inflexibilité.

La rétrogradation des swaps de change trafiqués de la Grèce qui intervient alors, ne les situe plus qu’un seul cran au-dessus du niveau où sera activé un appel de marge que la nation est incapable d’honorer. La spéculation sur le défaut désormais probable de la Grèce se met en branle. En prenant des positions nues de Credit-Default Swaps (CDS), les spéculateurs s’« assurent » contre un risque qu’ils ne courent pas mais accroissent du coup la probabilité qu’il se concrétise. La hausse du prix des CDS, considérée dans le cadre de la théorie économique dominante du « marché efficient » comme une mesure objective du risque couru, génère une hausse proportionnelle du coupon exigé lors de l’émission de dette nouvelle par la Grèce, la pénalisant encore davantage. Une spirale mortifère s’enclenche que rien ne pourra stopper. D’autres États de la zone euro s’alignent du coup comme autant de dominos : chaque fois que l’un fait défaut, l’ensemble de ceux qui sont encore indemnes sera fragilisé et la spéculation se portera de manière instantanée sur le plus exposé après lui.

Lors de la chute des banques, les États se sont portés à leur secours. Le tour des États est maintenant venu. Le FMI restera seul pour tenter de sauver ceux-ci. Il a annoncé le 26 février, par la bouche de son président, Dominique Strauss-Kahn, qu’il était prêt à assumer ce rôle. On compte sur lui : le FMI est bien le dernier rempart.

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