LE SYMPTÔME

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Parmi les faits, il y d’abord ceux qui sont incontestables, et parmi ceux-ci, en premier, l’inculpation de Dominique Strauss-Kahn, et en second, les conséquences de cette inculpation.

Pour l’inculpation, voyez la presse et l’audio-visuel ; pour ses conséquences, Jacques Attali a dit dès hier matin tout ce qu’on pouvait en dire, je paraphrase : à moins qu’une machination ne puisse être rapidement prouvée, la direction du Fonds Monétaire International et la présidence de la République française, pour lui, c’est fini.

Les conséquences de l’inculpation sont majeures. Pour ce qui touche aux élections présidentielles françaises, c’est le candidat qui caracolait en tête des sondages qui disparaît, ce qui ne manquera pas d’exacerber une situation où c’est la candidate d’un parti d’extrême-droite qui risque de se trouver rapidement en pole position. Pour le FMI, c’est le retour à courte échéance à une politique plus libérale et moins socio-démocrate. J’ai eu l’occasion de signaler un glissement récent du FMI vers des positions proches de celle défendues ici sur le blog, en particulier sur les questions de l’immobilier résidentiel américain et de la nécessité d’une monnaie de référence internationale. Pour la zone euro et pour ses pays en difficulté, c’est la disparition à brève échéance d’une politique où le FMI bouchait sans broncher l’ensemble des trous que les chamailleries entre pays européens laissaient béants. La probabilité augmente du coup d’une restructuration des dettes souveraines à chaud, entraînant à sa suite des pertes substantielles pour les banques commerciales européennes dont, comme la fois précédente, les États transmettront immanquablement l’ardoise à ceux de leurs citoyens à ce point louseurs qu’ils paient des impôts.

Il y a ensuite les faits qui peuvent être contestés. Et là, on aimerait bien pouvoir écarter d’un revers de main, comme absurde, soit l’hypothèse que le crime a été commis, soit qu’il s’agit plutôt d’une machination. Mais on ne le peut pas : les coups tordus existent et ceux qui les commettent sont parfois pris la main dans le sac, même quand les ordres viennent tout droit du sommet de l’État ; les personnes qui abusent d’un rapport de force pour tenter d’obtenir une relation sexuelle existent malheureusement aussi, hommes et femmes également.

Les coups tordus sont le symptôme de situations économiques et politiques dégradées. C’est ce qui explique leur multiplication aujourd’hui (*). L’hybris aussi en est le symptôme : la déliquescence ouvre un créneau aux « grands hommes » et aux « grandes femmes » en puissance, et c’est alors que l’on découvre quels sont ceux dont les dieux ont voulu la perte.

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(*) Je fais le compte-rendu détaillé de certains de ces coups tordus dans mon livre d’entretiens qui paraît la semaine prochaine : La guerre civile numérique.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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589 réflexions sur « LE SYMPTÔME »

  1. Trop c est trop
    Déjà la justice américaine ne fonctionne pas comme la notre
    Ceux qui encense le système US l on sous les yeux Donc ne comparons pas
    Un ici dis si l on avait fait cela a un futur US président
    Nous n’aurions pas fait pareils notre justice protège victime et présumé coupable
    Maintenant il y a une femme qui souffre
    Une bataille d un pot de terre contre un pot de fer
    J aimerai aussi entendre des voix pour la soutenir dans son épreuve
    Quand on est un puissant on ne peut pas être coupable ?
    St ce que vous pensez
    J ai honte pour vous
    Assez de complot
    Revenez sur terre
    On est en train de subir un matraquage médiatique pour nous dire le pauvre st donc et nous empêcher de penser
    Ou est votre esprit critique
    La presse vas s acharner via les avocats de DSK à détruire cette femme
    Bien sur c est une femme c est de sa faute ?

      1. Charles A.

        Vraiment débile votre lien, sans compter que DSK n’est pas petit, mais mesure selon la fiche :

        http://q.liberation.fr/photo/id/286918

        soit 1,76 m, pas un géant non plus, ni jeune premier, ça parait évident. De l’embonpoint, certes, mais pas de quoi l’inculper.

        Le phénomène de cette affaire, c’est entre autres de libérer les paroles, surtout les plus stupides.

        Des plus bas caniveaux jusqu’aux plus hauts.

        Vous devriez relire l’article que vous citez, ça pourrait vous faire rougir…

        Donc ce pauvre Claude Ribbe s’est enfoncé un peu plus dans la stupidité, il se fait la victime de lui même, comme a pu éventuellement le faire DSK. Heureusement que les procédures judiciaires limitent ce genre d’approche.

      2. DSK n’est pas petit, mais mesure selon la fiche… 1,76 m

        Le point de vue de Ribbe circule. Pas besoin de le partager pour en attendre, à défaut de critique de fond, un peu d’humour, qui fait le sel du blog…
        Mais, là , l’argument de la défense dépasse les attentes….

      3. J’ai juste mis la défense au niveau de l’attaque, c’est de l’humour et de la rhétorique.

  2. En quoi la « disparition » de DSK des élections présidentielles françaises favoriserait-il Marine Lepen et son parti ? Ses électeurs potentiels ne vont pas se reporter sur le FN.

    On dit que « le fric et le cul mènent le monde ». En voici une fracassante illustration.

    1. C’était pourtant une belle carrière financière: de la MNEF au FMI…
      L’affaire met en cause également Dominique Strauss-Kahn qui, avocat d’affaires, avait été rémunéré 600 000 francs TTC par la MNEF, au printemps 1997, alors que se négociait l’entrée de la Compagnie générale des eaux (CGE) au sein d’un holding de la mutuelle, Raspail participations. Alors ministre de l’économie et des finances dans le Gouvernement Lionel Jospin, il est contraint de démissionner de son poste le 2 novembre 1999. Il est accusé d’avoir produit de faux documents, d’avoir « fabriqué » et utilisé des justificatifs antidatés et reconnait devant le tribunal correctionnel de Paris avoir commis une « erreur » de date dans les documents qu’il a fournis à la justice, tout en niant toute volonté de mentir…
      (Source Wikipedia)

  3. Aujourd’hui 24 mai 2011 sur le site lesechos.fr on trouve un billet signé Jean-Marc Vittori.
    Il s’intitule « DSK et le vrai-faux complot ». Le voici ci-dessous. Je ne prends pas position : s’il peut y avoir un complot extrêmement bien monté on ne peut pas exclure non-plus que des relais dans les médias émettent des hypothèses visant à disculper DSK de manière très subtile!
    Mais l’hypothèse selon laquelle DSK serait tombé car il s’apprêtait à appeler à renoncer au dollar est intéressante. Est-elle seulement crédible?

    DSK ET LE VRAI-FAUX COMPLOT par Jean-Marc Vittori (www.lesechos.fr)

    Il n’est pas d’usage de commencer une chronique par un avertissement. Mais l’affaire est ici trop grave pour ne pas violer cette règle. Avertissement donc : ce qui suit est une fiction sur l’affaire Strauss-Kahn. Avec de vrais éléments, d’autres inventés, et une vraie leçon.

    Il est temps de le dire : DSK est en fait la victime… du général de Gaulle. Tout commence le 4 février 1965. Lors d’une conférence de presse, le général de Gaulle dénonce l’impéritie financière des Etats-Unis. L’Amérique est le seul pays qui peut imprimer des billets pour s’acquitter de ses dettes. Le grand Charles a raison : elle va bientôt abuser de ce pouvoir. Pour financer la guerre du Vietnam, elle abandonne la rigueur budgétaire, ce qui fera exploser en 1971 le système monétaire international fondé sur un lien fixe entre l’or et le dollar. Mais les Américains veulent tout faire pour perpétuer l’avantage fabuleux que constitue la capacité d’émettre la monnaie du monde. Ils l’ont imposé en 1944 à Bretton Woods, contre la volonté de l’Anglais John Maynard Keynes. Et accepté en échange la proposition britannique d’un Fonds monétaire international.

    Trois mois après les propos du général de Gaulle, l’administration Johnson demande donc à William Raborn, le tout nouveau patron de la CIA, de mettre en place une cellule secrète chargée de surveiller les ennemis du dollar. Au sein même de l’Agence, personne ne sait ce que fait cette petite équipe, qui s’est baptisée « IDWB » pour « In dollar we believe » ( « En le dollar nous croyons », allusion au « In God we trust » inscrit sur tous les billets verts). Certains croient savoir qu’elle s’occupe du Tatanistan, une région riche en pétrole aux confins de l’URSS et de la Chine qui présente l’étrange particularité de ne pas exister. L’équipe tisse ses réseaux au FMI, à la Banque des règlements internationaux, dans les Trésors des grands pays, au sein des agences de notation. Elle tient évidemment les Français à l’oeil, par tradition très attentifs au pouvoir monétaire. Elle discrédite les positions de Paris à la fin des années 1970, quand un accord a failli être trouvé pour faire monter en puissance le DTS (droit de tirage spécial), la monnaie synthétique du FMI qui pourrait faire de l’ombre au dollar. Elle sonne l’alarme quand l’Iran puis l’Irak parle de ne plus facturer leur pétrole en dollars – deux pays qui ont encouru depuis les foudres des Etats-Unis.

    L’équipe IDWB a été renforcée depuis 2008, car les moyens déployés par les Etats-Unis pour lutter contre la crise financière puis économique ont de quoi saper la confiance dans le dollar : un déficit budgétaire astronomique financé par de la création monétaire pure et simple. Début 2009 à Davos, les Premiers ministres chinois et russe attaquent tous deux le billet vert. Mais il ne s’agit pas d’adversaires dangereux : Pékin a trop de réserves en dollars pour prendre le risque de les saper et Moscou n’existe pas sur la scène financière internationale. Le vrai péril est en la demeure, à Washington même. Au FMI pour être plus précis. Dans deux rapports parus en avril 2011, le Fonds critique la politique budgétaire américaine comme jamais dans le passé. Une semaine plus tard, l’agence de notation annonce d’ailleurs la mise sous surveillance de la dette américaine. Une gorge profonde révèle une information encore plus inquiétante : le directeur général du Fonds, le Français Dominique Strauss-Kahn, s’apprête à lancer un appel solennel à un nouveau système monétaire mondial où le dollar deviendrait une devise comme les autres. Ayant brillamment piloté le FMI et au-delà l’économie planétaire dans la plus grave crise depuis près d’un siècle, c’est l’homme le plus crédible au monde pour le faire. Et cet appel effacerait sa réputation d’homme du grand capital si gênante pour mener campagne en France…

    DSK devient dès lors l’homme à abattre, et vite. Des télégrammes de l’ambassade américaine à Paris non publiés par WikiLeaks confirment son point faible : le beau sexe. L’équipe IDWB monte l’une de ces opérations logistiques qui constituent l’un des grands savoir-faire des Etats-Unis, avec une femme venue de nulle part, dotée seulement d’un faux frère, mise au secret… La suite de l’histoire remplit l’actualité depuis plus d’une semaine.

    Bien sûr, tout ceci n’est que fiction. Mais la mission première du successeur de DSK à la tête du FMI sera bel et bien de faire en sorte que l’Amérique ne fasse plus n’importe quoi avec sa monnaie.

    1. Si c’est le cas, Wen Jiabao a du souci à se faire !
      DSK devait quitter le FMI dans quelques semaines, quel intérêt ?

  4. DSK le retour ? Pourquoi maintenant ?
    Le scénario est superbe !

    Comment ne pas s’interroger sur cette révélation maintenant, alors que (depuis peu)
    1) il est remplacé au FMI par Christine Lagarde
    2) il est remplacé dans la primaire socialiste par Martine Aubry
    rendant son retour impossible.

    à moins qu’une machination ne puisse être rapidement prouvée, la direction du Fonds Monétaire International et la présidence de la République française, pour lui, c’est fini.

    L’interprétation des dates et des chronologies est souvent intéressante.

    Même si la nouvelle péripétie peut aussi s’analyser en signe précurseur d’une transaction hors procès.

  5. Jusqu’à preuve du contraire DSK est présumé innocent tout comme la femme de chambre est présumée victime, et puis les deux peuvent être coupables comme ils peuvent être innocents. La réalité est parfois plus subtile parfois plus basique qu’il n’y parait. Saura-t-on le fin fond de l’histoire ? Rien n’est moins sûr. L’attrait du pouvoir ? Le pouvoir qui rend fou ? L’attrait de l’argent ? Fort Knox ? Chacun ne peut que pencher pour une version tout en laissant le bénéfice du doute aux autres versions. A titre perso je penche pour l’invraisemblance tout en me disant qu’il est difficile de se faire une opinion vu le peu d’info qui nous ont été transmises et l’hystérie que cela a généré.

    Cette histoire montre en tous cas une chose, prendre parti de façon tranchée dessert la démocratie. C’est pour cela que la particratie-partisane-cour-de-récré est sur le point d’enterrer la démocratie. Bon nombre de gens (et les tabloïdes américains en premier) devront faire leur auto critique car jusqu’à preuve du contraire on ne savait pas et on ne sait toujours pas grand chose de pas grand chose … On ne peut être qu’attristé pour la souffrance que toute cette histoire aura généré.

    Et puis il faut en finir avec le manichéisme primaire, je suis à fond pour vs. je suis à fond contre, c’est un ange vs. c’est un démon, vous êtes avec moi vs. vous êtes contre moi … La réalité ne peut pas s’appréhender à sa juste valeur avec ce type d’approche. Le jour où les occidentaux comprendront que rien n’est ni blanc ni noir, que le noir n’existe pas sans le blanc et que le blanc n’existe pas sans le noir, j’aurais envie de dire que pour une fois ils auront progressé.

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