Thierry Leyne ou la finance à la Zola

Vous êtes nombreux parmi ceux qui me félicitent pour le travail accompli ici, à m’admonester d’améliorer encore ma performance en me convertissant au conspirationnisme et au complotisme.

Que ne m’avez-vous alors reproché de n’avoir rien dit de la défenestration il y a une semaine exactement à Tel-Aviv de M. Thierry Leyne, associé de M. Dominique Strauss-Kahn dans la firme Leyne Strauss-Kahn & Partners, une compagnie domiciliée au Luxembourg aujourd’hui en liquidation, dont M. Leyne détenait 30% des parts et M. Strauss-Kahn 20%.

Il est vrai que si l’on peut se défenestrer tout seul, il est beaucoup plus facile encore de le faire à plusieurs. L’explication de ce qui s’est véritablement passé nous vient ce matin, et c’est l’hypothèse du « tout seul » qui se voit confirmée.

Il s’agit d’une histoire relativement banale, une histoire de finance « préhistorique », du genre de ce qu’on lit chez Balzac ou chez Zola : de la simple manipulation de cours d’une action.

Leyne s’est suicidé parce qu’un de ses clients, Insch Capital Management SA, l’a pris la main dans le sac d’avoir passé une opération qu’il lui avait spécifiquement interdit de faire, à savoir d’acheter des actions de la compagnie d’assurance Firstcaution SA.

À quoi a servi cet achat ? À manipuler le cours de l’action de cette compagnie dans laquelle Leyne Strauss-Kahn & Partners était majoritaire, en créant pour elle un faux marché, en faisant semblant que le marché des capitaux s’y intéressait, pour gonfler artificiellement son cours. Selon le Wall Street Journal, alors qu’aucun achat d’actions de Firstcaution n’avait eu lieu en 2012, ni durant les premiers mois de 2013, au cours des mois suivants de cette année-là, des centaines de milliers d’actions de la compagnie s’échangèrent, pour un montant de 6,6 millions d’euros – dont l’équivalent de 400.000 dollars appartenant à  Insch Capital Management SA.

Comme je l’ai dit : une « survivance », une manifestation au XXIème siècle de la finance du XIXème, tout comme l’avait été la « cavalerie » de M. Bernard Madoff, tout comme les délits d’initiés qui se commettent tous les jours sur toutes les places boursières.

L’explication allait venir me semblait-il. Elle est venue, et ne me convainc pas encore de me convertir ni au conspirationnisme ni au complotisme.

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