Archives par mot-clé : Éric Cantona

PETITE ANNONCE, par Zébu

Billet invité

« Idée, en devenir, cherche matrice de calculs informatiques pour projets pédagogiques et croissance exponentielle, si affinités.

Bon potentiel, situation internet très favorable, en forte croissance et lectorat fidélisé.

Souhaiterait logiciel simple d’utilisation, stable et compréhensible, origine indifférente (de préférence libre et open source, pour partage multiple en temps réel). Logiciel Windows s’abstenir.

Écrire à ‘Le blog de Paul Jorion’ sous le code ‘interdiction’, qui fera suivre. »

En allant sur le site de Pour une révolution fiscale, on en apprend beaucoup sur la fiscalité en France. Notamment que celle-ci est régressive.

adj. (ré-grè-ssif, ssi-v’)

Terme de physiologie et de pathologie. Qui, après avoir offert des phénomènes de développement, s’atrophie, se résorbe ou se décompose : tels sont certains éléments anatomiques et tumeurs considérés en masse. Travail régressif. Transformation régressive.

La fiscalité française est donc atteinte d’une pathologie financière : elle se décompose.

http://littre.reverso.net/dictionnaire-francais/definition/r%C3%A9gressif,_ive/63526

Le succès de ce site internet (plusieurs centaines de milliers de réformes fiscales mises en œuvre) est dû au titre de l’ouvrage éponyme qui interpelle le contribuable moyen mais néanmoins citoyen que nous sommes, ainsi que la mise en exergue d’une réalité bien peu connue, surtout par ceux qui y participent le plus.

Mais ce succès tient aussi et sans doute surtout à l’utilisation d’un outil interactif, qui permet une grande interactivité, allié à un accès immédiat en tout temps et en tout lieu grâce à internet.

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FRANCE CULTURE, « LES MATINS », MARDI 7 DECEMBRE, LA SEQUENCE DE 8h00 À 9h00

France Culture ne met à notre disposition comme podcast de l’émission à laquelle j’ai participé mardi, qu’un enregistrement de la séquence qui va de 7h40 à 7h55. Or, l’« invité du matin » est encore là de 8h00 à 9h00 et a l’occasion de dire dans l’heure qui suit des choses qui ne lui semblent pas moins pertinentes et dans un style peut-être plus incisif, vu qu’il répond à des objections venant de chroniqueurs à la langue bien pendue.

Merci à DomWL d’avoir découpé tout cela à notre intention.

De 8h00 à 9h00 :

Les paniques bancaires – L’évolution du capitalisme du XIXe au XXIe siècle

Cantona – La rémunération des gens qui gagnent beaucoup d’argent

Les dominos européens – Franco : « Likambo Ya Ngana ».

Rappel : la séquence de 7h40 à 8h00.

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BFM RADIO, LUNDI 6 DECEMBRE A 11h39 – LE COUP DE PIED DANS LA FOURMILIERE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Guillaume Sommerer : Même si Cantona n’est pas suivi, sa proposition est-elle extrémiste et dangereuse ?

Paul Jorion : La proposition d’Éric Cantona : que les particuliers retirent leur argent des banques est certainement dangereuse puisqu’elle peut déboucher sur une panique bancaire, or les paniques bancaires constituent le talon d’Achille des banques commerciales : l’argent des dépôts est prêté pour sa plus grande part et le retrouver dans l’instant est extrêmement difficile pour une banque.

Je ne dirais pas nécessairement que la proposition est « extrémiste » parce que le mot « extrémiste » implique un jugement de valeur, mais elle est certainement « extrême » ou, mieux encore, « radicale ». Elle est radicale au sens où il s’agit d’un moyen « non-conventionnel » d’obtenir un résultat. Cantona dit, je résume : « Les moyens conventionnels ne marchent pas : voyez la contestation de la réforme des retraites, il faut utiliser des moyens « non-conventionnels » ». Et c’est vrai, les moyens conventionnels de protester deviennent rapidement impopulaires : le manque de carburant empêche les gens de se déplacer, de prendre leurs vacances, etc.

GS : L’image des banques est, il faut le reconnaître, dégradée. Peuvent-elles y remédier ?

PJ : Il est toujours possible de remédier, mais les banques veulent-elles remédier à leur image dégradée ? Il semble bien que non. Elles ne l’ont pas fait au cours des trois années récentes : elles ont repris les comportements anciens et condamnés par le public aussitôt que l’occasion leur en a été offerte – il faut le souligner, à grand renfort d’aide des États, c’est-à-dire en fin de compte du contribuable. On a même vu aux États-Unis, des banques investir l’argent de l’aide publique dans du lobbying visant à contrer toute mesure visant à modifier leurs habitudes.

La réponse est donc : oui, elles peuvent y remédier. Mais l’autre question qui vient immédiatement est : ont-elles manifesté depuis trois ans la moindre velléité d’y remédier, et là, la réponse est clairement non.

GS : Y a-t-il des alternatives aux banques commerciales pour le consommateur ?

PJ : Oui, bien sûr, il existe un secteur bancaire coopératif.

Ceci dit, je propose personnellement une mesure qui, si elle était appliquée : l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, une façon d’interdire la spéculation pure, cantonnerait les banques à leurs fonctions utiles : l’intermédiation qui met en contact prêteur et emprunteur, et la fonction assurantielle, qui permet de maîtriser le risque en le partageant. Il ne serait pas nécessaire alors de se tourner vers d’autres établissements. Ces fonctions d’intermédiation et d’assurance ne doivent d’ailleurs pas nécessairement être exercées par des firmes privées : elles pourraient tout aussi bien l’être par des établissements de droit public, comme ça a été le cas en France en particulier.

L’introduction – ou la réintroduction – de l’équivalent du Glass-Steagall Act, constituerait une version faible de mon interdiction des paris sur les fluctuations de prix, puisque cet ensemble de lois américain implique non pas une interdiction des activités nuisibles de la finance mais simplement l’obligation que ces activités nuisibles soient réservées à des établissements financiers séparés. Ceci permettrait certainement que l’argent des dépôts des particuliers ne soit pas utilisé à des activités de casino mais la prédation de la finance sur l’économie resterait intacte.

GS : L’économie et la finance sont de plus en plus complexes. Cela signifie-t-il qu’une critique de leur fonctionnement passe par des réponses caricaturales et extrémistes ?

PJ : La finance ne fait certainement rien pour simplifier son message, l’opacité soutient ici le pouvoir et les avantages acquis. Il faut ajouter aussi que sous prétexte d’assurer l’indépendance des banques centrales et des institutions financières internationales, on en a fait des forteresses sur lesquelles la classe politique n’a pratiquement plus aucune prise. Ces forteresses sont servies par des « experts ». Malheureusement, leur expertise est dans cette prétendue « science » économique dont la vacuité et l’impuissance a été mise en évidence par la crise, parce qu’elle n’est en réalité qu’une idéologie complaisante dont la finance a encouragé le développement pour servir de justification théorique à sa pratique effective. Dire que ces banques centrales et institutions financières internationales sont composées d’« experts » veut donc simplement dire : composées de gens qui sont tous d’accord entre eux parce qu’ils partagent la même idéologie.

La critique du fonctionnement de l’économie et de la finance doit être faite en expliquant leurs mécanismes dans un langage clair – ce à quoi je me consacre depuis plusieurs années –, et également en mettant sur pied une véritable science économique, ce qui est possible et a d’ailleurs été fait jusqu’au milieu du XIXe siècle – effort auquel j’essaie de contribuer également dans des ouvrages comme L’argent, mode d’emploi (Fayard 2009) ou Le prix (Le Croquant 2010).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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BFM Radio, lundi 18 octobre 2010 à 10h46 – Une boîte de Pandore de plus est-elle en train de s’ouvrir ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Nous vivons au sein de structures étatiques où existent différents échelons dans la prise de décision quant à l’organisation de la vie en société. Chacun de ces échelons a ses propres attributions. Un tel partage vise à ce que dans la grande majorité des cas, le citoyen lambda n’ait pas à prendre les choses en main : s’il estime qu’un problème se pose, et qu’il n’est pas traité, il se tourne vers les autorités responsables et attire leur attention sur la nécessité de résoudre la question. Si le cas le mérite, celles-ci interviennent alors.

Quand des gens ordinaires considèrent que des questions importantes ne sont pas résolues par ceux qui en ont la responsabilité, et décident de prendre les choses en main, les autorités doivent interpréter cette réaction comme un signal d’alarme et y répondre au plus vite.

Appartiennent à cette famille de signaux d’alarme, en Europe, la suggestion d’Éric Cantona que nous retirions tous des banques l’argent que nous y avons déposé et, aux États-Unis, le vent de fronde qui s’est levé parmi les propriétaires dont le logement est menacé de saisie, qui exigent désormais de se voir présenté le titre de créance en possession de l’organisme qui leur a accordé un prêt hypothécaire. La raison qui explique cette tactique dilatoire : le fait que dans le contexte né au début de ce siècle d’une titrisation de la grande majorité des crédits hypothécaires (la revente de ces prêts par ceux qui les ont accordés sous la forme d’une obligation consolidant plusieurs milliers d’entre eux), le transfert de créance s’est fait par enregistrement électronique, le titre sur support papier restant bien souvent entre les mains de son premier détenteur.

Comme le fait observer un commentateur, deux systèmes sont entrés en conflit : le système lent à support papier du droit et le système rapide à support électronique de la finance. Facteur aggravant, et qui a conduit la semaine dernière Bank of America et GMAC (l’organisme de prêt de la General Motors, faisant désormais partie du groupe Ally) à interrompre les procédures de saisie, des cabinets spécialisés dans le dépistage des transferts de créance ont été pris la main dans le sac à forger des titres perdus et à faire tourner des « moulins à signatures », dont la célérité excluait que la validité des documents soit réellement examinée. Des accidents se sont produits, tels ceux dont parle en ce moment l’ensemble de la presse américaine : de la famille dont le logement fut saisi alors qu’elle s’acquittait scrupuleusement du versement de ses traites ou du propriétaire chassé de sa maison alors qu’il l’avait payée comptant. On parle à ce propos aux États-Unis de « foreclosuregate », foreclosure étant le terme qui s’applique au processus de saisie, la terminaison en « -gate » étant là elle pour évoquer le complot du Watergate ourdi par Nixon et ses conseillers, et dont la découverte signa la perte du président américain.

Prenant leurs désirs pour des réalités, certains ménages en rupture de paiement de leurs traites se sont convaincu que toute impropriété avérée dans le dépistage du titre signifie que la propriété du logement leur revient pleinement, une légende urbaine que les activistes du Tea party se complaisent à colporter. Ceux-ci n’en sont pas là bien sûr à leur coup d’essai, les milieux « miliciens » libertariens dont ils sont issus répandant depuis pas mal d’années la rumeur que la perception d’impôts par les autorités américaines au niveau fédéral tout comme au niveau des États, est inconstitutionnelle.

La suggestion faite par Éric Cantona, que les particuliers retirent leur argent des banques, repose elle aussi sur une « théorie spontanée » du droit qui voudrait que les déposants demeurent pleinement propriétaires de leurs dépôts. Or ceci a cessé d’être le cas au plan juridique et ils ne sont en possession que d’une reconnaissance de dette, ce qui soumet l’accès à l’argent déposé à certaines conditions, qu’ils ne découvrent en général – et à leur grande surprise – que lorsqu’ils tentent de retirer dans l’instant une somme d’un montant élevé.

La guéguerre sur le terrain des transferts de créance des habitations grevées d’une hypothèque aux États-Unis, tout comme la suggestion de Cantona en Europe – quelle que soit la « théorie spontanée » du droit qu’elles véhiculent et que relaient éventuellement des partis politiques intéressés –, n’en sont pas moins symptomatiques d’un climat explosif : celui où des citoyens lambda estiment que les autorités responsables ont échoué dans une mission qui leur est confiée, en l’occurrence, de mettre la finance au pas, un soupçon planant même qu’elles auraient délibérément pris le parti de cautionner ses abus.

Quand les gens ordinaires décident de prendre les choses en main, même si c’est sur une question qui peut apparaître a priori relativement mineure aux autorités en place, un avertissement sévère leur est en réalité adressé : qu’elles ont failli aux yeux de ces gens ordinaires dans une tâche dont elles sont pourtant chargées. Or, une fois la confiance perdue sur une question particulière, elle se perd alors aisément sur toutes les autres. Si les autorités – le même principe valant d’ailleurs pour l’Europe comme pour les Etats-Unis – veulent faire comprendre à la population qu’il n’existe pas deux poids, deux mesures, les unes s’appliquant au secteur financier et les autres aux gens ordinaires, il est plus que temps qu’elles le fassent savoir. La suggestion de Cantona et le « foreclosuregate » constituent tous deux des avertissements qu’il serait extrêmement dangereux d’ignorer plus longtemps.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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