Archives par mot-clé : Front National

La démocratie républicaine, nouvelle terre de mission, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité.

L’un des leitmotive de la défense des barons cumulards de la politique, c’est leur enracinement dans le terrain, qui est en réalité un enracinement dans les parterres bien arrosés de leur clientèle. Quelques poignées de mains ou échanges à bâtons rompus avec le commun sur les marchés, dans les comices ou, entre deux haies de gardes mobiles, dans l’artère venteuse d’un enfer social urbain leur suffisent pour attester leur étroite familiarité avec la France « profonde » (appartiendraient-ils à la France « superficielle » ?). Ils la sondent ou plutôt la font sonder sans relâche, cette France des profondeurs de laquelle montent d’inquiétantes rumeurs, et croient que mesurer l’abîme qui les en sépare les autorise à se dire proches des troglodytes qui y barbotent. Leur vient-il seulement à l’idée d’y descendre, d’être eux-mêmes le petit plomb conique de la sonde ? Lorsque naquit la Troisième République, en 1870, les républicains authentiques, comme en 1848, n’étaient pas en situation de gouverner. La Commune, phénomène essentiellement parisien, n’avait pas eu le temps de semer sa graine dans les campagnes, où se concentrait encore la majorité de la population. Commença alors, pour les républicains réchappés de l’hécatombe révolutionnaire et pour leurs homologues du camp d’en face (eh oui, Thiers était républicain), un lent et méticuleux travail de sensibilisation desdites campagnes aux principes de la République[1]. Les résultats ne se firent pas attendre : les républicains devinrent majoritaires à la Chambre des députés en 1876, un an après que les lois constitutionnelles eurent été votées, puis au Sénat en 1879.

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L’AVENIR DU FRONT NATIONAL : EMMANUEL TODD ET BERNARD STIEGLER

Ce sont, comme vous le savez, d’excellents amis tous les deux, et leur débat hier chez Mediapart mérite certainement le détour. J’ai moi-même touché un mot du FN dans la vidéo d’hier, sans savoir que ce débat aurait lieu. D’accord personnellement à 60% avec Stiegler, et à 80% avec Todd (c’est à peu de choses près le cas en général et vaut pour ce débat en particulier).

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L’ENJEU

La déclaration in fine de François Bayrou ne conclut pas comme on l’entend dire, une longue hésitation, mais tire les conclusions qui s’imposent d’une dérive observée dans l’entre-deux-tours : réélire le président sortant s’assimile désormais à porter à terme le Front National au pouvoir. Ce dernier a su perfectionner à l’extrême l’art de déguiser un loup en agneau, et récupère avec un franc succès tout ce dont il faudrait encore parler quand a été épuisé l’objet que constitue le consommateur, à savoir parler du peuple. Le FN en appelle pour cela au terrain que balisent les définitions par défaut des sociétés humaines : travail, famille, patrie, dans la version française, Kinder, Küche, Kirche, enfants, cuisine, église, dans la version allemande. Il n’en reste pas moins que sous leurs formes diverses, les régimes totalitaires d’extrême-droite incarnent la forme de violence à laquelle le capitalisme se réduit quand il ne lui reste plus rien à offrir qui provoque la sympathie et qu’il a épuisé les boniments pour tenter de se vendre. 

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Comment les carences du rêve débilitent le réel, par Bertrand Rouziès

Billet invité.

La Sicile. C’est ici que les Athéniens s’éteignirent, militairement et politiquement, au cours de l’expédition contre Syracuse en 415-413 av. J.-C. Alcibiade, étoile montante au firmament de l’éloquence, avait été l’instigateur principal de cette expédition. Il en fut, par sa trahison, le fossoyeur. L’emblème de la Sicile est le triquètre (du grec triskélês), trois jambes humaines rayonnantes, soudées aux cuisses et centrées sur un disque ou une tête de Gorgone. Trois jambes pour les trois pointes du triangle sicilien. Le triquètre apparaît dans le monnayage de l’île du temps d’Agathocle. On le retrouve dans les armoiries des rois normands de Sicile au Moyen Âge. Il est l’illustration double, en abyme, d’une réplique célèbre du Guépard de Luchino Visconti (1963) : « Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change. » Les jambes en marche inscrites dans une roue de hamster invisible symbolisent le cycle des révolutions, la vaine agitation périphérique, l’histoire comme éternel retour du même. La tête de Méduse au centre, tête qui est censée pétrifier quiconque la regarde en face, c’est le noyau dur, infrangible de l’histoire comme persistance du même.

Sicilian triskelion 2

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CONTRE TOUTE ATTENTE, par Zébu

Billet invité.

Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle sont maintenant connus.

Avec une grosse tache au milieu du tableau des résultats, celle de la montée en puissance du FN.

‘Contre toute attente’, la stratégie de Marine Le Pen a donc réussi : attirer l’UMP et le gouvernement au pouvoir sur ses terrains de prédilection et opérer une mue stratégique tout en sauvegardant l’essentiel. L’échec de la ‘cornérisation’ du FN par l’UMP et M. Sarkozy est patent.

Pire. En nombre de voix, Marine Le Pen réalise une progression de près d’un million de voix entre le premier tour de 2002 et celui d’hier (900 000 d’avec le second tour de 2012).

Pire encore, en comparaison de l’étiage de 2007, le FN, qui était alors à la limite du dépôt de bilan, a su, en réalisant la ‘transmission de l’héritage du vivant’ entre père et fille faire prospérer la boutique de près de 67% de progression en nombre de voix, et ce en 5 ans seulement.

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LA COLÈRE EMPRUNTE LES VOIES QU’ELLE PEUT TROUVER, par François Leclerc

Billet invité

Le score du Front national est une « tache indélébile sur les valeurs de notre démocratie, une menace pour notre République », a affirmé Eva Joly lors de sa déclaration d’hier soir, poursuivant ainsi : « Je voudrais dire à celles et ceux qui se sont laissés abuser par le Front National qu’ils se trompent de colère ». Son analyse est un bon point de départ pour comprendre le vote qui a été enregistré.

Ce score est fait – mise à part la contribution des troupes historiques de l’extrême-droite – d’un mélange de rejet, de sentiment d’abandon, de perte d’identité qui trouvent refuge dans les valeurs de toujours de la droite nationaliste qui tend ses bras pour l’accueillir en déployant ses artifices manipulateurs et sa démagogie.

À l’arrivée, près d’un cinquième du corps électoral s’étant exprimé se reconnait dans la condamnation de la mondialisation et pourquoi pas du capitalisme financier, dans l’expression du chauvinisme et du racisme. Seule nouveauté sous forme d’adaptation aux circonstances, l’accent mis sur une dénonciation de la finance, qui a toujours été au menu de l’extrême-droite mais qui est remise à profit.

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UN AVENIR DE PLUS EN PLUS FACILE À PRÉVOIR

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quelle leçon tirer à chaud des résultats du premier tour des élections présidentielles françaises ? Qu’il n’y a aucun bénéfice à tourner autour du pot, à rester évasif, à faire semblant qu’aucune question sérieuse ne se pose. Pourquoi ? Parce que la réponse est là : quiconque – et je dis bien quiconque – viendra affirmer avec force qu’il y a feu en la demeure, et qu’un ou plusieurs Nérons jouent de la lyre pendant que les flammes s’élèvent vers le ciel et viennent même lécher le balcon où ils se trouvent, sera écouté. Et plus les explications seront simples, voire simplistes, de ce qui est en train de se passer, plus elles seront faciles à entendre.

Triste consolation pour moi : que tout cela, je l’ai déjà écrit dans ma chronique à paraître demain dans Le Monde-Économie, édition bouclée dès mercredi soir.

Il n’y a plus grand mérite à être prophète aujourd’hui, c’est désormais hélas à la portée de tout le monde.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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