Comment les carences du rêve débilitent le réel, par Bertrand Rouziès

Billet invité.

La Sicile. C’est ici que les Athéniens s’éteignirent, militairement et politiquement, au cours de l’expédition contre Syracuse en 415-413 av. J.-C. Alcibiade, étoile montante au firmament de l’éloquence, avait été l’instigateur principal de cette expédition. Il en fut, par sa trahison, le fossoyeur. L’emblème de la Sicile est le triquètre (du grec triskélês), trois jambes humaines rayonnantes, soudées aux cuisses et centrées sur un disque ou une tête de Gorgone. Trois jambes pour les trois pointes du triangle sicilien. Le triquètre apparaît dans le monnayage de l’île du temps d’Agathocle. On le retrouve dans les armoiries des rois normands de Sicile au Moyen Âge. Il est l’illustration double, en abyme, d’une réplique célèbre du Guépard de Luchino Visconti (1963) : « Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change. » Les jambes en marche inscrites dans une roue de hamster invisible symbolisent le cycle des révolutions, la vaine agitation périphérique, l’histoire comme éternel retour du même. La tête de Méduse au centre, tête qui est censée pétrifier quiconque la regarde en face, c’est le noyau dur, infrangible de l’histoire comme persistance du même.

Sicilian triskelion 2

« Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change. » Cet adage cynique, qui pourrait être la devise de la mafia, continue de nous faire courir de dextre à senestre sur un clavier idéologique dont les touches n’actionnent plus aucun marteau depuis belle lurette. S’il se trouve encore des dupes, à voir les vieux cadors mafflus du PS (L. Fabius, J.-M. Ayrault, M. Aubry et (s)cie) se rengorger sur le thème éculé du changement, pour croire qu’ils y contribueront de toute la vigueur de leur enracinement local, c’est que l’inculture politique a fait école dans notre pays. Quant à se reposer sur la relève, la « jeune garde » décomplexée, à moins de consommer l’offre nouvelle comme on consomme la dernière tablette high tech, on s’en gardera. Entre l’aspirant et le roué, on note une différence de degré, pas de nature. Il suffit de vouloir y être pour en être. Le métier – puisque la politique en est devenue un – est ingrat ; il faut servir et flatter avant de pouvoir commander à son tour, mais le peu de pouvoir qu’on vous octroie au départ vous dédommage largement de vos frais de lèche initiaux. L’ivresse prend dès le premier verre qu’on vous offre. La maîtrise est acquise quand on se le sert à soi-même. L’âge ne fait rien à l’affaire. L’expérience pas davantage, l’inexpérience étant retournée en proximité par les crêpiers du marketing, quand elle n’est pas cultivée hors sol dans les serres du coaching médiatique. Mais assez tapé sur les hommes et les femmes politiques. C’est un sport d’autant plus vain que leurs vices prospèrent sur le fumier des nôtres.

La grande découverte du scrutin présidentiel de 2012 : le vote Front National – pardon, le vote Marine Le Pen (car le message, de nos jours, est soluble dans le messager) est, dans l’ensemble, un vote d’adhésion, pas de protestation. Il faut être un journaliste des limbes ou l’attrape-tout élyséen pour se persuader du contraire. La plongée en eaux troubles à laquelle se livre Claire Checcaglini dans Bienvenue au Front, journal d’une infiltrée (2012) révèle un secret de Polichinelle. Ces eaux troubles sociologiques sont hantées par des poissons ordinaires qui s’accommodent tout à fait du voisinage des grands squales rassurants, avec lesquels ils vivent en symbiose. Tendons l’oreille dans les lieux publics, regardons autour de nous, parmi nos proches, nos amis, nos parents, passons en revue les saillies douteuses et les vitupérations tous azimuts (les unes et les autres ne sont pas l’apanage des seuls milieux défavorisés) que nous avons subies sans juger bon d’y objecter et auxquelles, à force de répétition, nous avons fini par acquiescer, parce que la colère est le dernier liant d’une société en capilotade, jetons en nous-mêmes la sonde qui a servi à estimer la profondeur du cloaque et nous verrons que nous sommes crottés jusqu’à l’âme. Keynes disait qu’il ne fallait jamais cesser d’interroger les concepts, même les plus évidents. Nous avons cessé d’interroger les concepts qui traînent à présent dans toutes les mauvaises bouches du Front National et de l’UMP, comme si c’étaient là leurs gîtes naturels. Prenons le concept de populisme. La paralysie nous gagne quand des intellectuels tiers-mondains taxent de complaisance quiconque soulèverait l’étiquette « populiste » pour voir ce qui est écrit exactement au revers. Le résultat ? C’est bien simple : non seulement ce concept semble définitivement infecté, mais la racine même du mot, populus, « le peuple » en latin, devient une souche virale aux yeux des démocrates eux-mêmes. Les intellectuels – du moins ceux qui monopolisent les têtes de gondole et conseillent les politiques – ont déserté le combat du sens. Ce combat est primordial. Il passe avant l’action politique elle-même. Que les militants qui m’accusent d’intellectualisme me pardonnent d’insister sur ce point. Un sens erratique fait d’un concept la proie désignée des sophistes de tout acabit, qui s’en servent comme d’un étai mou pour soutenir un édifice sécuritaire qui se soutient en réalité lui-même – merci pour lui –, puisqu’il recouvre un édifice autoritaire inavouable.

La question n’est pas de savoir si Marine Le Pen a raison d’aborder certains thèmes. Aucun thème, en effet, ne doit être négligé, dégageât-il de sales relents. La question est de savoir pourquoi aucun de ses challengers d’hier et d’aujourd’hui ne prend la peine de réfuter froidement, point par point, les présupposés sur lesquels la phraséologie frontiste s’est construite. Je sais bien que la symptomatologie savante peut rebuter (pas toujours, voyez l’ouvrage de Sylvie Laurent, Poor White Trash, la pauvreté odieuse du Blanc américain, paru en 2011) et que le roman naturaliste touche souvent plus juste qu’un diagramme. Pourtant, c’est sur la première qu’il faut s’appuyer, le second n’ayant aucune difficulté à trouver son public, pour déconstruire le discours lepéniste. J.-L. Mélenchon fait bien quand il réinscrit dans la phraséologie du pétainisme les propos récents de N. Sarkozy sur le « vrai travail » (c’est donc qu’il en existerait un faux, le travail de l’argent peut-être ; non, je plaisante), lapsus concerté, assurément, qui accuse le penchant d’une partie notable et substantielle de l’UMP vers la politique de la main tendue (dans les deux sens). Mélenchon fait bien, certes, mais ce n’est pas assez. Toute la gauche, militants et sympathisants mêlés, doit s’atteler sérieusement à la tâche, même si elle a l’impression d’être minoritaire. Il faut fournir un effort pédagogique supplémentaire et le pérenniser au-delà de la campagne, épistémè contre épistémè, car il existe une épistémè d’extrême-droite, qui entre en résonance affective avec le sentiment de déclassement et d’impuissance relationnelle d’une partie croissante de la population. Pourquoi de nombreux jeunes ont-ils voté Front National ? L’inculture politique n’est pas seule en cause. Une des principales raisons est qu’ils sont de plus en plus exposés à une forme d’insécurité culturelle et économique qui touchait autrefois essentiellement les seniors. On en est arrivé au point où certains se demandent si l’enfant, dans nos sociétés reféodalisées, n’est pas plus un encombrement qu’une possibilité de conjurer le déterminisme social.

La misère, en tant que privation de l’essentiel, a ceci de ravageur qu’elle mobilise le restant d’énergie d’un individu déjà très affaibli pour la satisfaction des besoins élémentaires (quand cela est encore possible). L’existence misérable s’articule aux êtres et aux choses en fonction de ces besoins. Une famille réduite à cet état court le risque de la disjonction, chacun de ses membres n’étant plus préoccupé que d’assurer son salut personnel. « Un père est bien misérable, écrit Michel de Montaigne, qui ne tient l’affection de ses enfants que par le besoing qu’ils ont de son secours, si cela se doibt nommer affection : il fault se rendre respectable par sa vertu et par sa suffisance [i. e. son talent], et aimable par sa bonté, et doulceur de ses mœurs. » (Essais, II, VIII) La misère a ses parents héroïques et ses enfants exemplaires, mais s’il n’est plus permis à un père ou à une mère d’exercer sa vertu et son talent pour en donner le goût à ses enfants, alors il ne reste plus que la satisfaction des besoins ; et si les besoins ne sont plus satisfaits, alors il ne reste plus rien qu’un brouet d’amertume à se disputer.

« Nus n’est chaitis s’il nel cuide estre. » « Nul n’est misérable s’il ne croit l’être », lit-on dans Le Roman de la Rose, sous la plume de Jean de Meun (seconde moitié du XIIIe siècle). « Plus d’un gueux qui transporte des sacs de charbon en place de Grève a le cœur si allègre que la peine ne lui pèse en rien ; ces gens-là travaillent avec patience et dansent, et se démènent et sautent, et vont aux tripes à Saint-Marcel, et ne prisent les trésors trois pipeaux : tout ce qu’ils ont gagné et épargné, ils le dépensent à la taverne, puis ils retournent porter les fardeaux, gaiement et non pas avec chagrin et gagnent honnêtement leur pain. » Tant qu’ils sont libres de s’accomplir dans leur métier et qu’ils perçoivent un salaire, les portefaix ont leur part de bonheur terrestre, dans l’ordre inégalitaire de l’Ancien Régime. La République, qui a mis l’égalité au centre de sa devise, paraît avoir à offrir à ses citoyens un espace de réalisation de soi de plus en plus restreint. La reconquête de la maîtrise collective et individuelle du réel, telle que proposée par le FN (Programme Tacite Accepté), s’appuie sur la coercition et la ségrégation à l’égard des plus vulnérables que soi (travailleurs pauvres immigrés, avec ou sans papiers). Elle semble plus facile à mettre en œuvre, pour qui brûle d’une haine pressée de se fixer sur quelqu’un, que cet effort auto-sacrificiel exigé par un président qui sait si mal récompenser le mérite attaché au vrai travail (je persifle et signe). Le slogan retenu par le Front de Gauche – « Prenez le pouvoir ! » – est inepte au sens où il aurait aussi bien pu figurer en lettres noires sur un calicot du FN. Un républicain sincère – et je ne doute pas que Mélenchon le soit – ne peut que désapprouver publiquement ou en son for un appel à l’usurpation qui relève de l’acte de piraterie. Il eût été plus habile et plus honnête d’écrire : « Reprenons le pouvoir ! », d’abord parce que ce n’est pas seulement l’affaire des citoyens constitués en peuple, mais aussi d’un parti, dont Mélenchon est la figure de proue (la première personne du pluriel englobe tous ces acteurs), ensuite parce que le pouvoir a été partiellement confisqué et qu’il s’agit d’en obtenir la restitution, pas de l’usurper. Je suppose que le slogan du Front de Gauche a été longuement débattu, mais a-t-il été pensé ?

Il faut inscrire au registre un nouveau délit, passible de la peine la plus lourde : la fraude à la démocratie. Dans la partie du Roman de la Rose qu’il a rédigée, Jean de Meun place la fraude (le « barat ») à l’origine des inégalités entre les hommes. L’âge d’or de l’égalité s’acheva avec la survenue de Fraude, assistée de Péché et Malheur. Orgueil, Convoitise, Avarice, qui rend l’homme « serf a [ses] deniers », Envie, Pauvreté, Cœur Failli et Taverne se joignirent aux premières calamités. La propriété naquit des désordres qui s’ensuivirent. L’extrait qui vient n’a pas été, à ma connaissance, commenté par Proudhon. Pourtant, on y lit que la propriété, malédiction étendue à la terre, appelle le vol et conduit à l’instauration d’un régime autocratique : « La terre même, [les hommes] la partagèrent et lors de la répartition, ils y placèrent des bornes ; et quand ils plaçaient leurs bornes, à mainte reprise ils se battaient entre eux et se dérobaient ce qu’ils pouvaient : les plus forts obtinrent les parts les plus grandes. Et lorsqu’ils couraient à la poursuite de leur butin, les paresseux, restés sur place, s’introduisaient dans leurs cavernes et leur dérobaient ce qu’ils avaient épargné. Il fallut alors chercher quelqu’un pour garder le logis, arrêter les malfaiteurs et rendre justice à ceux qui s’en plaignaient, et veiller à ce que personne ne l’ose contester. […] Ils élirent parmi eux un grand vilain, le mieux bâti d’entre eux tous, le plus corpulent et le plus haut, et ils le nommèrent prince et seigneur. L’homme jura qu’il leur rendrait justice et défendrait leurs logis, à condition que chacun de son côté, sur ses biens, lui fournisse de quoi vivre. […] Celui-ci tint longtemps cet office. Les voleurs, pleins de malice, s’assemblèrent en le voyant seul, et maintes fois le battirent lorsqu’ils venaient dérober ses biens. Alors il fallut de nouveau que le peuple se réunît : chacun devait tailler dans le sien pour donner au prince des hommes d’armes. » (Traduction d’Armand Strubel) Le principe de l’insécurité organisée était posé.

La fraude, pour Jean de Meun, est donc le vecteur primordial de la chute de l’homme. La fraude à l’intelligence, je l’ai évoquée plus haut. Nous sommes tous coupables de l’avoir pratiquée à un moment ou à un autre, par exemple en substituant le dédain à la critique argumentée. La fraude à la démocratie est le fait de nos élus. Je passe vite sur le caméléon présidentiel, dont les palinodies incessantes découragent jusqu’à ses courtisans les plus mimétiques. Je me concentrerai sur les éléphants et les éléphanteaux du PS (terminologie animalière empruntée aux socialistes eux-mêmes), qui se font déjà un plébiscite d’un rejet annoncé, mais non encore acté, de N. Sarkozy. Comment leur faire comprendre qu’ils se singent eux-mêmes d’une campagne à l’autre et que leurs tours n’amusent plus que les pythonisses des plateaux télévisés ? Comment leur faire comprendre que la ruée vers les prébendes ministérielles (le maire de ma ville négocie depuis un an la sienne, avec l’appui du satrape local) dont ils laissent filtrer le tapage, comme si nous allions nous sentir plus puissants d’avoir été mis dans la confidence du pouvoir, est l’étiage de l’engagement politique ? Comment, en un mot, leur faire comprendre qu’ils ont fait leur temps ? Il est un moyen peut-être, que d’aucuns jugeront désespéré, tant le capital de confiance semble durablement entamé : voter Hollande au second tour de la présidentielle, puisqu’il ne reste plus que cet ersatz à opposer à l’attrape-tout, et voter massivement aux législatives pour les candidat(e)s du Front de Gauche (mammouths du PC exclus). Le ménage sera fait, au moins d’un côté de l’hémicycle. Autrement, la charge des éléphants aura tôt fait d’effacer jusqu’au souvenir du retour du demos dans l’agora.

D’ici-là et pour préparer au mieux la transition vers un autre paradigme, nous devons continuer, dans le douloureux face à face avec notre prochain et notre dissemblable, d’interroger les concepts, d’alimenter l’utopie, de porter le rêve à un degré d’incandescence tel qu’il consumera le réel. Les grands et nobles lutteurs de la politique, ceux qui s’empoignent avec l’ange, ont toujours rendu la réalité tributaire de leur rêve, l’imaginaire étant la scène véritable de la sociabilité. Il ne viendrait à l’idée de personne de qualifier Martin Luther King de songe-creux ou d’opiomane parce qu’il a eu un rêve. Le pasteur des âmes avait compris qu’on ne vaincrait la ségrégation qu’en l’attaquant sur le terrain de l’imaginaire. Sans cette charge interne, la lutte pour la reconnaissance des droits civiques des Noirs américains était vouée à l’échec. L’œuvre de King reste inachevée, comme l’atteste l’affaire Trayvon Martin, mais cet inachèvement ne vaut pas avortement. Il suffisait d’une première pierre, placée judicieusement au cœur de la fabrique des représentations… C’est à cette pierre de touche-là qu’il convient d’éprouver les capacités imaginatives de nos candidats à la présidentielle de 2012. S’il était vrai qu’il ne nous reste que le sang et les larmes, ils seraient fichus de se féliciter d’avoir inventé la compresse et le mouchoir.

 

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137 réflexions sur « Comment les carences du rêve débilitent le réel, par Bertrand Rouziès »

  1. @ Mike.

    Bonsoir, Mike.

    Ce n’est peut-être pas possible dans toutes les disciplines, mais dans la mienne, la littérature, la recherche s’apprend pour une large part. Le commentaire composé et la dissertation, pratiqués intensivement en classe préparatoire, m’ont formé à l’exploration du sens des mots, seuls et en relation, ainsi qu’à l’ordonnancement de la pensée. Mes professeurs, à l’université, m’ont inculqué, l’air de rien, sans y consacrer nécessairement un cours spécifique, la technique du sondage des textes. La préparation de l’agrégation a développé en moi le réflexe de la lecture transversale, qui permet d’aller à l’essentiel en bondissant d’un mot-clé à l’autre. Je ne dis pas que ma propre curiosité n’ait pas joué aussi son rôle, ne serait-ce qu’en m’incitant à lire quelques articles, mémoires et thèses que je savais exemplaires, mais elle avait besoin de solides adjuvants pour pousser son avantage.

    Cordialement.

  2. Bonjour Yoananda.

    Je n’en fais pas un psychodrame, mais il me semblait que vous en faisiez un, car le verbe “détester” est chargé d’un certain lest affectif. Votre proposition de débat est étonnante. Il m’apparaissait que ce blog était justement le lieu idéal. Un débat hors champ ne tiendrait pas compte de l’intérêt que pourraient y prendre les autres commentateurs, qu’ils partagent ou non votre avis. C’est justement la publicité de l’échange – quand celui-ci ne tourne pas à vide, bien sûr – qui le rend légitime, dans le cadre quodlibétique défini par ce blog. Il faut jouer le jeu. Nous ne sommes pas des duellistes. Nous sommes au chevet d’un monde qui va mal par notre faute et il s’agit d’en prendre soin ensemble, en tâchant d’identifier les symptômes et les remèdes. Je tâtonne et propose, comme vous-même. Le “cerveau collectif” avance sur plusieurs pattes, les vôtres comprises. Vous n’avez pas besoin d’être beaucoup plus long que dans votre commentaire d’humeur. Vous êtes plus doué que moi pour la synthèse. Tirez profit de cet avantage. Ou bien, si vous vous sentez plus à l’aise sur votre blog, faites-le dans ce cadre-là et postez un lien spécifique qui y renvoie dans le blog de Paul Jorion. Je vous répondrai dans les deux cas et d’autres pourront se joindre au bal.

    Cordialement.

    1. Bertrand,

      je suis soupe au lait. Il est vrai qu’a la relecture, j’ai exagéré le ton par rapport à l’importance que je donne à cette “affaire” ! lol ce n’est qu’un article sur le web après tout…
      J’ai simplement voulu argumenter/expliciter pourquoi ce genre de discours ne me plaisent pas.

      Je comprends votre étonnement. Mais le débat ne peut pas avoir lieu ici. J’aurais bien voulu. Vous comprendrez si vous me contactez.

      cordialement.

  3. Oh oui! Ecrivez encore…

    C’est l’ oxygène essentiel dans un monde asphixié !!

    Merci………..

  4. C’est impressionnant, ce texte qui fait feu d’artifice dans toutes les directions, mais je n’y comprends rien. Je suis un paysan (enfin, un ingénieur de logiciel, mais c’est bien un peu pareil) j’ai besoin de paroles plus directes, de faits, de solide. Ces trucs super poétiques ou littéraires me passent à des kilomètre au dessus de la tête. Quelqu’un peut décoder ça pour moi, s’il vous plaît?

    Le seul message que je comprends bien là dedans c’est “votez Front de Gauche aux législatives pour que Hollande ne plie pas trop vite ou trop complètement devant la finance”. C’est ça le rêve du titre, celui qui se rattache en conclusion à celui de Martin Luther King? Ou bien c’est le rêve de Hollande que BRL suggère être carencé, et donc condamnerait la réalité future? Je me demande combien de lecteurs du blog décrochent aussi vite que moi en lisant des textes de ce style.

    1. Un ingénieur seulement ingénieur est trop porté sur la gestion du seul présent pour tout comprendre .

      Il peut “synthétiser” ,de son point de vue , le “message” , là où le vrai “appel” est plutôt à garder l’esprit critique et le regard vers des lignes d’horizon plus lointaines .

      Un vrai paysan , qui a aussi le souci du présent , possède cependant davantage , et simultanément ,l’héritage de son passé et la nécessaire projection vers le futur.

      Le poète est d’abord hors du temps pour “débrider” le passé , le présent et l’avenir ..

      Et quand le poète est à la fois paysan , tous les quatre temps se confondent et ça donne une merveilleuse symphonie :

      http://www.youtube.com/watch?v=F9SafY62AOI&feature=related

    2. Bonjour John.

      Chacun a sa lyre pour chanter le monde, mais cela ne dispense pas de chercher à s’accorder au même diapason pour tempérer la cacophonie ambiante. Sans se renier pour autant. Je m’y efforce, à ma mode, qui peut paraître alambiquée, mais qui, je vous l’assure, ne travaille pas à l’être. Je n’ai pas tout à fait raté mon coup puisque vous avez compris l’essentiel. Les références sur lesquelles je m’appuie vous donneront envie, je l’espère, de les explorer vous-même et, pourquoi pas, d’en tirer quelque-chose de différent et de plus clairement exprimé. Pour ma part, je remplacerai votre “ou bien” par “et”. Vos deux interprétations se complètent l’une l’autre. Je ne donne pas exactement des consignes de vote, mais j’indique une stratégie éventuelle, sur les suites de laquelle je ne me fais pas beaucoup d’illusions. Je n’ai pas de grande estime pour le candidat Hollande (je ne connais pas l’homme). Il commencerait à m’intéresser s’il congédiait ses conseillers économiques actuels et rompait avec les barons dont il ménage si complaisamment les domaines d’influence.

      Cordialement.

      1. Bof !

        John aurait finalement et effectivement fait aussi bien .

        Votre lyre est à l’aune de son logiciel .

    3. Même sentiment que vous John … l’impression que 2 lignes aurait suffit pour le message sous-jacent, l’envolée lyrique en moins.

  5. Cher Juan Nessy.

    La synthèse est toujours ingrate, car elle donne l’impression qu’il y a plus de gras que de muscle dans le texte source. Dans un texte pensé, il y a, selon moi, entre deux ou trois idées-forces, une matière interstitielle, un impensé, ou encore une échappée vers un autre texte, un autre espace, qui peut être celui de la critique ou de l’imaginaire. La pastorale de l’écriture, pour filer votre belle métaphore, suit plusieurs sillons à la fois et j’invite John, me semble-t-il, à ne pas suivre celui des seules idées-forces (qui sont “l’essentiel”, dans la lecture transversale, mais pas le “quintessentiel”). Ou je me suis mal exprimé.

    Cordialement.

  6. Ben moi, j’ai trouvé le billet bien fait, mais pourquoi ce découragement…? C’est ça qui nous perd les enfants…
    Je me demande ce qu’il nous faudrait pour être moins abattu… j’sais pas… j’comprends pas… Tout est fichu d’avance, profitons-en pour être désinvoltes, rêveurs et enthousiastes…
    Comme s’il nous manquait quelque chose…
    On serait bien avancé si on avait à endosser l’éternité…

    Pourquoi ce fatalisme…? On a tout à comprendre, tout à imaginer et tout à créer… c’est enthousiasmant ça… qu’est-ce qu’il nous faut de plus…?

    Ou alors, on a peur de mal faire, de ne pas être à la hauteur… mais là encore, j’vois pas le problème… on ne sera jamais à la hauteur… et puis quelle hauteur…? (la barre a été mise trop haut peut-être)…

    Faisons ce qu’on pense devoir faire, disons ce qu’on a à dire, profitons de l’éternité que nous donne chaque instant présent, amusons nous de l’absurde…. et les choses se feront dans la joie et la bonne humeur… sans qu’on ne décide grand chose de toute manière… c’est plutôt comique comme situation…
    Et puis y a les crapules, les idiots, les salopards… c’est comique un salopard… ou alors, je ne comprends plus rien à rien…

    1. @AL

      Je me demande ce qu’il nous faudrait pour être moins abattu… j’sais pas… j’comprends pas… Tout est fichu d’avance, profitons-en pour être désinvoltes, rêveurs et enthousiastes…
      Comme s’il nous manquait quelque chose…

      Il nous faut savoir quitter le monde d’avant sans avoir peur de monde d’après.

      Le plus dur étant pour la génération des 30-50 ans qui ont été formés pour le monde d’avant et qui se retrouvent plongés dans le marasme, sans qu’ils aient été préparés à cela, bien au contraire … vous souvenez vous de la mondialisation heureuse ?

      Le jour où ils constateront que les schémas anciens n’avaient pas que du bon, sans doute accepteront ils plus facilement le fait que l’ancienneté au travail n’apporte pas grand chose, et que finalement, passer d’une entreprise à l’autre ne sera pas forcément négatif pour eux.
      Réserve faite en ce qui concerne l’aménagement de ces nouveaux concepts : durée de transport normale, entreprises bien réparties sur l’hexagone, nombre de logements permettant la mobilité, écoles, crèches etc.

      Ce jour là, ils sauront faire ce que les anciennes générations avaient complètement oublié : vivre pour eux d’abord.

      -> l’intérêt au travail et donc la rentabilité y perdront beaucoup, mais les salariés y gagneront en conditions de vie à l’intérieur de l’entreprise : savoir se dissocier d’elle, et ne pas donner d’aspérité au harcèlement, puisque c’est à l’extérieur de celle-ci qu’ils existeront et non pas par elle. Ce que le patronat veut, il faut apprendre à le lui donner, mais avec méthode.

  7. @edith et AL
    Vous êtes abattus? Vous regardez déjà les lendemains de défaite… à cause d’une élection décevante?!?
    Allons, réveillez-vous, le monde change. Je vous regarde de l’autre bout du monde (Australie) et j’ai un point de vue bien différent.

    Vues d’ici, les élections en Europe cette année sont un des facteurs du futur. Important, mais pas déterminant. Elles résulteront très probablement dans un changement d’équipe à l’exécutif en France et plus tard en Allemagne. Un point très positif (essentiel même).
    Que Hollande ne puisse pas éveiller le rêve et l’enthousiasme, c’est très dommage, cela veut dire que les démagogues ont le champ libre, Marine va s’en payer du bon temps!
    Le personnage Hollande a été construit par la situation, il ne pouvait guère être différent. Le même phénomène va probablement se produire aussi en Allemagne.
    Nous aurons donc des équipes nouvelles, des politiques de départ floues, des pays déchirés, les pilleurs ultra-libéraux seront armés jusqu’aux dents.

    Mais ça, c’est l’élection, c’est 2012. Regardons aussi ce qui se passe d’autre dans le monde, surtout un facteur dont il n’est pas permis de parler en France, et encore moins en période électorale:

    Le réchauffement climatique…
    Non, on n’en parle pas chez nous! Ce n’est pas pertinent. Ça va déchirer le blog!
    Eh bien, je ne crois pas et on verra bien si le modérateur laisse passer:
    – D’ici peu on se demandera avec étonnement comment l’élection présidentielle de 2012 a pu se produire sans que personne ne parle du réchauffement climatique (“changement” climatique, pardon, du point de vue français), sauf en passant pour défendre le parc nucléaire (si Eva en a parlé dans un autre but, personne n’a remarqué.). On s’étonnera qu’on ait pu une dernière fois accrocher l’espoir à “la croissance” sans se faire sortir de la pièce sous les huées?

    Vous aurez du mal à le croire, puisqu’on n’en parle pas chez vous: nous sommes en train de passer du point de vue du climat, un de ces points de non-retour, un de ceux qui nous promettent une dislocation gigantesque de la civilisation occidentale durant ce siècle, rien de moins. Les jet-streams des hémisphères Nord et Sud se sont déjà déplacés vers les pôles, on surveille maintenant le courant du Gulf-stream, celui qui donne a une grande partie de l’Europe son climat tempéré humide, avec inquiétude; la calotte arctique est maintenant très réduite et n’existera bientôt plus en été, relâchant, on ne comprend pas comment, c’est vrai, une quantité inquiétante de méthane dans l’atmosphère et réduisant les réflexions de chaleur d’origine solaire de la Terre vers l’espace, le pergélisol (permafrost) sibérien perd maintenant rapidement du terrain et relâche aussi d’énormes quantités de méthane -là on comprend pourquoi; le glissement des glaciers du Groenland et de l’antarctique accélère promettant une montée de l’océan bien plus rapide que ce qu’on avait calculé auparavant. Bref, on ne pourra bientôt plus fermer les yeux et on s’apercevra que ce qui semblait être l’enjeu de ces élections (plus ou moins d’égalité, plus ou moins de libéralisation des marchés) passe à un second rang de préoccupation.

    Ce fait change toute la donne et, si vous acceptez de le voir, vous comprendrez que tout vaut mieux que les gouvernements européens actuels, otages de l’ultra-libéralisme international. Hollande ne sait pas exalter les rêves? Il n’a pas de vision, il veut accrocher son char à la croissance? eh bien tant pis. Il sera en mesure le moment venu d’approcher dans une Europe changée les problèmes essentiels et d’agir vite pour sauver ce qui peut encore l’être. Sarko ne le pourrait pas.

    (Pour l’étude de ce phénomène, à priori étrange, de déni, je n’ai trouvé qu’un seul très bon livre par un éthicien de chez nous, Clive Hamilton, “Requiem for a species. Why we resist the truth about climate change” Earthscan Ltd, avril 2010. Il est disponible en France, mais malheureusement il n’existe pas de traduction. On peut quand-même retrouver Clive Hamilton dans “Controverses climatiques, science et politique” qui vient de paraître aux Presses de Science Po. Je n’ai pas encore pu me procurer ce bouquin tout récent, mais il pourrait bien être de la même qualité.)

    1. @ John

      Le changement climatique et l’épuisement des ressources naturelles sont toujours présents dans mes réflexions personnelles, même si je n’en parle pas beaucoup.

      D’ailleurs, ne pourrait on pas conclure que la “récession” européenne, et le cures d’austérité amènent à la décroissance, voulue ou non.

      Ce que je regrette profondément dans les décisions politiques, ce n’est pas le fait de ne pas en parler, mais d’agir sans avoir aménagé les conditions de vie des populations, alors qu’il aurait fallu le faire depuis déjà longtemps.

      Ces “coups de barre” brutaux à droite et à gauche ne portent rien de bon en elles, si ce n’est que leurs conséquences seront inévitablement l’accélération de la misère et de la pauvreté et par là même la disparition prématurée d’une bonne partie des habitants de cette planète.

      Puisque rien n’est fait au niveau des pouvrois pour concilier la surpopulation avec les problèmes auxqels nous faisons face, il est utile que chacun se prépare à ces évènements en espérant que des initiatives collectives verront le jour pour mettre en place un cadre où l’intérêt de la planète ne sera pas en opposition avec celui de sa population.

      1. D’ailleurs, ne pourrait on pas conclure que la « récession » européenne, et le cures d’austérité amènent à la décroissance, voulue ou non.

        C’est tout-à-fait vrai, edith. Il faut aussi accepter qu’en dépit des chiffres trompeurs publiés, il y a aussi en ce moment un ralentissement réel de l’activité économique américaine. Ces deux crises ensemble doivent faire légèrement diminuer l’accélération de l’émission de gaz de serre que l’on constate actuellement. Seulement, quand on regarde les chiffres, c’est une goutte d’eau dans la mer.

        Le rapport Stern (2006), cité par Clive Hamilton, donne un précédent qui permet d’évaluer l’effet sur l’émission de gaz de serre d’une crise majeure: L’effondrement économique de l’Union Soviétique en 1989 a conduit à une réduction de 5.2% par an de l’émission de gaz de serre pendant une décennie. Ceci pendant une période où le produit national brut était divisé par 2. Cet effondrement a été accompagné par une misère sociale extrême.

        Les chiffres sont effrayants: Même si tous les pays développés arrivaient à diminuer de 6 à 7% par an (un chiffre plus grand que celui de l’effondrement de l’Union Soviétique) leurs émissions de gaz de serre après 2020, l’année où on espère que, dans le meilleur des cas, leur concentration pourrait atteindre un maximum, on pourrait alors espérer en stabiliser la concentration à 650 ppm.
        Cependant, pour ne pas risquer l’emballement de l’effet de serre on considérait il y a quelques années qu’il faudrait stabiliser ces gaz à 450ppm. On a récemment revu ces chiffres et on considère maintenant 350ppm comme la limite. Nous en sommes aujourd’hui déjà à 390ppm.

        Agiter la croissance comme un miroir aux alouettes pour régler le problème des inégalités dans les pays développés est irresponsable et malhonnête, mais on ne peut pas imaginer que la décroissance seule puisse nous sauver des bouleversements climatiques à venir. Une décroissance aussi brutale déclencherait des dislocations mondiales et des mouvements sociaux violents qui nous amèneraient encore plus vite à la fin de notre civilisation et peut-être à l’extinction.

  8. @Mor & BasicRabbit

    Merci à vous deux pour vos échanges nourris de thomisme et qui m’ont nourri au passage. Que Thomas d’Aquin me pardonne de lui subtiliser son -isme. D’ailleurs, en passant, tous ces -ismes sonnent à mon oreille comme des isthmes, des rétrécissements de la pensée. Aussi, je retire mon thomisme. Je suis sûr que Re-né (“Digenis”) Thom n’apprécierait pas trop d’être digéré de la sorte par les maniaques de la taxonomie. BasicRabbit, attention à ne pas trop en dire – même en protestant de votre incompétence – sur Thom. Bientôt, il ne sera plus utile de le lire. Le blog de Paul Jorion sera le compendium officiel de l’œuvre de René Thom…

    A bientôt pour d’autres aventures thomiennes (cela passe-t-il mieux ?)…

    1. @ BRL
      “BasicRabbit, attention à ne pas trop en dire.”

      Il est vrai qu’à force de citations je vais finir par recopier tous ses bouquins sur ce blog! Je fais du prosélytisme. Ama pour une bonne cause: “C’est [l’activité mathématique] le jeu signifiant par excellence, par lequel l’homme se délivre des servitudes biologiques qui pèsent sur son langage et sur sa pensée et s’assure les meilleures chances de survie pour l’humanité.” SSM, p.321.
      Mais sa veuve (et dépositaire de ses droits?) pourrait avec raison en prendre ombrage. Sans compter l’éditeur.

      “Cela passe-t-il mieux ?”
      Mor m’a quitté grognon. Comme d’hab.

      PS: Croyez-vous que je devrais prendre un garde du corps?

      PPS: Une illumination soudaine! Si vous êtes l’auteur de ce billet, désolé d’avoir un peu pollué la discussion!

      1. Vous avez vu juste. J’ai commis ce billet mais des pollutions nocturnes de ce genre ne sont pas désagréables, si elles font danser les concepts.

  9. @Edith et John

    Merci à tous les deux également pour vos rappels à l’ordre des priorités. Je n’oublie pas ce que le détraquement climatique doit à l’impéritie gesticulatrice des hommes politiques et au je-m’en-foutisme pré-diluvien des nations “développées” (développement des inégalités, oui, du bien-être, à voir) et des nations singeresses qui aspirent à atteindre le même niveau de vie, pardon de nuisance. Je suis né dans une famille d’écologistes de la première heure qui m’ont donné le goût des actions dérisoires (mais tellement fortes symboliquement aux yeux d’un enfant) et pendant si longtemps moquées, telles que le recyclage, la frugalité joyeuse, l’alimentation bio et le combat contre le nucléaire (deux centrales dans notre petit département). La lâcheté ou la complaisance stipendiée du politique, nous connaissons. Aussi, je pense que le réchauffement climatique, le changement ou quel que soit le nom dont on habille une apocalypse qui sera aussi celle des puissances de la Terre, est à traiter en appuyant sur le plus de leviers possibles, dont le levier politique. Ce qui rend la campagne française encore plus vomitive, j’en ai bien conscience… Surtout vue d’Australie. Je connais un peu, grâce au livre de Jared Diamond intitulé Collapse (2005) et aux articles du National Geographic, toujours remarquablement illustrés de graphiques précis et actuels, le “cas” australien, ses dernières forêts primitives abandonnées pour une part notable, alors qu’elles sont classées patrimoine mondial, à l’exploitation féroce de l’industrie du bois japonaise (les Japonais font tout pour ne pas avoir à déforester chez eux), ses sécheresses endémiques, ses incendies monstres, ses eaux parmi les moins poissonneuses du monde et pourtant exploitées, ses terres arables parmi les plus fragiles du monde et pourtant exploitées intensivement, ses espèces autochtones éliminées par les espèces invasives importées d’Europe pour donner un air anglais aux chasses australiennes, son fleuve (le fleuve Murray) vampirisé par les prélèvements de l’irrigation qui n’atteint plus l’océan… La liste est longue. On parle toujours des maux qui accablent le continent africain, sans doute parce qu’ils s’accompagnent d’hémorragies humaines considérables. On omet d’évoquer l’Australie, pays infiniment plus calme, mais menacé comme aucune société humaine ne l’a jamais été – sauf peut-être celle des Mayas aux IXe et XIIe siècle de notre ère. Diamond envisage à mots couverts que l’île-continent puisse devenir rapidement invivable pour l’homme (sans parler des autres mammifères, s’il en reste). Alors, je peux comprendre que l’élection de François Tartempion ou de Nicolas Piontemtart (pion en tarte ?) ait une importance toute relative pour qui se représente l’immensité des défis que l’humanité, par masochisme sans doute ou par ennui (je plaisante), s’est imposés à elle-même, en plus de les imposer à la nature.

    Bien à vous.

    1. Alors, je peux comprendre que l’élection de François Tartempion ou de Nicolas Piontemtart (pion en tarte ?) ait une importance toute relative pour…

      Non, pas relative du tout, surtout pas au moment de cette inflexion de la menace climatique. Dans les démocraties, l’Europe est le dernier espoir de la résistance au néo-libéralisme, cette idéologie qui consiste à accroître les inégalités et à détruire l’infrastructure sociale afin d’accroître le pouvoir d’une “élite” d’argent. Cette élite met tous ses efforts du côté du déni de la menace climatique pour accroître ses gains et son contrôle. Ces élections de 2012 vont être déterminantes. Les élections en France sont les premières et leur résultat aura une influence sur les élections allemandes.

      Je ne vous suis pas du tout non-plus si vous suggérez que ces élections sont un choix entre bonnet blanc et Piontemtart.
      Nicolas est le champion du néolibéralisme, toujours à l’écoute des think tanks de la droite américaine. François ne l’est pas.
      Que François n’ait pas de “rêve” à présenter, qu’il semble ne pas bien comprendre les enjeux, c’est dommage, mais aussi c’est probablement nécessaire pour être élu. Nous ne pourrons prendre l’aune du personnage dans sa réalité politique qu’après les législatives et pendant les premières crises de son quinquennat. J’espère comme vous sans y croire vraiment qu’un vote solide pour la gauche non socialiste aux législatives lui permettrait de ne pas suivre la ligne de plus grande pente. On verra.

      Quant aux dangers écologiques que court l’Australie, ils sont en effet très sérieux et si immédiats qu’une proportion grandissante de la population commence à les voir. Le néolibéralisme a triomphé ici depuis 1975; toute résistance semble futile. A cause de la taille minuscule de notre population nous singeons les tendances majoritaires des grands pays anglo-saxons. Avec le lent déclin de la surpuissance américaine cependant, nous commençons à regarder ailleurs. Quel seront nos alternatives? Aucune si Nicolas reste en place.

  10. « Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change. » Dans le roman de de Lampedusa l’expression “il faut que tout change” signifie simplement que l’objet de ce changement est l’apparence des choses et que le pouvoir qui veut que tout reste tel qu’il est reste le même derrière cette apparence. De toutes les façons, de Lampedusa se trompait. Que tout reste tel que c’est est une impossibilité pratique.

    Sur le rêve: “Il faut toucher l’impossibilité pour sortir du rêve. Il n’y a pas d’impossibilité en rêve. Seulement l’impuissance.” Simone Weil (1909 – 1943)

    1. Bonsoir Ando (si vous êtes encore dans les parages).

      C’est bien dans ce sens que j’ai interprété la formule de Tancrède dans Le guépard. Il y a bien sûr un risque à se persuader que rien ne bouge sous le masque du changement (variation sur le “semper eadem sed aliter” de Schopenhauer) : celui d’enfermer le déroulement de l’histoire dans une roue et d’être soi-même le hamster qui l’actionne. L’affirmation de Tancrède n’offre jamais qu’une vision approximative de l’affaire où il se trouve impliqué. Les révolutions se déroulent rarement comme prévu, même si, pour beaucoup, faute de préparation véritable de leurs artisans (cf. Proudhon), elles aboutissent au rétablissement du système, quoique affublé d’un faux-nez, qu’elles étaient censées abroger. Au vu du résultat, les imprévus sont de peu de poids. Je ne dis pas que dans tout domaine rien ne change. Dans le domaine politico-économique, j’ai bien peur que les faits progressent moins vite que les idées, si tant est qu’ils progressent. Que le changement soit la chose et l’immobilité l’apparence (c’est le renversement que vous proposez), je n’en suis pas si sûr. La théorie de la relativité intervient ici, s’il m’est permis de convoquer Einstein. Tout périt, sauf la mort. L’éternité est dans la fin. La mort est précisément l’obsession du prince Salina, dans Le guépard. Comment se survivre à soi-même quand les référents existentiels et sociaux sont bouleversés ? Lampedusa pense, selon moi, l’immobilité et le changement dans un rapport d’inclusion réciproque. L’immobilité n’est jamais tout à fait immobile, le changement jamais tout à fait mobile. Le tour paradoxal de la formule me paraît proposer une vision complexe du fait humain.

      Quant à la formule de Simone Weil, elle est bien tapée, mais tombe à côté, s’agissant de la qualité de ma propre vie onirique (sans préjuger de la qualité de la vôtre). Celle-ci est tout sauf le lieu de l’impuissance (je me rends compte que je viens d’évoquer les pollutions nocturnes plus haut ; aucun rapport), sauf quand mon impuissance d’homme éveillé me perturbe tant qu’elle se répercute dans mes rêves. Je fais des tas de choses extraordinaires en rêve et je les fais bien, avec talent ; mes capacités sont décuplées et leurs applications, le contexte fût-il farfelu, sont d’une réalité saisissante qui rend fades, en comparaison, les réalisations concrètes dont je suis pourtant le plus fier. Je me réalise autrement en rêve et je peux vous garantir que le plaisir que je prends à rêver parfois (pas assez souvent) est un plaisir vrai, d’une puissante impossibilité. L’impossibilité vigoureuse du rêve m’aide à tenir sans faillir le fil de l’action dans le monde sublunaire. Privé de son secours, j’étais mort.

      Cordialement.

    2. L’aristocratie que représente le prince Salina se persuade qu’en s’alliant avec la bourgeoisie montante, par le mariage de Tancrède, elle va conserver ses privilèges. Ce faisant, elle ne fait que gagner du temps. En tant que vieille aristocratie sicilienne elle va bien disparaître et elle a disparu même si on trouvera bien ici ou là quelques représentants socialement bien placés. Une autre aura pris la place. Conceptuellement c’est la même chose qui perdure, mais l’humus est tout à fait différent. Sur le rêve vous exposez une opinion que vous semblez vivre. Je ne me permettrai donc pas d’en juger.

      Simone Weil (1909 – 1943) que je lis en ce moment dit aussi “L’apparence a la plénitude de la réalité, mais en tant qu’apparence. En tant qu’autre chose qu’apparence, elle est erreur” et “Est bien ce qui donne plus de réalité aux êtres et aux choses, mal ce qui leur en enlève”.

  11. Bonjour Ando.

    Pour le rêve, effectivement, j’évoquais un rapport personnel, mais qui trouve tout de même quelques points d’ancrage dans la lecture qu’en faisaient les Anciens. Je pense entre autres à l’importance considérable qu’a revêtue à la Renaissance le Songe de Poliphile (Hypnerotomachia Poliphili), à ses débouchés dans l’art topiaire par exemple. C’est quand elle confine à l’art que l’apparence devient la vérité des êtres, me semble-t-il. La nature, pour laisser l’homme de côté, fourmille de créatures qui déploient des stratégies de camouflage tellement sophistiquées qu’elles vont largement au-delà de ce que leurs prédateurs peuvent distinguer (voir le papillon Kallima ou la chenille du bombyx du hêtre). C’est presque de l’art pour l’art. Nabokov, écrivain et lépidoptérologiste renommé, a écrit de belles pages là-dessus dans son autobiographie Autres rivages.

    Je suis d’accord avec ce que vous dites de la stratégie de survie du prince Salina et de la part d’incertitude qu’elle comporte. Toutefois, je crois que le mauvais humus reste là et que c’est les plantes qu’ont y fait pousser qui changent, lesquelles finissent par s’y adapter, la bourgeoisie développant les réflexes de la classe aristocratique. L’humus fait l’homme. Je ne parlerai pas de l’exemple bien connu de la mafia, association de gueux parvenus qui a reféodalisé la Sicile. Je ne retiendrai que la période pré-révolutionnaire en France, qui a vu se multiplier les pamphlets contre la féodalité, dont le système était moribond au XVIIIe siècle. Les serfs étaient peu nombreux, beaucoup de droits étaient tombés en désuétude et la petite noblesse rurale s’était notablement appauvrie. Ce que l’on sait moins, c’est que de riches bourgeois – ceux-là mêmes qui seraient les apôtres les plus ardents de l’abolition des privilèges – rachetaient des propriétés aristocratiques en demandant aux notaires de ressusciter les droits qui y étaient attachés. Bizarrement, on évoquait surtout alors les abus des nobles (en forçant le trait si possible). Or, jusqu’à la Révolution, il y a eu aussi une reféodalisation juridique du territoire orchestrée par une bourgeoisie qui voulait marquer sa légitimité selon l’idée qu’elle se faisait des codes aristocratiques.

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