CONTRE TOUTE ATTENTE, par Zébu

Billet invité.

Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle sont maintenant connus.

Avec une grosse tache au milieu du tableau des résultats, celle de la montée en puissance du FN.

‘Contre toute attente’, la stratégie de Marine Le Pen a donc réussi : attirer l’UMP et le gouvernement au pouvoir sur ses terrains de prédilection et opérer une mue stratégique tout en sauvegardant l’essentiel. L’échec de la ‘cornérisation’ du FN par l’UMP et M. Sarkozy est patent.

Pire. En nombre de voix, Marine Le Pen réalise une progression de près d’un million de voix entre le premier tour de 2002 et celui d’hier (900 000 d’avec le second tour de 2012).

Pire encore, en comparaison de l’étiage de 2007, le FN, qui était alors à la limite du dépôt de bilan, a su, en réalisant la ‘transmission de l’héritage du vivant’ entre père et fille faire prospérer la boutique de près de 67% de progression en nombre de voix, et ce en 5 ans seulement.

A dire vrai, le FN peut se payer le luxe de ne même pas être présent au second tour pour monter sur le pavois gaulois qu’il affectionne : il lui suffira d’attendre que la droite tombe comme un fruit mûr, travaillée de l’intérieur par ses propres thèses, travaillée par les dissensions qui se faisaient jour depuis plusieurs mois déjà entre ‘faucons’ et ‘centristes’, travaillée par une crise qui travaille pour elle comme un passager clandestin.

Dès hier soir, le FN s’est donc proclamé logiquement comme le premier parti d’opposition, prenant acte de la probable ‘mort’ politique d’un sarkozysme qui n’a pas eu le temps d’entrer dans l’histoire politique française, sinon pour faire le lève-pied à une extrême-droite qui n’en demandait pas tant.

M. Guaino appréciera …

A fortiori même si M. Sarkozy est réélu (qu’à Dieu ne plaise), le FN se fera fort d’être le faiseur de députés dans les circonscriptions où les députés de droite se présenteront, faisant élire tel ou battre un autre. Il verrait ainsi non sans déplaisir, pendant que le temps de la crise s’écoule imperturbable, un Sarkozy réélu mais moribond, ‘gouvernant’ avec une assemblée nationale de cohabitation, attendant patiemment que les ‘tous pourris’ s’effondrent d’un bloc. Et il y a fort à parier qu’il sera présent dans les luttes sociales, si celles-ci se font jour au troisième tour.

Dès hier soir, Marine Le Pen s’est posée comme l’opposante de M. Hollande qu’elle voit comme probable vainqueur du second tour, non sans avoir fait payé au préalable la livre de chair nécessaire à M. Sarkozy pour obtenir des voix qui lui manqueront de toute façon selon elle, quitte à faire passer in fine un message ‘subliminal’ à ses troupes de faire payer cette livre en premier lieu aux ‘sortants’.

§

A la question ‘Comment a-t-on pu en arriver là ?’, on pourrait substituer la question ‘Comment n’aurait-on pas pu ne pas en arriver là ?’.

D’évidence, les alertes n’ont pas manqué depuis 10 ans. Mais il faudra bien prendre conscience un jour qu’en juin 2012, nous fêterons en France les 30 ans du ‘tournant de la rigueur’, ce tournant qui fut une réponse à une question : l’ajustement structurel par la déflation salariale ou le maintien dans la zone monétaire européenne (et par voie de conséquence, le maintien de la mise en œuvre des politiques néo-libérales menées au nom de l’Union Européenne).

Depuis 30 ans que ce ‘choix’ a été réalisé, quelles que soient les alternances politiques ou même les référendums sur les traités européens, la question est sans cesse éludée ou tranchée, dans le même sens. La crise ‘aidant’ et ses effets sur la société européenne se généralisant, il est donc plus qu’étonnant que d’être étonné de ces résultats, les citoyens les plus touchés ou les plus effrayés ayant désormais des exemples concrets de ce qu’une politique d’ajustement structurel DEFCON 4 au niveau européen donne, notamment en Grèce. La hantise d’être eux aussi assujettis très bientôt à une Troïka qu’ils identifient comme ‘européenne’ (ce en quoi ils ont raison à deux tiers) le dispute à l’envie croissante de sortir coûte que coûte d’une Europe qu’ils perçoivent depuis longtemps comme étant aussi protectrice que la déesse Kali.

C’est là toute l’intelligence de Marine Le Pen et de son staff que d’avoir senti le coup stratégique à réaliser avec sa proposition de sortir de la zone euro, dont l’immense majorité des médias se gaussaient comme improbable, impossible, inconséquente. Sauf que pour une partie croissante de la population française, l’instinct de survie leur commande de ‘sortir’ justement plutôt que de périr noyés ou brûlés dans le grand feu purificateur néo-libéral qu’on leur promet de manière récurrente depuis 30 ans mais maintenant ‘pour de vrai’. On pourra donc raisonner autant qu’on le souhaite, il existe très peu de chances de contrer un phénomène considéré comme instinctif, doublé de surcroît d’une glorification nationaliste, mythifiée par les ors protectionnistes, entonnée peu ou prou par certains.

En face, qu’avions-nous ? En premier lieu, un FG qui a par son combat permis de capter en partie l’expression protestataire, sans lequel le FN aurait sans doute augmenté encore ses voix. Reste que le FG lui aussi n’a pas pu dépasser, malgré sa très forte progression, un ‘plafond de verre’ pour certaines personnes qui auraient pu être tentées de voter pour ce parti par sa proposition d’imposer une renégociation des traités sans dire explicitement s’il menacerait de sortir ou non de la zone euro, tout en prônant l’utilisation de la BCE pour financer les dettes publiques. La stratégie d’affrontement direct d’avec le FN du FG, pour efficace qu’elle fut à un certain niveau, fut néanmoins limitée, en l’absence d’une réponse jugée cohérente sur l’Europe et l’euro par ceux-là mêmes que le FG désirait convaincre. Un MODEM, pro-européiste, engoncé dans un programme d’austérité ‘raisonnable’, comme il existe une agriculture ‘raisonnable’, voué à l’écartèlement entre ‘pro-européens’ et ‘anti-austérité’. Un PS qui annonçait qu’il irait renégocier les traités non pas pour contrer les politiques d’austérité inscrites mais pour y adjoindre des clauses de croissance dont on attend toujours la définition. Et enfin, une UMP qui en la personne de M. Sarkozy décida ‘brusquement’ d’opérer un revirement stratégique sur l’Europe, en promouvant un ‘euro-bashing’ deux semaines avant le premier tour, lui permettant sans doute de récupérer quelques points précieux auprès d’un électorat qui aurait sinon voté FN.

§

Des deux candidats restant en lice, il ne reste que peu de choses à attendre quant à une possible réponse à cette question.

M. Sarkozy dira tout le mal qu’il pense de l’Europe sans rien renier du choix effectué, sans que beaucoup ne puissent lui donner quitus.

M. Hollande défendra son idée d’aller négocier avec ses partenaires européens une inscription dans les traités d’une relance pseudo-keynésienne sans renier le choix effectué, sans que certains ne lui donnent non plus quitus.

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Il y aurait pourtant matière à affronter le FN tout en répondant à la peur viscérale qui saisit l’électorat du FN (et d’une bonne part de l’électorat français et européen).

Cette matière là est néanmoins hautement inflammable.

Elle consisterait à promouvoir une autre idée d’une Europe qui deviendrait protectrice, tout en apportant à la table des négociations la mallette nucléaire.

Une Europe protectrice, qui attaquerait enfin bille en tête la finance, l’ennemi déclaré number one de M. Hollande, avec de véritables armes : interdiction de mouvements de capitaux vers les paradis fiscaux, interdiction des paris sur les fluctuations des prix, suspension provisoire du paiement des dettes publiques pour les pays en difficulté avant que de remettre à plat l’ensemble du système.

Une sortie par le haut du dilemme du prisonnier de l’euro, en lieu et place de rester/sortir, par la création d’une monnaie commune de compensation.

Mais aussi la mallette nucléaire d’une menace de sortie effective de la France de la zone euro, par le biais d’un référendum, en cas de refus de négocier des partenaires européens sur la base des propositions françaises. Cette menace devrait être suffisamment crédible pour que l’Allemagne revienne de son ordolibéralisme effréné à un meilleur état d’esprit, plus ‘coopératif’ disons, permettant ainsi de contrer efficacement l’évident refus du Royaume-Uni sur ces sujets.

§

Ce serait ainsi couper l’herbe sous le pied du FN, qui prospère sur ces thématiques laissées en jachère, par une réponse biaisée à la question qui fâche. Et le mettre en porte-à-faux quant à la réalité de son programme économique et social, clairement libéral bien qu’inscrit sous le haut patronage de l’anti-capitalisme.

§

‘Contre toute attente’, M. Hollande pourrait prendre ce pari, rassemblant protestataires et partisans, anti-capitalistes et tenants de l’économie de marché, européistes et thuriféraires d’une certaine grandeur de la France.

A moins qu’il ne décide de répondre à la question qu’une fois élu.

§

Les deux stratégies sont de toute façon risquées.

Mais nous pouvons l’aider, sur les deux versants.

D’abord en l’élisant, sans être dupes de son absence de réponse quant à la question posée.

Ensuite en lui rappelant, aux législatives, qu’il existe une alternative et qu’il a une responsabilité.

Devant l’Histoire.

§

La pente est rude, mais le chemin le plus court n’est pas forcément celui auquel on pense.

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214 réflexions sur « CONTRE TOUTE ATTENTE, par Zébu »

  1. A la lecture de cet article, je m’interroge : finalement, ici comme dans tous les médias, on crie « au secours, c’est le FN ! », et on se pose la question « mais comment est-ce possible ? »

    Pourquoi tant de rejet ? Parce que le FN est considéré comme un parti d’extrême droite à la limite entre le nazisme et le fascisme, inévitablement et irrémédiablement xénophobe, antisocial, etc. En fait, parce que le FN c’est et ce sera toujours « le FN ».

    Il me semble qu’une telle conception omet une petite variable : le fait que ce n’est pas seulement un parti qui fait des électeurs, ce sont aussi des électeurs qui font un parti, et tout cela est dynamique, il y a des influences croisées et réciproques qui font évoluer et les électeurs et le parti.

    Non, à mon avis, les voix du FN ne sont pas nécessairement celles d’une bande de xénophobes à mettre au ban de la société. Bien au contraire, je pense que ça n’est pas la préoccupation majeure et première de ceux qui ont voté dimanche pour MLP : c’est le seul parti dont les idées économiques sont de renverser le libéralisme sans retomber dans un gouvernement économique de gauche, assimilé à la victoire de l’assistanat.

    Et dès lors, tous les débats sur « comment on en est arrivé là » ou « faut-il aller chercher les voix du FN » se trompent d’objet : il y a peut-être une frange du FN que la xénophobie rend inacceptable, mais la majorité des électeurs de ce parti sont tout à fait susceptibles d’être des partisans d’une partie au moins des thèses développées par exemple sur ce blog.

    Peut-être faudrait-il que ceux qui mettent le rejet du FN sur un plan strictement moral commencent à se poser quelques questions…

    1. Mr Alliot du FN l’a dit lui-même à la télé hier : « l’extrème-droite ne représente qu’une part infime de l’électorat de Marine Le Pen (2-3%) ».

    2. @Mirroir, le 24 avril 2012 à 11 h 57

      Et Stakhanov il était assisté ? Et la Serp c’était l’école émancipée ? Lisez un peu d’histoire avant d’imaginer l’insurrection des moutons dévôts, à franges qui plus est.

      1. @schizosophie 24 avril 2012 à 12:45
        Pauvre Stakhanov, même mort y en a des qui l’exploitent encore : increvable !
        Et pis le charbon est une maladie du mouton.
        Enfin entre l’anthracite, l’anthrax et l’entre-Axes, tu es difficile à lire…Pire y en des qui confondent la serpe et la faucille…

      2. Bon, sous l’invocation de Rosebud1871, en moins crypté.

        Mirroir écrit : « les voix du FN ne sont pas nécessairement celles d’une bande de xénophobes » Si. Les éructations de la fille Le Pen sont très claires à ce sujet pour que ceux qui lui donnent leur voix ne se cachent pas derrière leur petit doigt. Il n’y a pas à tortiller en sondant l’âme ovine, même si je comprends le besoin de se rassurer.

        Mirroir écrit : « il y a peut-être une frange du FN que la xénophobie rend inacceptable ». Même tondus à la serpe et même si la mode capillaire a changé depuis les années 1930, ces moutons sont tout à fait conscients de vouloir édifier une forteresse, ils sont même volontaires.

        Mirroir écrit : « sans retomber dans un gouvernement économique de gauche, assimilé à la victoire de l’assistanat. » Les candidats de gauche n’ont pas proposé d’en finir avec le salariat, même ceux issus des traditions révolutionnaires ; à peine, pour les moins pires, s’est-il murmuré qu’il serait possible de travailler moins longtemps, mais dans les mêmes conditions. Il paraît que la baisse du temps de travail n’est pas électoralement vendeuse, même hors de Suisse.
        .

    3. Mirroir,
      on trouve autre chose aussi dans les médias par exemple ce témoignage sur le blog du monde (cf mon commentaire au dessus du votre) qui dépasse le réflexe que vous dénoncez.
      A force de ne pas oser la remise en cause du cadre, la gauche a laissé des pans de discours/d’électeurs au FN sur la remise en cause du système. Et ces électeurs deviennent ensuite poreux à la xénophobie de ce parti.
      Le « réveil de la gauche » via « le front de gauche » était trop récent pour rattraper la situation.
      La droitisation à l’œuvre à l’UMP ne laisse pas beaucoup d’espoir de renouveau politique.
      Seul espoir, que Hollande ne refasse pas le coup de la rigueur Mitterrandienne.
      sécuriser ce scénario nécessite à mon avis un aiguillon social fort (Syndicats + elections legislatives front de gauche + mouvement social).
      Sinon après ça c’est le processus critique.

    4. Mirroir drapé, de gauche quand vous êtes à droite ou inversement, conformiste vous attisez, vous brûlez, vous vous brûlez brutalement les ailes, « et tout cela est dynamique » faudrait quand même vous instruire un peu, lire et faire lire Gustave Le Bon, Psychologie des Foules, pour vous remettre un peu d’aplomb, sans viser le ring de la rhétorique, un peu de Freud, un peu de contact avec du sentiment, qui fait aux idées une drôle de gueule. La fusion dynamique, votre chef vous la fera payer toujours trop cher (E. Canetti). C’est incroyable comme cette élection fait sortir les émotions tristes!

      1. Bonjour!

        Si cette élection fait sortir « les émotions tristes », il me semble qu’elle porte en elle les germes d’un grand bouleversement politique à venir.
        Le FN d’abord qui ressort vainqueur mais pas autant que l’avait pronostiqué Marine Le Pen depuis un an (passage au 2nd tour notamment).
        Le Front de Gauche d’abord qui, sur le fond, a permis quoiqu’on en pense de relancer un vrai débat sur les valeurs fondatrices de la gauche. Et qui ne représentait que 2 ou 3 pct des électeurs il y a encore un an!
        D’ailleurs il ne faut pas s’y tromper, si le Front de Gauche n’a pas fait autant que prévu, c’est avant tout par un réflexe de vote utile (« cette fois je prends pas de risque, on verra pour les législatives…).
        Colère, protestation, rancœur, désespoir, vu les perspectives économiques et donc sociales à venir, quelque soit le candidat, ça risque d’être agité.

        Bien à vous

  2. « Contre toute attente’, la stratégie de Marine Le Pen a donc réussi : attirer l’UMP et le gouvernement au pouvoir sur ses terrains de prédilection et opérer une mue stratégique tout en sauvegardant l’essentiel. »

    En fait, je subbodore que c’est l’inverse Zebu:
    Le fait que le gouvernement ait repris son « terrain de predilection », et que le Front ait joué sur la fin la concurrence sur ce thème, au lieu de conserver son discours « de mue » sur l’énomie et la finance, cela a fait PERDRE des voix au FN.

    Ceux qui ont voté FN ont voté FN pour les raisons suivantes:

    – position « ferme » sur la laicité
    – position ferme sur le conflit israelo palestinien et rejet de toutes les entreprises neo coloniales françaises menées par le président sortant.
    – mise en évidence de l’échec de l’euro et de la nature de l’UE aujourd’hui, machine à broyer les peuples d’Europe, au service des banquiers, empruntée à Sapir.
    – promotion du protectionisme économique empruntée à Todd.
    – critique de l’anti-racisme comme « idiot utile » ou « fer de lance » du capitalisme mondial, critique empruntée à Soral, ciblant l’initiative mélenchiste. Ce n’est plus « l’étranger mange le pain des français » mais « les patrons encouragent l’immigration et la finance sans frontière, apatride, encourage le communautarisme « , parce qu’elles y ont un intérêt objectif dans le rapport de force qui les oppose aux peuples et aux travailleurs. Ce thème faisait de Mélenchon un « idiot utile » du système qu’il prétend combattre, tout en dédiabolisant le vote frontiste auprès des français d’origine étrangère, puisqu’il s’agissait désormais d’abattre un nouvel ennemi commun.

    Ceux qui ont été dissuadés, alors qu’ils étaient tentés de le faire, l’ont été par:

    – les déclarations de militants et/ou de sympathisants promouvant explicitement une conception ethnique de l’appartenance à la communauté politique.
    – les propos tenus sur l’obligation d’adopter des « prénoms français » (!)
    – les propos sur le manque à gagner de la fraude, qui ciblaient les particuliers, alors que ce sont les entreprises qui en sont majoritairement responsables.
    – les provocations multiples du père, qui étrangement semble avoir agi pour miner la campagne de sa fille vers la fin.
    – les doutes sur l’équipe dirigeante, dont la population ne sait pas grand chose, et qui incitent à la méfiance.
    – les propos scandaleux sur les pillules abortives destinées aux mineures.
    – la montée en puissance du net comme source d’information politique auprès des jeunes, et l’activisme des militants au sein d’un réseau de sites pots de miel (e-lobbying).

    Au final, si il s’était centré sur la problématique soralienne du début à la fin, sans même parler des questions migratoires, le FN aurait fait encore plus de voix.
    La lepenisation des esprits amorcée par l’UMP depuis 5 ans n’a joué qu’un rôle marginal dans cette montée. C’est la composante soralienne, anti-système, combinée avec la sophistication des analyses de Todd/Sapir qui ont fait mal.
    L’idée que le FN avait un discours simpliste (disons plus simpliste que celui des partis de gouvernement »), et que ses électeurs exprimaient simplement un vote de contestation, a franchement vécu.

    Si le FN n’a aucun siège aux législatives, il cristallisera davantage encore l’indignation face au déni démocratique des institutions, et validera le discours du FN comme seul recours contre une démocratie désormais à la botte du système. Pendant ce temps, les sièges obtenus par le front de gauche, voire sa participation au gouvernement, décridibiliseront définitivement sa posture anti-système à lui. A l’heure des choix, le FN apparaitra alors comme le seul recours crédible auprès de la population, ce qui viendra bien assez tôt.
    Ce qui sortira des législatives risque de peser historiquement très lourd.

  3. Tes analyses, Zébu, me paraissent correctes et je les partage pour la plupart, sauf sur deux points.
    Premièrement, le FDG a fait ce qu’il a pu, d’après ce que j’ai vu, contre le FN et n’a pas attendu pour montrer le grand écart idéologique entre une Le Pen anti-capitaliste et une Marine qui ne rechigne pas à payer son écot pour le fonctionnement de l’UE, comme c’était inscrit dans l’avant-dernier programme du FN et qui n’a comme programme économique de fond que les aides aux entreprises, sauf qu’elle les donnerait au PE et TPE.

    Deuxièmement, je ne partage ton avis sur une refondation de l’UE. L’UE est constituée comme des placements à effet « cliquet ». Les traités jouent un rôle cumulatif dans l’avancée vers l’ultra-libéralisme total et il « ferment la porte » derrière eux à chaque fois.
    Par ailleurs, imagines-tu un instant tous ces petits paysans que les émissaires d’Obama doivent aider pour leur fin de mois, en douce, tout d’un coup saisi d’une ferveur républicaine ?…Et l’Allemagne, l’Espagne des néo-franquistes, l’Italie de Monti, le Portugal d’une clique Friedmanienne, tous ces gens saisis par l’envie de remettre l’intérêt général au centre et la Démocratie au coeur ?…
    Sans compter que l’UE est grosse machine. C’est Asselineau, ex haut fonctionnaire, plutôt très à droite, qui a dit qu’elle produisait 300 textes réglementaires par jour. Une telle machine ne s’arrête pas plus qu’une centrale nucléaire. On la stoppe, ou on l’arrête, en l’occurence on la quitte.
    A mon avis, il faudra quitter l’UE et l’Euro. Et c’est un homme de gauche qui te dit ça. Et tant mieux pour l’anticapitalisme. Parce que remettre des barrières c’est pas forcément affamer lespeuples au-dehors, et c’est surtout couper le courant des échanges, du commerce, de la mondialisation; de la dynamique d’exploitation mondiale. Encore mieux si on courant électrique des bourses interconnectées…

  4. Toutes ces analyses, si brillantes et pointues, me rappellent l’aphorisme de S.J. Lec dans ses « Pensées échevelées »: « En approchant de la vérité, nous nous éloignons de la réalité ». Et la phrase de Günther Anders: « On ne mesure pas la puissance d’une idéologie aux seules réponses qu’elle est capable de donner, mais aussi aux questions qu’elle parvient à étouffer ». (L’obsolescence de l’homme, 1956)

    1. @ Pablo75
      Tout à fait d’accord en ce qui concerne la citation de Günther Anders. Pour moi c’est même à ça qu’on les reconnait (souvent trop tard hélas).

      Par contre je ne suis pas d’accord avec ce que dit Lec. Pour moi vérité de Lec=réalité sensible et réalité de Lec=réalité objective. Dès que l’on s’aperçoit qu’elles divergent (là encore souvent trop tard) il faut ama le plus vite possible changer l’idée que l’on se fait (ou qu’on nous a façonnés) de la réalité objective (en s’apercevant au passage que la réalité objective c’est précisément une idéologie).

      1. La seule chose que je comprends à ce que vous dites c’est que vous n’avez rien compris à ce que j’ai dit.

  5. « Avec une grosse tache au milieu du tableau des résultats, celle de la montée en puissance du FN. »

    Les éventuels citoyens lecteurs de ce blog ayant voté FN au premier tour ne vous remercieront pas pour cette insulte gratuite. Les communistes et le FN se disputent la « contestation » depuis longtemps, car ce sont deux partis « extrêmes ». Je conseille de jeter un œil rapide à « The true believer », pour voir ce que je veux dire… Bref, en insultant les gens votant FN, vous ne faites que les conforter dans leur vote. Beaucoup sur ce blog suggèrent que le FN est un partie de haine, et de votre coté vous crachez avec haine sur ce parti et ses électeurs… c’est quand même très ironique…

    Ceci étant dit, votre analyse est pertinente: le FN a fait un bon score car il semble crédible dans sa volonté de protectionnisme, de lutte contre la finance et la mondialisation sauvage. En tous cas, bien d’avantage crédible que Nicolas Sarkozy (monsieur plus-un-mensonge-est-gros-mieux-il-passe), et François Hollande (monsieur la-finance-est-mon-amie-rassurez-vous-messieurs-les-riches)

    Le PS aussi bien que l’UMP sont contrôlés par les « grandes familles riches de France », c’est un fait. Je vous conseille la lecture du livre « Les nouveaux chiens de garde », une illustration parmi tant d’autres de ce qui se passe. Le PS et l’UMP ne peuvent gouverner sans le soutien des médias, sans des soutiens financiers, bref sans le soutien des grandes familles de France. Réalisant peu à peu cela, une partie des français a fait le seul vote qui leur paraissait utile: un vote extrême, vers l’extrême droite ou l’extrême gauche. L’austérité qui s’annonce « à la grecque », servie sauce Hollande ou sauce Sarkozy, très peu pour eux!

    Le plus ironique, le plus « marrant », c’est que notre démocratie qui n’en est pas une va bientôt nous montrer avec brio qu’elle est belle est bien une aristocratie: le FN a fait 20%, le FG a fait 10%, auront-ils à eux deux 30% des sièges à l’assemblée? QUE NENNI ! La loi est ainsi faite qu’aucune proportionnelle n’est prise en compte.

    Ce que je suis en train de dire, c’est que les voix de plus de 30% des français sont sciemment ignorées. Volontairement mises de coté au profit des deux partis « centraux »… partis eux même servilement au service d’intérêts privés.

    Alors non, diaboliser le FN n’est pas une bonne idée. Réfléchir sur les causes profondes et l’amertume de la situation, en revanche…

  6. Aujour d’hui je reviens sur la communication du Front national poste 1° tour…. La dédiabolisation continue et elle est plus inquiétante que jamais … Dans l’interview de MARINE lepen sur France Info ce matin 27/04, il y a un glissement sémentique la naissance du

    marinisme

    , retenez ce terme je pense que c’est la véritable succession du père à la fille… C’est aussi inquiétant vue la personnification de la Pensée autour du Front national. En cela on verra la suite du mouvement On renommera peut-être le FN en partie blue marine ou « parti mariniste ».

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