LE DÉVOIEMENT DE LA DÉMOCRATIE, par François Leclerc

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La vie des professionnels de la politique va dans les mois à venir tourner autour des élections présidentielles. Un enjeu va la dominer : être présent au second tour pour l’emporter contre Marine Le Pen en ralliant les suffrages qui n’en veulent pas. Tel est le rôle de cette dernière, qui présente pour eux bien des avantages.

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LE PIÈGE SE REFERME, par François Leclerc

Billet invité.

Ce qui était annoncé est arrivé. En France aussi, les électeurs ont troublé le jeu à leur manière : ils ont accordé au Front National la première place lors du premier tour des régionales. Du côté des perdants, l’heure est aux calculs pour sauver ce qui peut l’être, ou pour faire barrage par défaut. Mais la mesure de ce qui s’est passé n’est pas encore prise.

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IL EST ENCORE TEMPS !, par Cédric Mas

Billet invité. Au cas où ce billet recevrait une réponse sous forme d’un nouveau billet, la discussion se prolongerait là.

Malgré les élucubrations des uns et les vociférations des autres, la crise économique et sociale est devenue politique puis maintenant institutionnelle. Nouveau signe de la fin d’un modèle de société inadapté aux défis que l’avenir impose à notre espèce, elle ne pourra trouver son terme que par des changements importants de nos modes de pensée, de nos paradigmes. Ce terme en est loin.

Peu importe le résultat du vote de confiance, ni la dissolution, ni la chute de la majorité politique actuellement au gouvernement ne sont des options sérieuses aujourd’hui.

Les institutions de la Vème République, telles qu’elles sont appliquées par ceux qui se disputent aujourd’hui le pouvoir, ont complètement verrouillé toute possibilité de changement pour trois ans encore.

Si le Front National progresse inexorablement, il est encore loin du pouvoir, n’en déplaise à ceux qui ne peuvent tenir ou revenir qu’en survalorisant un prétendu rôle de « rempart » d’un danger qu’ils ont tous participé à alimenter.

Dans cet entre-deux, le système actuel, bien que condamné, montre une résistance qui peut s’évaluer en années.

Il est donc encore temps de se préparer à l’après, et de se mobiliser pour que cet après se réalise.

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La démocratie ne serait-elle pas simplement de proposer des alternatives aux citoyens ?, par Michel Leis

Billet invité. Réponse à Quémander ou définir son pouvoir ?, par Zébu. Au cas où ce billet recevrait une réponse sous forme d’un nouveau billet, la discussion se prolongerait là.

Sans vouloir jouer les rabat-joie, tout cela me rappelle un peu les débats de « Nouvelle donne » : tout le monde saute sur son siège (mail) comme un cabri en criant « La démocratie ! La démocratie ! » La dérive actuelle du pouvoir interrogerait de manière urgente le fonctionnement des institutions.

Cette dérive n’est-elle pas tout simplement celle d’une élite vivant en circuit fermé et se passant en boucle le même programme dans une vidéothèque qui n’aurait qu’un seul film ? Le FN en présentant un programme en apparence différent avec un dirigeant qui s’est construit de toute pièce une virginité politique (!) n’a-t-il pas trouvé la martingale gagnante, au-delà de la stratégie désastreuse des autres partis ?

Pas de démocratie sans un rééquilibrage violent (vu l’ampleur du déséquilibre) avec les 1%. Pas de rééquilibrage sans un programme économique et social d’ampleur… Pas de programme sans une ou plusieurs personnalités pour le porter. C’est bien là que le bât blesse, car dans l’exercice démocratique que sont les élections, ce sont des alternatives qui n’en sont pas (le passager clandestin schizophrène) qui risque d’arriver au pouvoir… Par les urnes !

Réformer les institutions et créer une VIe, une VIIe ou une VIIIe République est une tâche noble, mais elle mobilise l’énergie qui devrait servir à construire un programme alternatif. Le sens de la démocratie ne serait-il pas le rééquilibrage des rapports de forces, afin que chacun puisse faire valoir ses droits, aller sans crainte dans la cité comme à son travail ? La démocratie ne serait-elle pas simplement de proposer des alternatives aux citoyens, plutôt qu’espérer (hypothétiquement) les voir surgir de la base, par le seul miracle de structures et de formes nouvelles. Ce serait un vrai miracle, je vous le dis !

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« Tout seuls, tout seuls, ouais ! ouais ! », par Zébu

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

« Tout seuls, tout seuls, ouais ! ouais ! [1] »

Connaissez-vous la raison qui fait que le PS est au pouvoir, et pas (encore) le FN ?

Elle tient, entre autres, dans la structure même de la détestation des partis politiques par les Français.

Ainsi, si 85% des Français pensent que les partis politiques ne sont pas proches des réalités quotidiennes, ou 82% d’entre eux qu’ils ne sont pas adaptés à la situation du pays, 75% des Français jugent avoir une mauvaise opinion du PS, quasiment à jeu égal concernant le FN (74%).

La différence provient surtout quant à l’opinion entre les deux partis politiques, de la structuration de leurs mauvaises opinions : pour le PS, les ‘très mauvaises’ représentent 27% des réponses quand pour le FN cette catégorie en représente 48%, et les ‘assez mauvaises’ 48% pour le PS et 26% pour le FN [2].

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Arnaud, Benoît, Cécile et les autres, tous les autres…

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Entretien hier samedi d’Arnaud Montebourg accordé au Monde, déclaration de Benoît Hamon au Parisien aujourd’hui, sans compter la sortie du livre (*) de Cécile Duflot à paraître demain, où elle écrit tout le mal qu’elle pense des partis socialistes de droite, Cécile Duflot dont Hamon dit d’ailleurs du bien dans l’article du Parisien.

Il se passe donc des choses ces jours-ci au gouvernement, au Parti Socialiste et dans l’aile gauche d’EELV. L’une des lignes de force apparaît très clairement, car elle est martelée dans cet effort probablement concerté : pourquoi des gouvernements dits de gauche en France se sentent-ils obligés d’appliquer à la lettre et le doigt sur la couture, la politique conservatrice crasse définie par un parti de droite en Allemagne ? Question que ce trio n’est pas le seul à se poser et dont je ne serais pas surpris que 80% ou 90% des Français se la posent aussi.

On en saura davantage dans la journée, puisqu’il y aura des discours prononcés à la Fête de la Rose à Frangy-en-Bresse par les deux premiers susdits et par d’autres, ceux que l’on appelle désormais les Frondeurs du P.S.

La France se réveillera-t-elle différente lundi matin ? Il est trop tôt pour le dire, mais le PS se réveillera sans doute différent puisqu’il y aura très certainement une voix de gauche à nouveau audible au sein de ce parti. Le fait que le Front National s’en affole à l’avance est en soi rassurant, lui qui trônait depuis quelques années sur son OPA réussie bien qu’illégitime, sur les idées de gauche. Prudence quand même : on reparlera de tout ça lundi matin, pour dire si le soufflé est déjà retombé ou s’il se passe vraiment quelque chose au sein de la gauche en France.

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(*) De l’intérieur. Voyage au pays de la désillusion (Fayard)

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Sondages sans surprise, par Michel Leis

Billet invité.

Le dernier sondage IFOP qui place Marine le Pen en tête du premier tour de la présidentielle en 2017 est juste une confirmation d’un scénario largement prévisible.

En avril 2013, j’écrivais dans un billet :

Avec un taux d’abstention élevé, porté par un rejet de la politique grandissant (et l’on ne peut que se désespérer de la conduite des partis de pouvoir actuels), un parti qui réalise entre 20 et 25% des voix peut très bien se retrouver au second tour si sa capacité de mobilisation est plus forte que celle des partis « concurrents.

D’ores et déjà, les conditions qui avaient permis l’arrivée au second tour de Jean-Marie Le Pen me semblent largement remplies ».

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La presse, le beurre et l’argent du beurre, par Jeanne Favret-Saada

Billet invité. À propos du journal Le Monde, l’éditorial en ligne a rectifié le tir aujourd’hui dans la journée : Jean-Marie Le Pen rappelle à sa fille d’où vient le Front National.

Dans une vidéo publiée sur le site du FN, Jean-Marie Le Pen s’en est pris, d’une part à des artistes goyes anti-FN (Noah, Bedos père et Madonna), et d’autre part au seul juif du lot, Patrick Bruel. A propos duquel il a précisé : « On fera une fournée la prochaine fois ».

Aussitôt, deux membres éminents du FN l’ont critiqué, tout en niant qu’on doive nécessairement conclure à de l’antisémitisme. Louis Aliot, le gendre : « C’est une mauvaise phrase de plus. C’est stupide politiquement et consternant ». Gilbert Collard, le compagnon de route a fustigé « ces cabrioles avec les mots qui font vraiment des bleus à l’âme », et lui a suggéré de prendre sa retraite. La vidéo a été retirée du site. Marine Le Pen, la fille, a ménagé la chèvre et le chou : d’un côté, parler de « fournée » est une « faute politique » ; de l’autre, le sens donné aux propos de son père relève « d’une interprétation malveillante. »

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Qui donc « les Français » intéressent-ils encore ?, par Jeanne Favret-Saada

Billet invité.

Vendredi dernier, 6 juin, le Parisien a publié un sondage BVA sur les opinions des Français relatives aux deux questions du moment : qui voudraient-ils comme président de l’UMP ? Et lequel de ses leaders serait le plus apte à faire barrage au Front National ?

La première question veut éclairer le problème de la succession de Jean-François Copé, dont on se souvient qu’il a démissionné de la présidence le 27 mai dernier, ainsi que son bureau, devant le scandale Bygmalion. Avec le soutien des cadres non sarko-copéistes du parti, il a été remplacé par un triumvirat provisoire (Juppé, Raffarin, Fillon), et mardi prochain 10 juin, un bureau politique tranchera la question de la gouvernance jusqu’au congrès, prévu pour le 12 octobre. La seconde question portait sur le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle de 2017, mais elle comportait deux présuppositions surprenantes : 1. « Les Français » voudraient « faire barrage au Front National », et 2. L’UMP, tout autant.

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MON GRAIN DE SEL SUR LA MONTÉE DU FN, par rienderien

Billet invité.

On nous dit que le FN obtient ses meilleurs scores chez les jeunes et les ouvriers.

Quand depuis deux générations, les ouvriers qui n’ont que leur force de travail pour subsister et éduquer leurs enfants subissent le « séisme », le choc, le big bang, du chômage structurel.

Quand les ouvriers, ceux qui n’ont pas d’avenir dans le monde du plus fort, vu la meilleure compétitivité d’un plus pauvre quelque part dans le monde, défendus par des syndicats qui n’ont rien vu venir depuis quarante ans, occupés à ripoliner les murs pendant que le toit s’effondrait.

Quand les enfants de ces ouvriers, ceux que l’école a laissé en bas, à côté, à la marge, rejoignent les 20% d’illettrés par classe d’âge à la fin d’un cycle de plus de 10 ans d’enseignement !

Quand ces invisibles, les assistés, nommés « cancer de la société », ceux qui mangent des chips tranxénisés sur leur canapé, coincés entre un écran plat acheté à crédit et un tancarville, pendant que la bonne pensée mange bio, pollue renouvelable, voyage éthique, et achète équitable.

Quand festoient dans des mondes parallèles ces autres très sollicités de fondation en fondation, pendant que nous courons après des voleurs de poules alors que le renard est dans le poulailler.

Quand la démocratie exclut la colère, la haine prend la place de la démocratie.

Espérons une prise de conscience de la classe politique pour entendre son peuple, au lieu de diaboliser des ennemis que c’est elle qui engendre.

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