Archives par mot-clé : Jérôme Kerviel

rtbf, MATIN PREMIÈRE, 5/5 de Marie Vancutsem dans le 5-7, mardi 8 octobre à 5h45

Deuxième épisode : L’affaire Kerviel – le scandale du LIBOR.

Marie Vancutsem reçoit cette semaine l’anthropologue Paul Jorion, observateur avisé du monde de la Finance.

Toute cette semaine nous balayons large : bilan 5 ans après le déclenchement de la crise, perspectives, alternatives possibles – ou non – au capitalisme tel qu’on le connait aujourd’hui. Ce matin, on va regarder de près les liens entre Finance et Justice. Des liens complexes, influencés par des enjeux majeurs. C’est donc ce que l’on voit tout de suite, avec Paul Jorion.

Le podcast est ici.

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RETOMBÉES DE L’AFFAIRE KERVIEL : LES BANQUES « SYSTÉMIQUES » ET LES PRODUITS DÉRIVÉS REMIS EN QUESTION

Le 4 avril 2008, je publiais ici un billet intitulé : « Kerviel et la faute a pas d’chance », dont les dernières lignes disaient ceci :

« Alors, si c’est la faute à pas de chance, est-ce qu’il ne serait pas temps de ficher la paix à Jérôme Kerviel ? »

Un livre qui vient de paraître m’encourage à aller beaucoup plus loin encore dans la même direction.

Dans Antifragile. Les bienfaits du désordre (Les Belles Lettres 2013 [1]), dans le cadre d’une discussion relative à la relation entre taille et fragilité, Nassim Nicolas Taleb, consacre un bref paragraphe à l’affaire Kerviel. Il écrit ceci à propos du débouclage de la position de Kerviel le 21 janvier 2012 :

« Une liquidation de 70 milliards de dollars aboutit à une perte de 6 milliards de dollars. Mais une liquidation d’un dixième de cette taille, 7 milliards de dollars, n’entraînerait probablement aucune perte, car les marchés absorberaient ces quantités sans paniquer, peut-être même sans le remarquer. Cela nous dit donc que si, au lieu d’avoir une très grande banque, avec M. Kerviel en franc-tireur du trading, nous en avions dix de taille plus modeste, chacune possédant respectivement son M. Micro-Kerviel qui mènerait son activité de trader en franc-tireur et dans son coin à des moments imprévus, le total des pertes des dix banques serait quasiment nul » (pages 341-342).

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LE SOIR, Condamnation de Fabrice Tourre : l’arbre qui cache la forêt, le samedi 3 août 2013

Un entretien avec Dominique Berns, dans le quotidien belge

Anthropologue de formation, docteur en sciences sociales de l’ULB, Paul Jorion a travaillé une dizaine d’années dans le monde de la finance américaine et fut l’un des premiers à découvrir la bombe des « subprime » avant qu’elle n’explose. Aujourd’hui détenteur d’une chaire à la VUB, il écrit et tient un blog très suivi (www.pauljorion.com).

Q : Fabrice Tourre a été jugé coupable. Votre réaction ?

R : On a pris cette mauvaise habitude de désigner comme victime expiatoire un responsable situé pas trop haut dans la hiérarchie. En France, c’est ce qui s’est passé avec Jérôme Kerviel (NDLR : le trader qui a fait perdre 4,9 milliards d’euros à la Société générale). On refuse de désigner les vrais coupables, ceux qui ont pris la décision de mener ces politiques. Dans le cas de Fabrice Tourre, c’est une façon de ne pas traiter la question qu’on veut éviter depuis 2008, celle des banques systémiques, beaucoup trop grandes, et dont les mauvaises décisions font peser un risque sur l’ensemble du système.  On fait alors sauter les fusibles.

Q : Pour vous, Goldman Sachs aurait dû être sur le banc des prévenus…

R : Il n’y a aucun doute que la politique appliquée par Fabrice Tourre était celle de Goldman Sachs, qui a d’ailleurs accepté de payer une amende très, très importante (NDLR : 550 millions de dollars) pour faire cesser les poursuites à son encontre. De nombreux articles de presse, mais aussi le livre de Michael Lewis, The Big Short (publié en français sous le titre Le casse du siècle) ont décortiqué la stratégie de la firme. Face à la crise des « subprime », Goldman Sachs a essayé de se refaire, comme on dit au casino.

Q : Pour la Security and Exchange Commission (SEC, le régulateur américain des marchés financiers), Goldman Sachs et Fabrice Tourre ont en effet conçu et vendu à certains de leurs clients un produit financier, Abacus 2007, contre lequel voulait spéculer un grand fonds spéculatif, le Fonds Paulson… sans le leur dire. Puisqu’il fallait que des gens parient à la hausse pour que Paulson puisse parier à la baisse.

R : Et à qui ont-ils vendu ce produit ? A des gens mal informés : la banque régionale allemande IKB, ABN Amro… Le timing est essentiel. Car il faut rappeler que si l’homme de la rue date la crise financière de septembre 2008, les problèmes commencent en février 2007, un an et demi auparavant. Et des Goldman Sachs, des Paulson en sont très vite conscients. Mais il semble que les magistrats, soit n’ont pas les compétences suffisantes pour comprendre les exposés techniques nécessaires quand il s’agit de leur expliquer ces produits financiers, soit – et ce serait beaucoup plus grave – sont de mèche avec l’establishment financier, parce que la « raison d’État » exigerait qu’on ne remette jamais en question la direction de ces grandes banques, dont l’insolvabilité ne tient effectivement qu’à un fil.

Q : Dans l’affaire Tourre, c’est la SEC elle-même qui a proposé une transaction à Goldman. Sans doute parce qu’un procès contre la firme était loin d’être gagné d’avance… Une occasion manquée ? Une mauvaise excuse ?

R : Un procès contre Goldman serait certainement difficile en raison de la dérégulation qui a eu lieu et parce que la plupart des décisions douteuses sont conformes à ce que préconise la « science » économique. Mais cela ne justifie pas que l’on se tourne uniquement vers des personnes du troisième ou du quatorzième rang. D’autant que les dossiers qui conduisent au versement d’une amende, comme celle qu’a payée Goldman, sont extrêmement bien construits.

Q : Les agences de notations sont également en arrière-fond du procès Tourre. Elles avaient, rappelons-le, donné la meilleure note, soit le « tripe A », au produit Abacus 2007…

R : Elles savaient qu’il n’y a pas de méthodes fiables pour déterminer la notation de ce type de produit ; elles l’ont reconnu quand elles ont été mises sur la sellette en 2008-2009. Mais elles étaient en concurrence les unes avec les autres et savaient bien que si elles ne notaient pas le produit, un  concurrent le ferait et leur prendrait des parts de marché.

Q : Un mot sur l’affaire Kerviel. Pour vous, Jérôme Kerviel n’est pas le trader malveillant qu’a décrit la Société générale ?

R : Non. C’est, au départ, une affaire banale. Très rares sont les bons traders : il y en a 5%, ou peut-être seulement 1%, qui font carrière. Mais, au début, certains peuvent être chanceux, car que vous pariiez à la hausse ou à la baisse, vous avez 50% de chance de viser juste. C’est pourquoi votre employeur bâtit directement un dossier contre vous, car dans ce métier, on enfreint généralement les règles. De sorte que le jour où la chance vous quitte, quand vos pertes atteignent 20 ou 30% de vos gains, il puisse vous dire d’aller voir ailleurs.

Q : Dans l’affaire Kerviel, la Société Générale fait état d’une perte de 4,9 milliards d’euros…

R : Jérôme Kerviel avait fait gagner un milliard et demi à la Société Générale. Mais le jour où la banque a voulu déboucler les positions qu’il avait prises était l’un des pires dans l’histoire boursière. La perte a été considérable et la SocGen a décidé de transmettre le dossier à la justice. Pourquoi ? Pour être remboursée par l’État – donc par le contribuable français – à hauteur de 1,7 milliard (NDLR : en France, une banque peut récupérer un tiers de ses pertes si celles-ci résultent d’une action frauduleuse). Le procès Kerviel a été une autre occasion manquée de mettre en cause un système qui a déraillé…

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 2 AOÛT 2013

Sur YouTube, c’est ici.

Lampistes et autres lanceurs d’alerte

NSA = National Security Agency

Le risque systémique des établissements financiers trop gros pour ne pas entraîner tout le système à leur suite en cas de pépin ne se règle ni en traînant en justice puis en condamnant des lampistes, ni en couvrant de louanges les banques trop grosses et en les appelant “banques universelles”, mais en les démantelant comme ce fut l’opinion exprimée unanimement en octobre 2008.

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LA RAISON D’ÉTAT, COMMENT NE PAS ÊTRE POUR ?

… mais quand même !

L’emploi c’est essentiel. C’est pourquoi avant de critiquer une usine de bombes à fragmentation, il vaut mieux tourner sept fois sa langue dans sa bouche. Tout le monde est d’accord là-dessus.

Le crédit aussi c’est essentiel. C’est pourquoi on a besoin des banques. Et il est parfois nécessaire de fermer les yeux sur des pratiques du secteur bancaire qui pourraient heurter les sentiments si le climat économique était favorable…

Je ne vous rappelle pas qui est Fabrice Tourre (je ferai le point de son procès dans les jours qui viennent ; ne me faites pas dire qu’il est l’un des principaux héros de La survie de l’espèce, je le nierais farouchement !) mais si vous voulez vous rafraîchir les idées sur ce brillant commercial de chez Goldman Sachs, relisez donc ceci, qui date de trois ans très exactement.

Ordoncques si l’on en croit le Wall Street Journal en date d’hier :

Le juge Katherine Forrest du district Sud interrompit brutalement Pamela Chepiga, à la tête de l’équipe d’avocats de M. Tourre, après que celle-ci lui ait demandé qui chez Goldman Sachs avait passé en revue le document qui serait envoyé aux investisseurs éventuels [du CDO synthétique] Abacus.

“Stop”, lui enjoignit la juge Forrest, qui demanda au jury d’ignorer la question et de faire une brève interruption.

Tss ! tss ! si ça continue comme ça, on finira par se croire en France au procès de Jérôme Kerviel ! Le secteur bancaire, c’est fragile, on le sait bien, et on en a tous besoin, mais enfin, si l’on décourage trop le peuple de croire en une justice qui ne soit pas uniquement concernée par la raison d’État (identifiée aux intérêts de la finance pour une raison qui reste à éclaircir), tout cela pourrait très mal se terminer !

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Kerviel est innocent, non qu’il n’ait commis aucune faute, mais parce qu’il a été laissé libre de faire n’importe quoi dans un système criminogène, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Les faits qui sous-tendent l’analyse suivante sont tirés du rapport de l’Inspection Générale de la Société Générale publié début 2008 après l’annonce des pertes de Jérôme Kerviel.

L’affaire Kerviel est malheureusement pour la personne éponyme déférée devant la justice un scandale systémique. La faute de Jérôme Kerviel est d’avoir fait déraillé le train de la spéculation du côté opposé à celui recherché par les propriétaires privés du système financier.

La réglementation financière du comité des banques centrales dit de Bâle est conçue pour allouer les primes de risque à la caste politico-financière présumée omnisciente. Les réglementations définissent des fictions de risque pour dissimuler le vrai risque : la captation du prix des biens communs par des intérêts privés. Les entreprises globalisées développent leurs activités dans un faux système qui rémunère le « story telling » et non le vrai travail de production de biens et services effectifs.

Les vrais risques issus de l’organisation des entreprises et des marchés, du fonctionnement des sociétés et des États sont camouflés dans des fausses mesures réglementaires. En respectant scrupuleusement la réglementation formelle, la caste politico-financière détourne la réalité à son profit. Elle rémunère le faux travail et assure par le capital financier des risques sans réalité objective qui justifient de fausses primes.

Le système de contrôle interne de la Société Générale était et est toujours parfaitement conforme à la réglementation et aux bonnes pratiques. Tous les verrous, délégations, limites de risque, procédures, contrôles et sécurités informatiques sont strictement conformes à la logique et à la lettre du système. Dans les faits, la production réelle de risques est non mesurable ; elle fait écran à la réalité de l’état de droit.

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À Madame Batho, et aux femmes et hommes politiques de bonne volonté, par Francis Arness

Billet invité.

Nous sommes à un moment crucial, à un tournant politique majeur où la majorité de la population et une partie non négligeable, même si minoritaire, des classes dirigeantes et responsables de bonne volonté – y compris dans le monde politique -, prennent conscience du caractère sans retour de la crise économique si le néolibéralisme continue de faire des ravages – même sous sa forme pseudosociale, comme avec le gouvernement actuel. Face à cette révélation du réel, le système se rigidifie. Nos dirigeants politiques en font de même – à part ceux qui, de bonne volonté, font ce qu’ils peuvent, ou bien sont dans des compromis erronés qui mènent directement à la victoire de la droite dure, si ce n’est extrême, en 2017. Cela ne présage rien de bon, alors que la tentation néoautoritaire, à moyen terme, nous menace, et qu’il nous faut opérer au plus vite, en France et en Europe, un tournant néodémocratique permettant au niveau mondial de stabiliser la situation économique et de mettre en place une politique du grand tournant [1].

C’est dans ce cadre élargi que nous devons considérer l’ensemble des événements qui ont lieu de nos jours et qui ne cesseront de se multiplier. Parmi ces événements, l’on trouve les lancements d’alerte en ce qui concerne la fraude fiscale et la surveillance généralisée. Dernièrement, l’on trouve aussi la censure de l’Affaire Bettencourt contre Mediapart – qu’il nous faut soutenir avec le plus de force possible. L’on trouve encore la révélation – toujours par Mediapart – du caractère hautement problématique des termes du procès contre Kerviel.

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L’« Affaire », avec ou sans Jérôme Kerviel, par Zébu

Billet invité.

« L’armée pouvait lui sembler une vaste famille, aux certitudes claires, et qui assurait, sur un trajet bien tracé, un destin organisé. Surtout, les valeurs que l’armée paraissait incarner – la patrie, l’honneur, l’ordre, la hiérarchie – étaient déjà les siennes. Quand Alfred Dreyfus décide de préparer l’Ecole Polytechnique, il y a entre le métier des armes et lui de fortes connivences. Il suit sa vocation autant qu’il tient son serment d’enfant. » (Jean-Denis Bredin, « L’Affaire », p. 24).

D’emblée, il faut l’affirmer : Kerviel n’est pas Dreyfus.

D’abord parce que ce serait faire injure à la mémoire du capitaine, qui était entièrement innocent parce que totalement étranger aux manipulations, mensonges, crimes, faux et autres opacités que les véritables coupables souhaitaient le voir endosser en lieu et place d’eux-mêmes, sous couvert de sauver la patrie, l’armée, l’ordre et les valeurs qu’ils étaient censés incarner alors.

Jérôme Kerviel, de ses propres non pas aveux mais analyses, se reconnaît et exige même qu’on lui reconnaisse sa part de responsabilité, la sienne propre, celle d’un être humain devenu, consciemment ou non, rouage d’une machine qu’il aidait à faire tourner et qui fut écrasé pour sauvegarder la machine.

S’il est innocent, c’est bien parce qu’il est victime de crimes dont on l’accuse mais pas de ceux dont il se dit lui-même être responsable. C’est donc un monde qui sépare ces deux hommes, autant que ne pouvait l’être le bras de mer qui séparait l’Ile du Diable du continent en Guyane.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 5 JUILLET 2013

Sur YouTube, c’est ici.

La conférence de presse de Delphine Batho. Jérôme Kerviel devant les prud’hommes. Refus d’asile politique pour Edward Snowden en France. Interdiction faite à Mediapart de mentionner les enregistrements relatifs à l’affaire Bettencourt.

– Blog de PJ : La lettre de Jacques Seignan au Président de la République, le 5 juillet 2013

Mario Draghi (Banque centrale européenne) et Mark Carney (Banque d’Angleterre) : les taux d’intérêt ne monteront pas dans un avenir prévisible.

De la chenille au papillon.

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KERVIEL CE MATIN DEVANT LES PRUD’HOMMES

Vous trouverez sur le site La plume d’Aliocha, un compte rendu de la parution ce matin de Jérôme Kerviel devant les prud’hommes, intitulé Au Bar des Gamins. Le billet est excellent. On y lit aussi ceci :

Pour [Jean-Luc Mélenchon], c’est sûr, Kerviel et Dreyfus, même combat.  Il a ouvert la voie, d’autres politiques se rallient à la cause Kerviel. Julien Bayou, d’Europe Ecologie Les Verts, dès le 21 juin, Gérard Filoche, PS, puis Clémentine Autain le 28 juin. Sans compter les associations, type ATTAC et Sauvons les riches qui annoncent leur ralliement via le comité de soutien de Jérôme Kerviel la veille de l’audience. Même l’économiste vedette de la toile rebelle, Paul Jorion, prend fait et cause pour Jérôme Kerviel en sortant sur son blog le billet d’un anonyme qui explique en quoi Kerviel est le Dreyfus d’aujourd’hui. L’affaire Kerviel était morte, la voici soudain ressuscitée. Si ce n’est pas un plan com’, ça y ressemble.

J’ai voulu réagir, d’où l’échange suivant à l’instant :

Excellente analyse, excellent billet. Juste une remarque :

“le 4 juillet 2013, dans un café du 10ème arrondissement situé quai de Valmy, le co-président du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon et le célèbre trader Jérôme Kerviel ont déclenché le mouvement de résistance qui allait entraîner l’explosion de la finance mondiale et du système capitaliste”

L’explosion de la finance mondiale et du système capitaliste n’ont besoin de l’aide ni de J-L Mélenchon, ni de J Kerviel : elles poursuivent leur petit bonhomme de chemin, avec un petit coup de pouce (tout à fait involontaire !) ici et là du fan club précisément de la finance mondiale et du système capitaliste.

Commentaire par Paul Jorion – 04/07/2013 @ 19:27

@Paul Jorion : la conclusion est au second degré. Je pense qu’il faut travailler sérieusement et faire preuve d’une grande lucidité ainsi que d’objectivité pour combattre utilement les dérives de la finance. Ce n’est hélas pas ce que j’ai vu ce matin. Ce matin, j’ai vu des gens qui ne connaissent rien au dossier et qui livrent de mauvais combats. Dire que Jérôme Kerviel est innocent est absurde vu qu’il admet lui-même avoir franchi les bornes dans des conditions pénalement répréhensibles. Il fallait dire : Socgen aussi coupable que son trader, le trader a été condamné, voyons maintenant ce qu’il en est de cette banque et de toutes les autres. Et ensuite mettre les mains dans le cambouis du dossier pour apercevoir les failles du contrôle interne, l’absence de management, la culture fric, la déconnexion totale de la réalité, les montants faramineux, les produits financiers mortels, le boulot absurde des services de contrôle qui appliquent des process aberrants etc, etc. En fait de quoi on alimente l’hypothèse absurde d’une complicité interne et la théorie du complot. Niais, à côté de la plaque, inutile. Pire qu’inutile, pendant qu’on s’agite après des moulins à vent, les vrai problèmes restent en stand by. Jean-Luc Mélenchon sert ici la cause de la finance mieux qu’ elle-même ne saurait en rêver. Mais bon…

Commentaire par laplumedaliocha – 04/07/2013 @ 19:37

Petite précision : je dis bien combattre les DERIVES de la finance, pas la finance elle-même qui, comme chacun sait et tant qu’on vivra dans ce système est indispensable à l’économie.

Commentaire par laplumedaliocha – 04/07/2013 @ 19:38

Tout à fait d’accord : cela n’a aucun sens de dire “Kerviel innocent”, alors qu’il a lui-même écrit un livre (L’engrenage, Flammarion 2010) expliquant sa culpabilité. On me dit que chaque fois que quelqu’un dit : “Kerviel innocent”, il faut comprendre : “Kerviel innocent… d’un point de vue strictement pénal !”, mais dans ce cas-là, on ne peut pas se contenter de le sous-entendre : il faut le dire explicitement. La culpabilité de Kerviel, c’est d’avoir enfreint les règlements intérieurs d’une firme. Point barre.
Dans l’un de mes billets sur mon blog en 2012, pendant le procès en appel, je disais en substance : “Soit, juges complètement débiles, incapables de comprendre une explication pas trop compliquée pourtant, soit juges alignés sur la *raison d’État* = si SocGen tombe, c’est la France qui tombe, DONC Kerviel coupable”. Le problème là, c’est qu’on n’arrête pas de nous vendre depuis 2007 la camelote suivante : “Les intérêts des top 1% = la raison d’État”, et là il faut mettre le holà : ou bien on est en 1788 avec une aristocratie complètement irresponsable et corrompue, ou bien on n’y est pas. Si on y est, il faut en tirer les conclusions qui s’imposent.

Commentaire par Paul Jorion – 04/07/2013 @ 20:19

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UN RAPPROCHEMENT KERVIEL / DREYFUS A-T-IL UN SENS ?, par Zébu

Billet invité.

Peut être davantage qu’on ne l’imagine aujourd’hui.

Même si la comparaison ne s’impose pas au premier abord entre l’affaire Kerviel et l’affaire Dreyfus, on découvre aisément des thématiques communes par-delà les dissemblances :

– la corruption et la vénalité des acteurs d’un système mis ‘hors-sol social’, comme l’armée l’était après 1870 et la défaite de Sedan, comme la banque l’est dans l’après 2008 : un système se concevant comme en-dehors de la loi commune

– la désignation d’un bouc-émissaire pour mieux masquer les défaillances de certains, membres à part entière, eux, de ce système : Dreyfus hier comme parvenu juif et alsacien, Kerviel aujourd’hui comme parvenu trader breton, produit du simple circuit universitaire. Ni l’un ni l’autre ne sont issus du ‘sérail’ mais de la méritocratie, en ayant gravi les échelons pas à pas, mais sans pouvoir dépasser les grades intermédiaires (capitaine, trader)

– la haine, raciale hier, sociale aujourd’hui : Kerviel ne disposait pas des réseaux qui auraient dû accompagner le ‘niveau d’investissement’ que lui avait autorisé le top management de la Société Générale. Kerviel était facile à ‘carboniser’, comme l’était le ‘petit juif alsacien’ : de fait, son ‘immolation’ ne fit pas beaucoup de remous en interne comme ce fut le cas pour Dreyfus de 1894 à 1897 (on peut imaginer que ses positions auraient été ‘débouclées’ avec davantage de discrétion s’il avait été polytechnicien…)

– la gestion médiatique de l’affaire, qui suit les méandres judiciaires avant qu’ils ne deviennent (peut-être ?) politiques

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