UN RAPPROCHEMENT KERVIEL / DREYFUS A-T-IL UN SENS ?, par Zébu

Billet invité.

Peut être davantage qu’on ne l’imagine aujourd’hui.

Même si la comparaison ne s’impose pas au premier abord entre l’affaire Kerviel et l’affaire Dreyfus, on découvre aisément des thématiques communes par-delà les dissemblances :

– la corruption et la vénalité des acteurs d’un système mis ‘hors-sol social’, comme l’armée l’était après 1870 et la défaite de Sedan, comme la banque l’est dans l’après 2008 : un système se concevant comme en-dehors de la loi commune

– la désignation d’un bouc-émissaire pour mieux masquer les défaillances de certains, membres à part entière, eux, de ce système : Dreyfus hier comme parvenu juif et alsacien, Kerviel aujourd’hui comme parvenu trader breton, produit du simple circuit universitaire. Ni l’un ni l’autre ne sont issus du ‘sérail’ mais de la méritocratie, en ayant gravi les échelons pas à pas, mais sans pouvoir dépasser les grades intermédiaires (capitaine, trader)

– la haine, raciale hier, sociale aujourd’hui : Kerviel ne disposait pas des réseaux qui auraient dû accompagner le ‘niveau d’investissement’ que lui avait autorisé le top management de la Société Générale. Kerviel était facile à ‘carboniser’, comme l’était le ‘petit juif alsacien’ : de fait, son ‘immolation’ ne fit pas beaucoup de remous en interne comme ce fut le cas pour Dreyfus de 1894 à 1897 (on peut imaginer que ses positions auraient été ‘débouclées’ avec davantage de discrétion s’il avait été polytechnicien…)

– la gestion médiatique de l’affaire, qui suit les méandres judiciaires avant qu’ils ne deviennent (peut-être ?) politiques

– Kerviel comme Dreyfus n’ont pas su, au début de leur Affaire, devenir aux yeux de leurs partisans plus grands que ce qu’ils étaient : dépasser leur petite cause personnelle, accéder au rang de martyr, comme on l’attendait d’eux

– le politique couvre le système bancaire et ses défaillances tout comme l’État le fit au plus haut niveau pour couvrir l’armée, la grande différence étant que dans le premier cas, le système est socialement honni, quand dans le second il est porté au nues (mais dans un cas comme dans l’autre, l’État se voit piégé par ce qu’il a d’abord laissé faire)

– utiliser une affaire personnelle (la trahison) pour masquer les défaillances d’un système (les pertes subies sur les subprimes de la Société Générale dans un cas, l’échec du contre-espionnage dans l’autre)

– l’incarcération immédiate

– le rôle des ‘experts’ dans la procédure judiciaire pour définir la culpabilité

– la peine prononcée : perpétuelle (bagne / amende au montant faramineux) ; l’absence de toute attribution de responsabilité au système défaillant (armée / banque)

– le pourvoi en cassation… qui aboutit au procès de Rennes en révision dans l’affaire Dreyfus

Les différences ?

Dreyfus était innocent, totalement.

Kerviel, on ne sait pas trop.

Enfin, on ne sait pas encore.

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