Archives par mot-clé : Joseph Stiglitz

LES BANQUES CENTRALES FONT TOURNER LES TÊTES, par François Leclerc

Billet invité.

Au fil de ces dernières années, les banques centrales ont confirmé être l’indispensable clé de voute du système financier. Elles ont fait face avec efficacité à une crise aiguë de liquidité (au blocage du système), en agissant en tant que prêteur en dernier ressort à un niveau massif. Elles ont ainsi contribué à baisser le coût de la dette souveraine et permis aux institutions de se financer à coût quasiment nul, afin d’aider au retour des beaux jours.

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Carnets de voyage de Pablo Iglesias à New-York, de Democracy Now ! à Wall Street, par Lazarillo de Tormes

Billet invité.

« Le hasard c’est Dieu qui se promène incognito » disait Albert Einstein. Dans ce billet il sera question des promenades de Pablo Iglesias dans la Grande Pomme. Ni les actes posés, ni les personnes rencontrées ne sont le fruit du mystère ou de l’aléa, à commencer par la dichotomie que symbolise New York, épicentre planétaire de la finance folle et berceau du mouvement Occupy. On peut imaginer, sachant ce qu’a représenté le mouvement 15M dans la genèse de Podemos, que cette occurrence ne soit pas anodine aux yeux d’Iglesias.

Pour une perspective plus large, il peut être pertinent de faire un crochet par La carte secrète d’Alexis Tsipras et de remettre sur le métier la question du rôle qu’assumeront États-Unis dans ce que l’on nomme communément sur ce blog « le grand tournant ». La question de savoir à quels États-Unis nous aurons affaire ces prochaines années se pose. Car si les options qui se profilent pour la présidentielle de 2016 semblent peu excitantes en matière d’innovation, nous vivons dans un monde qui bouge de plus en plus vite et force à des repositionnements constants.

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L’ÉCHEC DU MODÈLE ALLEMAND QUI SE PROFILE, par François Leclerc

Billet invité.

Sigmar Gabriel, le ministre allemand de l’économie, le confirme : la croissance de l’économie allemande continue de fléchir. Il l’attribue aux conséquences du conflit en Ukraine, après avoir incriminé l’hiver la fois d’avant. De son côté, Mario Draghi constate que « la reprise en zone euro perd de l’allure », comme si elle en avait. Les deux phénomènes ne seraient-ils pas étroitement liés par hasard ?

Aveuglement présenté comme l’exemple à suivre, le modèle de l’Allemagne s’effrite. Deux économistes allemands publient coup sur coup des ouvrages dont la traduction française de leurs titres dit tout : Olaf Gersemann, le chef du service économique de Die Welt, signe « La bulle Allemagne : le chant du cygne d’une grande nation économique » et Marcel Fratzscher en fait autant de « Allemagne, l’illusion : pourquoi nous surestimons notre économie et les besoins de l’Europe ».

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« SHUTDOWN », POUVOIR DE L’ARGENT ET POPULISME

Quand j’ai eu l’occasion, mardi dernier, de bavarder avec Joseph Stiglitz, je lui ai posé la question de son influence actuelle sur la politique américaine. Il m’a expliqué qu’il venait de jouer un rôle dans le retrait de la candidature de Larry Summers au poste de gouverneur de la Federal Reserve, la banque centrale américaine, en coachant l’un des sénateurs qui faisait partie de la commission qui l’aurait interrogé sur la manière dont il entendait exercer son mandat.

« Pourquoi pas un rôle plus direct ? », lui avais-je alors demandé, « Pourquoi les administrations Obama ne vous ont-elles jamais offert un poste ? ». Sa réponse était sans surprise : parce qu’Obama était en 2008 le candidat de Wall Street.

Un peu provocateur, j’avais alors demandé : « Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu pour les US, à tout prendre que John McCain l’emporte en 2008 ? »
– « Ah non ! », s’était écrié Stiglitz : « Tout candidat présidentiel républicain est automatiquement l’otage du gros business ! »

Voilà donc où l’on en arrive dans un pays où le 1% au sommet truste 40% de la richesse de la nation : l’argent domine à ce point le processus démocratique que quand le peuple est appelé à voter pour un candidat à la présidence, le seul choix qui s’offre à lui est entre celui qui représente Wall Street et celui qui représente la US Chamber of Commerce. À ma gauche, l’argent spéculatif sans foi ni loi, à ma droite, l’argent du profit, fondamentaliste et raciste.

Que font, le jour de l’élection, les gens qui aimeraient que l’argent ne joue pas le rôle qu’il joue aujourd’hui en politique ? La réponse est simple : ils vont à la pêche ou ils votent pour le moins pire des candidats, c’est-à-dire celui qui est à la botte de Wall Street plutôt que celui qui est à la botte de la Chambre de Commerce.

Est-ce que cette découverte nous aide à deviner ce qui va se passer dans les jours qui viennent en ce qui concerne le « shutdown », la fermeture (partielle) de l’administration fédérale intervenue hier lundi ? Pas vraiment parce que même s’il s’agit d’argent d’un côté comme de l’autre, les positions sont extrêmement polarisées : il y a d’un côté ceux qui sont en faveur d’une assurance-maladie universelle parce que la spéculation pompant son argent sur l’économie réelle, il faut que les gens aillent travailler, et il y a de l’autre côté, ceux qui sont pour la disparition de l’État, parce qu’une fois celle-ci réalisée, chacun aura autant de pouvoir que celui que lui assure l’argent dont il dispose et l’on pourra décomposer le pays, pour le bonheur de tous, en provinces dirigées chacune par un Seigneur de la guerre ou toute autre forme de potentat.

Que dit le pouvoir de l’argent quand on le met en question ? Que celui ou celle qui le critique « verse dans le populisme le plus abject, source de tous les totalitarismes ».

Et il est vrai que le populisme est dangereux. Prenons l’exemple d’Hitler. En 1925, dans Mein Kampf, il s’enthousiasme pour la critique du pouvoir de l’argent qu’on trouve dans les livres de Gottfried Feder (1883-1941). Quelques années plus tard, les gros industriels, les Thyssen, les Krupp, etc. lui rappellent qu’il va avoir besoin d’argent, et que cela faciliterait beaucoup les choses s’il pouvait oublier les rêvasseries peu réalistes et peu pragmatiques de Feder, et lui, le Guide charismatique d’un Empire qui aurait dû durer mille ans, fait alors comme tous les autres avant lui : il s’écrase devant le pouvoir de l’argent.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 27 SEPTEMBRE 2013

Sur YouTube, c’est ici.

L’économie positive
LH Forum

Challenges – La recette radicale de Paul Jorion pour en finir avec la spéculation financière, le 26 septembre 2013

Challenges – L’économie positive va-t-elle accoucher d’une souris ?, le 26 septembre 2013

Blog de PJ – Le marché et l’altruisme, le 27 septembre 2013

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ON RECONNAÎT L’ARBRE À SES FRUITS (une journée au LH-Forum sur l’économie positive), par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

Nous sommes un mercredi. La mise en scène est imposante, la signalétique luxueuse, digne des grand-messes internationales. Il ne faut pas moins d’un hangar portuaire réaménagé pour abriter l’arche intellectuelle qui doit nous embarquer vers le troisième millénaire, ce troisième millénaire où nous ne sommes toujours pas entrés, quoique les attentats du 11 septembre 2001 aient été vus comme une semonce préapocalyptique, un échauffement des trompettistes du Jugement dernier. L’évènement a lieu aux Docks Océane. Le choix est excellent. L’océan, c’est la vague, le vague diront les mauvaises langues, or la vague se confond avec la sinusoïde à amplitude croissante dont parlera Jacques Attali, dans son duo inaugural avec Joseph Stiglitz, pour décrire la trajectoire de l’histoire. La métaphore est forte : jusqu’à présent, l’humanité a toujours su remonter la pente. Y parviendra-t-elle cette fois-ci ?

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LE HAVRE FORUM, Joseph Stiglitz sur les États-Unis et l’Europe, le 24 septembre 2013

Excellente conférence de Joseph Stiglitz ce soir au Havre. Nous avons également eu l’occasion d’avoir une longue conversation durant le repas à propos d’Obama, de Summers, et de l’influence qu’il a et n’a pas, lui Stiglitz, sur la politique américaine. J’y consacrerai Le temps qu’il fait, vendredi.

Je débats personnellement de la spéculation à 14h20 avec Jean-Michel Beacco. De 16h à 18h je parle (en anglais) de la crise que les économistes n’ont pas vu arriver aux élèves du Lycée St-Joseph et à leurs invités britanniques.

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L’actualité de demain : CES MOTS QUI PEUVENT EN CACHER D’AUTRES, par François Leclerc

Billet invité.

L’Irlande prend la présidence tournante de l’Union européenne et les commentaires sur la réussite irlandaise ne vont pas manquer de fleurir. Elle repose, est-il expliqué, sur un redressement financier résultant d’un choc de compétitivité favorisant les exportations. Le modèle même qui est proposé à l’ensemble de l’Union européenne, cela tombe bien !

De quoi s’agit-il, en réalité ? Le gouvernement irlandais a cherché le salut en poursuivant sa stratégie de tête de pont vers la zone euro destinée aux entreprises transnationales. Ce sont ces dernières qui créent les flux financiers comptabilisés comme des exportations, et le choc de compétitivité provient de la baisse des salaires, de la chute des prix de l’immobilier de bureau, et surtout du maintien d’une fiscalité avantageuse. L’État ayant supporté les pertes colossales des banques, suite à l’explosion de la bulle immobilière irlandaise, a vu sa dette exploser et, dans le cadre d’un plan de sauvetage, la rembourse en appliquant des mesures d’austérité ayant plongé le pays dans la récession, généré un chômage de près de 15% et contribué à une nouvelle vague d’émigration.

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DU CHEMINEMENT DE LA PENSÉE

Un article dans le Guardian du 29 octobre, rapporte qu’Andrew Haldane, Executive Director of Financial Stability de la Banque d’Angleterre, considère que le mouvement Occupy Wall Street a raison : la répartition déséquilibrée du patrimoine aux États-Unis est la cause première de la crise née en 2007.

Cette nouvelle m’a fait réfléchir à la manière dont les idées se transmettent. Je ne rapporte que des faits dans ce que je vais écrire maintenant.

Quand je rédige de l’automne 2004 au printemps 2005 le manuscrit de La crise du capitalisme américain, qui paraîtra en janvier 2007 aux éditions La Découverte sous le titre Vers la crise du capitalisme américain ?, mon souci est de proposer un mécanisme causal de la crise qui se dessine.

Je sais dans quels termes mes collègues au sein des établissements financiers dispensateurs de crédit où nous travaillons ensemble, s’expliquent ce qui est en train de se dessiner. Leur formation est économique, comptable, dans certains cas, purement mathématique ou physique, la composition des populations qui seront à l’origine de la crise ne fait pas partie de leur horizon.

Le premier domaine dans lequel je me mets à piocher est celui des faillites personnelles des ménages américains (pp. 172-178 ; 172-179 de la nouvelle édition). Le régime en place aux États-Unis est alors généreux : la philosophie de la « seconde chance » qui imprègne la culture américaine permet de passer avec beaucoup de bienveillance sur les erreurs commises. Mais cette générosité irrite le milieu des affaires qui parviendra par le lobbying à faire resserrer la vis à cette époque précisément – dans un très malencontreux contretemps, comme il deviendra vite évident.

Des statistiques de faillites, je passe aux recensements dès qu’il s’agit de définir les groupes ethniques impliqués dans les secteurs respectivement « prime » et « subprime ».

Un biais personnel intervient ici : mon irritation, appelons un chat un chat : « anticolonialiste », devant la classification U.S. qui appelle « native American » les populations amérindiennes nées sur le sol U.S. et « Hispanic », celles qui sont nées dans tout autre territoire du continent américain où l’on s’exprime en espagnol.

J’habite la Californie et – appelons une fois de plus un chat un chat – le régime d’apartheid dans lequel vivent là où j’habite, les Amérindiens originaires d’Amérique centrale, est pour moi une source permanente de mauvaise humeur et de chagrin.

C’est alors que je tombe sur une étude de la Fed, signée Arthur B. Kennickell, et consacrée à la répartition des revenus et du patrimoine en général aux États-Unis (*). J’utilise les données que je trouve là dans le sous-chapitre La répartition des patrimoines aux États-Unis (pp. 123-134 ; 121-134 de la nouvelle édition) et j’attribue à cette redistribution parfaitement déséquilibrée un rôle déterminant dans la crise à venir.

Les choses en restent là : je fais quelques exposés sur la crise dans des séminaires aux U.S. (UCLA et UCI) sans provoquer autre chose qu’un intérêt poli.

Point final ? Pas tout à fait : le 3 mai 2011 a lieu au musée Branly à Paris, un séminaire très confidentiel : « Towards an anthropology of the crisis in current capitalism », vers une anthropologie de la crise du capitalisme actuel. En raclant les fonds de tiroirs on a pu réunir sur ce sujet six anthropologues (dont l’une, aux États-Unis, qui ne pourra pas se joindre à nous, faute de fonds pour ses billets d’avion).

Je suis l’un des cinq intervenants. J’axe mon exposé sur la répartition du patrimoine aux États-Unis, attirant l’attention sur les 2,8% que se partagent les 50% les plus pauvres de la population des États-Unis, et les 32,7% qui reviennent au 1% le plus nanti (p. 123 de mon livre ; table 5 de l’article de B. Kennickell, p. 9).

L’un des quatre autres intervenants est David Graeber, qui sera en septembre 2011 l’un des initiateurs du mouvement d’indignés Occupy Wall Street. Deux mois plus tard, en novembre, le magazine Rolling Stone lui attribuera la paternité du slogan « We are the 99 percent », nous sommes les 99%.

Le livre de Joseph Stiglitz, Le prix de l’inégalité, paraît aux États-Unis le 11 juin 2012. Son thème est que la répartition très déséquilibrée du patrimoine a joué un rôle déterminant comme origine de la crise. Là aussi je serais curieux de connaître le « cheminement de la pensée », pour reprendre l’expression du très grand historien de la science français qu’était Émile Meyerson.

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(*) Arthur B. Kennickell, A Rolling Tide: Changes in the Distribution of Wealth in the U.S., 1989-2001, Federal Reserve Board, SCF

 

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CONVERGENCES

J’ai fait état la semaine dernière du peu d’impact sur les politiques en vigueur, des vues que je présente ici depuis cinq ans. J’avais souligné que la renommée ne semble pas jouer un rôle  prédominant de ce point de vue puisque Joseph Stiglitz, « prix Nobel » d’économie, professeur dans une université américaine prestigieuse, ancien directeur de la Banque Mondiale, qui défend des positions similaires, ne semble pas plus à même que moi d’imposer son point de vue.

Le renfort de George Soros ces jours-ci, défendant dans un très long texte, des positions, sinon identiques, du moins très semblables sur bien des aspects, pourrait-il faire la différence ? Ce n’est pas en tout cas le sentiment qu’il en a personnellement puisqu’il se plaint qu’une de ses propositions récentes, raisonnable et constructive « a été, dit-il, rejetée d’un revers de main par les Allemands […] sans justification ».

Pour que George Soros, grand (en fait, « immense ») spéculateur devant l’éternel, et moi-même, en venions à défendre des positions semblables, il faut bien évidemment que quelque chose d’important soit en train de se passer, et ce quelque chose, je le vois comme la constitution d’un front anti-Troïka (Banque Centrale Européenne, Union Européenne, Fonds Monétaire International). La constitution de ce front résulte d’une convergence bienvenue parmi les adversaires des politiques ultralibérales qui continuent d’être celles de nos dirigeants et dont – faut-il le rappeler – le Traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), est l’un des plus beaux fleurons, même, et peut-être surtout, s’il est prôné par les partis européens que j’ai pris l’habitude d’appeler : « socialistes de droite ».

Symptôme de cette convergence qui se dessine, le fait qu’on m’ait proposé récemment de m’associer à deux déclarations communes, non pas comme cela avait été le cas jusqu’ici quand on me contactait pour me dire : « quelqu’un, quelque part, a écrit ceci, soyez gentil de signer en bas à droite » – ce que j’ai toujours refusé de faire, mais en me proposant de m’associer à la rédaction du texte. Vous verrez ces appels publiés cette semaine, dans le quotidien suisse Le Temps, et dans le quotidien français Le Monde. Le premier texte émane d’un petit groupe que nous avons constitué, de spécialistes des questions d’éthique en finance, Suisse, Français et Belge, le second résulte d’une opposition commune au TSCG dont l’initiative trouve sa source au Parti de Gauche français. Je vous signalerai bien entendu la parution de ces appels en les reproduisant ici.

 

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« LE PRIX DES INÉGALITÉS » ET POURQUOI NOS DIRIGEANTS SONT DÉTERMINÉS À CONTINUER DE NOUS LE FAIRE PAYER

Ceux d’entre vous qui lisent aujourd’hui Le prix des inégalités de Joseph Stiglitz et qui ont eu l’occasion de lire mon livre La crise du capitalisme américain (2007), auront été frappés par la quasi-identité des thèmes évoqués et par la parfaite identité des thèses centrales à ces deux ouvrages : la crise des subprimes a été causée par la concentration de la richesse et ses deux facettes : pouvoir d’achat insuffisant pour la majorité de la population américaine, fortunes démesurées pour une petite minorité, argent en excès allant se placer dans la spéculation, faute de débouchés dans la production, et dérèglant là le mécanisme de la formation des prix, et en particulier, celui des matières premières.

J’ai développé depuis le thème de « la machine à concentrer la richesse » et le rôle que joue celle-ci dans les phases ultérieures de la crise, dans L’argent, mode d’emploi (2009) et Le capitalisme à l’agonie (2011), et j’y reviens de manière plus systématique encore dans Misère de la pensée économique, qui sera en librairie le 3 octobre.

Le fait que, si je suis lu et bien lu, le message que j’ai délivré en 2007 et que je martèle depuis dans mes ouvrages, n’a lui aucun impact sur les politiques économiques telles qu’elles sont pratiquées (la Troïka – BCE, UE, FMI – sera aujourd’hui à Nicosie et continuera d’ânonner et d’imposer des mesures qui sont le contraire exact de ce que je préconise), s’explique aisément : je ne suis pas même économiste et, à l’exception de la chronique mensuelle que je rédige depuis 2008 pour Le Monde-Économie, j’ai été jusqu’à très récemment privé de toute la visibilité que procure une affiliation institutionnelle,

Or, toute vraisemblable qu’elle soit, cette explication s’avère inadéquate si l’on pense au fait que Joseph Stiglitz défend depuis de nombreuses années des thèses semblables aux miennes, et n’a pas davantage d’impact que moi sur les politiques mises en vigueur.

« Prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, Professeur à Columbia, ex-directeur de la Banque mondiale et conseiller de Clinton, est sans conteste l’économiste le plus respecté et le plus lu au monde », constate la jaquette de son plus récent livre. « Le plus respecté » et « le plus lu au monde », sans que cela ait la moindre conséquence dans le monde réel, et ceci prouve que la reconnaissance et les affiliations prestigieuses ne font en réalité rien à l’affaire : c’est le message lui-même que nous délivrons lui et moi qui est irrecevable par ceux, « de gauche » tout aussi bien que « de droite », qui décident de notre sort, et nous enfoncent aujourd’hui toujours davantage dans la crise, alors que la teneur des mesures qu’il faudrait prendre est connue, et qu’en plus, toute la ville en parle.

 

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M. STIGLITZ N’EST PAS AU COURANT

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Est-ce parce que le Produit Intérieur Brut de la Grèce aura baissé de 7% en un an, et de 16% depuis le début de la crise en 2007 ? Ou bien parce qu’avec les défections parmi les parlementaires grecs à l’occasion du vote dimanche, suivies d’exclusions de leur parti, complétées de sondages d’opinion favorables à la gauche et à l’extrême-gauche, le gouvernement grec donne maintenant l’impression de ne plus représenter l’opinion publique du pays et que, du coup, tout accord au plan voté dimanche ne signifie plus rien ?  C’est en tout cas désormais l’hésitation parmi les dirigeants de la zone euro. Le report de la réunion de l’Eurogroupe qui devait avoir lieu aujourd’hui mercredi – remplacée par une conversation téléphonique – montre qu’on est soudain mou du genou au sommet : on est passé hier du ton triomphant dans la matinée aux excuses un peu plates dans la soirée.

Je posais la question avant-hier : combien de temps durera cette extraordinaire imperméabilité aux faits manifestée par la Troïka qui gouverne la Grèce depuis quelques mois et s’apprête à faire de même avec le reste de l’Europe ? À savoir le petit club ultralibéral composé de la Commission européenne, de la Banque Centrale européenne, et du Fonds Monétaire international. Il semble depuis hier soir que la pluie commence à transpercer la gabardine.

M. Stiglitz, dont les analyses sont en général excellentes, se pose lui – dans un récent entretien – la question du pourquoi de cette imperméabilité aux faits. Est-ce parce que les banques de la zone euro ne se sont pas protégées contre un défaut éventuel de la Grèce, se demande-t-il ? Ou bien parce qu’on est incapable d’évaluer les dégâts qui en résulteraient ? Est-ce parce que les établissements financiers qui ont émis des Credit-default Swaps (CDS) assurant contre le défaut de la dette grecque sont en réalité bien incapables de couvrir le sinistre, s’interroge-t-il encore ?

Il y a un peu de tout cela certainement, et en particulier le fait qu’ont probablement essentiellement émis des CDS sur la dette grecque des banques allemandes parmi les moins solides et les banques grecques elles-mêmes (la stupidité humaine connait-elle des limites ? Je veux dire, qui donc a pu penser un jour qu’une banque d’un pays constitue l’assureur de choix contre le défaut de ce pays dans le paiement de sa dette ?) Mais la vraie raison est très loin d’être un authentique mystère : l’assurance-vie, dernier bastion de l’ultralibéralisme.

L’assurance-vie devait sauver le monde : l’assurance-vie devait triompher une fois pour toutes de certaines valeurs grotesques héritées du XVIIIe siècle, comme la – beuh ! pouah ! – solidarité. L’assurance-vie allait débarrasser le monde de la honte de la retraite par répartition qui fait des parents des « ogres dévorant leurs enfants et leurs petits-enfants » (dixit). L’assurance-vie allait surtout faire entrer les retraites dans le monde glorieux et sacré du profit. Mais pour cela, il fallait que le portefeuille des assureurs-vie gonfle sans cesse et inéluctablement, il fallait que la Bourse grimpe en permanence (on a pensé un moment – et certains le pensent toujours apparemment – que le High Frequency Trading donnerait un coup de main – en douce : sans qu’il faille mettre en prison un trop grand nombre d’informaticiens vendant la mèche), et surtout, surtout, il fallait qu’une obligation d’État, que la dette souveraine, ne se déprécie jamais.

Or, avec le Grèce faisant défaut – ou plutôt, avec le fait qu’on finisse par reconnaître que la Grèce fait défaut – le château de cartes s’écroule. La fin de l’assurance-vie, c’est la fin du mythe – garant d’harmonie sociale – du « tous rentiers », la fin du mythe du « tout le monde peut devenir riche, c’est juste une question d’effort ! », mythe lui aussi déjà réfuté par les faits, et depuis au moins vingt ans dans les pays occidentaux.

Non, M. Stiglitz, il n’y a jamais eu de mystère quant au pourquoi de l’imperméabilité aux faits au niveau de la Troïka !

(illustration par Sébastien Marcy)

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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« Contre toute attente »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les expressions ont une histoire et, tout comme chacun de nous si l’on en croit le pop-artist Andy Warhol, elles ont au moins un jour, leur cinq minutes de célébrité. Vous avez donc dû noter cette semaine, la montée en puissance de « contre toute attente ». Tous les mauvais chiffres l’ont été en effet « contre toute attente ».

« Contre toute attente » de qui, vous demanderez-vous, eh bien, contre toute attente des économistes consultés par les agences de presse. Les économistes ne s’étaient pas montrés particulièrement perspicaces à voir venir la crise. Ils ne l’ont pas été davantage à l’interpréter. Et les choses ne s’arrangent guère apparemment, qu’il s’agisse des chiffres du chômage qui se détériorent « contre toute attente » aux États-Unis, de la croissance au Royaume-Uni qui plonge elle aussi « contre toute attente », du ralentissement « contre toute attente » de l’expansion en Chine, etc. etc.

Les analystes ont été nombreux, de Joseph Stiglitz à Nouriel Roubini, en passant par John Mauldin et par votre serviteur, à annoncer dès l’année dernière le « double dip », le double plongeon ou l’évolution en « W » de la situation économique, à venir pour cette année. Qu’importe : sa concrétisation a lieu « contre toute attente ». Beau temps pour les prophètes en effet : la pratique de leur métier s’avère de moins en moins difficile.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Gribouille !, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité

Gribouille (selon le Robert) : « personne qui se jette stupidement dans les ennuis qu’elle voudrait éviter » 

Nous vivons décidément dans un drôle de monde. Drôle s’il n’était pas inquiétant !

Un monde où les dirigeants des pays européens ne semblent avoir pour règle de conduite que d’ausculter, écouter et obéir aux « marchés », de surcroît parfois à contre temps, comme si ces « marchés » étaient une sorte de divinité et non, comme le soulignait, fort justement Bernard Guetta sur France Inter le 26 mai, simplement des investisseurs, opérateurs du monde de l’argent.

Les « marchés » s’inquiètent-ils des déficits des Etats-membres de l’Union européenne ? Tous les gouvernements des pays concernés, de façon grégaire, s’affairent à concocter des « plans d’austérité », au mieux disant, quitte à vouloir les inscrire dans leur « Constitution », cerise sur le gâteau ! Mais, quand les « marchés » s’inquiètent des conséquences de l’accumulation et de la concomitance de ces mêmes plans d’austérité et, derechef, font baisser la bourse, curieusement, les autorités de ces pays restent de marbre, comme si elles devenaient subitement sourdes ou ne comprenaient plus. Elles se trouvent alors dans la situation de « Gribouille » !

C’est que, comme l’a souligné Joseph Stiglitz à la « Une » du Monde, ce qui est en train de se passer dans la zone euro a de fortes chances de conduire à la catastrophe. Il ne faut pas être grand clerc, ni grand économiste, pour comprendre que l’effet du cumul de programmes de réductions des dépenses dans une zone où la demande globale dépend très fortement  des échanges entre les pays-membres, donc de la demande réciproque d’importations de ces pays, ne peut que conduire à l’affaiblissement général de l’activité économique de la zone, c’est-à-dire, non seulement à l’étouffement des timides mouvements de reprise de la croissance, mais aussi à la réapparition d’une récession. Et le développement des exportations vers les pays en dehors de la zone, favorisé par la baisse (bienvenue) de l’euro, risque fort de ne pas suffire pour compenser ces tendances fâcheuses.

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