M. STIGLITZ N’EST PAS AU COURANT

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Est-ce parce que le Produit Intérieur Brut de la Grèce aura baissé de 7% en un an, et de 16% depuis le début de la crise en 2007 ? Ou bien parce qu’avec les défections parmi les parlementaires grecs à l’occasion du vote dimanche, suivies d’exclusions de leur parti, complétées de sondages d’opinion favorables à la gauche et à l’extrême-gauche, le gouvernement grec donne maintenant l’impression de ne plus représenter l’opinion publique du pays et que, du coup, tout accord au plan voté dimanche ne signifie plus rien ?  C’est en tout cas désormais l’hésitation parmi les dirigeants de la zone euro. Le report de la réunion de l’Eurogroupe qui devait avoir lieu aujourd’hui mercredi – remplacée par une conversation téléphonique – montre qu’on est soudain mou du genou au sommet : on est passé hier du ton triomphant dans la matinée aux excuses un peu plates dans la soirée.

Je posais la question avant-hier : combien de temps durera cette extraordinaire imperméabilité aux faits manifestée par la Troïka qui gouverne la Grèce depuis quelques mois et s’apprête à faire de même avec le reste de l’Europe ? À savoir le petit club ultralibéral composé de la Commission européenne, de la Banque Centrale européenne, et du Fonds Monétaire international. Il semble depuis hier soir que la pluie commence à transpercer la gabardine.

M. Stiglitz, dont les analyses sont en général excellentes, se pose lui – dans un récent entretien – la question du pourquoi de cette imperméabilité aux faits. Est-ce parce que les banques de la zone euro ne se sont pas protégées contre un défaut éventuel de la Grèce, se demande-t-il ? Ou bien parce qu’on est incapable d’évaluer les dégâts qui en résulteraient ? Est-ce parce que les établissements financiers qui ont émis des Credit-default Swaps (CDS) assurant contre le défaut de la dette grecque sont en réalité bien incapables de couvrir le sinistre, s’interroge-t-il encore ?

Il y a un peu de tout cela certainement, et en particulier le fait qu’ont probablement essentiellement émis des CDS sur la dette grecque des banques allemandes parmi les moins solides et les banques grecques elles-mêmes (la stupidité humaine connait-elle des limites ? Je veux dire, qui donc a pu penser un jour qu’une banque d’un pays constitue l’assureur de choix contre le défaut de ce pays dans le paiement de sa dette ?) Mais la vraie raison est très loin d’être un authentique mystère : l’assurance-vie, dernier bastion de l’ultralibéralisme.

L’assurance-vie devait sauver le monde : l’assurance-vie devait triompher une fois pour toutes de certaines valeurs grotesques héritées du XVIIIe siècle, comme la – beuh ! pouah ! – solidarité. L’assurance-vie allait débarrasser le monde de la honte de la retraite par répartition qui fait des parents des « ogres dévorant leurs enfants et leurs petits-enfants » (dixit). L’assurance-vie allait surtout faire entrer les retraites dans le monde glorieux et sacré du profit. Mais pour cela, il fallait que le portefeuille des assureurs-vie gonfle sans cesse et inéluctablement, il fallait que la Bourse grimpe en permanence (on a pensé un moment – et certains le pensent toujours apparemment – que le High Frequency Trading donnerait un coup de main – en douce : sans qu’il faille mettre en prison un trop grand nombre d’informaticiens vendant la mèche), et surtout, surtout, il fallait qu’une obligation d’État, que la dette souveraine, ne se déprécie jamais.

Or, avec le Grèce faisant défaut – ou plutôt, avec le fait qu’on finisse par reconnaître que la Grèce fait défaut – le château de cartes s’écroule. La fin de l’assurance-vie, c’est la fin du mythe – garant d’harmonie sociale – du « tous rentiers », la fin du mythe du « tout le monde peut devenir riche, c’est juste une question d’effort ! », mythe lui aussi déjà réfuté par les faits, et depuis au moins vingt ans dans les pays occidentaux.

Non, M. Stiglitz, il n’y a jamais eu de mystère quant au pourquoi de l’imperméabilité aux faits au niveau de la Troïka !

(illustration par Sébastien Marcy)

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

237 réflexions sur « M. STIGLITZ N’EST PAS AU COURANT »

  1. Je pense qu’il faut compter avec la faillite (ordonnée) de la Grèce, la situation du pays devient intenable – on se croit dans un roman de Charles Dickens, au temps du Manchester Capitalism.
    Les tentatives d’ingérence côté allemand sont classées sans suite. Le public allemand est hostile à une subvention continue de la Grèce. A leurs yeux, le pays a triché, puis s’est endetté, a bien vécu aux frais de Allemagne, entre autres.
    La situation de Grèce ressemble à un sportif auquel vous demandez de livrer des performances olympiques, alors qu’ii n’a pas mangé ni bien dormi depuis des jours.

  2. Il y a encore des gens qui croient que les mots ont une valeur morale ? Donnez le bon exemple : transférez vos comptes dans une banque grecque !

    1. Ben alors Gus !? parce que si les banques grecques tombent, elles seraient seules à tomber peut-être ? Really ? Parce qu’elles devraient pas déjà être tombées peut-être ? Et les autres avec, BCE comprise ?

  3. Merci monsieur Jorion, je me sens vaguement conforté dans certains de mes jugements, de mes intuitions, de mes petits vélos diront certains…
    J’irai plus loin et je répéterai ce que j’ai dit hier : ni les eurocrates, ni les politiques allemands ou français, ni les politiques grecs, ni même le représentant des Big banques Dallara n’ont jamais cru à un accord politique grec authentique sur les conditions exigées pour le bail out de 130 milliards et encore moins à son application. Tout ça c’est du vent, des incantations démonétisées de toute magie autre que déclamatoire. De la superstition de charbonniers en crise de foi. Comme les règles d’or. Chants de cygnes ou de rapaces désenchantés qui vendent leurs dernières plumes pour la dernière mascarade. Les « politiques d’austérité » sont des dérivés de crédit maquilleurs de bilan, des CDS de fond d’actif et de fonds de tiroir. Des abracadabras sans pouvoirs résiduels. Juste de l’abracadabrantesque d’air du temps.
    Et oui derrière la dette ou le défaut grec ce n’était pas l’ombre des Cds, clearés ou pas, qui se profilait (du très mauvais Hollywood ce scénar…), ni celle des hedge-funds, ni celle des banques grecques, ni celle de BNP ou Deutsche Bank, ni même celle du bilan libanais de la BCE, non, c’est des fondations purement « assurantielles » de tout l’edifice, de sa cave, que ne devait remonter sous aucun prétexte l’ombre mauvaise de la ruine, de la mort annoncée, du tombeau, du tombeau de « l’assurance-vie », des fonds de « pension », de gestion, des « marchés financiers » quoi. On remet pas deux fois le diable dans sa boite en 3 ans… en tout cas sans que ça se voit et que ça fasse peur une fois de trop.
    « Un défaut grec » ne signifie pas « un » défaut, mais « Le » défaut de tout le système. « Ils » savent aussi bien que vous, Jorion, que ce défaut n’est pas arbitrable, pas compensable, même en tordant les bras de tout un parlement, encore moins en fait.
    Exit les technocrates et les banquiers, place aux politiques.

    1. (…)place aux politiques.

      S’il est vrai que « la guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens » (Carl Von Clausewitz, De la guerre), place aux généraux, ou aux colonels.

    2. @vigneron, le 15 février 2012 à 14 h 05

      Bien d’accord sur ta synthèse, déjà parsemées de pierres dans ce blog, en un mot :« risquologie ».

      Mais pour la fin, l’achèvement, la définition (ou plutôt la dénégation capitaliste) du capitalisme en toulonettes 2008 censément à refonder ne mène à rien puisqu’elle est de cette eau-là, il ne s’agit pas de dénouer la finance du capital, la finance n’est pas la plante adventice du capital qui manquerait à sa place. Voici la dénégation en toulonettes : « Le capitalisme, ce n’est pas le court terme, c’est la longue durée, l’accumulation du capital, la croissance à long terme. » : ass-vie, l’argent qui vient vs sale air différé, retraite laborieuse.

      L’opiniastreté de mes pierres, specialement en la verge, m’a par fois jetté en longues suppressions d’urine, de trois, de quatre jours : et si avant en la mort, que c’eust esté follie d’esperer l’eviter, voyre desirer, veu les cruels efforts que cet estat m’apporte. O que ce bon Empereur, qui faisoit lier la verge à ses criminels, pour les faire mourir à faute de pisser, estoit grand maistre en la science de bourrellerie ! Me trouvant là, je consideroy par combien legeres causes et objects, l’imagination nourrissoit en moy le regret de la vie : de quels atomes se bastissoit en mon ame, le poids et la difficulté de ce deslogement : à combien frivoles pensees nous donnions place en un si grand affaire. Un chien, un cheval, un livre, un verre, et quoy non ? tenoient compte en ma perte. Aux autres, leurs ambitieuses esperances, leur bourse, leur science, non moins sottement à mon gré. Je voy nonchalamment la mort, quand je la voy universellement, comme fin de la vie. Je la gourmande en bloc : par le menu, elle me pille. Les larmes d’un laquais, la dispensation de ma desferre, l’attouchement d’une main cognue, une consolation commune, me desconsole et m’attendrit.

      1. schizosophie,

        il ne s’agit pas de refonder le capitalisme mais de le mettre au pied du mur. Je vous rappelle que dans le récent billet de Paul Jorion intitulé « refonder le capitalisme » : le moment est venu la formule était entre parenthèses et l’alternative qui était proposée (refondation ou impossibilité de le faire) l’était sous-forme d’une question puisqu’il s’agissait de réunir une commission pour en décider.

        Les références au discours de Toulon, c’est juste dire : « chiche » vous nous dites que vous pouvez le régulez votre système, eh bien allez-y montrez-nous de quoi vous êtes capables.
        Bref, faire de la politique en prenant au mot ceux qui nous représentent. Nous savons bien que le capitalisme est court-termiste, puisque le système de la rente est par définition dysfonctionnel et conduit toujours au même résultat, la mise en péril du système.. Sur ce plan le discours de Toulon relève de l’oxymore, mais il me semble que ce n’était pas du tout pour cet aspect des choses qu’il lui était fait référence, mais bien pour les mesures régulatrices.

        Si les décideurs se mettaient à le réguler sérieusement, ils s’aventureraient en terrain inconnu avec à la clé une mutation profonde du système car le réguler c’est introduire la démocratie dans la sphère économique en mettant un sérieux frein à la rente, ce qui fait basculer le rapport de forces aujourd’hui favorable aux investisseurs et entrepreneurs en faveur des salariés. Je vous concède — en fait cela a déjà été abordé sur le blog y compris par Jorion — que pour accomplir la mutation il faudra une fois les opérations chirurgicales réalisées consolider le processus en accordant de nouveaux droits aux citoyens et salariés, jusqu’au sein de l’entreprise.

      2. @Pierre-Yves: « c’est introduire la démocratie dans la sphère économique en mettant un sérieux frein à la rente »

        Si je comprends bien, c’est au moment où la rente va disparaître étouffée sous son propre poids qu’il faudrait mettre un sérieux frein à sa gloutonnerie? Dans quel but? Pour sauver la rente?

        Et on pourrait aussi causer de votre conception très libérale et bourgeoise de ce que vous appelez « démocratie ». La démocratie n’est pas la rédaction d’une Magna Carta pour limiter le pouvoir du Roi, elle est d’abord dans ce qui vous paraît secondaire (« il faudra une fois les opérations chirurgicales réalisées consolider le processus en accordant de nouveaux droits aux citoyens et salariés, jusqu’au sein de l’entreprise ») .

        Je ne comprends pas bien pourquoi vous cherchez à masquer cette divergence politique essentielle sauf à masquer par la même occasion que votre objectif n’est pas de laisser mourir tout à fait le capitalisme.

        Comme disait l’autre, « le poids et la difficulté de ce deslogement »…

      3. @Pierre-Yves D. 15 février 2012 à 20:58

        Si les décideurs se mettaient à le réguler sérieusement, ils s’aventureraient en terrain inconnu avec à la clé une mutation profonde du système car le réguler c’est introduire la démocratie.

        Oui il y a des décideurs, nécessairement. Quand il s’agit de les identifier nominativement ça devient plus complexe. Suffit de voir une toile d’araignée des participations croisées, des holding ou que sais-je, sans même lire les contrats de travail, et la littérature juridique attenante qui ossature tout ça en maître.
        Mais surtout si décideurs il y a, je ne vois pas très bien ce qui les pousseraient à ce que vous appelez « régulation ». Car, c’est une lecture, les décideurs décident de leur choix en fonction de ce qui leur semble leur intérêt, personnel, familial, de réseaux, de classe, ou la même série inversée. Ce devrait être clair ne serait-ce qu’à lire le petit texte de Galbraith que Leboutte propose par un lien.

        Introduire la démocratie

        Laquelle ? la formelle qui perdure et dont la majorité se contente a eu une concurrente la populaire qui avait aussi ses soutiens et ses limites.
        Une autre ? sous quelles conditions ? En attendant une nouvelle constitution qui bornerait l’hubris de la propriété, via une constituante, je ne doute pas que les décideurs sauraient employer tout ce qu’ils possèdent (y compris la majorité qui se laisse posséder) pour empêcher qu’ils perdent leur identité même de décideurs.
        Au moins 89 et 17 ont montré que les décideurs ne lâchent pas, mais je n’ai rien contre une gentille mutation. Demandez-aux décideurs s’il sont prêts à rendre, à se rendre, à l’intérêt général !
        Marx notait un retard de l’idéologie sur l’économie. Au train où l’économie est allée depuis 2 siècles, il y a quelques générations de retard à combler du coté de l’idéologie.
        Ça va s’arranger

      4. Moi

        Si la rente va disparaître d’elle-même où est alors le problème me concernant ?

        Plus sérieusement, après la chute finale que vous attendez ce ne sera pas forcément le grand soir alors autant prendre les devants pour faire en sorte que cela mute sans faire trop de dégâts.
        La démocratie dans l’entreprise n’a rien de secondaire pour moi, mais cela ne va pas tomber du ciel après le « grand effondrement ». Mettre un frein à la rente dans mon raisonnement cela voulait simplement dire mettre en place le dispositif indispensable pour enclencher le processus de la mutation. Après si le rapport de forces aidant la rente disparaît complètement, à la bonheur !
        Il suffit pas de dire « tout le pouvoir aux soviets » et l’horizon s’illumine.

      5. @Pierre-Yves D. le 15 février 2012 à 20 h 58

        Pas parenthèses, guillemets.

        Lisez aussi le discours de Toulon 2011 : « En 2008, j’ai dit que le capitalisme devait être refondé. J’ai dit qu’il fallait moraliser la finance. », puis cinq occurrences s’agissant de la refondation de l’Europe, et six de « trente ans » ou « années » dont quatre « depuis trente ans ».

        Selon qu’on appelle capitalisme un truc trentenaire ou triplement séculaire, (et pas septenalement séculaire en confondant l’histoire du commerce et celle des techniques financières sourçant les affaires à Florence et à la Hanse teutonique avec l’histoire des dépossessions du genre enclosures ou bistanclaques) mais pas pour des questions de chiffres, on refonde en espérant libérer l’entrepreneur des eaux glacées du calcul égoïste ou bien (Halte herr Nativ !) en éradiquant la propriété privée des moyens de production. Chiche ?

      6. @Rosebud1871, le 16 février 2012 à 01 h 01

        Les os glacés du calcul égoïste ne sont soignables, maton dit, qu’au gré des interventions de ces ouvriers spécialisés qu’on appelle masseurs .

      7. @Pierre-Yves: « Si la rente va disparaître d’elle-même où est alors le problème me concernant ? »

        Le problème vous concernant c’est que cette disparition c’est le scénario sans votre frein (sans un nouveau Keynes). Votre frein, c’est le scénario de la longue convalescence (« 30 néo-glorieuses »?) suivie d’une guérison de la rente.

        « ce ne sera pas forcément le grand soir »

        Non, mais c’est la seule possibilité de grand soir.

        « cela ne va pas tomber du ciel après le « grand effondrement » »

        Non, cela va pousser du sol. (Je sais, faudra s’habituer au changement de perpective.)

    3. Ils » savent aussi bien que vous, Jorion, que ce défaut n’est pas arbitrable, pas compensable, même en tordant les bras de tout un parlement, encore moins en fait.

      C’est exactement l’impression que ça me donne. Personne ne fera croire qu’ils ne sont pas au courant de ce qui se passe, de ce qu’ils font vivre aux grecs, des conséquences qu’un défaut pourrait avoir (en tout cas en partie), ils ont accès à des services de renseignements quand même, économiques ou autres… .
      Leur acharnement depuis quelque temps est l’événement qui m’aura le plus fait comprendre que la situation est grave : des européens modérés, même s’ils sont libéraux, ne peuvent être aussi inhumains. Il se passe qqch d’important. On a annoncé la rupture critique à de nombreuses reprises, cette fois-ci elle me semble bien proche… En tout cas toutes ces incohérences ne sont pas des signes d’apaisement, ça c’est sûr…
      Avec ça en plus, on achève bien les chevaux !… Là on est dedans…

    4. Exit les technocrates et les banquiers, place aux politiques.

      Enfin, une prédiction optimisme. Puissiez-vous voir juste.

      C’est un préalable, mais pas suffisant.
      Tout pour un Etat à champ de compétences universel,
      et se donnant les moyens d’assumer ses fonctions.

      30 ans à favoriser l’égoisme social et le mépris des structures étatiques:
      échec final sans appel.

      1. @ daniel 15 février 2012 à 20:56

        30 ans à favoriser l’égoïsme social et le mépris des structures étatiques:
        échec final sans appel.

        Bien d’accord avec-vous. Mais pour ce faire, il faudrait déloger tous ceux qui se sont installés au cœur de l’Etat, les permanents du système, les experts inamovibles. Il faudrait rendre mobiles ceux qui flattent et manipulent le plus grand nombre de nos concitoyens, en les prenant dès le plus jeune âge, c’est-à-dire à l’école. Ils formatent les enfants pour qu’ils soient à tout jamais incapables de raisonner et de comprendre les bases, notamment en matière économique. Ces bases étaient bien maîtrisées par la très grande majorité de la population qui pourtant passait bien moins de temps à mal s’instruire, mais à beaucoup mieux analyser, réfléchir, raisonner, de telle sorte à adopter des comportements autonomes, matures et responsables.
        http://www.pauljorion.com/blog/?p=33834#comment-293827

      2. @ Jducac

        Pour une fois, nous sommes d’accord sur le diagnostic. Toutefois, je crains que nos points de vue ne divergent sur le contenu et les moyens à mettre en oeuvre.

        Père d’un adolescent de 16 ans, je constate chaque jour que l’école est aujourd’hui celle d’un formatage idéologique dont le seul objectif est de faire accepter les normes du capitalisme – la compétition entre autres – et du consumérisme triomphants et de préparer nos enfants aux dures lois d’un marché du travail qui en appelle avant tout à la plus grande servilité. Sous couvert de comportements  » autonomes, matures et responsables « , ils sont formatés pour accepter comme allant de soi les structures inégalitaires du capitalisme et l’obéissance passive à ses lois. Par contre, nulle trace d’analyse critique ou de formation à la pensée critique jugée trop dangereuse. La meilleure des preuves vient de nous en être apportée par l’abandon des épreuves de culture générale dans les concours de la fonction publique sous-entendu qu’elle ne servirait à rien, la soi-disant discrimination qu’elle engendrerait n’étant qu’un prétexte fallacieux pour mieux évincer tout intérêt pour une forme quelconque d’esprit critique.

        Chaque jour, je constate les dégâts de cet enseignement qui tue l’âme du citoyen pour faire de nos enfants des acteurs passifs et obéissants. Au sein du collectif citoyen auquel je participe ou au cours des réunions que nous organisons, les moins de 30 ans sont une minorité sinon quasi inexistants. À telle enseigne, que devant le manque de conscience collective et la passivité d’une citoyenneté moribonde, j’ai pour objectif à court terme de créer des ateliers de pensée critique pour redynamiser, au moins localement, une prise de conscience en berne devant les problèmes effectifs et permettre à chaque citoyen que nous sommes de se réapproprier des connaissances conceptuelles et critiques minimales pour juger en toute connaissance de cause.

        Si personnellement, j’en appelle à une revalorisation de l’esprit critique – et c’est là que nos points de vue vont diverger-, je crains que de votre côté, « comprendre les bases, notamment en matière économique » se limite à enseigner, comme vous le faites à longueur de commentaire, que le capitalisme est à l’origine de l’évolution de l’homme. Votre remède serait alors pire que le mal en ramenant tout à des considérations purement économiques au détriment du politique et des nécessités sociales. La justesse de votre diagnostic aboutirait alors à l’effet inverse de celui recherché, et notamment de celui de l’enseignement reçu par les générations auxquelles vous faites référence et que vous vantez, et qui fit le lit de la pensée contestataire de mai 68. Je doute beaucoup que tel soit votre objectif.

      3. @ Fod 16 février 2012 à 12:52
        D’abord merci pour votre petite scénette du 15 février 2012 à 12:58. Vous me voyez heureux de vous sentir libéré du moment de dépit qui vous avait gagné……

        Père d’un adolescent de 16 ans, je constate chaque jour que l’école est aujourd’hui celle d’un formatage idéologique dont le seul objectif est de faire accepter les normes du capitalisme – la compétition entre autres – et du consumérisme triomphants et de préparer nos enfants aux dures lois d’un marché du travail qui en appelle avant tout à la plus grande servilité

        Nous sommes d’accord sur le diagnostic, dites vous, et pourtant nous tirons des conclusions opposées. Il y a quand même un sérieux problème.

        Vous voyez dans l’enseignement actuel une action de formatage en faveur du capitalisme alors que j’y vois plutôt un formatage tendant à l’inverse. La révélation que Lou a faite concernant son ignorance à 22 ou 23 ans de ce que voulait dire « des intérêts » m’a conforté dans ce sens.
        http://www.pauljorion.com/blog/?p=33834#comment-293667

        Pour moi, je peux attester qu’en 1949 on enseignait ce que voulait dire un taux d’intérêt. Un élève de 14 ans savait traiter du sujet en résolvant des problèmes d’arithmétique sur les montants des intérêts acquis au bout d’un certain temps avec une somme déposée sur un livret d’épargne.

        Si cela ne se sait plus aujourd’hui, c’est bien que l’on n’enseigne plus aux enfants, ce qu’est l’épargne et la capitalisation des intérêts d’une épargne. Avouez que cela ne va pas dans le sens d’une mise en valeur du capitalisme. Or, c’est fondamental, et ce n’est pas surprenant que j’aie d’énormes difficultés à me faire comprendre quand je parle du « capital » et de son rôle fondateur pour l’humanité.

        Sans le dire officiellement, on a lancé dans la vie et sans les armer suffisamment, des êtres innocents, inconscients et somme toute immatures, alors que l’on a pourtant abaissé l’âge de la majorité de 21 à 18 ans. Ils sont faibles et bien plus vulnérables que ne l’étaient les anciens. La moindre combativité,l’ignorance dans le maniemenent des armes en usage dans la vie courante, les rendent particulièrement vulnérables et prompts à appeler de l’assistance.

        Vous semblez regretter qu’on maintienne encore un peu d’esprit d’émulation et de compétition à l’école. Mais c’est nettement moins qu’antérieurement. Cela amenait chacun à donner le meilleur de lui-même, c’est-à-dire à tirer le maximum de ses propres ressources, de son capital. Vous savez que je suis d’accord avec Paul Jorion sur ce point fondamental « le capital est une ressource » ensuite nous divergeons encore, mais j’ai bon espoir que nous nous rapprochions davantage.

        Ne croyez pas que la théorie visant à présenter l’exploitation du capital comme étant à la base de l’évolution de l’homme, m’a été enseignée. Ça n’est qu’une reconstruction logique que tout le monde peut faire mais que la plupart des gens se refuse d’envisager parce que depuis Marx on leur présenté le capital comme un élément à détruire et à faire disparaître, ce qui est absurde et suicidaire. On voit bien au contraire que c’est la dette qui est l’opposé du capital et l’inverse d’une ressource, donc un handicap, qu’il faut éviter, sauf quand il s’agit d’investir avec des chances suffisantes d’amortir.

        Quand au consumérisme, je ne pense pas que ce soit à l’école qu’on l’enseigne. Par contre, depuis que les influences religieuses chrétiennes ont régressé, il y a maintenant manifestement un manque dans l’enseignement moral. La tempérance, la domination de ses désirs, la frugalité, l’abstinence de consommation, ont succombé avec la vague des slogans allant à l’opposé : « Il est interdit d’interdire » « jouissons (dans tous les sens du terme) sans entrave » « lâchons-nous » « éclattons nous » et même « carpe diem » qui nous a fait nous opposer et qu’heureusement, nous avons su dépasser.

        Ah ! Il nous reste beaucoup de chemin à faire pour avancer du même pas, mais avec le temps et la bonne volonté on arrive à tout.

      4. @ daniel 15 février 2012 à 20:56
        A l’appui de mon intervention ci-dessus du 16 février 2012 à 10:59 , voilà un exemple de la productivité des « inamovibles du système ». Rien de tel pour alourdir les impôts et taxes pesant sur les salaires français. En effet, alors que les intéressés de ce type se sentent bien protégés, ils contribuent à fragiliser les emplois dans nos entreprises mises en concurrence à l’exportation, ce qui fait croître notre déficit commercial.

        Il est urgent d’enseigner, à tous les fonctionnaires français, en une journée ou deux, l’essentiel de ce qu’on doit connaître en l’économie, lorsque son pays ne peut pas être autonome et ne peut survivre qu’en affrontant la concurrence mondiale.

        « Avec 13.000 emplois équivalents à temps plein, «la Banque de France emploie à elle seule plus d’agents que l’ensemble des 16 autres banques centrales de la zone euro réunies», fustige la Cour des comptes.
        http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/02/16/20002-20120216ARTFIG00646-querelle-entre-la-banque-de-france-et-la-cour-des-comptes.php

    5. Rosebud1871

      Ne me faites pas plus naïf que je ne le suis.
      Je pensais aux décideurs politiques.
      Je faisais aussi référence aux décideurs dans le paragraphe que vous citez en liaison avec le paragraphe précédent où j’indiquais qu’ils sont au pied du mur, que par conséquent il fallait comprendre que ce serait pour eux s’aventurer en terrain inconnu du fait que jusqu’à présent ils ne l’ont jamais fait et qu’ils ne sont pas prêts de le faire si on ne les y pousse.

      Quand je m’adresse aux décideurs je m’adresse à eux bien entendu parce que ce sont nos élus, mais aussi bien à ceux qui les élisent. Si les décideurs se montraient malgré tout incapables de franchir le mur alors ce sera aux citoyens d’en tirer les conséquences.

      1. @ Pierre-Yves D. 16 février 2012 à 09:03

        Quand je m’adresse aux décideurs je m’adresse à eux bien entendu parce que ce sont nos élus, mais aussi bien à ceux qui les élisent. Si les décideurs se montraient malgré tout incapables de franchir le mur alors ce sera aux citoyens d’en tirer les conséquences.

        Pourquoi ne pas vous suivre ? Il subsiste néanmoins un problème grave qui se manifeste par le fait qu’au sein d’une communauté, et ce malgré les bonnes volontés, il est extrêmement difficile de se mettre tous d’accord.

        Pour ma part, j’ai l’impression que cette impossibilité provient de ce que certains veulent aller dans une voie, sans avoir fait, au préalable, une analyse suffisamment objective de l’ensemble des causes possibles des disfonctionnements ayant amené à ce que vous appelez « le mur ».

        Ils choisissent une voie de sortie uniquement sur des critères opportunistes du type « voila une option susceptible de plaire au plus grand nombre, c’est-à-dire aux moins éclairés, et les plus faciles à embrigader, faisons-la valoir dans les médias, sur internet et dans tous les milieux faciles à séduire, nous rassemblerons ainsi le plus grand nombre et nous l’imposerons aux autres »

        En réalité n’est-ce pas une forme de cynisme de haut vol? En effet, les initiateurs de telles démarches ne visent-ils pas surtout, en ayant été leaders du mouvement, à profiter du capital de sympathie qu’ils auront pu réunir sur leur nom, pour user de ce pouvoir à leur profit, le temps que cela peut durer. C’est la stratégie du court terme, suicidaire, car la moins rationnelle, mais lucrative pour certains.

        N’est-elle pas aussi la plus immorale ?

    6. schizosophie,

      Chiche, mais pour l’heure il n’y a que NPA ou Lutte ouvrière qui se rapprochent de cette option, on ne peut pas dire qu’ils suscitent l’enthousiasme des foules. Quant aux non encartés anti-capitalistes combien de bataillons ?
      Je ne vois nulle part d’engouement révolutionnaire chez la plupart de mes concitoyens.

      Il me semble donc que la voie de la pédagogie et de l’intervention politique adaptée aux circonstances et pleine de malice qui caractérise Jorion est plus subtile et bien plus pertinente que l’attitude qui consiste à brandir haut et fort l’étendard révolutionnaire. Il s’agit de faire bouger les lignes, en travaillant sur les représentations, y compris en remettant en cause la valeur, thème dont je sais qu’il vous tient à coeur.
      Il suffit de lire les livres et billets de Jorion où est expliqué le fonctionnement du système capitaliste pour savoir que la seule issue est une mutation du système, voire une sortie du capitalisme. L’inversion du rapport de forces en faveur des salariés n’exclut en rien la socialisation des moyens de productions que vous appelez de vos voeux. Mais encore faut-il que cette inversion puisse avoir lieu. Pour ce faire c’est tout le corps social qu’il faut travailler et pas seulement un petit groupe révolutionnaire avant-gardiste.

      1. Ah non ! Pas eux, pas de prosélytes ressassants qui vont toujours par deux ! Ces partis n’ont pas le copyright de l’éradication de la propriété privée des moyens de production et mon pseudo n’est pas « Charles A. »

        Je ne cherche pas à faire claquer un drapeau, mais à désigner ce malentendu que trimballe le mot « capitalisme ». Ne mettant pas la même chose dedans, nous ne parlons ni de la même fin, ni de la même agonie, ni de la même refondation, etc. Le malentendu persiste.

        J’avais compris que vous aimiez beaucoup Jorion, mais je ne partage pas votre imagination de lignes qui, à partir d’un blog, bougent « tout un corps social »… Et je m’abstiens de le « travailler », mon pseudo n’est ni « mégalosophie » ni « kinésiethéraposophie ».

      2. 1. « Il s’agit de faire bouger les lignes, en travaillant sur les représentations »
        2. « la seule issue est une mutation du système, voire une sortie du capitalisme »

        Je crois en 2., je ne vois donc pas l’utilité de 1.

        S’il s’agissait de stocker des armes en vue de se préparer à l’offensive réactionnaire qui ne manquera pas d’arriver (et pas virtuellement) après l’effondrement du capitalisme, je comprendrais. Mais « travailler sur les représentations » alors que tout ce système de représentations va s’effondrer? Dans quel but?

      3. schizosophie,

        Non, cela ne sort pas de mon imagination.
        Lisez un peu Bourdieu et ce qu’il dit de l’habitus comme disposition sociales incorporées.
        Ces dispositions c’est ce qui permet de lier les représentations que nous avons des choses aux choses elles-mêmes, ces choses étant tout ce qui concerne les institutions qu’elles soient officielles ou impliquées dans le social. Plus précisément pour le sociologue les représentations ce sont les modes de vision et division du corps social. Si donc dispositions il y a, liées à des représentations, c’est qu’il est possible de prendre conscience de toutes ces relations incorporées qui nous lient aux structures diverses qui font une société à moment donné de son histoire, cela afin de nous en libérer, c’est à dire pouvoir agir sur elles en identifiant ses lignes de force.
        Jorion s’inscrit me semble-t-il dans cette démarche d’objectivation lorsqu’il analyse le capitalisme en procédant à l’identification des trois catégories d’acteurs sociaux sans lesquels il ne pourrait s’effectuer ni se reproduire.

        Lorsque Jorion évoque structure et sentiment il me semble aussi qu’il fait référence à quelque chose du même ordre.
        Selon cette perspective, travailler le corps social c’est simplement objectiver nos modes de vision et division du corps social de manière à modifier en fine nos habitus. Vous qui êtes versé en psychanalyse vous devriez être réceptif à ce genre d’approche il me semble, même si l’on ne se situe pas sur le même plan. Dans un cas il s’agit de dispositions sociales acquises, dans l’autre de symptômes relatifs à l’inconscient. Il y a un parallèle à creuser ici.
        Je précise encore, « travailler le corps social » ce n’est pas le travailler d’un bloc, mais bien au contraire déplacer toutes ces lignes de vision et division qui structurent le champ social en ses différentes sphères. Un autre auteur comme Jacques Rancière procède de la même façon lorsqu’il analyse la chose politique. Aux bords du politique ou Le partage du sensible Je n’entre pas ici dans les détails, aussi bien concernant Bourdieu que Rancière il y aurait des choses à dire sur certaines limites de leur théorie respectives. Mais, pour le moins, ils apportent quelque lumière quant à la nature et au rôle du conflictuel dans l’évolution des sociétés.

        A vrai dire, votre mode d’expression le plus souvent allusif me déroute un peu. Je ne vois pas bien où se situe exactement votre point de divergence d’avec Jorion.
        La critique de la valeur existe chez Jorion, elle est même centrale dans son analyse. Que vous faut-il de plus ?

      4. Moi,

        Mon langage n’est sans doute pas si précis qu’il serait sans ambiguïté, mais tout de même essayer de me lire autrement qu’en me faisant dire à chaque fois autre chose que ce que je signifie en vous focalisant sur un mot en oubliant la globalité du raisonnement.
        Vous avez lu Comment la vérité et la réalité furent inventées ?

        Il s’agit de nous constituer une nouvelle représentation des choses, ie du système, de façon à ce que le futur cadre qui émergera ne soit pas homologue au cadre actuel. Ne pas préparer le terrain pour de nouvelles aristocraties, pour paraphraser Jorion.
        Pour le reste je vous renvoie à mon commentaire adressé à schizosophie.

      5. vigneron,

        Je suis bien incapable de faire du vigneron, je me contente donc de faire du Pierre-Yves D. 😉

      6. @Pierre-Yves D.: « de façon à ce que le futur cadre qui émergera ne soit pas homologue au cadre actuel. Ne pas préparer le terrain pour de nouvelles aristocraties, pour paraphraser Jorion. »

        Nous avons donc les mêmes objectifs au départ. Nous divergeons grandement sur les moyens pour l’atteindre.
        Je pense que votre chemin conduit presque immédiatement à une nouvelle aristocratie. Vous pensez que le mien conduit au chaos. Espérons que nous nous trompons tous les deux.

        @octobre: je vais prendre ça comme un compliment. Protagoras me plait. Les sophistes étaient les philosophes de la démocratie (Socrate et Platon étant du côté de l’aristocratie). Devinez qui les missels et bouquins d’histoire officiels ont sali et qui ils ont encensé.

      7. ceci dit, je veux pas dénoncer mes camarades, mais François Leclerc est je crois encore plus « zen » que moi.
        Dans le genre ironie dosée au gramme près et colère graduellement montée en grade au fil des nombreux épisodes de la grande perdition, c’est tout de même lui le champion !!
        Pourtant lui il a pas été chez les chinois, mais il est vrai aussi qu’il a un ancêtre estampillé 1871 de quoi lui donner la mesure de toutes choses. Bref quand il se mettra vraiment en colère, c’est que nous serons devant quelque chose de vraiment hors de proportion !

      8. @Pierre-Yves D., le 16 février 2012 à 20 h 57
        Tout cela est cohérent : je ne partage pas non plus les points de vue de Bourdieu et de Rancière, ni celui d’Althusser. Pour la critique de la valeur par Jorion, il paraît qu’il est à l’oeuvre… (ça commence à faire beaucoup de monde sur le thème)

        La sociologie manque de dynamique et de dialectique à mon goût. Quel point de vue « travailler le corps social » implique-t-il ? Chez Platon je préfère la navette au potier.

      9. La crise du capitalisme américain (La Découverte 2007 ; Le Croquant 2009) : pp. 204-212

        6. « Causes » physiques et « raisons » humaines

        i. La « prise de conscience » comme réponse de l’homme à la catastrophe

        Les physiciens considèrent comme indéterminable a priori le fait qu’une rétroaction positive trouvera son aboutissement dans un krach ou au contraire se résorbera peu à peu. Cette indétermination résulte à mon sens du fait que les physiciens n’envisagent alors comme seul point de vue possible celui précisément de la loi physique, dont on peut dire qu’il est « en extériorité » du phénomène, pour reprendre l’expression à Hegel qui, au début du XIXe siècle, reprochait déjà aux physiciens cette insuffisance dans leur manière d’aborder le monde naturel. L’approche sociologique, voire psychologique, qui est celle que j’adopte en général ici, suggère que l’on pourra découvrir un facteur d’explication supplémentaire dans la représentation que se font les acteurs humains de ce qui a lieu et dans les actes pratiques qu’ils posent en conséquence, c’est-à-dire, dans ce qu’on appelle leur praxéologie.
        Du point de vue de l’acteur humain, que l’on pourrait appeler le « point de vue de la particule », la catastrophe le plonge dans la douleur, et comme l’a bien noté Nietzsche, la douleur crée la mémoire de ce qui fut sa cause : « ‘On grave quelque chose au fer rouge pour le fixer dans la mémoire : seul ce qui ne cesse de faire mal est conservé par la mémoire’ – Voilà une loi fondamentale de la plus ancienne psychologie sur terre ».
        Ce que la catastrophe engendre dans l’esprit de l’homme qui en est la victime ou le témoin c’est le désir d’éviter, si faire se peut, qu’elle ne se reproduise. L’homme essaie de la comprendre, c’est-à-dire de la maîtriser sur le plan conceptuel, et de mettre au point une pratique qui interdira son retour. La prise de conscience est la manière dont l’être humain répond aux processus critiques qui provoquent l’irruption de la dévastation dans sa vie. Dans des domaines différents, Marx et Freud avaient noté le rôle crucial joué par la prise de conscience dans l’évolution historique des sociétés ou des individus. Chez Marx, les travailleurs prennent conscience de leur exploitation : la confiscation du fruit de leur travail par les lois du capital, conséquence de la propriété privée des moyens de production ; ils s’unissent et, par la lutte, érigent une société sans classe : le monde est libéré. De même, le signifiant de sa détresse, le concept tabou qui noue sa névrose, est révélé au psychanalysant, soit parce que se l’est entendu énoncer dans la cure, soit parce qu’il l’a entendu prononcer comme interprétation par le psychanalyste ; il y a abréaction, réorganisation de sa mémoire autour du signifiant jusque-là interdit, la névrose a disparu, le patient est libéré. Dans un contexte plus général, il s’agit chez Marx comme chez Freud de deux types de manifestations du même processus historique mis en avant par Hegel, de la matérialisation de la Raison (ou du Saint-Esprit) dans le monde. Premier temps, la thèse, l’aliénation du prolétariat dans l’exploitation de son travail ou l’aliénation du patient dans son symptôme névrotique. Deuxième temps, l’anti-thèse, la prise de conscience qui génère la rébellion ou la réorganisation psychique. Troisième temps, la synthèse, la société est désormais sans classe, le sujet est désormais normal.
        La rétroaction, on l’a vu, fait appel à une information actuelle pour déterminer un comportement futur. La bulle et la cavalerie constituent des rétroactions positives accompagnées par une amplification du processus. Or, ce que la prise de conscience du mécanisme à l’œuvre autorise, c’est un renversement : l’information nouvelle conduit, dans la cavalerie, certains participants actuels à se retirer ou des candidats éventuels à s’abstenir de se joindre, ce qui produit cette fois un amortissement de la dynamique. Autrement dit, une rétroaction négative intervient qui ralentit ou interrompt la rétroaction positive en cours : la bulle éclate, la charge de cavalerie se termine en massacre.

        ii. Les processus « émergents »

        Que signifient les tentatives de conciliation en une explication unique, de celles produites d’une part par des physiciens, d’autre part par des spécialistes des sciences humaines ? Les premiers mettent en scène l’affrontement des forces abstraites physiques, les seconds, des acteurs prenant des décisions à la suite de délibérations complexes et exerçant ensuite leur volonté dans des actes de libre-arbitre. Dans cette même veine, j’ai pu ainsi montrer autrefois comment la taille de la famille dans l’Ile de Houat, en Bretagne, s’avérait être celle qui minimisait l’effort de production économique du ménage ou encore comment le rapport de force entre acheteurs et vendeurs trouve sa traduction physique en Loi de l’offre et de la demande. Vieille question donc que celle-là : comment réconcilier les explications en termes de causes qui s’appliquent à la nature et celles en termes de raisons qui valent uniquement pour l’homme ? La première solution à cette question est celle que j’ai d’abord adoptée ici : ignorer la difficulté et passer l’obstacle sans s’attarder sur la manière dont il a été sauté. La seconde consiste à recourir aux concepts présents dans le titre d’un ouvrage de l’anthropologue social britannique Rodney Needham consacré aux systèmes de parenté : Structure and Sentiment , et reconnaître dans la structure la forme que prennent, collectivement, les décisions prises par des ensembles d’individus, comme aboutissements de leurs sentiments ; quant à ces derniers, ils ne seraient rien d’autre que la conscience que prend un sujet des contraintes qu’imposent à ses actes les structures de la société et de la culture auxquelles il appartient.
        En fait, la réponse à cette question, je viens de l’offrir : les prolétaires s’unissent, les traces mnésiques se réorganisent du fait de l’accessibilité retrouvée de l’une d’entre elles. Autrement dit, la synthèse est un processus émergent parce que la thèse était au niveau du singulier, l’anti-thèse supposait, elle, l’intervention d’un collectif : « l’ensemble des prolétaires », « l’ensemble des traces mnésiques », et la synthèse était réalisée au niveau de l’universel.
        Le moment propice pour la prise de conscience est donc celui de ces transitions qui existent entre l’accumulation des tentatives individuelles infructueuses et celui où une solution collective stable émerge. L’explication de type physique sous la forme d’une loi vaut pour le moment de la solution, du produit achevé, et non pas pour les tentatives qui ont permis d’en arriver là, et qui sont toutes de type « critique », où la catastrophe finale est un moment nécessaire du processus. Qu’on pense à la toile d’araignée avant qu’elle ne soit devenue le piège formidable qui nous est familier : il a bien fallu, comme dans les entreprises humaines, que des myriades de tentatives préalables aboutissent à un échec. Qu’on pense, de la même manière aux générations d’architectes humains qui ont construit, à l’un ou l’autre moment de leur vie, un bâtiment mal conçu qui s’est écroulé (chaque nouvelle audace connaît ses revers). La description physique des tentatives vouées à l’échec est sans intérêt : elles sont caractérisées par la rencontre d’un point critique signalant la catastrophe imminente.
        On peut penser pour la solution collective stable à la notion de « cohérence » en physique, quand le laser est décrit comme un faisceau de lumière « cohérente », c’est-à-dire quand on est parvenu à faire marcher au pas un ensemble de photons, de manière synchrone. La prise de conscience porte sur la catastrophe et l’« incohérence » d’un ensemble de comportements singuliers et aboutit à terme par la réflexion sur une réponse collective synchrone. Celle-ci peut alors être résumée par le physicien sous la forme d’une loi susceptible d’être représentée par un modèle mathématique.
        Si la prise de conscience est créatrice, c’est qu’elle est née au moment où le processus avait atteint le stage de « semi–cohérence » où il est susceptible de passer du ratage à la régularité (on pense pour une application particulière à ce que Marx appelle la période « prérévolutionnaire »).

        iii. « Suivre une règle »

        On peut alors aller plus loin : j’ai parlé de réflexion à propos de la prise de conscience et de praxéologie, de la pratique qui en est l’aboutissement. Cette pratique nouvelle s’assimile le plus souvent à l’application de nouvelles règles. Je m’étais interrogé (à la suite de Wittgenstein) dans un ouvrage précédent sur ce que c’est que cela signifie « suivre la règle ». J’avais alors rappelé l’exemple excellent proposé par le philosophe américain John Searle, comparant la manière dont il gare sa voiture en faisant un créneau et la manière dont ses enfants ont appris à l’auto-école à faire la même manoeuvre. La règle que ceux-ci appliquent met en scène l’alignement des roues du véhicule avec celui des voitures déjà rangées le long du trottoir ; lui, se contentait, comme il le dit, « de ne pas emboutir les automobiles qui sont devant et derrière ». Remarquant qu’à un observateur extérieur le comportement de celui qui suit la règle (ses enfants) doit apparaître identique à celui qui opère intuitivement (lui-même), il concluait, « Les propriétés formelles du comportement ne suffisent pas à montrer qu’une règle a été suivie. Pour que la règle ait été suivie, la signification de la règle doit jouer un rôle causal dans le comportement ». On comprend alors la différence qui existe entre suivre la règle et parvenir au même résultat par une pratique intuitive du type de celles dont on dit qu’elles sont devenues « une deuxième nature ». Énoncer la règle et la suivre est le moyen de rendre synchrones, « cohérents » sur le plan collectif, les comportements individuels. Et « suivre la règle » devient alors le moyen de les faire coller à la régularité du processus collectif nouvellement découvert et dont la loi physique pourra rendre compte. Ce qui ne veut pas dire bien entendu, rendre les comportements identiques, mais les intégrer dans le contexte de leur cohérence et celle-ci ne signifie rien de plus que leur coordination. Les comportements identiques en masse, on l’a vu, génèrent le plus souvent des dynamiques sous l’emprise de la rétroaction positive, prédisposée à la catastrophe : on a vu plus haut que le marché boursier s’effondre lorsque le comportement de tous les intervenants devient précisément le même, la « cohérence » idéale s’obtient ici au contraire lorsque la moitié des participants considèrent que le prix est à la hausse, tandis que l’autre moitié pense qu’il est à la baisse.
        Mais comme Searle en fait la preuve en parvenant à garer sa voiture sans occasionner de dégâts aux véhicules déjà rangés, suivre la règle constitue seulement un moment historique susceptible d’être dépassé. La règle pallie l’intuitif quand celui-ci fait encore défaut. Or ce que l’histoire met en évidence, c’est le processus d’intériorisation de la règle qui devient alors l’intuitif. Le sociologue Émile Durkheim appelait la règle disparue parce que tout un chacun l’observe désormais sans même y faire attention, le « social intériorisé ». Le collectif coordonné qui est susceptible d’être décrit par la loi physique devient l’habitude, et la nécessité ne se fait plus sentir de devoir l’énoncer.
        Mais tout comportement intuitif ne résulte sans doute pas de l’intériorisation d’une règle. On peut supposer que les processus qui accèdent à une réalité susceptible d’être décrite par la loi physique d’une dynamique non–critique ont pu se passer de ce passage par une règle énoncée dictant les comportements et ont été immédiatement intégrés à notre intuitif en faisant l’économie de cette étape. Autre possibilité, valant sans doute dans certains cas, que la règle ait existé mais n’aie pas été enregistrée, elle aurait donc aisément prévalu et seul son souvenir aurait été perdu.

        iv. L’État contre la « main invisible »

        Cette réflexion sur les processus collectifs et le rôle que les individus ont à y jouer permet de répondre à la question suivante : « Peut-on localiser avec certitude l’endroit où il convient de placer des garde-fous qui préviennent les crises graves qui dévastent les sociétés humaines ? » Les Européens ont tendance ici à jouer la prudence, à, en cas de doute, créer un garde-fou, plutôt que de courir un risque éventuel. Les Américains se situent au pôle opposé : à ne pas créer la barrière qui pourrait jouer un rôle de frein, à moins que son caractère indispensable n’ait été amplement prouvé. En arrière-plan de l’approche américaine se trouve une confiance dans l’existence de mécanismes auto–régulateurs, dans le fait qu’une rétroaction négative viendra à point nommé neutraliser toute rétroaction positive qui pourrait se mettre en place, avant de s’emballer. Greenspan déclarait en octobre 2005 qu’ « Il semble que nous en revenons à la notion Adam Smith que plus une économie est flexible, plus grande est sa capacité à s’auto–corriger à la suite de difficultés généralement imprévues. Cette tendance plus grande à l’auto–correction a rendu le stabilité cyclique de l’économie moins dépendante de l’action des décideurs macro–économiques, dont les réponses ont été bien souvent trop tardives ou maladroites. Il est important de se souvenir que la plupart du temps le réajustement à un déséquilibre du marché est déjà bien engagé lorsque ce déséquilibre est finalement perçu comme un problème. Les prix individuels, les taux de change, les taux d’intérêt, s’ajustent progressivement en temps réel pour rétablir un équilibre. Au contraire, les actions administratives ou gouvernementales, qui n’interviennent que lorsqu’un déséquilibre est devenu patent, sont nécessairement tardives ».
        Comme on l’a vu à propos de l’État-Providence, la conception américaine suppose par principe l’existence d’une « main invisible » dans les affaires humaines qui permet de faire l’économie de toute concertation entre les participants, dont il suffit qu’ils soient guidés par leur propre intérêt. Hobbes, puis Rousseau, appellent « contrat social » le pacte originaire qui ouvre l’ère de la concertation. Le pas posé par le contrat social est celui de l’homme quand il prend conscience du pouvoir dont il dispose de prévenir les catastrophes inscrites dans les processus critiques où il est pris quelquefois en énonçant des règles et en les suivant, et ce faisant, en introduisant une harmonie, une « cohérence » dans les comportements qui faisait défaut jusque-là. Les mécanismes auto–régulateurs sont sans doute offerts à la race humaine en cadeau, les règles constituent au contraire un cadeau qu’elle se fait à elle-même par l’exercice de la Raison, dans le cadre d’un contrat social, c’est-à-dire en sacrifiant une part de sa liberté mais en éliminant en échange une part de sa souffrance.
        Je propose ainsi une réponse positive à une question centrale à la compréhension du fonctionnement des sociétés humaines. Cette question, on peut la formuler de la manière suivante : « Lorsqu’une loi physique (la chose est de plus en plus commune en science économique et en finance) rend compte du comportement humain, reste-t-il un rôle à jouer pour le libre-arbitre des individus dont le comportement est expliqué par cette loi ? » La réponse est « Oui » puisqu’on voit la prise de conscience jouer un rôle déterminant aux époques où un processus collectif hésite entre les ratages dus au manque de « cohérence » ou de coordination des comportements individuels et le « lissage », l’élimination des issues catastrophiques qui résulte de leur synchronisation, de l’introduction de la « cohérence ». La bulle financière qui éclate appartiendrait à la première période, celle qui se dégonfle dans un atterrissage en douceur, à la seconde.
        Une autre manière de formuler la même question consiste à la poser en termes du rôle que doit jouer l’État : « Est-il possible de définir un critère précis qui permette de déterminer quand l’État doit intervenir pour protéger les citoyens contre eux-mêmes et quand il vaut mieux au contraire qu’il laisse libre cours à leurs initiatives ? ». La réponse est là aussi « Oui ». Dans le doute, l’Europe demande à l’État de protéger à tout hasard les individus, les risques encourus paraissant trop graves. Les États-Unis ont choisi la voie inverse : l’individu est responsable et c’est à lui seul, sans protection, de payer les conséquences de ses choix malheureux. En raison toutefois de la distribution extrêmement inégale de la richesse entre les différents groupes ethniques qui constituent les États-Unis, essentiellement les colons d’un côté, et l’ensemble des autres, de l’autre, le prix à payer par les différentes composantes de la nation lors des catastrophes qui affligent périodiquement le corps social peut être d’un ordre de grandeur très différent.
        Comment définir alors le critère qui permette de décider quand l’État doit intervenir et quand il vaut mieux au contraire qu’il s’abstienne de réglementer ? À la lumière de ce que l’on a vu plus haut, la réponse est cependant étonnamment simple : la protection de l’individu contre les conséquences de ses propres décisions doit être assurée par l’État quand les dynamiques historiques dont ils sont les particules connaissent des points « critiques » et sont donc susceptibles de se terminer en catastrophes. Encourager, comme le voulait une initiative de Georges W. Bush au printemps 2005, les individus à placer leur argent en bourse en présentant cette opération comme un placement sûr en vue de leur retraite, constitue donc l’exemple type d’une mesurable déplorable, tant que les marchés boursiers n’ont pas été immunisés par la réglementation contre le krach.
        Compter sur le fait que Dieu y reconnaîtra les siens et épargnera les élus pour concentrer le malheur sur ceux qui ne le sont pas, équivaut pour une nation à appliquer le principe du « malheur aux vaincus » à ses propres citoyens. Celle qui se contenterait du « In God we trust », sans le compléter d’un « Aide-toi et le Ciel t’aidera », ne serait pas moderne : elle ignorerait la puissance propre à l’homme de prendre conscience des malheurs qui peuvent l’affliger et d’y remédier par des règles prises d’un commun accord (que cela soit par l’exercice de la Raison ou sous l’influence du Saint-Esprit importe alors finalement peu : à l’instar de la Raison, ce dernier opère selon le concept de la règle et non de l’auto–régulation).

      10. Octobre, té ! Ça lui plaît pardi Protagoras ! Le « philosophe démocrate »… enfin… le philosophe qui s’mord la queue surtout… pendante souvent, entre les jambes au final tout autant.
        Aulu-Gèle (livre V, chap. x) :

        Évathlus voulant prendre des leçons de Protagoras, celui-ci lui fit payer comptant la moitié du salaire qu’il exigeait, et il fut convenu que le reste ne serait payable que le jour où Évathlus aurait gagné sa première cause.
        Le disciple devint fort habile ; mais pour se dispenser de le payer il refusa obstinément de plaider. Protagoras le cita alors en justice et lui proposa ce dilemme : «Si tu perds ta cause, tu dois me payer en vertu de la sentence ; si tu la gagnes, tu me payeras également d’après nos conventions.»
        Mais Évathlus retourna l’argument contre son maître, et les juges embarrassés laissèrent la cause pendante.

        Adonques va pour Grotagoras-MôôA, puisqu’il semble y tenir.

      11. @Paul Jorion

        Ach la brise de conzience ! se disent Nietzsche, Freud, Marx et Hegel en vous lisant. D’accord dans les grandes lignes quant au processus, mais la notion de prise de conscience est trop générale pour ne pas être d’accord. Cela reste un sain rappel que la promotion de ceux qui ont été stigmatisés comme les maîtres du soupçon par la philosophie pâtissière.

        Frontibus et sexibus sont dans un bateau, le Hé gueule !, aucun ne tombe à l’eau et s’il échoue aucun ne cannibalisera l’autre dans leur Radeau de La Méduse. Y voit-on Marcuse dans le cadre ? Wikipedia me dit que ses cendres ont été rapprochées de celle de Hegel en 2003.

        Pour votre peine et comme cadeau, Paul Jorion, et bien que l’exploitation ne consiste pas seulement en « la confiscation des fruits du travail » ce Gagnepain, qui se dit de foi comme de science, mais sans rien dire de sa foi sur son site : « Quand l’analyste parle du signifiant, le cognitiviste parle de la mémoire » (p. 31 où il est question d’un « formidable parallélisme »). Que vous vous croisassiez ne m’étonnerait pas, puisque Louvain, Rennes…

        @Pierre-Yves D.
        Déroutant non ? Mais au fait où est-il donc l’entrepreneur ? L’aurions-nous laissé en route, noyé ?

      12. @vigneron: monsieur De la Bulle, c’est ça, continue à citer les riches rentiers (Aulu-Gelle) lorsqu’ils parlent d’un prolétaire de l’intellect (Protagoras), cela te va si bien.
        Si tu veux des passages qui ridiculisent encore plus Protagoras, va voir chez l’autre riche rentier aristo, Platon.

      13. @ Paul Jorion 17 février 2012 à 00:50
        Merci beaucoup, d’avoir reproduit le chapitre 6. « Causes » physiques et « raisons » humaines. La crise du capitalisme américain (La Découverte 2007 ; Le Croquant 2009) : pp. 204-212

        i. La « prise de conscience » comme réponse de l’homme à la catastrophe ii. Les processus « émergents iii. « Suivre une règle »

        Il n’y a pas qu’avec la formule « Le capital est une ressource » que je me trouve en plein accord avec vous, même si pour la suite, je vois toujours des obstacles. Je partage également tout ce que vous dites dans ces sous chapitres. C’est très réconfortant de constater qu’un béotien comme moi, ait pu redécouvrir de lui-même, par l’observation et la simple reconstruction logique ce que divers hommes de réflexion ont déjà théorisé (Nietzche, Hegel, Marx, Freud) et beaucoup d’autres que vous citez et commentez très bien afin d’être compris et justifié au mieux. Quand de plus, le béotien est sans complexe, il peut même aller jusqu’à inventer une robinsonnade sur les origines et le rôle du capitalisme dans l’évolution humaine, quitte à susciter la risée,(Fujisan, Fod et autres contradicteurs habituels, soyez indulgents). Tout cela rassure sur les immenses possibilités de notre espèce, maintenant forte de 7,5 milliards d’éléments.

        iv. L’État contre la « main invisible »

        Là j’ai beaucoup plus à dire. Peut-être avez-vous reproduit ce chapitre parce qu’il m’arrive souvent de revenir sur les effets induits par l’adoption des lois sociales en France directement issues des propositions du CNR.

        « Est-il possible de définir un critère précis qui permette de déterminer quand l’État doit intervenir pour protéger les citoyens contre eux-mêmes et quand il vaut mieux au contraire qu’il laisse libre cours à leurs initiatives ? ». La réponse est là aussi « Oui ».

        Bien sur que l’Etat peut intervenir, mais cette intervention introduit un changement à caractère global dans la façon de se comporter des gens concernés.

        Il convient de bien voir, en plus, que l’introduction d’un changement au niveau d’un Etat concerne un grand nombre d’individus ce qui peut influer positivement ou négativement sur les conditions des personnes visées. Mais le changement peut aussi influer, sur les comportements des autres personnes qui ne sont pas à priori concernées, mais qui, comme c’est naturel, adapteront leur conduite en fonction de l’évolution du contexte, à moins d’y être empêchées par un verrouillage de tous les degrés de liberté, comme le font les Etats totalitaires.

        C’est donc lors de chaque introduction d’un changement dans le fonctionnement d’un système complexe qu’on risque d’introduire un déséquilibre susceptible de mener à une catastrophe. Un système peut s’autoréguler parce que les divers acteurs sociaux y contribuent instinctivement par rétroaction en s’observant les uns les autres au travers de leurs échecs et réussites. Les réussites des uns servent d’exemple à ceux qui aspirent à améliorer leur condition sociale au plan matériel afin d’avoir plus de chances de faire survivre les valeurs qu’ils portent. Les échecs des autres servent d’exemple de ce qu’il ne faut pas faire à ceux qui seraient tentés de s’affranchir des règles de bonne conduite dans la société. Les écarts à la règle non écrite donc évolutive, finissent par guider la collectivité, non encadrée à priori, et l’ amènent à des corrections de trajectoire d’ensemble, qui porte l’évolution globale.

        Pour moi, le devoir d’un Etat c’est d’amener le plus grand nombre d’acteurs sociaux à être capables d’observer et de s’expliquer par eux-mêmes la marche des choses, des gens, et du monde dans leur globalité afin que chacun puisse inscrire sa démarche personnelle dans le sens qui lui convient. Soit dans un sens ascendant et tourné vers l’avenir, en étant positif face à ce qu’a enseigné la vie de ceux qui nous ont précédés. Soit dans un sens descendant ou rétrograde en étant négatif et à l’opposé des enseignements apportés par le passé et méprisant à l’égard de ce que peut représenter et apporter le futur. C’est en cela que le devoir d’éducation des peuples et le premier devoir d’un Etat. C’est un peu la même chose pour ce qui concerne les premiers devoirs d’une mère et d’un père pour son enfant, il faut lui apprendre à évaluer le danger et pour cela admettre qu’il puisse se faire un peu mal pour apprendre et tirer les leçons de son expérience.

        Comment définir alors le critère qui permette de décider quand l’État doit intervenir et quand il vaut mieux au contraire qu’il s’abstienne de réglementer ? À la lumière de ce que l’on a vu plus haut, la réponse est cependant étonnamment simple : la protection de l’individu contre les conséquences de ses propres décisions doit être assurée par l’État quand les dynamiques historiques dont ils sont les particules connaissent des points « critiques » et sont donc susceptibles de se terminer en catastrophes.

        Je suis toujours d’accord avec vous, jusqu’ à ce que vous arriviez aux « points critiques » Pour moi, le point critique est celui du choix entre plusieurs options qui s’offrent à un individu, à une communauté, à une entreprise, à une nation, à un groupe de nations (exemple l’Europe), à une planète entière dont l’Etat peut peut-être s’appeler le Nouvel Ordre Mondial.

        Face au risque identifié, ( Rapport du MIT/Club de Rome) qui concerne le niveau planétaire et en premier l’Europe, que doivent faire les humains, et que doit faire l’Europe? Voila la question.

        Il me semble qu’à l’entrée dans le 21ème siècle nous ne sommes plus au stade de la confrontation entre capital et travail que Marx a voulu mettre en scène. Cela a amené des espoirs au début du 20ème siècle et que des malheurs ensuite. Au stade où nous en sommes, il me semble que le capital (porteur du travail et de l’avenir, donc de la vie des hommes) s’est imposé partout sur la planète.

        L’Etat Communiste Chinois, le dernier grand Etat à avoir testé le capitalisme d’Etat et ses moindres performances, s’est de lui-même rendu à l’évidence. Il a vu l’intérêt de faire se développer un grand nombre d’entreprises qui se comportent elles-mêmes comme de minis Etats, en exploitant et prospérant sous une multitude de formes les capitaux qu’elles contrôlent, (humains, scientifiques, techniques, industriels, commerciaux, financiers), indépendamment des frontières d’Etats.

        Pour revenir à la dynamique historique qui nous a amenés au dernier « point critique » qu’ait connu l’humanité, c’est bien les hommes qui en sont à l’origine en faisant entrer l’histoire dans une nouvelle ère, il y a plus de 2 siècles. On l’appelle ère industrielle, mais on aurait mieux fait de l’appeler ère des énergies non renouvelables, car c’est bien le fait quelles soient non renouvelables qui pose problème (sans oublier leur effets secondaires sur les pollutions et le climat)

        Or ce changement majeur n’a pas été pris en considération parce que personne ne s’est senti responsable de la gestion du bien commun de l’humanité, à savoir l’espèce humaine et les autres espèces qui lui sont associées, ainsi que ce qui permet de les maintenir en vie, c’est-à-dire l’énergie, avec de l’air suffisamment pur et l’eau potable.

        Chacun qu’il ait un rôle à jouer au niveau d’un Etat, conscient du problème ou non, ou simple individu conscient de la situation, mais confronté à la faiblesse de ses propres moyens, a tendance à se dire que le gros temps arrive, qu’il va y avoir du grabuge et que les abris possibles semblent bien dérisoires. Que représenterait un lopin de terre à cultiver soi-même, ou un placement en actions judicieusement sélectionnées, si le chaos advenait.

        Pourtant il faut agir par devoir pour ceux qui nous suivent et qui, pour la plupart, sont inconscients de la situation.

        Ce qui me semble indispensable de faire, c’est :

        -En finir à jamais avec la lute des classes, entre le capital et le travail, entre riches et pauvres.
        -Comprendre que la finance déboussolée et affolée n’est pas l’ennemi, même si elle est coupable d’avoir poussé à créer de l’argent et des dettes plus qu’il n’est possible de créer, dans les délais impartis, de vraies richesses, lesquelles s’expriment en durées de vies, donc en énergies.
        -Comprendre qu’il faut tous consommer moins, le temps de se réadapter à vivre avec nettement moins d’énergies fossiles et d’énergie en général.
        -Comprendre qu’il faut faire comprendre cela à tout le monde dans les pays développés.
        -Comprendre qu’on peut, selon moi, faire beaucoup mieux que de s’en remettre à Dieu, en cultivant un esprit de résistance, de combativité et d’effort dans la solidarité pour, en final, surmonter l’épreuve.

        Arriver à faire survivre l’espèce qui a tant à faire encore.

    7. Moi

      Le fait est que là où je vois dans le frein (mesures régulatrices affectant la globalité du système) la possibilité de prendre un appui pour un nouvel élan vous voyez la simple réitération du passé keynésien.
      Le scénario de la restauration du capitalisme version keynésienne ne me semble pas tenable.
      L’inversion du rapport de forces suppose du coté politique (au sens le plus large, je ne préjuge pas ici qui seront les agents politiques effectifs du changement) un changement radical de perspective. Renoncer à la rente, redistribuer les richesses c’est pour ceux qui profitaient largement du système tourner le dos à des décennies de libéralisme. C’est donc reconnaître la faillite intellectuelle, morale, politique, matérielle du système. C’est donc laisser toute latitude aux courants qui ne se reconnaissent pas dans le capitalisme. C’est ouvrir une brèche dans un présent bouché. Ce n’est pas un gage de réussite certaine, mais c’est au moins s’avancer vers un nouveau possible. La politique du pire, de la terre brûlée c’est par contre le pari très risqué de construire un avenir meilleur sur les ruines de nos institutions, avec le chaos social, économique, matériel qui pourrait s’ensuivre.

    8. jducac

      A vous lire bientôt vous créerez votre blog et nous y migrerons tous, Jorion y compris.
      😉
      Quel aplomb magnifique !

      Ne vous est-il jamais venu à l’esprit que la morale pouvait être autre que celle des capitalistes ?
      Vous n’avez de cesse d’évoquer le capital comme ressource. Mais n’y a-t-il pas d’autres sources où s’abreuver pour étancher notre désir de relations humaines ?

      Après vous avoir suggéré de vous inscrire en sociologie puis-je me permettre de vous suggérer maintenant d’entamer un cursus en sciences historiques et préhistoriques histoire de vous informer qu’il y eut bien un avant le capitalisme ? J’entends ici le capital lié comme une ressource liée à un type d’organisation sociale fondée sur la propriété privée. Ignorez vous que de nombreuses sociétés vécurent sans cette institution bien avant la malheureuse expérience soit disant communiste ? Qu’elles connaissaient la moralité, que nombre d’entre elles se reproduisaient en économisant les ressources à leur disposition bien que n’étant pas capitalistes ? Partant, est-il inconcevable pour vous qu’à l’avenir à l’instar des sociétés humaines ayant existé ou même existant encore en quelques endroits de notre planète sur ce modèle, un nouveau type de civilisation fondé sur autre chose que la propriété privée et la rente qui lui est associée puisse voir le jour ?

      1. @ Pierre-Yves D. 17 février 2012 à 02:36

        Ne vous est-il jamais venu à l’esprit que la morale pouvait être autre que celle des capitalistes ?
        Vous n’avez de cesse d’évoquer le capital comme ressource. Mais n’y a-t-il pas d’autres sources où s’abreuver pour étancher notre désir de relations humaines ?

        Ne vous est-il jamais venu à l’esprit de mettre de côté vos lunettes qui vous fond voir tout en négatif dès lors qu’on évoque le mot capital ou capitaliste ? N’y a-t-il pas une notion de vie derrière le mot capital ? N’y a-t-il pas des hommes derrière le mot capitaliste qu’il s’agisse d’un capitalisme d’Etat ou de celui qui est exercé dans des organisations plus libérales ?

        Ne voyez-vous pas que le capital moral d’une civilisation, tout comme le capital humain d’un Etat, d’une nation, d’un groupe de nations, ou d’une planète entière placée sous la domination d’une espèce, constitue autant de ressources, qu’il convient de préserver, de gérer, de renouveler pour que se perpétue la vie ?

        Je crois sincèrement que nous aurions tous à gagner si vous cessiez de vous braquer dès qu’on fait apparaître des aspects autres que ceux auxquels vous vous intéressez ou qui ne confortent pas l’orientation vers laquelle vous aimeriez allez.

        blockquote > Partant, est-il inconcevable pour vous qu’à l’avenir à l’instar des sociétés humaines ayant existé ou même existant encore en quelques endroits de notre planète sur ce modèle, un nouveau type de civilisation fondé sur autre chose que la propriété privée et la rente qui lui est associée puisse voir le jour ?</blo

        Il est tout à fait possible d’imaginer une société à l’image des abeilles par exemple. Il n’y a pas de propriété individuelle, sauf que si chaque abeille appartient à un essaim, le corps de chaque abeille appartient à chacune d’elle, il lui appartient en propre, c’est sa propriété. Mais pour le reste ses degrés d’autonomie et de liberté sont limités. Chacune vit grâce à un capital collectif qu’elles doivent préserver et renouveler. C’est comme votre capital propre (pas seulement financier) constitué par votre capacité à agir (compétences, bonne santé, adaptabilité etc…. vous permet de tirer une rente de votre travail et fait de vous fondamentalement une sorte de « capitaliste », ça n’est pas parce que je vous trouve « capitaliste » avec mes lunettes, que vous n’êtes pas un homme respectable tout comme beaucoup d’autres vrais capitalistes ou pas.

        On peut aussi aller plus loin, et imaginer une vie après la mort, existant hors de tout support physique. C’est un domaine de réflexion qui ne m’intéresse pas. Je suis trop pragmatique, matérialiste, et réaliste pour m’y aventurer.

      2. @Jducac

        C’est un domaine de réflexion qui ne m’intéresse pas.

        Si peu de curiosité de votre part, cela m’étonne… Vous ne vous braqueriez pas au moins ?!

  4. @ au blog Jorion – traduction italienne de l’article

    Vu qu’une majorité de mes semi-compatriotes (j’en fais la triste expérience ces jours-ci, de retour vacancier au pays), loin de connaître la pensée des Jorion, Stiegler, Caillé, Lordon et semblables, ne comprend même pas la langue française (il y a quelques décennies il en allait un peu différemment – merci monsieur le Président de si bien faire rayonner la France et de si bien défendre la francophonie), je me permets de proposer la traduction qui suit en langue italienne de l’article de Jorion qui nous occupe ici. Pour ceux à qui ça peut intéresser j’essaie de mettre sur pied des GASP! (Groupes d’Action Solidaire Pensante!) en Italie, en commençant par ma bonne ville natale de Perugia (dur dur).

    *****

    Paul Jorion, « IL SIG. STIGLITZ NON È AL CORRENTE »
    (15 febbraio 2012 – questo testo è un « articolo presslib’ »)

    È forse per via del fatto che il Prodotto Interno Lordo della Grecia si sarà abbassato del 7% in un anno e del 16% dall’inizio della crisi nel 2007 ? Oppure perché con le defezioni di parlamentari greci durante il voto di domenica, seguite dall’esclusione dai loro partiti e completate da sondaggi d’opinione favorevoli alla sinistra e alla sinistra radicale, il governo greco da ora l’impressione di non rappresentare più l’opinione pubblica del paese e che, di conseguenza, ogni accordo al piano votato domenica non significa più nulla ? È ormai questo, in ogni caso, il dubbio dei dirigenti della zona euro. Lo slittamento della riunione dell’Eurogruppo che doveva aver luogo oggi (mercoledi) – rimpiazzata da una conversazione telefonica – dimostra che all’improvviso nelle sfere alte si è diventati un po’ più pavidi : si è passati, ieri, dal tono trionfale del mattino alle scuse un po’ impacciate della serata.

    L’altroieri ponevo la domanda : quanto tempo durerà questa straordinaria impermeabilità ai fatti manifestata dalla Troïka che governa la Grecia già da diversi mesi, e che si appresta a fare la stessa cosa con il resto dell’Europa ? E cioè il piccolo club ultraliberale composto dalla Commissione Europea, dalla Banca Centrale Europea e dal Fondo Monetario Internazionale. A quanto sembra, da ieri sera la pioggia comincia a permeare l’impermeabile.

    Il sig. Stiglitz, le cui analisi sono usualmente eccellenti, si pone, lui – in una recente intervista –, la domanda sul perché di una tale impermeabilità ai fatti. È forse perché le banche della zona euro non sono protette contro un default eventuale della Grecia, si chiede ? O forse perché non si è capaci di valutare i danni che ne risulterebbero ? È perché gli stabilimenti finanziari che hanno emesso dei Credit-Default Swaps (CDS) che assicurano contro il default del debito greco sono in realtà ben incapaci di coprire il sinistro, s’interroga ulteriormente ?

    C’è certamente un po’ di tutto ció, ed in particolare il fatto che ad emettere dei CDS sul debito greco sono state essenzialmente delle banche tedesche, fra le meno solide, e le stesse banche greche (la stupidità umana conosce forse limiti ? Voglio dire, chi ha mai potuto pensare un giorno che la banca di un dato paese sia il miglior assicuratore contro il default di quel paese nel pagamento del suo debito ?). Ma la vera ragione è ben lungi dall’essere un autentico mistero : l’assicurazione sulla vita, l’ultimo bastione dell’ultraliberalismo.

    L’assicurazione sulla vita doveva salvare il mondo : l’assicurazione sulla vita doveva trionfare una volta per tutte su alcuni valori grotteschi tramandatici dal XVIIIo secolo, come la – arg ! pouah ! – solidarietà. L’assicurazione sulla vita avrebbe sbarazzato il mondo dalla vergogna della pensione per ripartizione, che trasforma i genitori in “orchi che divorano i loro figli e i loro nipotini” (dixit). L’assicurazione sulla vita avrebbe soprattutto fatto entrare le pensioni nel mondo glorioso e sacro del profitto. Ma, a tal fine, era necessario che il portafogli degli assicuratori sulla vita si gonfiasse senza tregua e ineluttabilmente, era necessario che la Borsa fosse in continua scalata (si è pensato un tempo – ed alcuni apparentemente ancora lo pensano – che lo High Frequency Trading avrebbe dato una mano – di nascosto: senza dover mettere in prigione un numero troppo grande di informatici svelanti l’inghippo) e soprattutto, soprattutto, era necessario che una obbligazione di Stato, che il debito sovrano, non perdesse mai valore.

    Ma con la Grecia in default – o piuttosto, con il fatto che si finisca per riconoscere che la Grecia è in default – il castello di carte crolla. La fine dell’assicurazione sulla vita è la fine del mito – garante di armonia sociale – del « tutti redditieri », la fine del mito del « chiunque puó diventare ricco, è solo una questione di sforzi ! », un mito esso stesso già refutato dai fatti, e perlomeno da 20 anni nei paesi occidentali.

    No, signor Stiglitz, non c’è mai stato alcun mistero riguardo all’impermeabilità ai fatti che caratterizza la Troïka !

    (tradotto dal francese da Alessio Moretti)

  5. Bien vu et bien expliqué. Pourtant il y a encore pas mal de fidèles qui répètent la même propagande, même lorsque celle-ci va contre leurs intérêts. Les faits sont têtus mais les têtes sont dures.

  6. Le système financier tient sur deux pattes principales : les hypothèques de l’immobilier et les emprunts d’états, pour les hypothèques c’est bon les USA leur ont mis le compte, l’Europe, elle aura choisi les emprunts d’états, sauf que l’alimentation des deux est toujours le dollar et que vous semblez l’oublier.

    D’autre part l’assurance vie de toute manière c’était déjà du passé avant la Grèce, toutes les cavaleries ne durent qu’un temps, ce n’est pas avec les salaires d’aujourd’hui que les nouveaux entrants peuvent faire perdurer le système. Ceux qui ont connu la période avec des obligations à 15% jusqu’à hier, ceux là furent les gagnants les autres c’est du Ponzi avec ou sans la Grèce et ses copains …

  7. Alessio Moretti
    15 février 2012 à 15:25

    @ au blog Jorion – traduction italienne de l’article

    Caro Alessio; parlo abastanza bene l’italiano ma il mio italiano scrito fa schiffo… Come lo puoi vedere.

    Quelle che potrebbe esere una buona idea sarrebbe di avere una versione de blog di Paul in Italiano, cosi come cè n’è già una in inglese. Ma sarrebbe molto lavoro.

    Comme mon italien écrit est catastrophique, Je reprends en Français excuse moi.

    Il me semble que l’extension du Blog de Paul Jorion à d’autres pays de l’Europe serait une très bonne chose. Il existe déjà une version en anglais. Mais comment trouver des personnes de bonne volonté pour prendre en charge de proposer dans leurs pays respectifs une version du blog dans la langue de leurs pays.

    Même si mon Italien parlé est assez correct et que je lis assez bien l’italien, Je ne me sens malheureusement pas capable de traduire en Italien les billets invités écrits en Français ou en anglais, car mon italien écrit est déplorable, Je pourrais toutefois traduire en français certains billets invités écrits en Italien, mais certainement pas toutes les interventions suscitées par ces billets invités.

    Remarquez il existe probablement déjà des blogs semblables à celui de Paul Jorion dans les
    langues de plusieurs états de l’Union Européenne.

    Peut-être pourrait-on tenter d’obtenir des fonds de la Commission Européenne pour des traductions multiples au titre de programmes d’échanges entre les groupes de la société civile européenne. Ce genre de programme existe, même si la paperasse à remplir pour en faire la demande à la Commission Européenne est monstrueuse… En fait il faut arriver à entrer dans un des divers programmes cadres en dehors desquels les fonctionnaires de la Commission Européenne sont incapables d’agir.

    Paul T.

    1. Amsterdam, 15 Février 2012

      Estimé Paul,

      Voir svp aussi mon commentaire d’il y a quelques minutes à M. Moretti sur la version « Italienne » de la contribution de Paul Jorion.

      Deux remarques:
      a. Je ne vois aucune raison pourquoi les activités de traduction ne seraient pas prises en charge par le Centre Jorion que je propose;
      b. Je vous cite mes expériences très positives avec les gens du Conseil de l’Europe, qui nous ont aidé énormément dans le passé avec pas mal d’activités d’organisation des jeunes soldats-appelés/en service militaire obligatoire en Europe. (http://www.coe.int/lportal/fr/web/coe-portal)

      Une avantage supplémentaire pour mes ami(e)s Français(es): le centre administratif du Conseil de l’Europe se trouve à… Strassbourg!

      L’avantage du Conseil de l’Europe est que sa couverture Européenne est beaucoup plus ample (y compris la Russie et la Turquie), et que ces deux pays se distinguent par ses économies bien fortes. Alors: au Conseil de l’Europe pas de pénuries de fonds…

      Ensuite (voir mon commentaire ci-avant cité): une fois par mois Eur 0,50 par lecteur unique de cette BLOG, à virer par simple message SMS-portable, sera suffisante pour auto-financer le Centre Jorion après une période de démarrage d’environ 6 mois. Ce qui me paraît une belle perspective pour un bailleur de fond type Conseil de l’Europe.

      Voir par exemple en France: https://www.pay2you.fr

      🙂

      Bien a vous tous!

      Johan Leestemaker, leestem@ision.nl

      quote

      Johan Leestemaker
      27 janvier 2012 à 11:08
      Amsterdam, 27 janvier 2012

      Estimé Léoned,

      1. Je n’arrive pas bien à comprendre ce que vous voulez dire avec la bi-dimensionalisation du BLOG. A mon avis, le BLOG donne déjà l’opportunité de retracer des « billets » d’intervention au regroupement par thèmes, à trouver du coté de la main droite au BLOG.

      2. Ce que j’aimerais discuter, un devoir indéfinitif quant à moi, c’est le système de la classification employée. Je n’arrive pas à bien comprendre quelle logique se cache derrière les termes classificateurs employés au BLOG.
      Au niveau de l’OCDE, où j’ai pu contribuer aux discussions du Statistical Working Group du DAC, nous avons toujours distingué au moins deux sous-systèmes classificateurs: le système primordial des Secteurs, étant la section plus robuste de la classification, peu sensible à la mode et aux goûts politiques, et le système secondaire, étant la section de Thèmes, plus sensible à la mode, étant aussi un système où certaines activités pourraient promouvoir vers le système primordial de Secteurs (pensez au SIDA dans les années 1980, pensez à l’éclairage de LED etc etc).

      3. Le système S/T, ou ST, ou dénombré aussi le système Secteur/Thème, représente un ‘language’ mondial et universel aujourd’hui, qui facilite énormément les communications entre les divers groupes professionnels et non-professionnels.

      4. Vu la production annuelle au BLOG ici, il me paraît assez simple de monter un groupe de codification, guarantissant l’analyse des billets ET DES COMMENTAIRES, d’une façon systémique, consistant et « RECONSTRUI-ABLE » (une exigence FERME du coté de la logique mathématique et démocratique!).
      La réalisation de ce boulot pour le total de la portefeuille du ministre de la coopération internationale des Pays-Bas (plus que 45.000 dossiers à analyser et à codifier depuis 1949) a couté plus ou moins 1 année avec un équipe de 4 spécialistes, à un frais total d’environ Eur 200 K.
      Le système de régistration flexible et bon marché s’appelle Sesame, successeur du système fabuleux Q&A 4.0 de Symantic, malheureusement détruit par notre ‘ami’ monopolisateur Gates.

      Même tout le service fiscal aux Pays-Bas travaillait avec Q&A, sans aucun problème…. ce n’était qu’après l’introduction de microsoft au service fiscal néerlandais que les très gros et très couteux problèmes de l’informatique du gouvernement néerlandais ont commencé..

      5. Ainsi, ce n’est pas le manque de la disponibilité de la connaissance analytique et technique, mais c’est la pénurie des fonds qui empêche que le language total des billets et de commentaires ici au BLOG soit représenté en analysé claire et nette.

      6. Probablement, il existe une personne de bonne volonté et avec beaucoup de ressources financiéres qui aimerait supporter notre communauté avec le financement d’un centre analytique. Une idée pour nos ami(e)s de la Fondation Calouste Gulbenkian?

      Bien à vous tous!

      Johan Leestemaker

      Répondre
      Léoned
      27 janvier 2012 à 15:34
      En fait, j’ai eu l’occasion d’en parler avec Jorion à propos d’un article récent sur SOPA.
      A la suite de cet article, s’est engagée une (et même des !) conversations intéressantes sur les notions de droits d’auteurs, de copyright, etc.
      Sauf que : elles furent vite noyées sous le déluge (que je ne déplore pas) de commentaires.

      Je ne sais pas exactement quelle forme pourrait prendre cette bi- (voire tri-) dimensionnalité, j’ai juste l’impression devant l’énormité de ce blog (et là non plus je ne déplore pas, au contraire j’apprécie : me suis payé quelques heures à lire de vieux articles passionnants) qu’il lui faudrait, en plus, un système quelconque (et plus efficace que l’actuel) pour retrouver certains thèmes.

      Je redis : je ne sais pas comment faire !

      P.Jorion m’a répondu en gros : on est que 4 c’est le temps qui manque. Ce que je comprend parfaitement. Dès que j’en serai capable (quand ?), je proposerai mon aide au moins quelques heures par semaine.

      Reste à définir la méthode : sous quelle(s) forme(s) ? qui décide de quoi est intéressant ? etc.

      Toute idée me semble bienvenue …

      unquote

    2. S’il y avait un blog comparable à celui de P. Jorion dans le domaine néerlandophone, j’aimerais bien le savoir!
      Passkeu le niveau de critique, dans l’ensemble, est bien gentillet. On souligne l’absurdité des politiques d’austérité, mais on continue de penser dans le cadre établi du capitalisme financier; en particulier, le mécanisme de la rente, ses effets délétères inhérents sur le système, et son immoralité fondamentale restent absent des viseurs.

      En tous cas, je suis disponible pour des traductions français-néerlandais et vice-versa. Mais prendre moi-même une version Bas-Paysienne de ce blog, je dois avouer que je ne sais pas (encore) faire.

      1. @ Amsterdamois + Paul Jorion et collaborateurs

        Ce que j’imaginerais, s’il y avait pléthore de traductions de billets de ce blog (chose concevable et souhaitable, il me semble – mais ça demanderait un minimum de coordination pour chaque langue nouvelle, non?), c’est que, plutôt que de faire des versions nationales différentes du blog il y aurait simplement des petites icônes (des drapeaux nationaux) cliquables sur chaque billet, en fonction des traductions disponibles pour ce billet. Un usager choisissant, par exemple, la version espagnole de la page d’accueil du blog Jorion aurait, partant de là, prioritairement affichées les versions espagnoles des billets du blog (les autres petits drapeaux restant cliquables), sinon la version française (= l’original) tant que les traductions voulues (espagnole, anglaise, etc.) sont absentes.

        Je ne sais pas, plusieurs options sont probablement possibles. La priorité, j’imagine, est d’ajouter le moins de travail possible à l’équipe Jorion qui déjà en a plein. Le blog est extra tel qu’il est, il ne faut surtout pas en perturber le fonctionnement (bon, je dis là inutilement une banalité).

        Je crois, sinon, partager ce que dit Amsterdamois: ce serait bien que des versions allophones de ce blog existent.

        Feedback welcome

      2. « La langue de l’Europe, c’est la traduction »
        Umberto Eco (cité par Claude Hagège dans « Contre la Pensée Unique » Ed. Odile Jacob)

    3. @ Paul Tréhin
      Merci beaucoup pour les suggestions.
      Je suis, pour ma part, plutôt d’accord: ça me crève le coeur quand je m’aperçois que mes amis (ou connaissances) italiens, tous proches de l’oeil du cyclone (je crois), ne sont pas du tout conscients des TRES graves enjeux (bon, j’extrapole sur « les italiens » à partir d’une petite base, ridiculement petite (+ télé & Co.), mais plus les jours passent et les discussions s’accumulent, plus ce constat me semble se confirmer tristement).

      IL FAUT DU JORION EN ITALIE !

      Je pense donc que toutes ces actions de pensée (de Jorion comme de quelques autres) doivent vivre plus amplement et, pour ce blog ci, il serait très naturel que certains de ses amis, comme toi et moi et tous les bilingues, le fassent vivre (par reflet linguistique construit) auprès de communautés citoyennes pensantes bien plus larges (= on a le droit de découvrir Jorion même si l’on ne parle pas français). En clair: oui, je crois qu’il est grand temps que les traducteurs bénévoles sortent de l’ombre et offrent leurs services. C’est le moment où jamais de tout faire pour que l’intelligence ait une chance.

      Te concernant, Paul (Tréhin), en plus de ce que tu proposes (traduire en français de l’italien de futurs billets invités d’italophones non-francophones – c’est une très bonne idée, j’espère qu’il y en aura) tu pourrais, il me semble, fouiner dans les médias italiens et nous signaler des liens – mais peut-être le fais-tu déjà (je me permets de dire ça comme ça, au sens où, du moins, moi ça me serait très utile, pour l’heure je ne les fouine pas, de fait je ne connais les médias italiens que par ouï-dire).

      P.S.: (ad Paulum) le seul problème que je vois avec ton italien écrit (qui semble refléter un italien oral tout à fait correct, vraiment) est avec les consonnes (aie aie aie): tu confonds les simples et les doubles (c’est dur pour les francophones, je sais, en français toutes les consonnes sont courtes, courage!). Mais ça se soigne!
      : )

      Ripeti dunque per iscritto:

      « trentatré trentini entrarono tutti e trentatré trotterellando in Trento »
      « i fiocchi degli ochi hanno occhi fiochi » (je viens de l’inventer, hemm …)
      « mannaggia, oggi il coro della stele corre adagio nelle stelle » (idem)
      ; )

  8. Bonsoir,

    Bien sûr, que cela est la pierre angulaire du système financier actuel, entre autre…………….
    Quand on sait que la majeure partie des contrats d’assurance -vie, souscrits en France, sert à financer la dette de l’Etat français,(d’où les avantages fiscaux et patrimoniaux….), on comprend que le défaut grec fasse peur, et pourtant, il est patent que le jour de la faillite se rapproche à grands pas!!!!, effet domino, quand tu nous tiens!!!!!!

    Alors, que faire?
    Garder son argent chez soi!!!!!
    Investir dans l’immobilier( tant que les locataires pourront payer leurs loyers,mais qui sera aussi touché par la crise, à plus long terme, peut être..)
    Le depenser, et pourquoi pas? cela ferait relancer la machine……..momentanement!!!!!

    Je ne sais pas, alors si vous avez une idée, je suis preneur.
    Je sais, bien sûr, qu’il faudrait changer de système, et abolir ce P… de système néo libéral, mais je cherche encore la solution!!!!!!!
    Bon courage quand même

Les commentaires sont fermés.