Archives par mot-clé : Christine Lagarde

Banque centrale européenne : êtes-vous futé.e ?

Ouvert aux commentaires.

Tiens ! puisque je parlais justement d’Aristote, vous n’ignorez certainement pas que, tirant parti de la théorie de la proportion que son poteau Eudoxe venait de mettre au point, le Stagirite comme on le surnommait, nous a offert les règles du raisonnement déductif (« Si X alors Y », etc.). Je vous propose du coup un petit quizz.

« Cher Nicolas, très brièvement et respectueusement,
« 1) Je suis à tes côtés pour te servir et servir tes projets pour la France.
2) J’ai fait de mon mieux et j’ai pu échouer périodiquement. Je t’en demande pardon.
3) Je n’ai pas d’ambitions politiques personnelles et je n’ai pas le désir de devenir une ambitieuse servile comme nombre de ceux qui t’entourent dont la loyauté est parfois récente et parfois peu durable.
4) Utilise-moi pendant le temps qui te convient et convient à ton action et à ton casting.
5) Si tu m’utilises, j’ai besoin de toi comme guide et comme soutien : sans guide, je risque d’être inefficace, sans soutien je risque d’être peu crédible. Avec mon immense admiration. Christine L. »

  • La première qualité exigée d’une banque centrale est son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique

  • Mme Christine Lagarde vient d’être nommée à la tête de la Banque centrale européenne

La question du quizz est celle-ci : « La Banque centrale européenne est-elle désormais en de bonnes mains ? »

Ce.ux.lles qui auront trouvé la bonne réponse auront droit au titre honorifique – rarement décerné – de « Petit.e futé.e du Blog de PJ ».

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L’ANNÉE COMMENCE MAL : DAVOS EN ÉTAT DE SIÈGE ! par François Leclerc

Billet invité.

Une fois encore, les participants au Forum de Davos se sont emparés du thème des inégalités, décidément devenu porteur. Mais cette année, ils semblent tétanisés par certains épisodes électoraux, comme s’ils se sentaient en danger d’être assiégés.

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LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES N’ONT PLUS LA MAIN, par François Leclerc

Billet invité.

« De nombreux citoyens des pays avancés perdent confiance dans le système, font face à une incertitude plus élevée et s’inquiètent d’une perte de son contrôle », s’inquiète Mark Carney, le gouverneur de la Banque d’Angleterre. Il avait précédemment été celui de la Banque du Canada, suite à un long passage chez Goldman Sachs. Il est aussi le président du Conseil de stabilité financière (FSB), créé par le G20 de Londres en 2009 qui chapeaute la régulation financière. Ses termes sont choisis et ses paroles ne sont pas prononcées à la légère.

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LE NOUVEAU PLAN POUR LA GRÈCE DÉJÀ CONDAMNÉ, par François Leclerc

Billet invité.

Pour le moins mitigés, leurs résultats sont là : François Hollande a empêché la sortie de la Grèce de l’euro et Angela Merkel une restructuration de sa dette. Mais cela ne fait pas un véritable plan pour autant. Il ne suffira pas d’imposer un nouveau fardeau à la Grèce – plus il sera lourd, moins le plan sera crédible – deux tâches restent à accomplir : comment le rendre vraisemblable a minima et le boucler financièrement ?

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Les instances de la Troïka se chargent de tout et ne pourront s’en prendre qu’à elles-mêmes

Dans sa chronique publiée hier soir dans le Financial Times, Wolfgang Münchau écrit :

« Les ministres des Finances européens, ainsi que Madame Lagarde, signalèrent, lors de la réunion calamiteuse à Luxembourg la semaine dernière que, pareils aux Bourbons au XVIIIe siècle, ils n’ont rien appris, ni rien oublié. »

Quand Christine Lagarde s’est plainte jeudi soir lors des négociations en cours avec la Grèce qu’évoque Münchau, de « l’absence d’adultes dans la salle », elle a fait comme tous ceux ayant jamais prononcé ce genre de phrases : elle s’est comptée elle-même au rang des adultes. L’histoire en juge malheureusement parfois autrement, et nous en saurons plus peut-être à ce sujet pas plus tard que la fin de la semaine qui débute.

À la différence de ceux qui furent dirigés autrefois par des Louis XVI, notre participation citoyenne n’est nullement requise pour précipiter l’effondrement : les « adultes » auto-proclamés de la Troïka qui veillent sur notre destinée, se chargent de tout !

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Tic-tac, tic-tac… par François Leclerc

Billet invité.

Le secrétaire général de l’OCDE Angel Gurria et la directrice générale du FMI Christine Lagarde avaient chacun de leur côté préparé hier le terrain d’un accord, mais cela n’a pas empêché la réunion de l’Eurogroupe d’achopper dans la nuit sur un point dur préliminaire.

Le gouvernement grec se refuse à toute formule basée sur une extension du plan de sauvetage, qui se termine à la fin du mois, et réclame un nouveau programme, tandis que Wolfgang Schäuble campe sur ses positions : « Nous avons ce programme, soit il est mené jusqu’au bout, soit il n’y a plus de programme ». Les points de vue sont irréconciliables à ce stade : depuis la tribune du parlement grec, Alexis Tsirpas avait la veille lancé « nous ne négocions pas le plan de sauvetage, il a cessé d’être en raison de son insuccès », l’échec était prévisible.

Une réunion s’était tenue à Bruxelles avant la réunion de l’Eurogroupe, à laquelle participait Christine Lagarde, Jeroen Dijsselbloem et des hauts fonctionnaires bruxellois, afin de mettre au point le contenu de ce que pourrait être un « accord-relais », selon les termes employé par des sources grecques. Au sortir de cette rencontre, Christine Lagarde déclarait à propos de l’équipe grecque : « ils sont compétents, intelligents, ils ont conscience de leurs problèmes. Nous commençons à travailler ensemble et c’est un processus qui va prendre un certain temps ». Restait à régler le point litigieux…

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LE MISTIGRI DE LA DETTE COURT TOUJOURS… ET CE N’EST PAS FINI ! par François Leclerc

Billet invité.

Angela Merkel ne dit plus rien et Mario Draghi se préparerait à en faire autant jeudi, Christine Lagarde s’avance et Alexis Tsipras réagit au quart de tour. De quoi s’agit-il ? Pas du nouveau programme de la BCE, mais du sujet qui est désormais bien installé dans l’actualité et ne va plus en sortir : la dette et comment s’en débarrasser ?

Faisant superbement fi des restructurations qui ont jalonné son histoire, la directrice générale du FMI proclame « une dette est une dette ! » afin de couper court à la proposition de Syriza de convoquer une conférence européenne à ce propos. Ce ne sont pas des questions que l’on soulève sur la place publique ! Faisant valoir que celle de la Grèce est tout simplement insoutenable, et qu’elle doit être « réajustée », Alexis Tsipras répond que cette proposition ne concerne pas seulement la Grèce mais aussi « de nombreux pays européens » qui font face à une dette excessive.

On s’attend à ce que Mario Draghi n’évoque pas publiquement un sujet délicat lors de sa présentation de jeudi du programme d’achat de titres de la BCE : des titres de la dette grecque en bénéficieront-ils ou non ? À trois jours des élections, la question est scabreuse. Les inclure dans les achats apporterait de l’eau au moulin de Syriza, les exclure représenterait une pression un peu trop voyante et mettrait la BCE en première ligne.

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Le Credit-default Swap (IV) La formation du prix de la prime

Le Credit-default Swap (I) Définition
Le Credit-default Swap (II) Positions de « couverture » et positions « nues »
Le Credit-default Swap (III) La crise grecque

Dans le cas du Credit-default Swap se combinent deux modes distincts de la détermination du montant de la prime : d’une part, une évaluation objective de type « actuariel » de la probabilité de sinistre et de la perte subie et d’autre part, une détermination par l’offre et la demande portant sur le contrat CDS, c’est-à-dire l’influence sur ce montant de la concurrence interne jouant, d’un côté entre acheteurs et, de l’autre, entre vendeurs de ce type de contrat.

Mis en accusation durant la crise grecque, les spéculateurs sur CDS répondirent avec un bel ensemble aux accusations que la spéculation envenimait et précipitait la crise, que les positions sur CDS ne représentaient qu’un très faible volant par rapport au montant total de la dette souveraine grecque, et ne pouvaient donc pas avoir d’impact sur son marché. Certains politiques opinèrent gravement du bonnet. Or, comme on a pu le noter, ni le volume des CDS en tant que tel, ni le volume total de la dette souveraine sur laquelle ils portent n’interviennent dans la formation du prix de la prime et ceci aussi bien dans le cas du second mécanisme où c’est la concurrence entre les acheteurs face aux vendeurs qui est déterminante, que dans le premier mécanisme, de type actuariel, et pour lequel seule est pertinente la situation objective de la Grèce face à ses créances, telle qu’évaluée par exemple par les notateurs. La réponse des spéculateurs laissait cependant muets leurs critiques, le plus souvent peu familiers de la finance.

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La négociation européenne : LA FRONDE PREND CORPS, par François Leclerc

Billet invité

La fronde prend corps avec la tenue demain samedi à Paris d’une réunion consacrée aux priorités de la prochaine Commission européenne. Sont annoncés les chefs des gouvernement autrichien, belge, danois, italien, slovaque et tchèque, ainsi que la présence du vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel.

Les évènements se précipitent après une ouverture en demi-teinte, et c’est dans un brouillard épais qui n’est pas de saison que s’engage l’inévitable tournant de la politique européenne. Le ballon d’essai lancé par Sigmar Gabriel, le ministre de l’économie et président du SPD, a reçu le soutien de poids de l’ex-chancelier Gerhard Schröder, le père des courageuses réformes sociales (on dit aussi douloureuses, suivant le point de vue que l’on adopte). Il est, a-t-il déclaré dans le quotidien Handelsblatt, « dans l’intérêt allemand de laisser à nos partenaires européens plus de temps pour les réformes en étant plus souples sur la politique d’austérité ». Mais il est le seul à parler clair, rangé de la politique mais non des affaires, dans un jeu où il importe visiblement de ne pas se découvrir prématurément.

Les ministres des finances français et italien ont ainsi assuré qu’il n’étaient pas « demandeurs de changement des règles », pour ajouter afin d’en convaincre, avant de dire le contraire : « Les règles sont les règles. Il faut simplement trouver le bon rythme pour chacun de nos pays, notamment les plus en difficulté ». Michel Sapin considérant toutefois nécessaire que « le retour à une situation budgétaire maîtrisée, une diminution ordonnée de la situation d’endettement, une diminution des déficits se fassent dans des conditions compatibles et même porteuses de croissance ». « Nous ne demandons pas un changement de règles, mais de priorités », a de son côté souligné Harlem Désir, le nouveau secrétaire d’État aux affaires européennes français, tandis que son homologue italien, Sandro Gozi, précisait : « on demandera à la nouvelle Commission européenne de lire complètement les traités et les règles, et de ne pas s’arrêter seulement au mot stabilité alors que celui de croissance y est aussi inscrit. »

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AU CHEVET DE LA ZONE EURO, QUE FAIRE APRÈS LA SAIGNÉE ? par François Leclerc

Billet invité

Comment les dirigeants européens vont-ils sortir du pétrin dans lequel ils se sont fourrés (y conduisant leurs administrés) ? Sigmar Gabriel, le vice-chancelier social-démocrate allemand, a lancé un ballon d’essai en proposant d’adopter une nouvelle méthode de calcul du déficit excluant les dépenses occasionnées par les réformes, ce qui ne nécessiterait pas selon lui de modification d’un Traité figeant dans le marbre des règles qui se révèlent inapplicables. L’artiste travaille sans filet ! L’affaire est à réglage fin, puisqu’il n’est pas question de se déjuger ouvertement.

Angela Merkel a immédiatement rétorqué que le Traité était tabou, ce que l’on savait déjà. Et des rumeurs prématurées d’alliance franco-italienne ont surgi, laissant présager d’une offensive à Bruxelles, profitant de la présidence italienne de l’Union européenne. Reste à la voir se concrétiser. Afin de donner des gages, Matteo Renzi a proposé un accord donnant-donnant dont la maîtrise serait confiée à la Commission européenne : « vous avancez sur les réformes, et je vous accorde des délais de réduction du déficit », ce qui a l’avantage d’instaurer une souplesse devenue indispensable tout en préservant l’essentiel de ce qui doit être accompli. Comme si la réduction du déficit et de la dette n’étaient finalement que des prétextes, ce que tendrait à montrer la détente du marché obligataire qui se satisfait de leurs niveaux élevés, le marché ne jouant plus présentement les croquemitaines.

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L’avenir présumé de l’Europe, GRANDS PRINCIPES ET GROSSE CONFUSION, par François Leclerc

Billet invité.

La cause a été vite entendue par les dirigeants européens réunis hier soir à Bruxelles : le décor ayant été résolument planté et tous – sauf Matteo Renzi – ne voulant voir dans le résultat des élections que l’épouvantail de la montée de l’europhobie, il a été décidé de confier à Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, la tâche de rassembler les avis sur la meilleure manière de contrer celle-ci. La difficulté étant que se sont exprimés durant le dîner autant d’avis que de participants quand il s’est agi de l’avenir présumé de l’Europe. Proclamer que l’Europe doit changer est une chose, lui assigner des priorités claires en est une autre…

Faute de mieux, un médiateur a donc reçu le mandat de « conduire des consultations avec le Parlement européen et les différents groupes parlementaires, dès qu’ils seront constitués », sans naturellement oublier les dirigeants aux-mêmes. Mais le grand sujet reste la composition d’un paquet de nominations composé des futurs présidents de la Commission, du Parlement et du Conseil. On ne se refait pas ! Une liste de grands principes pourra toujours fournir l’habillage requis : croissance, compétitivité, emploi, lutte contre le changement climatique, union énergétique, sans oublier le combat contre l’immigration illégale qui, de l’enclave de Melilla aux côtes de l’Italie du Sud et au camp de Calais, fait la gloire de l’Europe toute entière.

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L’actualité de demain : ÉPINEUSES QUESTIONS SANS RÉPONSE, par François Leclerc

Billet invité. Paul Jorion : La proposition que j’ai faite l’année dernière, d’un défaut généralisé des nations constituant la zone euro (ici et ) a d’abord été écartée d’un revers de main mais on commence à s’y intéresser et on m’invite à venir l’exposer en novembre devant le Parlement européen (j’en dirai plus à ce sujet très bientôt).

Évoque-t-on des questions épineuses alors qu’elles ne se posent pas ? On peut se le demander, à prendre connaissance de l’intervention de Christine Lagarde aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Certes, elle ne parvient pas à « imaginer un instant que toutes les économies avancées se retrouvent au Club de Paris dans une perspective de restructuration des dettes globale » ; mais elle enchaîne en remarquant qu’un tel niveau moyen d’endettement n’avait de précédent qu’en 1880, à l’exception d’un intermède durant la seconde guerre mondiale, et constate que les dettes publiques se sont « considérablement alourdies à l’occasion des différents plans de relance mis en œuvre au cours de l’année 2009 en particulier ». Encore un membre de la cinquième colonne ? ce serait trop fort !

Sans trop s’avancer et pour prendre date, elle en a tiré comme conclusion que « il va falloir repenser un certain nombre d’éléments », en référence à des aspects économiques, financiers et juridiques qu’elle n’a pas identifiés plus avant, mais sur lesquels on sait que le FMI travaille déjà activement. Elle n’avait pas seulement en tête la solvabilité de la Grèce, qui se pose à nouveau, mais aussi le litige devant les tribunaux américains qui oppose le gouvernement argentin et un fonds vautour.

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BONJOUR MADAME LA TERRE, le mardi 25 juin 2013 à 6h42

Sur YouTube, c’est ici.

Renseignement :

Edward Snowden, où est-il ?
Les équipes de juristes de Wikileaks
– Le fait que ce que vous dites est vrai ne vous protège absolument pas… la preuve !
Jean-Dominique Merchet, La DGSE peut attaquer les ordinateurs hostiles

Justice :

– L’esprit de corps
Bang Dang Nguyen, Does the Rolodex Matter? Corporate Elite’s Small World and the Effectiveness of Boards of Directors
– Affaire Tapie
– Silvio Berlusconi

Finance :

– Anglo-Irish
Zero Hedge, Anglo-Irish Picked Bailout Number « Out Of My Arse » To Force Shared Taxpayer Sacrifice
– Le marché de Shangai est désormais baissier

Comment exercer ses droits de citoyen ?

Un échange de mails à propos du rapport de JP Morgan : « L’ajustement dans la zone euro : à mi-chemin ou à peu près », Europe Economic Research, le 28 mai 2013

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QUAND IL NE RESTE AU SOMMET QUE LES COURTISANS

Quand il s’agit de comprendre pourquoi nous sommes si mal dirigés, les explications ne manquent pas. « Aucun d’eux n’est capable de faire preuve de courage », fera remarquer quelqu’un, ce qui, à défaut d’une explication complète, est manifestement le cas. La lettre d’allégeance de Christine Lagarde à Nicolas Sarkozy, rendue publique hier, apporte cependant un nouvel éclairage.

Lorsqu’on découvre à la lecture un document de cette nature, on ne peut s’empêcher de passer rapidement : il n’y a qu’un nom pour le sentiment qu’on éprouve, il s’appelle la honte et il n’est pas du genre dont on aime se délecter. Une hypothèse fait cependant peu à peu son chemin : nos dirigeants ne seraient-ils pas tous désormais comme cela ? Le vide au sommet ne s’explique-t-il pas par le fait que l’on n’y trouve plus que des courtisans, chacun prisonnier de sa vaine quête d’un maître à qui prêter allégeance ?

Quand, dans un royaume, chacun se met à passer en revue en son for intérieur les vertus éventuelles de la république, la royauté est en danger. De même sans doute quand chacun dans une république en vient à se demander si la royauté ne présentait pas quelque avantage, et en particulier qu’il y avait là en tout cas quelqu’un en charge des affaires.

Bien sûr, le caractère aléatoire de l’arrangement des gènes à chaque génération faisait que la qualité du souverain ne pouvait être garantie, et il fallait se satisfaire alors que ses sautes d’humeur soient, sinon « régaliennes », tout au moins « princières », c’est-à-dire que, même dans ses inconduites, le souverain continue de se situer au niveau de la cause commune, plutôt qu’à celui de la sienne propre uniquement, comme il en va quand il s’agit d’un courtisan.

La servitude volontaire est épargnée au dirigeant du fait même de la position qu’il occupe, mais s’il se retrouve en position de diriger alors que sa nature profonde est celle du courtisan, il ne s’identifiera jamais à la cause commune et continuera à rêver d’un maître aux pieds de qui se prosterner (« Si tu m’utilises, j’ai besoin de toi comme guide, etc. »), Dieu nous préserve qu’il décide de se tourner alors en désespoir de cause vers les quelques personnages qu’il nous reste qui « ne s’autorisent que d’eux-mêmes », tels Vladimir Poutine ou Bachar el-Assad !

La république est de loin préférable à la royauté, protégée qu’elle est contre le hasard facétieux des recombinaisons d’ADN, mais comment empêcher que ne se retrouvent au sommet, comme aujourd’hui, uniquement des courtisans orphelins d’un maître ?

En fait, les hommes et les femmes identifiés au bien commun ne manquent pas. Voyez par exemple Warren Buffett, le milliardaire d’Omaha (Nebraska), attirant l’attention du peuple américain – tout occupé à des choses plus urgentes – sur le fait qu’il paie moins d’impôts que sa secrétaire, ou déclarant, espérant provoquer ainsi un sursaut, que la lutte des classes existe aux États-Unis, que ce sont les riches comme lui qui la mènent, et qu’ils l’ont sans doute d’ores et déjà gagnée. Voyez aussi « Nous sommes les 1% », dont Le Monde a publié hier l’appel, et qui affirment : « Nous préférerions que le tissu législatif nous incite à des activités à plus forte valeur ajoutée pour le bien commun, et que l’enrichissement individuel ne puisse se réaliser sans enrichissement collectif ».

Je n’entends pas suggérer par l’exemple de Buffett et de « Nous sommes les 1% », que les meilleurs candidats à l’attitude « princière » d’identification à la cause commune et au bien général ne se découvrent que parmi les riches : il en existe bien certainement aussi parmi les pauvres. C’est seulement qu’on voit beaucoup moins ceux-ci à la télé. Sauf bien entendu quand l’un d’entre eux, attribuant à tort au simple caprice d’un courtisan, un projet authentiquement d’intérêt général, voit sa yourte accidentellement écrasée par un bulldozer.

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