LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES N’ONT PLUS LA MAIN, par François Leclerc

Billet invité.

« De nombreux citoyens des pays avancés perdent confiance dans le système, font face à une incertitude plus élevée et s’inquiètent d’une perte de son contrôle », s’inquiète Mark Carney, le gouverneur de la Banque d’Angleterre. Il avait précédemment été celui de la Banque du Canada, suite à un long passage chez Goldman Sachs. Il est aussi le président du Conseil de stabilité financière (FSB), créé par le G20 de Londres en 2009 qui chapeaute la régulation financière. Ses termes sont choisis et ses paroles ne sont pas prononcées à la légère.

Revenant sur les évènements de 2009 et leur suite lors d’une conférence prononcée à l’Université John Moores de Liverpool, il a souligné que « les contribuables et les citoyens ont payé un lourd prix » à cette occasion, et que « peu des personnes en situation de responsabilité ont pris les leurs ». Avec comme conséquence que, « plutôt qu’à un nouvel âge d’or, la globalisation est associée avec les bas salaires, l’insécurité de l’emploi, les entreprises apatrides et de saisissantes inégalités ».

Il en a résulté selon lui « un effritement de la confiance du public dans les marchés ouverts ». Or, « tourner le dos à l’ouverture des marchés serait une tragédie », qui ne peut être évitée que si les causes en sont traitées afin de générer une « croissance plus équilibrée ». Mais cette nouvelle clairvoyance s’arrête là, quand il faudrait en donner le mode d’emploi. Décidément, le système – comme le dénomme Mark Carney – ne trouve pas en lui-même les ressources pour se réformer.

Par son constat, mais aussi par son imprécision lorsqu’il en vient au chapitre des mesures qu’il faudrait engager, le discours de Mark Carney rejoint ceux que prononcent Christine Lagarde du FMI et d’Angel Gurria de l’OCDE. L’élection de Donald Trump a fait retentir un signal d’alarme. Les organisations internationales comprennent que le temps est venu de changer de politique, mais c’est trop tard. Angel Gurria ne se contente plus, à l’habitude, d’appeler les pays qui disposent d’excédents budgétaires comme l’Allemagne à relancer les investissements ou à baisser les impôts, il voudrait faire partager que « les taux bas constituent une opportunité pour réduire le coût du service de la dette et pour augmenter la marge de manœuvre budgétaire ». Tout en prévenant que « cette fenêtre pourrait ne pas rester ouverte longtemps ».

Quant aux appels à la relance de Christine Lagarde, ils ne datent pas d’hier, mais leur ton a monté. Le marasme économique actuel n’est pas comparable à la crise financière de 2008, mais il est plus « pernicieux » et pourrait s’avérer être très « toxique » pour le monde, considère-t-elle. Certes, la directrice du FMI met en premier lieu en garde contre « le retour du protectionnisme », cette « recette économique du passé », mais elle concède avec prudence que la mondialisation doit être « légèrement différente », sans dire en quoi, qu’elle doit être « repensée afin de freiner la montée les inégalités ». La mondialisation doit « profiter à tous », et une plus grande attention doit être accordée à ceux qui risquent d’être laissés sur le bord du chemin ». Reconnaître que c’est déjà le cas est visiblement trop demander.

On voit aussi apparaître dans le discours ambiant, la référence aux changements technologiques et à leurs conséquences. Mark Carney en fournit une vision apaisante en n’y voyant qu’un important décalage entre la destruction des emplois et l’apparition de nouveaux autres, comme « lors de chaque révolution technologique », banalise-t-il par son conformisme. Plus doit être fait pour partager les gains de la globalisation des relations commerciales et des progrès technologiques. Tel est le ton d’un discours qui sonne comme un avertissement ne prenant pas le chemin d’être suivi.

Les organisations internationales n’ont plus la main, victimes du cadre étriqué dans lequel elles inscrivent leur réflexion.

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