Archives par mot-clé : oligarchie

Kurt Vonnegut : Player Piano (New York : Scribner 1952) – Extrait

Ouvert aux commentaires.

Pages 18 et 19.

    « Kuppo ! » dit le Shah, secouant la tête.
    Khashdrar rougit, et traduisit mal à l’aise, d’un air de s’excuser. « Shah dit : ‘Communisme’. »
    « Pas Kuppo ! » dit Halyard avec véhémence. « Le gouvernement n’est pas propriétaire des machines. Il taxe tout simplement la part des revenus de l’industrie qui allait autrefois au travail, et la redistribue. L’industrie appartient et est gérée par des personnes privées, et coordonnée – pour éviter le gaspillage qui découle de la concurrence – par un comité de dirigeants du secteur privé, pas par des politiques. En éliminant l’erreur humaine par la mécanisation, et la concurrence inutile par l’organisation, nous avons considérablement élevé le niveau de vie de l’individu moyen. »
    Khashdrar interrompit sa traduction. Il fronçait les sourcils avec perplexité. « S’il-vous-plaît, cet individu moyen, il n’y a pas d’équivalent dans notre langue, je crains bien. »
    « Vous savez », dit Halyard, « l’homme ordinaire c’est, eh bien, ‘tout le monde’ – comme ces travailleurs qu’on a vus sur le pont, le type dans la vieille bagnole qu’on a croisée. Le petit bonhomme, pas une lumière mais le coeur sur la main, sans chichis, ordinaire, une personne dans la vie de tous les jours. »
    Khashdrar traduisit.
    « Aha ! », dit le Shah, opinant du bonnet : « Takarou ! »
    « Qu’est-ce qu’il a dit ? »
    « Takarou », dit Khashdrar. « Esclave. »
    « Pas Takarou », dit Halyard, s’adressant directement au Shah : « Ci-toy-en. »
    « Ahhhhh », dit le Shah, « Ci-toy-en ». Il souriait tout heureux. « TakarouCi-toy-en. Ci-toy-enTakarou. »
    « Pas Takarou ! » dit Halyard.
    Khashdrar haussa les épaules. « Dans le pays du Shah, il n’y a que l’Élite et les Takarou. »

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L’Italie à la veille d’un gouvernement anti-système, le 18 mai 2018 – Retranscription

Retranscription de L’Italie à la veille d’un gouvernement anti-système. Merci à Catherine Cappuyns ! Ouvert aux commentaires.

Bonjour, nous sommes le 18 mai 2018 et la troisième puissance économique de la zone euro , l’Italie, va peut-être entrer lundi dans une configuration assez particulière, c’est-à-dire d’avoir un gouvernement antisystème combinant un parti d’extrême-droite, la Lega : qui a eu 17% des votes aux dernières élections et un parti antisystème assez difficile à définir : Cinque Stelle, qui a obtenu 32% des voix aux élections les plus récentes. Et à deux, ils représentent donc 32 + 17, ça nous fait 49, ça fait pratiquement la moitié de l’électorat.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 3 NOVEMBRE 2017 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 3 novembre 2017. Merci à Marianne Oppitz.

Bonjour, nous sommes le vendredi 3 novembre 2017. Beaucoup de choses qui se bousculent dans l’actualité. Un petit mot en passant sur l’impôt sur les grandes fortunes – sur les pays qui essayent de le supprimer, comme la France, les États-Unis – ne cherchez pas dans l’économie ni dans la finance une explication pourquoi ça se passe en ce moment. Continuer la lecture de LE TEMPS QU’IL FAIT LE 3 NOVEMBRE 2017 – Retranscription

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Le temps qu’il fait le 3 novembre 2017

Impôt sur les grandes fortunes / oligarchie
Ganesh Sitaraman : Les stratégies victorieuses de l’oligarchie. Les leçons de la Grèce antique, The Guardian le 15 octobre 2017
Brexit / Catalogne
Le colloque Walter Lippmann : aux origines du « néo-libéralisme », préface de Serge Audier – Penser le « néo-libéralisme », éditions Le bord de l’eau, 2012
Peggy Avez : L’envers de la liberté, Publications de la Sorbonne 2017

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Les stratégies victorieuses de l’oligarchie. Les leçons de la Grèce antique, par Ganesh Sitaraman

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

© The Guardian, How the oligarchy wins: lessons from ancient Greece, le 15 octobre 2017

Ganesh Sitaram étudie ce que deux livres récents : Classical Greek Oligarchy par Matthew Simonton et Oligarchy par Jeffrey Winters, peuvent nous apprendre quant à la défense de la démocratie contre les oligarques.

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Oligarchie ou démocratie ? Difficile de trancher…

Selon Martin Gilens de Princeton et Benjamin Page de Northwestern University, nous ne vivons plus en démocratie mais sous une oligarchie où seuls les milieux d’affaires et une poignée de personnages richissimes imposent encore leur point de vue, mais la réponse est-elle aussi claire que semblent le révéler les preuves empiriques que ces chercheurs ont accumulées ?

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Ces gens là, par Zébu

Billet invité. À propos de Le temps qu’il fait le (jeudi) 16 avril 2015.

« Faut vous dire, Monsieur
Que chez ces gens-là
On n´cause pas, Monsieur
On n´cause pas, on compte »

La honte est un sentiment bien étrange : on l’éprouve parfois comme victime lorsque les coupables devraient en subir le poids et on souhaiterait que certains puissent en être affligés quand ceux-là même ne peuvent en être concernés.

Car la honte nécessite à la fois l’existence d’une norme, éthique ou sociale, à laquelle on puisse se référer et à la fois la capacité à éprouver un sentiment d’indignité, d’infériorité ou d’imperfection pour celle ou celui qui transgresserait cette norme.

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LEUR NOUVELLE SOCIÉTÉ, par François Leclerc

Billet invité.

Née dans la foulée des années 30, la doctrine de l’ordo-libéralisme pourrait évoluer à l’initiative de son gardien du Temple, la Bundesbank. Classiquement, une division du travail est instituée par cette théorie, qui attribue la conduite de la politique monétaire à la banque centrale, à l’abri du pouvoir politique, confie les affaires budgétaires au gouvernement, et la fixation des salaires et des conditions de travail aux négociations entre employeurs et syndicats des travailleurs. Sortant sans scrupule de sa mission, la Bundesbank propose d’introduire une nouveauté : la création d’un Conseil fiscal européen indépendant au détriment de la Commission européenne.

Au fil du déroulement de la crise, les banques centrales élargissent leurs missions, et la Bundesbank pourtant si respectueuse de l’Etat de droit n’y faillit pas, au nom des intérêts suprêmes qu’elle défend. De son point de vue, tous les moyens sont bons pour rendre irréversibles les dispositions gravées dans un Traité fixant les normes de déficit et d’endettement public, ainsi que pour veiller à leur stricte application : pour la Bundesbank, les dérogations et les assouplissements sont autant d’horreurs. Sa proposition intervient en réaction explicite à l’attribution d’un nouveau délai de deux ans au gouvernement français, afin de respecter son objectif de déficit annuel de 3%.

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La tentation du chaos, par Michel Leis

Réponse au billet de Roberto Boulant : Une solution politique ? Quelle rafraîchissante naïveté !

Les désordres du monde peuvent inciter aux amalgames, entre la violence physique exercée par les uns et une pression que nous subissons au quotidien, ressentie par nombre d’entre nous comme étant de moins en moins supportable. C’est oublier une ligne de fracture fondamentale, celle qui sépare les pays où les relations entre individus ainsi que l’exercice effectif du pouvoir se fondent sur les rapports de forces, et ceux où l’emploi effectif de la violence impose à tous la loi du plus fort.

Un petit rappel s’impose : un rapport de forces décrit un état possible de la relation entre deux parties, il résulte de la volonté d’un des protagonistes d’imposer son point de vue afin d’obtenir un bénéfice matériel ou moral. Pour qu’un rapport de forces existe, il faut qu’une hiérarchie (formelle ou informelle) s’institue et qu’elle soit intégrée par les parties. Cette hiérarchie s’établit sans recourir à la violence, sinon de manière exceptionnelle et dans un cadre « légitime » au sens premier du terme, c’est-à-dire qu’il est rendu explicitement possible par les textes de loi ou un contrat. L’un des protagonistes va obtenir l’avantage recherché, totalement ou partiellement, soit en se passant de l’accord d’autrui, l’absence de réaction équivaut alors à un consentement tacite, ou en obtenant l’aval plus ou moins contraint des autres parties dans le cadre d’une relation contractuelle. Quand le recours à la force devient systématique et se substitue à la potentialité de son usage, le rapport de forces disparaît, la violence remplace un état de la relation devenu inutile. Tout est alors possible, la victoire de David, bien que hautement improbable, ne peut être totalement exclue. Le vainqueur pourra imposer ses conditions, y compris au-delà de ses exigences initiales, avec pour seule limite celles qu’il se fixe.

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Corruption : LE LAIT DÉBORDE DE PARTOUT, par François Leclerc

Billet invité.

L’exemple doit venir d’en haut, et les dirigeants espagnols n’y faillissent pas. Il n’y a que du beau linge impliqué dans le nouveau scandale qui secoue la société espagnole, dont un ancien directeur général du FMI, Rodrigo Rato. Précédemment ministre de l’économie et pilier du Partido Popular de Mariano Rajoy dont il avait failli prendre la place, il est présentement conseiller de plusieurs grandes entreprises.

Avec quatre vingt-six personnalités du monde politique et syndical et des milieux d’affaires, membres des conseils d’administration des caisses d’épargne espagnoles – les Cajas – Rodrigo Rato a été pris la main dans le pot à confiture pour avoir bénéficié de l’octroi de cartes de crédit émises par ces dernières. Tous les ont utilisées pour des achats personnels à discrétion, et sans bourse délier : voyages, hôtels et restaurants, bijoux et oeuvres d’art… Dans certains cas, cela a été jusqu’à des retraits de liquide, pour des montants atteignant des centaines de milliers d’euros.

Des inculpations pour infraction au droit des sociétés et détournement de fonds par l’Audience nationale, la juridiction en charge des affaires financières, sont attendues. Mais les révélations ne sont pas toutes finies, d’autres Cajas susceptibles d’avoir suivi l’exemple et distribué le même type de largesses. Devant le Congrès, Mariano Rajoy a affirmé que le gouvernement allait être inflexible.

Vous avez dit corruption ? vous avez dit oligarchie…

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La réciprocité généralisée fonde la cité sur une base démocratique, par Dominique Temple

Billet invité. À propos de Déconstruction aristotélicienne de la malhonnêteté financière par la reconstitution de la démocratie, par Pierre Sarton du Jonchay.

Pierre Sarton du Jonchay propose une démocratisation de la gestion du crédit fondée sur la philia :

« La théorie aristotélicienne du prix suppose la démocratie formée sur la philia. la démocratie, c’est l’égalité des droits à participer par son statut économique et politique réel à la diagonalisation des prix de tout ce qui peut légalement avoir une valeur marchande ».

Il ajoute :

« Mais la démocratie est également la liberté de négocier les lois et les règlements comme valeurs négociables qu’on paie par un prix si l’on est personnellement d’accord et qu’on vend si l’on n’est pas d’accord ni donc engagé ».

Cette alternative serait celle de la réciprocité mutuellement consentie et de la non-réciprocité organisée dans l’intérêt du plus habile.

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