Archives par mot-clé : Pablo Servigne

« Espèce de collapsologue(s) ! », par Cédric Chevalier

« Il faut « politiser » l’effondrement comme une menace et un risque, et pas le dépolitiser comme une certitude monolithique abstraite. » Ouvert aux commentaires.

Au commencement était le verbe. Les idées gouvernent le monde, c’est assez admis. Donc ceux qui gouvernent les idées gouvernent le monde. Les idées sont des instruments de pouvoir, de la puissance d’agir spinozienne qui témoigne de l’émancipation vertueuse d’un individu, à la propagande totalitaire qui aliène et fait s’entretuer les masses, en passant par le fonctionnement de la science. 

L’histoire de l’Eglise catholique est une mine d’or pour nous instruire sur le phénomène de lutte pour l’hégémonie d’un courant d’idées -une idéologie- qui est toujours instrumental pour asseoir le pouvoir d’une certaine faction au sein de la population, qu’elle soit majoritaire ou minoritaire. Du « vote sur le sexe des anges » des Pères de l’Eglise à la Sainte Inquisition en passant par la vertu de la Vierge Marie, des homosexuels, des femmes et des enfants, les croisades et la pilule contraceptive, on trouve tout le vocabulaire de la lutte pour l’hégémonie des idées : hérésie, schisme, apostasie, hétérodoxie, secte, blasphème, excommunication, torture, bûcher, repentir, abjuration et autres joyeusetés civiles et urbaines de droit canon, urbi et orbi

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Le coup de Jarnac de l’Institut Momentum

Ouvert aux commentaires.

Vous me direz qu’il y a mieux à faire que se disputer avec des gens qui sont très proches de vous, voire même avec qui l’opinion publique vous confond éventuellement, et je suis tout à fait d’accord avec vous, mais à certains moments, des amis peuvent prendre un virage à 180°, et là, il faut dire : « Non ! ». Et fermement !

Le Monde a commencé à publier il y a quelques heures une série d’articles intitulés « Face à l’effondrement, il faut mettre en œuvre une nouvelle organisation sociale et culturelle ». Le titre peut sembler optimiste, mais le ton est donné par un paragraphe que je cite en entier :

Ainsi, l’effondrement est inévitable non parce que la connaissance scientifique de son advenue est trop incertaine, mais parce que la psychologie sociale qui habite les humains ne leur permettra probablement pas de prendre les bonnes décisions, au bon moment. Il existe souvent plusieurs manières de résoudre un problème local ou circonscrit, mais affronter tous les problèmes ensemble et globalement rend le coût d’éventuelles solutions si élevé que seul le déni s’avère être la réponse adaptée. C’est ce déni de masse qui garantit que l’effondrement est certain.

Vous aurez relevé la transition inexpliquée entre le « probablement pas » en milieu du paragraphe et le « certain » qui le termine.

« Vive le déni de masse ! » qui nous permet ensuite de vendre du survivalisme « à la Mad Max ». Si on vous évoque tout de suite les petites communautés de « braves gens comme nous » qui survivront sur un mode Amish, coupées du reste du monde, on vous épargne pudiquement les raids sanglants qui auront lieu autour du dernier poids lourd bourré de diesel, ce qui fera qu’on passera rapidement dans la pratique de « Mad Max » à « La route ».

Pourquoi est-ce un coup de Jarnac ? Parce que les jeunes sont en train de se lever en masse pour sauver la mise du genre humain dans son ensemble. Ils échoueront peut-être, je n’en sais rien, mais notre rôle à nous, les aînés, n’est certainement pas de théoriser le fait que nous ayons nous, à titre individuel, fait notre deuil du genre humain.

Décider de jeter l’éponge, et prôner les petits Fort-Chabrol du futur, c’est un choix personnel. En faire une règle de vie pour tout le monde, c’est une fois de plus faire passer les intérêts particuliers avant l’intérêt général. Et ce genre de mentalité – merci beaucoup ! – on a déjà donné. Beaucoup trop donné !

Allez les jeunes, on est avec vous ! Et pas dans un combat perdu d’avance !

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Université catholique de Lille, « Déclarer l’état d’urgence pour le genre humain ? » 5 de 6 : capitalisme, économie de marché, libéralisme, le 5 mars 2019

Retranscription de Université Catholique de Lille, Déclarer l’état d’urgence pour le genre humain ? Le capitalisme, l’économie de marché, le libéralisme, face à l’état d’urgence pour le genre humain, le 5 mars 2019. Merci à Eric Muller !

Bonsoir. Si vous avez assisté à la séance du mois de février, vous savez qu’il a été question des risques existentiels, des risques qui menacent l’espèce humaine, qu’il s’agisse de risques dus à la nature telle qu’elle est autour de nous, les météorites, les volcans, les épidémies, mais aussi les risques qui sont liés à la présence même de l’homme, de l’espèce humaine, du genre humain, à la surface de la Terre. Je vais essayer de faire un exposé systématique sur ce thème de Faut-il déclarer un état d’urgence pour l’humanité ? J’espère vous avoir convaincu que, oui, il y a justification.

Il y a déjà eu quatre séances. Dans les deux dernières, je vais m’intéresser en particulier aux moyens dont nous disposons, si nous déclarons l’urgence, l’état d’urgence, comment pouvons-nous réagir, avons nous les moyens de le faire ? Et je lisais l’autre jour le compte-rendu d’un de mes livres qui a paru il y a quelques mois en allemand, celui qui s’appelait Le dernier qui s’en va éteint la lumière, le titre en allemand était une traduction littérale, et la personne qui a résumé mon livre venait avec une conclusion qui m’a un peu surpris – mais si vous écrivez ou si vous racontez des choses en public, vous savez qu’il faut toujours faire très attention à la manière dont les gens vous entendent et vous lisent, ce qu’ils voient et ce qu’ils entendent dans ce que vous avez dit – et là, ce compte-rendu m’a un peu surpris et j’ai réfléchi à pourquoi la personne disait : « Jorion dit que nous avons déjà fait le deuil de l’espèce humaine, le constat – auquel d’ailleurs ce critique souscrivait – le constat qu’il fait est que c’est une affaire réglée et que le processus dans lequel nous sommes, c’est simplement de nous habituer à l’idée que cette affaire se termine. » et je réfléchissais au livre. Il a donc été publié en 2016 et je me dis « ce n’est pas ça que que je crois avoir écrit ». J’avais le sentiment d’être un lanceur d’alerte en disant : «  Voilà le risque d’extinction de l’humanité est un risque réel et il faut que nous le prenions au sérieux. » Et quand on me dit  « Personne ne réagit, personne ne fait attention, il ne se passe rien » eh bien, non : entre ces trois années, ce qui est peu de chose – 2016 et 2019 – j’ai le sentiment qu’une véritable prise de conscience est en train d’avoir lieu.

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Le Mal qui vient – Castel – pré-compte rendu de lecture, par Cédric Chevalier

Ouvert aux commentaires.

J’ai écouté attentivement l’excellent débat entre Pierre-Henri Castel, Jean-Baptiste Fressoz et Paul Jorion sur France Culture.

Comme toujours, 40 minutes de débat oral à trois, ça représente quelques pourcents seulement de l’information contenue dans l’essai de Castel, ceux de Paul Jorion, ceux de Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Gauthier Chapelle, etc. C’est donc frustrant car on est très loin en 40 minutes d’avoir coupé consciencieusement toutes les branches argumentatives « pourries » de ce débat philosophique, pour ne garder qu’un arbre avec plusieurs grosses branches saines qui laisseraient apparaître les thèses non invalidées par des objections sérieuses.

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Deux questions à Paul Jorion sur « Nous sommes cuits. Que faire ? » et « Deux grands classiques du complotisme ou conspirationnisme », par Matthieu Galey

Ouvert aux commentaires.

Cher Monsieur,

Je vous adresse deux questions que m’ont inspiré vos posts.

1) La première concerne votre post « Nous sommes cuits que faire ? » (j’ai un peu l’esprit d’escalier), où vous évoquiez pour finir les tentations individualistes du survivalisme, comme quelque chose à venir.

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Un peu de folklore écologique, à propos de Comment tout peut s’effondrer de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, par Marie-Paule Nougaret

Billet invité.

En mémoire d’Alain Richert

Illustration de John Tenniel
Illustration de John Tenniel

Nous savons que nous allons mourir, au moins en théorie, – ceux qui l’ont senti venir, sans doute davantage -, et que c’est la fin de la douleur physique. Mais nous ignorons si l’humanité s’éteindra bientôt comme le dodo, cet oiseau qu’on disait stupide car incapable de voler, il se laissait prendre, plumer, rôtir, sur les plages de l’Ile Maurice, par les navigateurs. Un oiseau d’1m de haut, éteint dès 1700, peut être avant. Eteint depuis 160 ans donc, quand Lewis Carroll le présente à Alice au pays des merveilles en 1862, d’après une peinture vue au musée d’Oxford. D’où l’expression proverbiale en anglais, as dead as a dodo : mort et plus que mort, éteint.

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Que nous reste-t-il ? Nous n’avons qu’une force, celle du nombre, par AncestraL

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Que faire ? Sommes-nous entendus ? Si oui, sommes-nous compris ?

Quand je pense à ce qu’il me faudrait faire pour que les choses changent (et il faut d’abord se changer soi-même pour cela) voilà ce que je constate : tout a déjà été dit, écrit, prononcé, démontré, dénoncé. On ne peut donc que reprendre, reformuler, donner du style : nous sommes dans le port-modernisme depuis que l’on ne sait plus inventer. Paraphraser en faisant du neuf avec du vieux, voilà ce que l’on fait depuis mai 68. Ce que je veux dire par là, c’est qu’à chaque fois que je me dis : « voilà ce que je dois étudier afin d’obtenir ceci », je réfléchis, j’observe et je vois que, d’une manière ou d’une autre, un autre que moi l’a déjà fait avant, parfois bien avant, parfois encore plus loin dans le temps – et que cela n’a, pratiquement parlant, pas beaucoup fait bouger les lignes de front, même si tout avait été très bien pensé et écrit.

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Le temps qu’il fait le 24 juillet 2015

Blog de PJ : La loi sur la transition énergétique a été votée… hélas…, par Philippe Soubeyrand, le 24 juillet 2015

Blog de PJ : Elysium, le 23 août 2013

Gérard Simon, Kepler astronome astrologue, 1979

Joseph A. Tainter, L’effondrement des sociétés complexes, 1988

Jared Diamond, Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, 2005

Pablo Servigne & Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, 2015

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À propos de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes (Le Seuil 2015)

L’ouvrage de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes (Le Seuil 2015) est une lecture essentielle : les auteurs ont rassemblé, comme ils le soulignent – et à la différence de leurs prédécesseurs – les preuves de l’effondrement, non pas dans un domaine spécifique, correspondant dans la plupart des cas à la sphère d’investigation d’une discipline ou d’une sous-discipline, mais dans l’ensemble des domaines où des effets se conjuguent pour sceller l’extinction de notre espèce.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 3 JUILLET 2015 – (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 3 juillet 2015. Merci à Olivier Brouwer et Olivier Hofman !

Bonjour, on est le vendredi 3 juillet 2015. Et vous avez peut-être vu, ou vous aurez l’occasion de voir une vidéo, je crois qu’elle a dû être faite hier, où on voit Thomas Piketty s’entretenir avec [Arnaud] Leparmentier, du Monde, et dans cette vidéo, eh bien, il parle de la Grèce et il parle des autorités que nous regroupons sous le nom de « Troïka » – Banque Centrale Européenne, Commission Européenne et Fonds Monétaire International – qui représentent les créanciers publics de la Grèce, il en parle comme d’« apprentis-sorciers ».

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