Échange de réciprocité et échange réciproque, par Dominique Temple

Billet invité.

Si je perçois le besoin d’autrui, et prends l’initiative de le satisfaire, et que l’autre en fasse autant, on peut dire qu’il y a réciprocité. La raison en est donnée a posteriori par le fait que la réciprocité crée une valeur nouvelle. Le produit de l’action réalisée l’un pour l’autre dans cette structure de face à face, est une valeur commune, la philia.

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique, entretien réalisé le 21 mars 2016 (texte complet)

Ouvert aux commentaires.

I- La « mentalité primitive »

Jacques Athanase GILBERT

Votre parcours est particulièrement atypique, marqué en particulier par cette étonnante transition du chercheur au blogueur. Au-delà, votre pensée s’enracine dans le champ de la transdisciplinarité, empruntant à la fois à la philosophie, à l’anthropologie, à la sociologie et à l’économie. Comment appréhendez-vous cet itinéraire ?

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique (X), Intérêt égoïste contre bonne volonté, entretien réalisé le 21 mars 2016

Jacques Athanase GILBERT

Alors qu’Adam Smith conçoit l’homéostasie en référence au seul intérêt individuel, votre analyse la réintègre pleinement au champ social.

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La réciprocité généralisée fonde la cité sur une base démocratique, par Dominique Temple

Billet invité. À propos de Déconstruction aristotélicienne de la malhonnêteté financière par la reconstitution de la démocratie, par Pierre Sarton du Jonchay.

Pierre Sarton du Jonchay propose une démocratisation de la gestion du crédit fondée sur la philia :

« La théorie aristotélicienne du prix suppose la démocratie formée sur la philia. la démocratie, c’est l’égalité des droits à participer par son statut économique et politique réel à la diagonalisation des prix de tout ce qui peut légalement avoir une valeur marchande ».

Il ajoute :

« Mais la démocratie est également la liberté de négocier les lois et les règlements comme valeurs négociables qu’on paie par un prix si l’on est personnellement d’accord et qu’on vend si l’on n’est pas d’accord ni donc engagé ».

Cette alternative serait celle de la réciprocité mutuellement consentie et de la non-réciprocité organisée dans l’intérêt du plus habile.

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Déconstruction aristotélicienne de la malhonnêteté financière par la reconstitution de la démocratie, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Dans sa théorie fondatrice de l’économie véritable, de la science économique, du calcul des prix et de la monnaie, Aristote pose une éthique de l’acteur économique en le définissant comme citoyen de la démocratie. L’échange n’a de matérialité qu’à l’intérieur d’une société politique constituée, où les acteurs puissent se reconnaître comme parties intéressées à des choses communes qui puissent circuler au fil du temps. L’intérêt du citoyen est de reconnaître ses alter-ego dans la cité afin d’échanger avec eux ce qu’il ne peut pas produire tout seul.

La monnaie est selon Aristote comme pour nous encore, ce qui matérialise le calcul économique. Le prix est la loi d’égalité matérielle entre ce que deux citoyens achètent et vendent pour eux-mêmes dans une même transaction conclue publiquement dans la démocratie. La démocratie est à la fois la condition d’existence de la chose publique qui s’échange et la raison de comparabilité des droits entre les citoyens qui transigent sur les choses et sur les prix.

La transaction détermine la monnaie qui fait le lien mathématico-logique entre les acteurs de l’échange, la matière de la chose échangée et la réalisation de la loi qui forme l’économie de l’échange. Dans sa description de l’échange économique toujours en vigueur depuis 24 siècles, Aristote constate à la marge et à la racine du prix en monnaie, une réalité nécessaire mais parfaitement immatérielle qui est la philia. Les deux notions contemporaines forment la philia aristotélicienne sont l’amitié et la fraternité.

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LE SEUIL, par Dominique Temple

Billet invité.

Un ou deux principes de l’économie ? S’il y en a deux, l’un est masqué par l’autre à moins qu’il ne soit disqualifié ! La société capitaliste en effet ne reconnaît que le principe de l’échange, et lorsque le second est évoqué, la réciprocité, notamment par l’anthropologie, il est aussitôt interprété comme une forme archaïque de l’échange.

Le défi est pourtant de taille : s’il n’existe qu’un principe, il n’y a pas d’autre avenir que d’en explorer toutes les possibilités, et de parer à celles qui mettent en danger l’avenir de la planète en se référant aux raisons éthiques qui nous seront imposées par la nécessité. Le problème est tout autre s’il existe deux principes, mais cette alternative soulève une forte réticence. Pourquoi ?

Lorsque Aristote définit l’homme comme animal politique, c’est bien entendu dans le politique qu’il inscrit sa manifestation d’homme, mais il entend bien que l’esprit (le politique) requiert la vie (l’animal). Et personne, à part les mystiques, n’a remis en cause cet a priori au point que les termes de croissance, développement, progrès sont des substantifs qui se passent de complément. Celui-ci est sous-entendu : la vie. La réticence devant une alternative témoigne de cette crainte que la vie ne soit plus le dynamisme de l’activité humaine alors que tout manifeste qu’elle est son moteur naturel.

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PHILIA M’A TUÉ, par Zébu

Billet invité

« Qu’est-ce que la Philia ? Rien d’autre que la bonne volonté dont chacun fait preuve pour que “ça marche” dans le monde où nous sommes plongés. (…) Ces gestes collaboratifs, d’entraide, ces efforts que nous consentons et qui assurent la persistance de la vie en société bien mieux qu’une main invisible qui serait présente en dépit des comportements égoïstes des uns et des autres. (Misère de la pensée économique, pp. 282 et 285) ».

Un Belge donne cette définition de ce qu’il a pu vivre un soir à La Louvière, perdu en pleine Wallonie, à la recherche de Godot.

Des millions d’Autres perdus en donneraient une autre.

Celle qui sait au plus profond de soi que ce qu’elle réalise en ce moment même n’a aucun sens mais que si elle ne le fait pas, sa collègue, sa voisine, sa soeur, son amie, pourrait en pâtir parce qu’elle a une très nette conscience que ce qui la relie à ces Autres est infiniment plus important que l’absurdité phénoménale qui la submerge, sans qu’à aucun moment elle n’ait le sentiment d’être plus importante pour ce qu’elle est en train de faire.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – PHILIA (aristotélicienne), par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité.

PHILIA (aristotélicienne) – Amour de soi pour autrui fondé sur la réciprocité et attesté par des actes. Ce sentiment n’est pas traduisible directement par « amitié ». 

Ce que nous nommons par commodité le « Traité de l’amitié » occupe les livres VIII et IX de l’Éthique à Nicomaque, dont il constitue le bloc le plus développé[1]. C’est le premier grand texte de la littérature occidentale qui aborde le sujet en profondeur, quoique sous un angle presque exclusivement anthropologique. L’idée que nous nous faisons de l’amitié et de son rôle social est encore tributaire, pour une part, de la réflexion aristotélicienne sur la philia. Nous traduirons parfois dans la suite philia par amitié, mais cette amitié sera peu à peu enrichie de ce qu’Aristote y met en plus et que nous avons tendance à perdre de vue dans notre pratique. 

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« ILS ONT CARICATURÉ NOS DISCOURS RADICAUX », par Pierre-Yves Dambrine

Billet invité, en réponse au billet d’Un Belge

Pour une fois je ne suis pas tout à fait d’accord avec Un Belge. De même pour ce qui concerne le fait que « chacun vaquait tranquillement à ses occupations » pour Paul Jorion, parce que l’on pense qu’il y a toujours quelqu’un quelque part pour résoudre le problème, il y a sans doute encore une autre explication possible. J’inverserais les termes de la proposition d’Un Belge. Je pense que beaucoup de choses nous touchent et que nous ne nous sentons pas (assez) concernés précisément à cause de cette complexité du monde et du sentiment d’impuissance et de honte qu’elle provoque. L’expérience quotidienne de la misère dans toute sa nudité est insupportable. Il faut des circonstances particulières pour que la révolte, l’indignation trouve un canal ad hoc pour se faire entendre et le cas échéant susciter une action. Il a fallu par exemple la présence de cette chômeuse face à Jean-François Copé dans une émission de télévision pour que la précarité prenne un visage et puisse exprimer sa colère, trouve un écho dans la société. En ce qui concerne le lointain, il en va de même : il faut que le rayon médiatique qui balaie 24 heures sur 24 la planète passe à l’endroit où il se produit quelque chose de grave ou ses zones d’ombre au bon moment, sinon il faudra repasser…

Nous sommes touchés mais cela n’embraye pas sur une réflexion suffisamment aboutie pour engendrer l’action. Il y a comme un chaînon manquant entre émotion et raison qui bloque l’agir.

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LE RÔLE DE LA VERTU DANS LE CHANGEMENT, par Pierre-Yves Dambrine

Billet invité, en réaction au billet d’Un Belge

Il me semble qu’il n’est pas inutile ici d’introduire une notion très ancienne, et quelque peu galvaudée, celle de l’exemplarité. Aristote évoquait la vertu sans laquelle aucune politique digne de ce nom n’aboutit. Il notait d’ailleurs à propos de la philia que la personne dont le statut social est élevé pouvait avoir pour ami un homme de condition inférieure, mais à la condition que le premier ait une vertu supérieure au second. On reconnaît là bien sûr le principe de proportionnalité présent dans toute l’oeuvre du stagyrite (Ethique à Nicomaque, VIII,15). Il faut préciser que la vertu pour Aristote s’incarne au plus haut point chez celui qui est capable de raisonner, c’est-à-dire d’atteindre l’universel, j’ajouterais, de proposer un nouvel odre des raisons dans ce cadre de l’universalité, si bien que l’amitié « des hommes vertueux et qui sont semblables en vertu » est plus parfaite que celle fondée sur le plaisir ou l’utilité (Ethique à Nicomaque, VIII, 4, 8).

La transmissibilité de la compréhension de nos actions à un niveau supérieur, à d’autres, au plus grand nombre, autrement dit le travail sur les représentations indispensable pour changer de cadre, trouve une sérieuse limite lorsque ceux qui prônent le changement, surtout ceux qui ont un statut social supérieur, ne mettent pas leur comportements au jour le jour et visibles de tous, en adéquation. Nous avons tous en tête des exemples d’hommes politiques et d’intellectuels qui prônent de nouvelles pratiques et agissent en contradiction avec celles-ci, compromettant alors sérieusement leur crédibilité.

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TOUS ÉPICIERS ?, par Jean-Luce Morlie

Billet invité.

A partir de 1995, l’Argentine a vu se développer une économie de troc médiatisée par une monnaie, le credito. 7% de la population active semble y avoir été impliquée 2.500.000 ACTFS, 6.000.000 de bénéficiaires. Il semble que c’est parce que la philia aristotélicienne : la bonne volonté individuelle en faveur de la bonne marche des choses et la solidarité ne se sont pas manifestées que ce réseau s’est effondré.

Cela demande réflexion… Flaubert aurait dit : « il y a trois sortes d’hommes, premièrement les épiciers, deuxièmement les épiciers, et troisièmement les épiciers ». Faut-il dire que « l’économie néolibérale » intériorise une mentalité d’épicier chez les dominés ? 

Les causes de cet effondrement sont analysée par Bruno Mallard Essor et faillite des réseaux de « troc » en Argentine : l’échec d’une refondation sociale 

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WOODSTOCK ET LE MONDE OÙ NOUS VIVONS AUJOURD’HUI, par Asami Sato

Billet invité.


C’était il y a quarante-trois ans, le 15 août 1969 à Bethel, dans l’État de New York, aux États-Unis : un festival musical se déroula pendant trois jours sur les terres d’une ferme laitière appartenant à Max Yasgur.

Au tout début du projet, les organisateurs envisageaient d’accueillir dix à vingt mille spectateurs. Il en vint un demi-million.

Woodstock est passé à la légende : le plus grand moment certainement de la musique folk-rock, mais aussi un rassemblement symbolique de la culture hippie des années 1960. Il y eut surtout, dans notre monde réel à nous, trois jours de miracle : un demi-million de personnes mues par la passion de la musique et les valeurs que cette musique convoyait, qui constituèrent instantanément une « commune » de la taille d’une grande ville.

186.000 billets avaient été vendus et l’on comptait sur 200.000 spectateurs en tout. Les 300.000 en excès conduisirent rapidement les organisateurs à rendre le festival gratuit. Des problèmes environnementaux et sociaux apparurent : des embouteillages monstres sur les voies d’accès, un manque d’eau et de nourriture, des sanitaires insuffisants, la drogue (un mort d’overdose), la sexualité s’exprimant en public et, finalement, des montagnes d’ordures. Les à-côtés familiers de la vie en société. Mais ce qui fut tout à fait remarquable, c’est que tout cela se passa le mieux du monde. Pourquoi ? Parce que l’entraide généralisée fut la règle du jeu. L’un des buts des organisateurs était de recréer l’atmosphère qui avait été celle du « Human Be-In » qui avait eu lieu en janvier 1967 à San Francisco, véritable lancement du mouvement hippy : faire la preuve qu’avec la bonne volonté de chacun, il était pleinement possible de vivre heureux en société, tout en se réalisant aussi à titre personnel, et sans la nécessité autour d’un appareil répressif.

La question qui se pose à nous quarante-trois ans plus tard, c’est pourquoi cela nous semble-t-il aujourd’hui absolument impossible ?

Peut-être l’explication se trouve-t-elle dans les réponses à apporter aux questions « Pour qui ? » et « Dans quel objectif ? » posées sur les faits de notre vie quotidienne. Par exemple :
– Le festival de Woodstock : pour qui et dans quel objectif ?
– Le nucléaire civil : pour qui et dans quel objectif ?

Et le fermier Max Yasgur, qui vit sa ferme envahie par un demi-million de visiteurs, qu‘en avait-il pensé ? Ayant attiré l’attention sur l’absence totale de violences qui avait caractérisé le festival, il avait ajouté : « Si nous voulions simplement nous joindre à eux, nous pourrions transformer toute cette adversité qui constitue les problèmes de l’Amérique aujourd’hui en l’espoir d’un avenir meilleur et plus pacifique ».

Nous étions en 1969, c’était il y a quarante-trois ans aujourd’hui.

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ÉLOGE DE LA GUINGUETTE : RÉPONSE À CRAPAUD ROUGE, par Jean-Luce Morlie

Billet invité. Réponse à Le prix de la liberté économique.

Bonjour. La socialisation des salaires me paraît, en effet, une voie de sortie hors des pièges du capitalisme, c’est-à-dire essentiellement l’horreur de l’acceptation d’une soumission par le travail pour l’obtention d’un revenu et d’autre part, l’aspiration de l’argent dans une boucle d’accumulation autant absurde que mortifère.

Comme évoqué par votre péroraison, « Prédateurs et accapareurs, ce sont les héritiers en ligne directe du mâle dominant qui propage ses gènes. », l’argent est en effet le pouvoir de prendre plaisir à faire faire quelque chose à quelqu’un d’autre (cf. Jorion, l’argent mode d’emploi). Pourtant, votre argument est bien près de verser dans le « racisme » : la classe capitaliste, expliquée par l’excès de testostérone programmée par les gènes ; ainsi, seules les motivations des capitalistes seraient mauvaises, ne faisons-nous pas partie de la même espèce ?

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AGORA DES SAVOIRS, Où en sommes-nous ?, Montpellier, avec Jean-Claude Michéa

C’était avant-hier, le mercredi 16 mai. C’est Jean-Claude Michéa qui a la gentillesse de me présenter et d’introduire avec brio mon exposé.

Le podcast se trouve ici.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 28 JANVIER 2011

Responsabilité de la crise
La main invisible d’Adam Smith
La philia d’Aristote
La loi Frank-Dodd
Les valeurs de la décadence
L’instinct de mort dans les cultures

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