WOODSTOCK ET LE MONDE OÙ NOUS VIVONS AUJOURD’HUI, par Asami Sato

Billet invité.


C’était il y a quarante-trois ans, le 15 août 1969 à Bethel, dans l’État de New York, aux États-Unis : un festival musical se déroula pendant trois jours sur les terres d’une ferme laitière appartenant à Max Yasgur.

Au tout début du projet, les organisateurs envisageaient d’accueillir dix à vingt mille spectateurs. Il en vint un demi-million.

Woodstock est passé à la légende : le plus grand moment certainement de la musique folk-rock, mais aussi un rassemblement symbolique de la culture hippie des années 1960. Il y eut surtout, dans notre monde réel à nous, trois jours de miracle : un demi-million de personnes mues par la passion de la musique et les valeurs que cette musique convoyait, qui constituèrent instantanément une « commune » de la taille d’une grande ville.

186.000 billets avaient été vendus et l’on comptait sur 200.000 spectateurs en tout. Les 300.000 en excès conduisirent rapidement les organisateurs à rendre le festival gratuit. Des problèmes environnementaux et sociaux apparurent : des embouteillages monstres sur les voies d’accès, un manque d’eau et de nourriture, des sanitaires insuffisants, la drogue (un mort d’overdose), la sexualité s’exprimant en public et, finalement, des montagnes d’ordures. Les à-côtés familiers de la vie en société. Mais ce qui fut tout à fait remarquable, c’est que tout cela se passa le mieux du monde. Pourquoi ? Parce que l’entraide généralisée fut la règle du jeu. L’un des buts des organisateurs était de recréer l’atmosphère qui avait été celle du « Human Be-In » qui avait eu lieu en janvier 1967 à San Francisco, véritable lancement du mouvement hippy : faire la preuve qu’avec la bonne volonté de chacun, il était pleinement possible de vivre heureux en société, tout en se réalisant aussi à titre personnel, et sans la nécessité autour d’un appareil répressif.

La question qui se pose à nous quarante-trois ans plus tard, c’est pourquoi cela nous semble-t-il aujourd’hui absolument impossible ?

Peut-être l’explication se trouve-t-elle dans les réponses à apporter aux questions « Pour qui ? » et « Dans quel objectif ? » posées sur les faits de notre vie quotidienne. Par exemple :
– Le festival de Woodstock : pour qui et dans quel objectif ?
– Le nucléaire civil : pour qui et dans quel objectif ?

Et le fermier Max Yasgur, qui vit sa ferme envahie par un demi-million de visiteurs, qu‘en avait-il pensé ? Ayant attiré l’attention sur l’absence totale de violences qui avait caractérisé le festival, il avait ajouté : « Si nous voulions simplement nous joindre à eux, nous pourrions transformer toute cette adversité qui constitue les problèmes de l’Amérique aujourd’hui en l’espoir d’un avenir meilleur et plus pacifique ».

Nous étions en 1969, c’était il y a quarante-trois ans aujourd’hui.

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131 réflexions sur « WOODSTOCK ET LE MONDE OÙ NOUS VIVONS AUJOURD’HUI, par Asami Sato »

  1. Je suis très étonné par l’ensemble des réactions. J’ai relu le billet de Asami Sato. Il me semble bien que ce n’est pas le fait musical qui est souligné, pas même le fait politique. C’est le fait que plus de 500 000 personnes aient pu se retrouver de façon quasi imprévue au même endroit, sans vraiment de cadre préalable à part une scène prétexte du rassemblement, et que cette masse se soit auto-organisée instinctivement, ait en quelque sorte auto-protégé chacun de ses membres provisoires.
    Cela m’avait semblé à l’époque (je suis né en 1940) un fait extraordinaire qui renversait tout ce que qu’on nous avait inculqué sur l’organisation sociale, l’ordre, la sécurité… l’irresponsabilité. Bien plus important que le phénomène rock, quasiment anecdotique.
    C’est cela qui me semblait porter à réflexion. Comme d’autres faits de 68 dont on ne retient que les effets de manche de quelques cabotins médiatiques d’alors et de maintenant.

  2. L’exemple cité de Woodstock 1999 avec ses violences et exactions est intéressant : cette fois on avait prévu ! organisé (et non plus laissé auto-organiser), il y avait… un service d’ordre !
    Dans le premier woodstock, j’avais noté que dans cette masse s’étaient auto-créées une multitude de micro-organisations. L’auto-organisation n’était pas celle de la masse mais naissait de l’interrelation et de l’interaction entre ces petits groupes provisoires et assurait leur survie.

    1. un peu radio nostalgie tout ça non ? vous pensez vraiment nous faire croire que l’auto organisation ne serait plus possible aujourd’hui etc.. franchement les gens sont les mêmes aujourd’hui qu’il y a 40 ans, ni plus ni moins intelligent, ni plus ni moins individualiste.. ç’est le contexte qui a changé ; à l’époque il y avait des utopies, maintenant on cherche du boulot ou on sert les fesses pour le conserver..
      franchement les ex soixante huitards me gonflent parce qu’ils pensent avoir tout inventé et parce qu’en quarante cinq ans en ayant eu et conservé tous les pouvoirs, ils n’ont pas été capables de faire mieux que leurs ainés

      je suis né en 64 et j’adore la musique de l’époque

  3. A propos du vaste gag de  » l’atome de la paix  » :
     » La prolifération du fallout. (  » fall out  » ,  » retombées  » )
    La doctrine internationale en matière nucléaire distingue l’atome explosif de l’atome non explosif, l’atome de la guerre de l’atome de la paix et pose la frontière infranchissable en pratique. L’atome non retraité de la paix n’explose pas. Tout serait donc dit comme si l’atome guerrier n’était dangereux que parce qu’il détonne et non avant tout parce qu’il est radioactif. Comme si l’immanquable fallout radioactif qui suit la détonation n’avait lui aussi et à lui seul le pouvoir d’anéantir autrement un territoire, en le laissant intact en apparence mais invivable là où la radioactivité particulaire se dépose trop. Comme si de surcroit seulement une explosion atomique savait engendrer un fallout radioactif. Comme si le déconfinement guerrier des déchets civils pulvérisés était impossible, plus inoffensif et moins dissuasif que l’arsenal militaire. Que l’atome de la paix n’explose certes atomiquement pas (sagement empilé dans sa longue minigaine de zircaloy refroidie à l’eau borée) ne l’empêche pas de retomber une fois en l’air, ne l’empêche pas d’exhiber si besoin est la grandeur dissuasive (et persuasive) de son sale fallout radioactif. Et si l’atome de la paix n’a effectivement pas le pouvoir explosif immédiat de la bombe, il a néanmoins un pouvoir majoré de provoquer des retombées qui contaminent sans remède à jamais. L’atome de la paix est matériellement en mesure de transformer la terre entière en un vaste camp de concentration atomique à l’air libre mieux que ne saurait le faire l’atome militaire. Acclamer cet atome de la paix qui génère en plus grande quantité les mêmes déchets que l’atome de la guerre c’est pour autant promouvoir l’holocauste nucléaire que l’industrie civile prépare.
    La terreur asymétrique
    Du point de vue de la sécurité des états même cette doctrine de l’atome de la paix est gravement trompeuse car elle efface l’impact stratégique du fallout atomique dont les bombes n’ont pas l’exclusive et dont les déchets sont de fait l’émissaire premier. C’est une doctrine suicidaire qui croit la superpuissance limitée à la détention de la bombe, qui confondant dissuasion et explosion oublie que le terrifiant fallout n’est pas monopole de la bombe. L’explosivité, en rien négligeable bien sûr, n’est cependant une condition nécessaire de la superpuissance que pour ceux qui ignorent que les bombes atomiques sont l’enfer non pour massacrer en masse d’un seul coup par la seule force de leur détonation et de leur prompte radioactivité neutronique et gamma, s’il en était ainsi l’entier arsenal atomique mondial ne suffirait pas à emporter l’humanité car ses explosions ne couvriraient pas toute la surface habitée, mais pour empoisonner de manière irréversible le monde entier et continuer en silence à tuer bien après la bataille pour des centaines de millénaires en propageant partout les résidus aérosolisés des charges radioactives. Quoi qu’en dise la vulgate, une bombe atomique tue plus à retardement que sur l’instant. Mais elle tue alors d’une autre manière (surtout par contamination particulaire interne des êtres vivants mais aussi par le rayonnement gamma artificiel qui s’élève des sols pollués), sur une terrifiante durée et dans un espace sans frontières. Si l’arme atomique est bien l’arme de la fin du monde par excellence c’est en raison de son fallout ubiquitaire. Il est bon de s’en souvenir. On vit peu et mal sur une planète réduite à zone interdite par ce vent mauvais. Le day-after des survivants n’est pas de tout repos… C’est donc bien cet indélébile fallout sale qui rend l’arme atomique, et le nucléaire en général, si démoniaque et non l’horrifiant carnage instantané ou l’amas de ruines immédiat promis par sa détonation. Or ce sale fallout guerrier peut également et très facilement surgir décuplé des déchets nucléaires de l’industrie civile. Il n’est nul besoin d’une bombe atomique pour amorcer un fallout. John Gofman, co-découvreur du plutonium et ami regretté de l’AIPRI, l’avait écrit tout cru et à la lettre, le nucléaire est avant tout un « Poisoned Power ». Il n’y a dès lors meilleur furtif guerrier du fallout que l’atome de la paix. Il n’y a meilleure prolifération directe de la dissuasion sale que l’atome de la paix. L’AIEA arme quiconque. La guerre asymétrique sale prolifère sans moratoire sous sa tutelle.
    L’atome de la paix constitue par conséquence la plus grave menace atomique concevable, plus superpuissante en terme de contamination, plus discrète (les retombées n’ont pas le bruit des bombes) et plus élémentaire que la menace atomique militaire. L’atome de la paix fabrique sans entraves les poisons de la guerre radiologique sale tôt comprise avant la bombe en 1943 dans le memorandum « Use of radioactive material as a military weapon » du brigadier général Leslie Groves, responsable du « projet Manhattan ». L’atome de la paix n’est en définitive que la poursuite de la guerre atomique totale par d’autres et plus rudimentaires moyens. L’atome de la paix prépare l’enfer sur terre.  »
    AIPRI, Août 2012

  4. A tous :
    Je vous invite à écouter les deux émissions de Ruth Stégassy , consacrées au nucléaire en France.
    Samedis 6 et 13 septembre de 7h.05 à 8h.
    Edifiant .

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