Archives par mot-clé : reconnaissance de dette

« UN TRAITÉ SUR LA MONNAIE » (II) La prétendue « création monétaire ex nihilo » par les banques commerciales

« UN TRAITÉ SUR LA MONNAIE » (I) LA FAUSSE QUERELLE DES CRÉDITS ET DES DÉPÔTS

Un corollaire de l’hypothèse que les crédits précèdent les dépôts est que les crédits accordés par les banques commerciales « créent de l’argent ex nihilo ».

Le mécanisme supposé est celui-ci : une banque qui accorde un crédit « crée » les sommes allouées « par un simple jeu d’écriture ». Quand les sommes empruntées sont retournées, la « création » initiale est effacée par un autre « simple jeu d’écriture », annulant le premier. Ce pouvoir exorbitant des banques commerciales, de faire sortir d’un chapeau des sommes tout à fait considérables, ne s’accompagnerait pas moins de leur capacité à exiger le versement d’intérêts sur les sommes fantômes qu’elles prêtent ainsi. D’où le prétendu « scandale des banques commerciales qui créent de l’argent ex nihilo ».

L’absurdité du mécanisme supposé apparaît aisément dans l’expérience mentale que voici.

Continuer la lecture de « UN TRAITÉ SUR LA MONNAIE » (II) La prétendue « création monétaire ex nihilo » par les banques commerciales

16Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

POUR COMPRENDRE LE « REPO »

Le « repo » (pour repurchase agreement), en français : « pension livrée », une expression très peu usitée, consiste à obtenir de l’argent liquide, du « véritable argent », en ayant mis en gage un instrument de dette (qui sera remboursé ultérieurement mais donne lieu à versement d’intérêts en attendant). Ce qu’on met en gage, c’est ce qu’on appelle le collatéral.

Un instrument de dette qui n’est pas arrivé à échéance (on dit aussi « à maturité »), n’a pas encore été remboursé, mais cela ne l’empêche pas d’avoir une « valeur marchande », c’est-à-dire un prix, ce prix ayant un rapport bien précis (mathématiquement calculable selon l’une ou l’autre méthode) avec l’argent qui sera remboursé auquel s’ajoutent les intérêts qui seront encaissés d’ici-là.

Cela fait dire à certains que ces instruments de dette sont une monnaie, alors qu’il vaudrait mieux dire – pour ne pas introduire la confusion – qu’ils sont une marchandise.

Quand on emprunte, il n’y a pas nécessairement d’exigence qu’un collatéral d’un montant équivalent soit mis en gage. C’est seulement quand l’économie n’est pas en bonne santé qu’il y aura exigence du côté du prêteur qu’un bien soit mis en gage, pouvant être le cas échéant, un instrument de dette, comme un mode d’assurance que la somme prêtée ne soit pas entièrement perdue en cas d’accident.

Continuer la lecture de POUR COMPRENDRE LE « REPO »

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

LES RESPONSABLES DONT ON PARLE PEU

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

The English version of this post can be found here.

La question de savoir si une reconnaissance de dette peut être considérée comme une monnaie est centrale à mon livre L’argent mode d’emploi (2009). J’y mets en évidence le coup de force de Joseph Schumpeter (1883-1950), quand il imposa l’idée que c’était bien le cas, et j’y démontre l’inanité du pseudo-raisonnement qu’il proposait pour soutenir l’idée à l’aide de phrases qui sont souvent dénuées de sens (pp. 175-180).

Une reconnaissance de dette est bien de la monnaie selon Schumpeter, et l’on peut additionner son montant à celui de l’argent pour calculer des « masses monétaires » qui font foi de la richesse présente dans le système financier.

Le problème peut être considéré comme purement académique : une simple question de définition. Or, c’est en réalité très loin d’être le cas : lorsqu’une reconnaissance de dette cesse d’être échangée pour le montant qui est censé être un jour remboursé, parce que le doute s’est insinué que l’argent promis ne reviendra peut-être pas le jour dit, la « science » économique dominante, c’est-à-dire « schumpétérienne », préfère invoquer le « manque de liquidité » : une difficulté passagère à transformer la « monnaie » que serait une reconnaissance de dette en argent proprement dit, soit un problème purement technique de fluidité des marchés.

La confusion entre argent et reconnaissance de dette était nécessaire pour que l’on puisse ignorer le risque systémique qui se cache derrière l’« effet de levier », à savoir ce qui se passe quand on compare les gains obtenus grâce à de l’argent qui a été emprunté aux intérêts qui devront être versés pour l’avoir emprunté, plutôt qu’à une somme d’argent proprement dite.

Nous avons été quelques-uns dès 2007 à insister sur le fait que la crise qui débutait était une crise d’insolvabilité : que l’argent manquait pour honorer les reconnaissances de dette, et que l’invocation de la liquidité n’était qu’une manière de masquer la gravité de la situation. Ici aussi, le débat n’était pas purement académique.

Ceci dit, la confusion continue de régner. Dans  la « Notice Finale » de la Financial Services Authority, en date du 27 juin 2012, où le régulateur britannique justifie l’amende de 85 millions de livres (réduite à 59,5 M£, pour coopération à l’enquête) infligée à la banque Barclays dans l’affaire du LIBOR, le mot « liquidité »  apparaît à plusieurs endroits là où seul le mot « solvabilité » se justifierait :

« Les questions de liquidité constituaient un centre d’attention pour la Barclays et d’autres banques durant la crise financière et les taux de LIBOR cités par les banques étaient interprétés par certains commentateurs comme une mesure de leur capacité à emprunter. […] Les medias s’interrogeaient si les taux cités par Barclays indiquaient que la banque connaissait des problèmes de liquidité », etc. (p. 3)

L’effondrement global du système financier, dont l’affaire du LIBOR souligne à nouveau l’inéluctabilité, aurait pu être prévenu si l’on n’avait pas confondu argent avec reconnaissance de dette et du coup, insolvabilité avec illiquidité. Cinq ans plus tard, il est bien sûr beaucoup trop tard pour se lamenter d’une erreur que la « science » économique salua en son temps comme un trait de génie de Joseph Schumpeter.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

SORTIR DU PIÈGE NOMINALISTE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité. A déjà paru ici comme commentaire, le 9 juillet 2011.

Schumpeter est un éminent représentant du nominalisme financier qui détruit la réalité humaine. La destruction schumpétérienne n’est pas créatrice. Le nominalisme confond le discours et la réalité. S’il est nécessaire de nommer la réalité pour lui accorder un prix, le prix ne fait pas la réalité. Le nominalisme financier qui fonde aujourd’hui l’émission monétaire fait croire que la répétition du prix dans plusieurs comptes bancaires augmente d’autant la réalité de l’objet sous-jacent. Cette répétition n’a pas d’autre conséquence que de multiplier les droits sur un même objet à l’insu de son propriétaire légitime.

Le nominalisme financier se nourrit de nominalisme juridique. Le vrai juriste ne peut pas se dispenser de nommer pour définir le droit en discussion et en négociation. Le faux juriste lui emboite le pas en répétant des droits en dehors de toute réalité probante. Le financier intéressé au prix plus qu’à la réalité n’a plus qu’à « créer » la richesse en multipliant l’inscription du prix dans le droit répété de la même chose. Il dit alors que les dépôts font les crédits puisque le même crédit infiniment redéposé fait de nouveaux crédits.

Continuer la lecture de SORTIR DU PIÈGE NOMINALISTE, par Pierre Sarton du Jonchay

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

UN DIGNE DISCIPLE DE SCHUMPETER

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Si vous avez lu l’un de mes livres intitulé L’argent mode d’emploi publié en 2009 chez Fayard, ou si vous avez lu, ici-même, les discussions qui ont précédé la rédaction du livre, et en particulier un billet dont le titre était : Schumpeter et « les crédits qui créent les dépôts » vous vous souviendrez que j’expliquais d’où vient le paradoxe qui n’en est pas un (on découvre à l’autopsie qu’il s’agit d’une simple erreur) selon lequel : « Ce ne sont pas les dépôts qui créent les crédits mais les crédits qui créent les dépôts ».

Ce faux paradoxe est une implication du principe inventé par Joseph Schumpeter, que le volume de la richesse se calcule en additionnant à l’argent sonnant et trébuchant, le montant total des reconnaissances de dette en circulation. Je m’étais amusé à décomposer le raisonnement (défiant toute logique) que proposait Schumpeter (pages 170 à 177 de mon livre) pour justifier sa proposition – proposition dont nous payons en ce moment les conséquences.

Il n’était pas très difficile de mettre en évidence en 2009 qu’à l’arrivée, la somme qui peut être échangée contre une reconnaissance de dette peut très bien valoir zéro francs, zéro centimes et qu’il n’est jamais bon d’additionner des reconnaissances de dette – des sommes seulement promises et donc en réalité de la richesse « négative » – à de l’argent, surtout quand il s’agit d’évaluer la richesse. Je montrais que les masses monétaires consistent à compter plusieurs fois les mêmes sommes et que – tout calcul fait, et à part la capacité escomptée des sommes en négatif à générer des intérêts – il ne reste plus que l’argent.

Si j’ai repensé à cela ce matin, c’est en lisant un article qui vient de paraître dans le Wall Street Journal, intitulé « Highflier Tells Clients to Wait », consacré à un gestionnaire de hedge fund appelé Alphonse Fletcher Jr. dont les méthodes de gestion sont hautement créatives.

Quand le Wall Street Journal tourne ainsi ses projecteurs vers les méthodes d’un financier, on se doute qu’il s’écarte rapidement du Capitole pour se rapprocher à vive allure de la Roche Tarpéienne. Quoi qu’il en soit, et quel que soit le nombre de jours restant à M. Fletcher pour jouir de sa liberté, il faut reconnaître en lui un disciple conséquent de Schumpeter dans l’art de calculer la richesse en additionnant les sommes qui manquent à celles qui sont là.

L’article du WSJ, signé de Steve Eder et Josh Barbanel nous explique comment Fletcher garantit des rendements de 12 % à certains de ses clients en ne promettant rien de précis à certains autres, qui sont eux chargés d’essuyer les plâtres, prolongeant la logique « good bank » / « bad bank » à ses propres fonds où le premier rapporte du 12,6 % tandis que l’autre plonge de 42,8 %, et comment l’argent circule entre les 17 fonds constituant la firme, les uns investissant dans les autres ou se prêtant de l’argent.

M. Fletcher explique aux journalistes du WSJ comment tout cela fonctionne, sur un exemple :  « Si des investisseurs mettent 2$ dans un fonds Fletcher, et si ce fonds emprunte 1$, et dépose alors la somme totale dans un second fonds Fletcher, cela fait 5$ gérés par la firme ». Dans sa tombe, Schumpeter sourit d’aise à la pensée de cette arithmétique irréprochable – ainsi d’ailleurs que Henry Thornton (1760-1815) à qui il attribue la paternité de sa découverte. Les investisseurs du Fletcher Fund qui découvrent ce matin dans le Wall Street Journal que quand Alphonse Fletcher Jr. leur annonce qu’il y a cinq dollars dans son fonds, il n’y en a en réalité qu’un (2$ en dépôts moins 1$ en reconnaissance de dette), doivent eux plutôt faire la grimace.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

A PROPOS DE L’ARGENT, MODE D’EMPLOI, REPONSES A DES QUESTIONS DE VINCENT BOURDEAU

Vincent Bourdeau publiera dans le No 7 de la revue TINA, à paraître en février 2011, un compte-rendu de L’argent, mode d’emploi (Fayard 2009), il m’a posé à ce sujet, un certain nombre de questions qui seront publiées à la suite de son texte. Voici mes réponses.

Vincent Bourdeau (V. B.) – Pour commencer pouvez-vous nous indiquer en quoi, à vos yeux, il est si important que cela de distinguer la monnaie comme argent de la monnaie comme reconnaissance de dette ? Intuitivement, si l’argent est défini comme un moyen de paiement, on peut imaginer que tout « objet » qui aurait les vertus que l’on prête à l’argent (liquidité, divisibilité, etc.) pourrait être considéré comme de l’argent, non ?

Paul Jorion (P. J.) – Une reconnaissance de dette ne peut être considérée comme une monnaie qu’à la suite d’un malentendu : il s’agirait d’une marchandise « liquide » au même titre qu’une monnaie (universalité de son acceptabilité) et on pourrait l’assimiler à une monnaie pour cette raison. La liquidité de l’argent est absolue alors que celle d’une reconnaissance de dette n’est connaissable qu’a posteriori, une fois que son échange contre une somme d’argent a eu lieu. Une reconnaissance de dette n’est acceptée comme moyen de paiement que parce qu’elle se liquidera en une certaine somme d’argent. Le montant de cette somme se situe entre zéro et le montant nominal de la reconnaissance de dette. Son détenteur peut lui assigner une valeur actuarielle (probabiliste) fondée sur le risque de défaut. Cette valeur probabiliste pourra servir de base de négociation au cas où le débiteur est en difficulté et met le créancier devant l’alternative défaut de paiement ou restructuration de la dette.

Tout « objet » qui aurait les vertus que l’on prête à l’argent aurait automatiquement pour propriété 1) une liquidité absolue, ce qui manque à la reconnaissance de dette ; 2) une valeur inconditionnelle (l’argent n’est pas dépendant d’un remboursement qui aura lieu ou non, il ne se liquidera pas en une certaine somme d’argent indéterminable à l’avance : il est immédiatement une somme d’argent), alors que la valeur d’une reconnaissance de dette est conditionnelle (elle dépend d’un remboursement ou non).

Continuer la lecture de A PROPOS DE L’ARGENT, MODE D’EMPLOI, REPONSES A DES QUESTIONS DE VINCENT BOURDEAU

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Le système financier dans la trappe de liquidité keynésienne, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

François Leclerc présente dans Le scenario d’épouvante ou d’horreur la trappe à liquidité dans laquelle s’est abimée l’économie japonaise et qui s’ouvre désormais béante devant toute l’économie mondiale. Essayons de pousser jusqu’au bout une vraie analyse keynésienne de la conjoncture présente et voyons comment elle nous ramène au bancor.

Le Japon avait plongé dans la crise financière à la fin des années 80 avec l’éclatement de la bulle immobilière. Cette bulle s’était nourrie des choix de la société japonaise traduits dans les politiques publiques monétaire et budgétaire. Elle avait pris sa source dans les excédents du commerce extérieur supérieurs aux ré-exportations nettes de capitaux. Fondamentalement, le choix japonais depuis l’origine était d’assurer l’avenir par l’épargne, c’est à dire l’accumulation de créances de valeur stable sur l’avenir. L’excédent commercial était le moyen d’acheter de l’épargne en monnaie et contrevaleur réelle étrangères. Au lieu de dépenser toute la contrepartie du pouvoir d’achat des exportations en importations ou en investissements à l’étranger, les Japonais demandaient à leurs banques de transformer leurs créances en devise en dépôts en yen. La masse monétaire déposée au passif des banques avait une contrepartie croissante à l’actif en créances sur l’étranger, principalement sur des banques et des États des autres pays développés, spécialement en dollar des États-Unis.

L’abondance de liquidités domestiques induisait un faible niveau des taux d’intérêt stimulant le crédit. Elle ne modifiait pas la préférence sociale interne pour l’achat de sûreté par des créances en monnaie sur le système financier. Il revenait aux institutions financières de trouver des contreparties réelles aux substantiels excédents de revenus épargnés en yen. L’État et les collectivités publiques en ont toujours absorbé une forte proportion à la fois pour offrir une contrepartie au besoin d’épargne et compenser par la dépense publique la faiblesse de la dépense privée. Ainsi la dette publique japonaise atteint-elle aujourd’hui le record de 200% du PIB, financée pour la plus grande part sur le marché domestique. Le financement du besoin d’épargne japonais est fondé sur la dette : celle des étrangers envers le Japon, celle du système financier japonais et de l’État envers les agents économiques japonais.

Continuer la lecture de Le système financier dans la trappe de liquidité keynésienne, par Pierre Sarton du Jonchay

2Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Argent : on a perdu le mode d’emploi, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Nature juridique de l’argent

Paul Jorion rétablit dans L’argent, mode d’emploi la distinction entre argent et reconnaissance de dette, fondamentale pour comprendre la crise. Argent et dette sont conceptuellement différents mais matériellement liés. Schématiquement : Pierre prête un objet de valeur à Paul contre sa promesse non pas de lui rendre mais de lui rembourser la mesure, le prix. Pierre et Paul sont en confiance, se reconnaissent réciproquement comme dignes de confiance et sont d’accord sur la mesure d’équivalence entre ce que l’un prête et l’autre remboursera. A ce stade il y a dette mais pas d’argent. La relation entre Pierre et Paul n’a aucune utilité directe pour la société et le marché.

Ils conviennent maintenant de prendre un tiers à témoin et s’adressent à une banque pour enregistrer leur contrat. La banque s’interpose entre eux par des écritures. Elle enregistre Paul comme emprunteur et Pierre comme déposant pour la quantité convenue entre eux. Dès lors que les compères font clairement savoir à la banque qu’ils sont d’accord sur la chose, le prix et l’échéance, la banque n’a même pas besoin de connaître visuellement ou intellectuellement l’objet et la mesure de l’échange. Elle se contente de témoigner de l’accord indépendamment de son objet en inscrivant la même mesure à son actif et à son passif. L’objet de l’échange et la mesure de son prix qui étaient entre Pierre et Paul une seule et même réalité sont désormais dissociés par l’intermédiation bancaire qui ne connaît qu’un prix et les droits réciproques entre des personnes. L’intérêt de cette intermédiation est que la banque peut affirmer qu’elle dispose de la mesure d’une valeur réelle à terme, celle que Paul a promise et que Pierre a acceptée. Pierre peut en tirer un bénéfice dans l’utilisation immédiate de son dépôt comme moyen de règlement. La banque a actualisé une créance de valeur future en mesure présente de la valeur immédiatement utilisable.

Continuer la lecture de Argent : on a perdu le mode d’emploi, par Pierre Sarton du Jonchay

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

BFM Radio, lundi 17 mai à 10h46 – Que vaut une action quand les marchés sont nerveux ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Que vaut une action quand les marchés sont nerveux ?

Dans un autre moment fort de la crise, en septembre 2008, la question s’est posée : que vaut une reconnaissance de dette ? En principe, bien sûr, elle vaut le montant qu’elle mentionne, mais quand les choses tournent mal, ceux qui ont promis de rembourser cessent de disposer nécessairement des sommes promises. S’ils ne remboursent pas, la reconnaissance de dette se révèle a posteriori valoir tout simplement zéro franc, zéro centime. Ou bien, on « restructure » – c’est l’option qui a souvent été évoquée récemment à propos de la Grèce – le débiteur se retrouve devant ses créanciers et leur dit : « Je vous dois autant, mais la somme dont je dispose est beaucoup plus faible. Je vous propose de vous rembourser au prorata de ce que j’ai ». Une reconnaissance de dette se renégocie alors comme une fraction de la somme due, « soixante-sept centimes de l’euro », par exemple. La valeur d’une reconnaissance de dette, c’est donc un montant qui se situe entre celui de la somme prêtée et zéro. Et ce qu’elle valait effectivement ne sera connu qu’a posteriori.

On se souvient que quand AIG, la compagnie d’assurance américaine, remboursa rubis sur l’ongle les banques qui avaient contracté auprès d’elle des CDS, des Credit-Default Swaps, cela suscita un beau scandale. C’est que c’était maintenant le contribuable américain qui réglait l’ardoise, et qu’il lui semblait logique que les banques créditrices doivent se contenter seulement d’une fraction des sommes promises. C’est à la même époque d’ailleurs que certains déposants fortunés découvrirent avec horreur que leur banque ne leur avait offert en échange de leur dépôt qu’une reconnaissance de dette et qu’en cas de pépin le montant qui leur serait remboursé était plafonné à 70.000 et ensuite à 100.000 euros.

Demandons-nous alors – dans la même optique – ce que vaut une action. La question n’est pas sans intérêt : on pouvait la lire en filigrane dans les auditions qui ont eu lieu au Congrès américain la semaine dernière à propos du « flash crash », le krach-éclair du 6 mai à la Bourse de New York. Une action est une reconnaissance de dette d’un type particulier. Je rappelle en deux mots que l’indice Dow Jones perdit en quelques minutes près de 1.000 points, avant de rebondir de près de 700. Aucune anomalie n’a pu être décelée dans le fonctionnement du marché : la baisse était simplement la conséquence des mauvaises nouvelles de la journée. Le NASDAQ, le marché des sociétés technologiques, a quand même décidé d’annuler les transactions portant sur 286 compagnies dont le cours, après 14h40, avait baissé de plus de 60 %. Eric Noll, « executive vice-president » du NASDAQ, expliquait devant la Commission du Congrès qu’il était de leur devoir d’annuler les transactions quand, je le cite : « le prix d’exécution cesse de refléter un marché authentique ». On peut en déduire que le seuil entre un marché authentique et un marché de contrefaçon se situe sur cette barre des 60 %. On ne sait pas ce qu’en penseront ceux dont la vente à – 59 % a été confirmée ou ceux dont l’achat à – 61 % a été invalidé – enfin eux, ou leurs avocats

Quand le cours grimpe, les nouveaux acheteurs drainent l’argent de l’économie pour le placer là. Quand il baisse, ceux qui ont vendu cher comptent leurs sous avec délectation et ceux qui ont acheté cher, eux, se mordent les doigts. Le prototype de toutes les bulles financières, c’est donc bien la Bourse. Quand le cours des actions est élevé, tous ceux qui en possèdent sont contents : leur fortune, c’est la cote la plus récente multipliée par le nombre de titres qu’ils détiennent. Est-ce que ce calcul est valide ? Non : la vraie valeur de leurs actions, c’est le cours auquel ils revendront chacune d’elle (et pas nécessairement au même prix) et ceci, c’est beaucoup plus vague : cela se situe quelque part entre zéro et l’infini. Quand les marchés sont nerveux et comme les événements du 6 mai l’ont bien mis en lumière, la valeur réelle d’un portefeuille boursier est très difficile à déterminer.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Le temps qu’il fait, le 19 mars 2010

19 mars 2009 : Le 18 mars 2009 : fin du capitalisme
20 mars 2009 : L’annonce de la mort du capitalisme est-elle prématurée ?
Le temps qu’il fait, le 20 mars 2009
21 mars 2009 : Qu’entend-on par « capitalisme », et pourquoi sa phase finale est-elle amorcée ?

Anselm Jappe, Crédit à mort.

Continuer la lecture de Le temps qu’il fait, le 19 mars 2010

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

BFM Radio, lundi 8 mars 2010 à 10h46 – « La finance boit, les nations trinquent »

2008 aura été l’année des banques, 2010 semble bien parti pour devenir l’année des nations. On ne s’en étonnerait pas : quand le système bancaire s’est effondré à l’automne 2008, les États sont intervenus et ont pris en charge l’ensemble des pertes subies. Un an et demi plus tard, ce sont eux qui se trouvent acculés. Ils se tournent maintenant vers leurs citoyens et leur disent : « Vous avez vécu au-dessus de vos moyens ! Le moment est venu de vous serrer la ceinture ! » Les Grecs dans la rue la semaine dernière n’avaient pas l’air très convaincus. Les Islandais ont été encore plus catégoriques dans leur vote de samedi dernier : « Ce n’est pas nous : ce sont les clients de nos banques qui trouvaient normale une rémunération de leurs placements de 50 % supérieure à ce qu’on trouvait ailleurs. Ils croyaient au Père Noël. Ils n’auraient pas dû ! »

Avec du désordre dans la rue, les choses sont mal engagées. Les agences de notation en particulier, détestent ça. Comme toujours, les responsabilités sont multiples. Les économistes ont leur part, et elle plus lourde qu’on ne l’affirme ordinairement. Ce sont bien eux après tout qui ont dit : « Le crédit et l’argent, c’est la même chose ! » Et cette erreur-là, elle est irréparable. Le principal coupable est mort depuis longtemps : il s’appelle Henry Thornton (1760 – 1815), et son nom serait tombé dans l’oubli si Joseph Schumpeter n’en avait pas fait le héros révolutionnaire qui avait découvert « l’équivalence du crédit et de l’argent ». Et pourquoi pas, puisqu’on y était, que l’argent lui-même était en réalité une dette !

Que s’est-il alors passé ? On s’en est donné à cœur joie : de longues chaînes de créances se sont créées où chacun considérait comme sa richesse, non seulement l’argent qu’il avait mais aussi celui qu’il avait prêté. Or celui-là, il l’ignorait encore mais le découvrirait à partir de 2007 : il ne le reverrait plus nécessairement. On s’émerveillait aussi du fait qu’un pari gagné grâce à de l’argent emprunté permettait des gains mirifiques : le fameux « effet de levier ». On savait bien qu’il existait un risque mais ce risque, avec la titrisation, on l’empaquetait et on le revendait, et on le revendait à un prix qui, dans l’euphorie générale, apparaissait comme une excellente affaire. Si bien qu’au lieu de s’éparpiller, il se concentrait en réalité dans le portefeuille des banques les plus prospères. Or, certains risques – comme les maisons construites en zone inondable ou dans les couloirs d’avalanche – ne devraient simplement pas être pris. La grande folie du crédit dans la « nouvelle économie », n’était en réalité pas assurable.

On connaît la suite : les pertes faramineuses s’accumulèrent. Les États réglèrent l’ardoise et rouvrirent les casinos. Avec les mêmes tauliers.

Un grand homme politique s’est quand même indigné et a dit : « Confrontés à l’effondrement du crédit, ils n’ont proposé que le prêt de plus d’argent ». Les politiques avaient-ils compris ? Hélas non puisque celui qui parle, c’était Franklin Roosevelt, dans son discours inaugural en 1933. Quand j’étais gosse on voyait le long des routes : « Les parents boivent, les enfants trinquent ». Aujourd’hui ce serait plutôt : « La finance boit, les nations trinquent ».

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

« Ce n’est pas comme ça que ça se passe », par Jean-Pierre Voyer

Billet invité.

« Ce n’est pas comme ça que ça se passe »

Pas comme ca 1

Ce tableau est faux. Les choses ne se passent pas comme ça.

Comment « l’argent » passe-t-il d’une banque à l’autre, en combien de temps ? On n’en sait rien.

Voici comment les choses se passent :

USM 1

Continuer la lecture de « Ce n’est pas comme ça que ça se passe », par Jean-Pierre Voyer

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail