Le système financier dans la trappe de liquidité keynésienne, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

François Leclerc présente dans Le scenario d’épouvante ou d’horreur la trappe à liquidité dans laquelle s’est abimée l’économie japonaise et qui s’ouvre désormais béante devant toute l’économie mondiale. Essayons de pousser jusqu’au bout une vraie analyse keynésienne de la conjoncture présente et voyons comment elle nous ramène au bancor.

Le Japon avait plongé dans la crise financière à la fin des années 80 avec l’éclatement de la bulle immobilière. Cette bulle s’était nourrie des choix de la société japonaise traduits dans les politiques publiques monétaire et budgétaire. Elle avait pris sa source dans les excédents du commerce extérieur supérieurs aux ré-exportations nettes de capitaux. Fondamentalement, le choix japonais depuis l’origine était d’assurer l’avenir par l’épargne, c’est à dire l’accumulation de créances de valeur stable sur l’avenir. L’excédent commercial était le moyen d’acheter de l’épargne en monnaie et contrevaleur réelle étrangères. Au lieu de dépenser toute la contrepartie du pouvoir d’achat des exportations en importations ou en investissements à l’étranger, les Japonais demandaient à leurs banques de transformer leurs créances en devise en dépôts en yen. La masse monétaire déposée au passif des banques avait une contrepartie croissante à l’actif en créances sur l’étranger, principalement sur des banques et des États des autres pays développés, spécialement en dollar des États-Unis.

L’abondance de liquidités domestiques induisait un faible niveau des taux d’intérêt stimulant le crédit. Elle ne modifiait pas la préférence sociale interne pour l’achat de sûreté par des créances en monnaie sur le système financier. Il revenait aux institutions financières de trouver des contreparties réelles aux substantiels excédents de revenus épargnés en yen. L’État et les collectivités publiques en ont toujours absorbé une forte proportion à la fois pour offrir une contrepartie au besoin d’épargne et compenser par la dépense publique la faiblesse de la dépense privée. Ainsi la dette publique japonaise atteint-elle aujourd’hui le record de 200% du PIB, financée pour la plus grande part sur le marché domestique. Le financement du besoin d’épargne japonais est fondé sur la dette : celle des étrangers envers le Japon, celle du système financier japonais et de l’État envers les agents économiques japonais.

Le risque du crédit et de l’épargne

Ce qui reste encore mal perçu aujourd’hui en pleine crise mondiale de la dette est la relation entre la dette et le risque. En désirant acheter la mesure stable de leur avenir par des créances en monnaie, les épargnants produisent du risque. Ils vendent l’instabilité du futur à des emprunteurs qui sont acheteurs de risque de crédit. Or il y a trois causes fondamentales au risque financier qui le rendent intelligible et explicable à ceux qui empruntent et ceux qui prêtent. La première cause d’incertitude est le choix-même d’un épargnant de conserver du pouvoir d’achat sans préciser quand ni comment il le dépensera. L’épargnant achète à un emprunteur inconnu la promesse de produire une certaine mesure de valeur réelle concrète dans le futur. L’emprunteur achète lui l’utilité immédiate de la valeur réelle jusqu’à ce que l’épargnant décide de dépenser la valeur qu’il avait prêtée. Il ne peut pas y avoir de certitude à ce que le prix prêté du temps de valeur d’objets concrets déjà produits soit le prix emprunté par les producteurs de la contrevaleur à produire à terme. A l’indétermination fondamentale de l’épargnant et à l’imprécision des mesures monétaires de la valeur future s’ajoute la troisième cause d’incertitude : l’imprévisibilité de la réalité physique future. L’engagement d’un emprunteur ne détermine pas les événements et faits physiques futurs qui permettront de produire la contrevaleur du crédit à rembourser.

La réalité physique est bien distincte du travail mental d’anticipation financière. La mesure en crédit d’une anticipation financière est bien distincte du risque d’écart avec la réalité future. Les technologies financières contemporaines spéculent sur la partie du réel physique connue par la science pour quantifier le risque en probabilité mathématique. Cette approche est théorique et non réelle. Elle suppose que la partie connue et prévisible du réel à anticiper représente la plus grande proportion des causes de la valeur à anticiper. En fait, la crise des subprimes a montré que cette hypothèse dissimule la réalité des trois causes d’existence du risque. Le connu est sur-valorisé par rapport à l’inconnu ; la conformité de la science au réel est abusivement supposée certaine ; la liberté de l’épargnant et du consommateur est éludée. Les banques installées au Japon ont affronté avant le système financier international les conséquences de la virtualisation mathématique et juridique de la finance moderne. A la demande d’épargner, elles ont répondu sans vraie limite par la transformation du crédit en risque. Réponse qui satisfit aussi la demande d’emprunt des entreprises, de l’État japonais et de tous les acheteurs étrangers des exportations japonaises. Des intérêts partagés ont dissimulé les limites de la réalité.

La transformation de l’épargne en risque non mesuré consiste à acheter du risque dissimulé dans le crédit à des débiteurs dont la solvabilité est surestimée ou à surpayer des actifs réels comme l’immobilier. Les réglementations et technologies financières confondent au Japon comme partout ailleurs la valeur en risque et la valeur en crédit des prix d’objets futurs. Les réglementations suggèrent l’existence spécifique du risque en exigeant des opérateurs financiers de devoir en fonds propres et non en emprunts une proportion fixe des différentes natures d’actifs détenus. Ainsi les intermédiaires financiers disposent-ils normalement d’une réserve financière permettant de faire face au remboursement de leurs emprunts au cas ou le prix des sources de crédit actives tomberaient en dessous de leur prix d’achat. Mais la fixité du calcul de ces réserves financières ne tient pas compte de la diversité évolutive des risques associés aux achats d’emplois financiers. Elle ignore également les transformations permanente des objets réels de l’offre et de la demande financières selon la psychologie et l’état des connaissances humaines.

Valeur économique de l’intermédiation financière

En face de la réalité humaine subjectivement et objectivement incertaine, le processus économique produit des mesures fixes de la valeur comptabilisées en dépôts dans le système financier. C’est une nécessité du calcul économique que soient assumés les écarts de la mesure avec la réalité. Et la stabilité des prix est nécessaire à la production pour faire le tri entre des anticipations financières de rentabilité variable. Les productions potentiellement sans valeur ajoutée sont abandonnées au profit de celles qui offrent le meilleur rapport sur les coûts anticipés. L’anticipation financière de la rentabilité repose sur des prix comptant et à terme, sur le portage des prix à terme et sur le comblement possible de l’écart entre le prix à terme et le prix comptant à l’échéance anticipée. L’intermédiation financière a pour finalité d’assurer la logique de transformation du calcul économique en crédits qui font les dépôts. Les dépôts mesurés en monnaie représentent de la liquidité dans la mesure où les actifs qu’ils financent sont rentables. Ils doivent rapporter au moins le prix pour lequel ils sont inscrits dans les comptabilités financières. Sinon les dépôts et prêts ne valent pas réellement leur prix nominal. Les prêteurs et déposants s’inquiètent, réduisent leurs avoirs financiers en achetant des biens réels ou des devises étrangères relativement plus sûres.

La perception de la rentabilité réelle derrière le crédit joue en sens opposé sur l’épargne en monnaie et sur l’épargne directement investie dans la valeur réelle risquée. L’intermédiation financière est sollicitée selon la fiabilité de sa transformation en crédit des mesures des risques financés. Elle produit de la rentabilité nominale dans la mesure de la rentabilité réelle. Si les épargnants et investisseurs ne comprennent pas la valeur ajoutée propre de l’intermédiation à produire des anticipations dont l’incertitude soit effectivement réduite, ils assument en direct le risque de la valeur de la réalité future. La confiance dans l’intermédiation financière stimule la transformation bancaire du besoin d’épargne en épargne monétaire. La défiance ou l’incompétence financières incitent au contraire épargnants et investisseurs réels à négocier directement. La transformation de l’épargne bancarisée en monnaie obéit quantitativement à une logique transparente de confiance.

La liquidité est matériellement de la monnaie circulante. Elle provient des dépôts à vue dont la valeur de règlement égale la valeur nominale. Un dépôt à vue est une reconnaissance de dette par une banque. Les dépôts monétaires sont nécessairement une fraction des crédits connus du système financier, donc de la mesure qu’il effectue de la valeur certaine du futur, donc de la mesure prudente de l’incertitude de ses mesures. Si à l’intérieur de la somme des anticipations financières déposées dans le système financier, l’appréciation du risque n’apparaît pas prudente, les agents économiques fuient l’intermédiation financière. Ils détiennent leurs actifs en valeur physique de consommation ou d’investissement présents. Au contraire, la prudence financière inspire la confiance et favorise la création monétaire à l’intérieur d’une masse de crédits plus ample et plus certaine. La liquidité monétaire a deux causes : la stabilité de la mesure du crédit et la rentabilité réelle du risque. Mais ces deux causes renvoient à une troisième ignorée au Japon dans les années 90 et toujours aujourd’hui dans l’économie internationale : la transparence de marché.

Mécanique cognitive de la trappe à liquidité

L’opacité du marché avait permis au système bancaire japonais d’émettre plus de crédit que le prix de la valeur réelle effectivement disponible. L’investissement dans l’immobilier avait en conséquence dépassé la demande réelle de consommation immobilière ; les actifs avaient été surpayés par le gonflement financier spéculatif de la demande. Les bulles financières sont ainsi le produit d’un système de prix déterminé par ceux-là mêmes qui les transforment en crédit. Les intermédiaires du crédit ne mesurent pas le déséquilibre potentiel des prix qu’ils suscitent. Ils créent des potentiels de plus-value à court terme par l’accumulation de moins-values non mesurables à plus long terme. L’opacité financière forme des trappes à liquidité : le crédit est totalement liquide en phase d’optimisme pour disparaître brutalement quand l’équilibre réel de l’offre et de la demande devient plus visible. L’éclatement d’une bulle se déclenche par le défaut de crédit. Les débiteurs sur-investis revendent les actifs sous-jacents à la bulle. Les prix sont brutalement ramenés à un nouvel équilibre de marché ; équilibre estimé selon le crédit des agents économiques jugés capables de continuer à porter les actifs évalués selon des revenus plus réellement anticipés.

Les conditions d’une trappe à liquidité ne disparaissent pas après l’éclatement d’une bulle si le marché n’est pas rendu transparent, s’il n’est pas de possibilité de discriminer toutes les causes financières de la valeur. La transparence signifie que l’établissement d’un prix d’équilibre entre offre et demande soit dissocié de la mesure du crédit ; que la mesure du crédit soit dissocié de l’achat du risque ; que l’achat du risque soit la disposition effective d’un capital réel ; que la réalité du capital soit l’allocation explicite d’une réserve de valeur présente à chaque objet de crédit. Les vrais fonds propres d’un intermédiaire financier sont juridiquement et matériellement alloués à une seule nature de cause de crédit : soit le prix de marché anticipé dans le crédit, soit la mesure garantie du crédit, soit la réserve de valeur réelle présente disponible en garantie du crédit. La liquidité est l’intelligibilité de la valeur présente et future qui la rende mesurable et réelle. La liquidité mesurée se matérialise en crédit de monnaie ; elle est réelle par le marché où elle circule effectivement ; elle est intelligible par un garant du crédit qui assume l’écart éventuel entre la mesure anticipée et la réalité comptant. Une trappe de liquidité est l’invisibilité de l’une de ces causes d’anticipation financière. La liquidité non exhaustivement causée disparaît sans prévenir. Elle apparaît dans les comptes d’institutions nominalement solvables qui pourtant finissent par faire défaut du jour au lendemain, comme Lehman Brothers.

Après l’éclatement de sa bulle immobilière, le Japon a essayé en vain de relancer son économie par l’endettement public et la gratuité monétaire. La dette publique permet de fabriquer de la demande de crédit sans mesurer le capital qui pourrait en garantir l’offre. La banque centrale dont la monnaie a cours légal forcé associe la demande publique de crédit à l’offre simulée du système bancaire qui ne dispose pas des fonds propres pour en supporter le risque. La relance monétaire de la banque centrale précipite par le crédit gratuit au système bancaire le maintien artificiel de la masse des crédits. La dette publique est substituée à la dette privée pour masquer la déconnexion entre la masse des anticipations financières et l’économie réelle. L’éclatement de la bulle mondiale des subprimes a révélé une trappe à liquidité systémique. Les banques centrales de réserve et leurs États garants ont noyé la faillite des banques par du crédit illimité. Ni les États, ni les banques centrales n’ont les fonds propres nécessaires à garantir la valeur réelle des masses monétaires. Ces fonds propres existent néanmoins : les impôts que les contribuables des zones dollar, euro, livre devront payer.

Fin du capitalisme et restauration du capital humain

La trappe à liquidité systémique auto-détruit le système financier mondial. Le potentiel fiscal non mesurable des pays émetteurs de monnaie de réserve sert à justifier l’émission monétaire des banques centrales. Les entreprises et banques multinationales empruntent en dollar, euro, yen et livre pour exporter des capitaux vers les pays émergents où la rentabilité des investissements est nominalement garantie par le bas coût du travail. Les émergents accumulent des créances qu’ils n’osent pas encore juger non remboursables sur les économies développées qui restent atones. La trappe à liquidité mondiale a fait disparaître la confiance dans les pays développés. Dans peu de temps, la bulle éclatera dans les pays émergents. La dévaluation réelle des monnaies de réserve apparaîtra d’un seul coup sur le marché des changes international. Une grande monnaie de réserve deviendra non négociable : ni sa banque centrale ni ses États garants n’obtiendront plus le moindre financement international supplémentaire. De fait, les dettes internationales seront récusées et le commerce international se réduira à des accords de troc. A moins que les États de droit ne reconstruisent les monnaies avec le bancor, la monnaie régulée par le marché qui distingue le crédit de son risque de réalité

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54 réflexions sur « Le système financier dans la trappe de liquidité keynésienne, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. Est-ce qu’on ne serait pas dans la bonne vieille équivalence ricardienne: les créanciers d’aujourd’hui, épargnants, banques de crédit, émergents, exportateurs etc.., sont toujours les débiteurs de demain, contribuables, consommateurs, banques, assurances, émergents et exportateurs sans demande solvable et aux réserves en devises dévaluées…
    Les créanciers abusifs,abusant de la confiance dans l’intermédiation bancaire à outrance,creusent leur dette future mieux que leurs débiteurs abusés, la trappe à liquidité en étant une étape intermédiaire avant apurement général.

  2. bonjour
    c’est con, mais je sens bien que là, on a quelqu’un qui domine le « truc » économique, sauf que, si je comprends les mots français, je ne comprends pas les phrases… Bref, compétent et expert (j’imagine), il me semble qu’il serait nécessaire de faire un GROS effort de langage, vis-à-vis des imbéciles heureux (dont je m’honore de faire partie, puisque j’appartiens à la caste des sciences dures)!!! Si j’explique à mes étudiants la chimie quantique avec ce type de terminologie, sur que mon cours va vite se transformer en Désert des Tartares (histoire de montrer que j’ai aussi des lettres)!!! Et c’est dommage, car je pense, au travers de ce que j’ai pu comprendre qu’on est bien au coeur de la machine financière (genre « les temps modernes » où Chaplin fait un parcours invraisemblable dans la machine à broyer l’être humain !!)
    Bref s’il y a des traducteurs pour cerveau moyen, je suis preneur !!
    Chris

    1. rebonsoir
      pour bien me faire comprendre…. exemple :
       » Les technologies financières contemporaines spéculent sur la partie du réel physique connue par la science pour quantifier le risque en probabilité mathématique. Cette approche est théorique et non réelle. Elle suppose que la partie connue et prévisible du réel à anticiper représente la plus grande proportion des causes de la valeur à anticiper. »
      De quel réel physique parle-t-on ??? puisqu’il est connu par la science, comme universitaire es sciences physiques, je devrais avoir au moins quelque base, a priori….. Et même une approche théorique de la Physique est utilisée pour essayer (tenter??) d’expliquer mathématiquement la réalité !!
      S’il existe une partie « connue et prévisible du réel » pourquoi l’anticiper puisqu’on la connait ??? Et du coup, c’est quoi cette « grande proportion des causes de la valeur à anticiper » s’il n’y a rien à anticiper puisque c’est « connue et prévisible »???
      chris

    2. Exact , je cite la phrase : En face de la réalité humaine subjectivement et objectivement incertaine ce qui semble vouloir dire, devant l’incertitude de la vie.
      Un effort de vulgarisation et même de compréhension semble indispensable, les points forts de l’initiateur de ce blog sont l’esprit de synthèse et de simplification, la on s’en éloigne énormément…Peut être qu’après plusieurs lectures..en s’étant initié à ce langage…

    3. @Francisco: entièrement d’accord, c’est abscons. En gros et en français, cette phrase signifie qu’on prédit l’avenir sur base du passé et qu’on croise les doigts pour qu’un impondérable ne vienne faire de l’avenir quelque chose d’entièrement nouveau. D’où par exemple les prévisions de croissance des économistes du FMI et du gouvernement qui changent toutes les semaines en période de turbulence. En gros, ils prennent la croissance de l’année passée, ils ajoutent quelques points de croissance à la prévision parce qu’ils sont optimistes de nature et voilà on a la prévision de croissance pour l’année suivante, y’a plus qu’à facturer le travail d’expertise.

    4. Pardon de venir jouer les trouble-fête mais en fait je n’ose plus trop écrire le commentaire que j’avais dans la tête au départ…

      Je voulais remercier l’auteur pour son effort de pédagogie et son partage de connaissance…C’est vrai que c’est ardu et que plusieurs lectures s’imposent (je pense imprimer l’article pour plus de confort), mais lorsque l’on entre dans des domaines très techniques, je crois qu’il faut savoir faire l’effort de re-lecture. Perso, je ne trouve que c’est très clair, même si le style est un peu aride.

      Bon voilà, je veux pas jouer les boulets, moi aussi je partage vos difficultés(graave), mais cela ne m’empêche pas d’apprécier la qualité du texte et de remercier son auteur…

      Bonne soirée à tous et à Francisco, allez on reprend :  » Ce qui reste encore mal perçu aujourd’hui en pleine crise mondiale de la dette est la relation entre la dette et le risque. »

    5. @Francisco,

      Désolé pour l’aridité de mon texte : j’essaie d’exprimer ce que je crois comprendre. Votre évocation de la chimie quantique aide à poser l’enjeu. Pour expliquer un phénomène, il faut commencer par l’observer, puis le délimiter, puis le théoriser, enfin le reproduire dans le cadre théorique pour vérifier l’explication selon le réel objectif. Dans le cas de la physique quantique, on bute sur un sérieux problème d’objectivité indéfinissable. Le phénomène observé ne peut pas être physiquement séparé de l’observateur. Le phénomène est déterminé par l’observateur dans son observation-même. La matière d’observation est physiquement prélevée sur la matière observée : donc l’observation ne peut pas être matériellement objective.

      Pourtant il existe bien une science « objective » de la matière physique atomique. Cette objectivité ne vient pas de la délimitation parfaite du champ observé indépendant de l’observateur mais de la seule théorisation soumise à la communauté scientifique. L’objectivité quantique est par défaut de matérialité le résultat de l’impossibilité de vérité provisoirement admise d’une théorie explicative alternative. Cela signifie que le choix humain d’une théorie provisoire et révocable fait partie de la connaissance intelligible et partageable que nous avons du monde où nous vivons. Cela signifie également que les explications avec lesquelles nous vivons sont une œuvre collective impossible hors d’une société organisée sur la reconnaissance réciproque de ses membres, sur un langage commun et sur un principe d’autorité qui fasse l’unité de connaissance de la société.

      Je vois la finance dans la même logique que la physique quantique mais dans une configuration symétrique. La finance est une méthode de choix de l’avenir. On part de la subjectivité et on cherche à transformer la réalité future physiquement objective et humainement subjective. En finance, la mesure précède l’observation. Il est impossible de faire autrement puisque ce qui est en « prévision » n’existe pas encore physiquement, n’est pas matériellement observable. Comme en physique quantique, la prévision n’est pas une vision et n’en sera jamais une du point de vue de l’objectivité. Mais la prévision financière diffère de la prévision quantique par la nature de sa finalité. La finance vise le prix des décisions humaines alors que la physique quantique vise la probabilité mathématique d’un certain état de l’atome. L’une travaille l’incertitude de l’intelligence humaine et l’autre l’incertitude de la connaissance d’une matérialité imperceptible par la sensibilité. L’incertitude de la finance n’a pas la même nature que l’incertitude de la matière physique. La physique quantique suppose une stabilité conceptuelle dont nous constatons l’inexistence en économie financière.

      Pour m’expliquer, je viens d’utiliser le vocabulaire aride de l’analyse de notre faculté de comprendre ce que nous disons de ce que nous observons. Dans les sciences « dures », le champ observé s’impose de lui-même par son existence physique. Dans les sciences « molles » comme l’économie, le droit ou la sociologie, il faut commencer par dire de quoi on va parler avant de commencer à décrire et expliquer. La méthode des sciences humaines est l’explication par la finalité, l’emboitement rationnel des fins les unes dans les autres. La méthode des sciences physique est l’explication par l’effet, l’enchaînement factuel des effets par des lois. Mon avis personnel que je vous soumets est que la crise que nous vivons touche à la manière dont nous connaissons le monde, dont nous expliquons la connaissance que nous en avons et dont nous tirons nos décisions individuelles et collectives.

      Si le problème surgit maintenant, c’est la conséquence de cette situation tout à fait nouvelle de mondialisation de la connaissance humaine. Nous ne partageons plus seulement la terre où nous vivons mais la connaissance du monde et la valeur que nous lui donnons et que nous nous donnons. Nous sommes de plain pied dans un nouveau monde. Il semble que les concepts qui nous permettent de l’appréhender soient bien à inventer. A nous de construire sur ce blog où le travail est bien engagé. Merci de votre interpellation.

    6. @Pierre Sarton du Jonchay

      J’avoue être frustré par votre réponse.

      Concernant la physique quantique, comme
      celle-ci décrit les grandeurs physiques
      de façon probabiliste et comme nous ne
      pouvons observer que des réalités
      (proba=1), la modélisation proposée prend
      en compte l’interaction avec l’observateur.
      Mais nous pouvons tout de même mettre des
      systèmes dans un certain état et, par
      évolution temporelle (schrôdinger),
      vérifier l’état après évolution du système.
      De plus, même si nous ne pouvons pas observer
      des probabilités, on peut observer des
      statistiques. La quantique produit les
      résultats les plus précis que l’on connaisse
      (en QED), c’est bien que l’on arrive à observer
      quelque chose! La dificulté vient aussi du fait
      que les équations, souvent irrésovable sous forme
      de « formule » amènent des calculs numériques très
      complexe (même pour un atome d’hydrogène)
      (On peut lire tout ça dans les Cohen-Tannouji
      avec du courage!).

      Je comprends que vous mettiez en avant l’anticipation
      comme phénomène cruciale dans les comportements des
      « acteurs » économiques, que vous essayez d’en comprendre
      les mécanismes, le lien entre crédit et épargne, le rôle
      d’intermédiaire possible de la finance qui « fournit » le
      risque mais je crois comprendre que l’on vous demandais
      dans les commentaires simplement d’arriver à expliciter
      vos propos. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement,
      et les mots pour le dire arrivent aisément ». C’est plus
      facile à dire qu’à faire mais cela peut, peut-être, vous
      permettre d’encore mieux le concevoir…

    7. @Pierre Sarton du Jonchay

      En relisant votre passage sur la quantique, j’ai compris un peu
      plus votre façon de présenter les choses et cela me parait plus
      « vrai »… Sur le l’essentiel je suis d’accord. Mais voila des remarques:

      « Le phénomène est déterminé par l’observateur dans son observation-même »
      Sauf si on réalise plusieurs fois l’expérience (De plus, il n’y a pas dans tout les cas
      interaction).

      « La matière d’observation est physiquement prélevée sur la matière observée »
      Il n’y a pas que la matière, il y a la lumière.

      « mais de la seule théorisation soumise à la communauté scientifique »
      Le mot « seul » me pose problème si on admet que les statistiques
      représentent quelque chose de fiable pour rendre compte de probabilités.

      « L’objectivité quantique est par défaut de matérialité le résultat de l’impossibilité de vérité provisoirement admise d’une théorie explicative alternative. …  »
      Même si ce modèle probabiliste rend explicite ce problème, il est partout dans la
      physique mais est « caché » dans l’incertitude des mesures (que l’on ai une approche
      déductive ou « empirique »). De plus, on présente, à l’école, toujours les problèmes que
      l’on à résolu ou que l’on peut résoudre (dans mon cas en tout cas) et pas vraiment
      l’immensité des cas où la mise en équation ne permet pas de conclusion si vite.

      Voilà, toutes ces points (il y en a d’autres!) m’ont fait réagir trop vite car l’essentiel me
      semble comme même explicité. Je persite à penser ou à croire que ces questions ne
      sont pas du tout propre à la quantique, simplement celle-ci les rend explicite. Les
      arguments proposés ne sont pas très fournis mais je suis fatigué!

      Pour le reste, l’important de votre papier, je suis persuadé qu’il doit exister
      des biais du language « courant », quelque part, qui doivent suffire à dire les
      des choses identiques mais peut-être que votre billet en ferait dix. Par expérience,
      (petite) et ça n’engage que moi (je prends des précautions), il y a peu d’idée
      importantes qui ne s’exprime dans un langage « facile ». Cela n’enlève rien au
      mérite d’exprimer autant d’idées intéressantes (si je peux me permettre).

      Bon, j’arrête de parler à mon ordinateur.

  3. « Ces fonds propres existent néanmoins : les impôts que les contribuables des zones dollar, euro, livre devront payer. » : l’inflation est le seul impôt qui n’a pas besoin d’être voté, disait je ne sais plus (malheureusement) quel ancien Président des Etats-Unis. Bravo pour la qualité de la démonstration, mais, très franchement, elle m’a paru particulièrement ardue pour « le commun des mortels », dont je m’enorgueillis de faire parti. Cela dit, je ressens que l’on est vraiment dans « l’oeil du cyclone », dans le vif du sujet, ce qui est bien rare. En tout cas: une anthologie, à lire et à relire, à faire connaître!

  4. Bsr,

    Pour info, P S du J, était dir fin ds une caisse d’épargne du Nord de la France. Je crois qu’il est resté ds ce réseau.

  5. Tout ça pour le bancor…
    Le triomphe de la cupidité est la meilleure analyse. Sin on veut gagner plus, on prends des risques. Justement le milieu ou le risque a un bon rendement mathématisé, de manière loufoque, voir le billet ci-dessus, c’est la banque, et particuliérement le crédit titrisé.
    Le risque en entreprise historiquement n’a rien à voir, ou si peut avec le risque financier, il se passe autour du fameux « humain » c’est à dire l’invention, la recherche, les besoins du client etc…Exemple, la bulle des dot.com avec une majorité de start-up bidon, de chercheurs d’or incompétents et d’inombrables charlatans. Les dot.com c’était ça aussi, coté humain…
    C’est avec ça qu’on calcule un risque réel. Et encore!
    Il est évident que les 650 milles milliards de papiers bidons qui crirculent dans la finance actuellement sont au niveau du réalisme, digne du pére Ubu.

    1. Sévère Crapaud Rouge !

      « Le triomphe de la cupidité » est le titre du livre de Stiglitz que chacun devrait lire tant il est clair et éclairant si je puis dire. Excellente analyse.

      On peut aussi se référer aux pages 362 & 363 du bouquin de Paul Jorion « L’argent, mode d’emploi », livre à lire aussi tout affaire cessante si on veut comprendre quelque chose lorsque l’on lit ce blog (billets + commentaires avisés). « Je ne flatte pas, j’évoque » pour paraphraser Bernard Blier !

    2. L’argent, mode d’emploi (2009), pp. 362-363.

      « Wall Street » (1987) d’Oliver Stone et Stanley Weiser

      Je m’en voudrais de ne pas mentionner une autre œuvre défendant, comme « L’argent » de Zola, la thèse de l’argent comme drogue – la complétant aussi de celle de l’argent comme fléau social. Il s’agit du film « Wall Street » d’Oliver Stone, sur un scénario d’Oliver Stone et Stanley Weiser, qui marqua les esprits quand il sortit sur les écrans en 1987.

      Quiconque a vu ce film se souvient des mots prononcés par son anti-héros, Gordon Gekko, un aigrefin de Wall Street : « Greed is good ! », la cupidité est bonne. Le personnage de Gekko fut magistralement interprété par Michael Douglas et le rôle lui valut cette année-là l’Oscar du meilleur acteur. Le discours de Gekko devant les actionnaires de la compagnie Teldar Paper, s’est inspiré de deux sources : les propos d’Ivan Boesky, un financier véreux, condamné comme le héros du film à une peine de prison pour délit d’initié, et d’autres, prononcés à diverses occasions par l’homme d’affaires américain, Carl Icahn, spécialiste – comme Gekko – des raids sur les compagnies affaiblies. Voici, sans commentaires, le passage-clé de « Wall Street ». La traduction est la mienne. Gordon Gekko, le « raider », s’adresse aux actionnaires de Teldar Paper :

      « Eh bien je vous remercie de l’occasion que vous m’offrez, Mr. Cromwell… je veux dire en tant qu’actionnaire principal de Teldar Paper, en quelque sorte.

      Nous ne sommes pas ici pour parler d’un monde imaginaire mais de la réalité politique et économique. L’Amérique… l’Amérique est devenue une puissance de second ordre. Son déficit commercial et son déficit budgétaire ont atteint des niveaux terrifiants. À l’époque où les marchés avaient été libérés, à l’époque où notre nation était encore une puissance industrielle de premier plan, existait une chose qui avait pour nom : « responsabilité envers l’actionnaire ». Les Carnegie, les Mellon, les hommes qui bâtirent cet immense empire, avaient fait en sorte qu’il en soit ainsi… parce que c’était leur propre argent qui était en jeu. Mais au jour d’aujourd’hui, les dirigeants n’ont plus aucun engagement vis-à-vis de leur compagnie ! Ces dirigeants que vous voyez assis ici possèdent tous ensemble, moins de 3 % de la compagnie ! Et Mr. Cromwell, que fait-il de son salaire d’un million de dollars ? Il ne le place en tout cas pas dans des titres de Teldar : il en possède moins d’1 %.

      C’est vous qui possédez la compagnie. Ou, c’est bien vous : les actionnaires. Et vous vous faites tous royalement entuber par ces bureaucrates… avec leurs déjeuners à tournedos, leurs journées de pêche à la mouche, leurs jets privés et leurs parachutes dorés.

      Mr. Cromwell, Teldar Paper compte trente-trois Vice-Présidents … chacun d’eux gagnant plus de 200.000 dollars par an. Il se fait que j’ai consacré les deux derniers mois à analyser ce que font tous ces gaillards. Et figurez-vous que je n’ai toujours pas compris.

      Mais il y a une chose dont je suis certain : c’est que notre compagnie a perdu 110 millions l’année dernière. Et je suis prêt à parier que la moitié de cette somme a été dépensée en paperasserie échangée par tous ces vice-présidents ! La nouvelle version de la loi de l’évolution en Amérique semble être… la survie du moins apte.

      Selon ma théorie à moi, ou bien vous faites le boulot correctement ou c’est la porte. Dans les sept opérations les plus récentes auxquelles j’ai participé, deux millions et demi d’actionnaires étaient impliqués… qui ont engrangé un profit de douze milliards avant impôt. Merci.

      Je ne détruis pas les compagnies. Je les libère ! Le fait est, Mesdames et Messieurs, que la cupidité, faute d’un meilleur mot… est une bonne chose.

      La cupidité est ce dont nous avons besoin. La cupidité marche !

      La cupidité clarifie, va à l’essentiel et capture l’essence de la loi de l’évolution. La cupidité, sous toutes ses formes : l’avidité pour la vie, pour l’argent, pour l’amour, pour la connaissance… a marqué l’élan en avant de l’humanité.

      Et la cupidité, prenez bonne note de ce que je m’apprête à dire, ne va pas seulement sauver Teldar Paper… mais également une autre très grande compagnie qui a cessé de fonctionner correctement, je veux dire les États-Unis d’Amérique.

      Merci de votre attention ».

    3. Si « la cupidité est la meilleure analyse », alors pourquoi l’état ne fait-il pas preuve de cupidité ? Pourquoi s’est-il laissé déposséder de sa maîtrise de la monnaie, pourquoi laisse-t-il les capitaux vagabonder comme ils veulent, pourquoi laisse-t-il filer ses dettes, pourquoi répugne-t-il à imposer sévèrement les riches ? Finalement, au lieu de laisser la « rentabilité » être le privilège des capitalistes, il pourrait exiger d’être lui aussi « rentable » en prélevant beaucoup plus d’impôts de manière à équilibrer ses recettes et ses dépenses. Mais ça ne passe pas ainsi parce que l’état, devant redistribuer beaucoup d’argent pour financer toutes sortes de biens et services publiques, est perçu comme « état providence », donc généreux, donc non cupide, donc dépensier à des fins non productives. C’est seulement quand il dépense pour faire la guerre que les capitalistes ne lui reprochent pas d’être un panier percé. N’est-ce pas curieux ?

    4. Crapaud Rouge, je crois que nous sommes sur un malentendu à propos du mot analyse. Je ne conteste pas ce que vous dites évidemment, j’avais compris que la cupidité était un critère d’analyse tout comme le cynisme 😉

  6. Là , j’avoue, comme quelques autres commentateurs , je suis largué !! même en relisant plusieurs fois certains passages plus qu’abscons, en ce qui me concerne , je ne capte pas comme dirais mon petit fils. Ma nullité naturelle certainement …..

  7.  » Dans peu de temps, la bulle éclatera dans les pays émergents.  »

    D’autres pays émergents pour le monde bon d’accord, mais émergents en quoi ?

    Serait-ce par exemple dans la même manière de payer de plus en plus durement les êtres et bien dis donc pourvu que les élèves ne dépassent pas bientôt les maîtres, on sera alors beaucoup moins fier de les avoir autant pousser à émerger les mêmes choses.

    Mais quand est-ce que les pays riches cesseront-ils de montrer le mauvais exemple politico-médiatique aux peuples, enfin si seulement cela peut suffir un plus grand commerce d’armes
    pour le monde et pour faire repartir la croissance. A tour de rôle c’est quand même pas mal
    ce que font les dirigeants du monde au fil du temps.

  8. Tout ceci est bidon, parce que le raisonnement se fait au sein d’un système de création monétaire obsolète, falsifié, dépassé, bancale et totalement instable.

    Sans repensez la monnaie à l’ère des relations internet basées sur un protocole symétrique TCP/IP respectueux de la neutralité de ses acteurs tant producteurs que consommateurs, toute analyse est caduque.

    Repenser la monnaie c’est comprendre la monnaie comme étant une compensation SYMETRIQUE d’échanges de valeurs, et pas une arme d’appropriation MASSIVE aux mains d’un centre d’émission.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Dividende_Universel

    1. Le protocole TCP IP est la préfiguration informatique du futur système financier mondial multi-culturel et multi-application. TCP IP est une monnaie qui dans le même signal transporte quelque chose, dit ce qu’est ce quelque chose et le langage qui définit le sens de la définition de ce qui est transporté. TCP IP est l’infrastructure de communication du futur système monétaire international construit sur la symétrie de l’information.

  9. Merci M. PSJ de ce billet. C’est vrai que c’est ardu, je partage l’avis de certains commentateurs, mais je reconnais qu’avec deux ou trois relectures lentes – j’insiste sur lentes – ça le fait comme disent les + jeunes.

    Je comprends que la fameuse trappe est liée à un phénomène de bulle (spéculation) donc au marché, et de préférence un marché de biens réels (immobilier par ex). Mais les dettes publiques ne sont pas liées à un marché de biens réels. Il y a juste émission de reconnaissances de dettes par l’État emprunteur. Si un État émet une reconnaissance de dette de 100, il est censé rendre 100. Où est la spéculation dans ce cas ? Et si les banques centrales ont une si grande capacité à émettre de la liquidité, pourquoi n’ont elles pas la possibilité d’en supprimer ?

    Encore un tout petit détail. Vous dites :

    La liquidité est matériellement de la monnaie circulante.

    mais plus haut, vous dites :

    Les dépôts mesurés en monnaie représentent de la liquidité dans la mesure où les actifs qu’ils financent sont rentables.

    Je ne cherche pas du tout à vous mettre en contradiction, je cherche à comprendre, car pour moi les actifs (investissement) ne sont pas liquides donc pas de la monnaie.

    Bon, je n’ai sans doute pas tout compris mais je me permets de compter sur vous pour nous expliquer. La compréhension du citoyen moyen de ces questions si compliquées avance !

    Merci d’avance

    1. 1ère phrase : « La liquidité est matériellement de la monnaie circulante. » : facile à comprendre, rien de plus liquide que l’argent.

      2nde phrase : « Les dépôts mesurés en monnaie représentent de la liquidité dans la mesure où les actifs qu’ils financent sont rentables. » : au niveau macroéconomique, les investissements rentables produisent des biens dont la vente produit de l’argent liquide à hauteur des dépôts qui les ont financés.

    2. @Crapaud Rouge,
      Merci du coup de main. Permettez-moi d’en rajouter.

      @Didier,
      Les bulles forment des trappes de liquidité parce que les opérateurs financiers qui contribuent à l’équilibre des prix sont aussi autorisés à faire crédit. Ainsi cohabitent dans les mêmes transactions l’équilibre présent de l’offre et de la demande d’un objet avec l’anticipation de cet équilibre du même objet à des échéances futures. Le prix du temps est dissimulé donc manipulable par l’opérateur financier mieux informé que l’acheteur ou le vendeur non financier.

      Le marché financier introduit le temps dans la négociation. Il pose un objet réel négociable et tout ce que le temps apporte avec : la disponibilité effective de la matérialité de l’objet sur des plages de temps entre le présent et le futur et la variabilité du prix par rapport à l’état d’origine de l’objet. La dette publique a bien une contrepartie réelle : la disponibilité d’un pouvoir d’achat dont se prive l’épargnant et la variabilité de la solvabilité publique. Ce n’est pas parce que la puissance publique dépositaire de la Loi déclare son infaillibilité légale qu’elle produit réellement de la valeur en contrepartie de ses emprunts. Preuve en est que les étrangers fuient une monnaie quand ils doutent de la totale solvabilité des États qui empruntent avec. Et les prix montent à l’intérieur d’une zone monétaire où les emprunts publics sont jugés excessifs par rapport à la contribution publique à la production de services.

      On spécule avec la dette publique sur la variation du prix du risque de crédit public. Spéculation d’autant plus rémunératrice que le marché du risque public n’étant pas organisé (possibilité de vente à découvert), il est facile de manipuler les prix. La crise des dettes publiques en Europe montre même que la solvabilité publique n’est pas définie. Les agences de notation n’ont pas les mêmes critères qui ne sont pas pondérés de la même façon ; les gouvernements ne sont pas non plus d’accord entre eux ni avec la communauté bancaire qui les finance (débat sur la relance budgétaire du dernier G20). Les banques centrales émettent de la monnaie au profit des États par l’intermédiaire du système bancaire parce que les reconnaissances de dette publique sont réputées légalement irrévocables par l’infaillibilité publique (débat sur la décote des titres publics dans les tests de stress des bilans bancaires http://www.pauljorion.com/blog/?p=14218). Le problème est que l’affirmation légale ne suffit pas à faire une réalité qui peut échapper aux autorités publiques.

      La liquidité de la monnaie circulante signifie que la monnaie peut être stagnante : c’est le cas des crédits accordés à des débiteurs dont la solvabilité est douteuse. Contrairement au langage courant, une banque centrale ne met pas des liquidités dans le marché interbancaire mais un potentiel de liquidité. En période de défiance économique comme c’est le cas actuellement, la liquidité se gèle dans les bilans bancaires. Pour qu’aucune institution financière significative ne connaisse de difficulté de paiement, il faut de très gros volumes de crédits centraux pour libérer peu de liquidité. La banque centrale ne peut pas diminuer ses concours tant que l’inquiétude demeure sur la solvabilité de toutes les banques.

      Or la solvabilité des institutions financières vient de l’économie réelle, plus précisément de sa rentabilité financière. Si trop de débiteurs deviennent non rentables à la suite de la baisse des ventes ou des prix anticipés à terme, la valeur réelle de nombreuses créances tombent en dessous de leur valeur nominale. Les moins-values latentes peuvent devenir supérieures aux fonds propres des banques. Alors les dépôts deviennent incertains et non réellement liquides à hauteur de leur valeur nominale…

    3. Merci Crapaud Rouge – excusez d’insister mais ce que vous dites ne me semble pas en ligne avec la définition donnée par Paul Jorion dans son bouquin L’argent, mode d’emploi. Les biens produits sont comme les reconnaissances de dettes, ils ne sont pas de l’argent, ils ne sont pas liquides, il faut les vendre pour avoir de l’argent. Bon, j’ai peut-être tout faux mais je tâtonne en la matière.

    4. PSJ : merci de cette longue réponse qui apporte beaucoup de réponses à mes questions.

      Pour la question de la contradiction, j’ai l’esprit simple, voire simpliste ! Vous dites : « La liquidité de la monnaie circulante signifie que la monnaie peut être stagnante … » hum elle circule ou elle stagne ?

      J’ai mis un moment à comprendre le terme « croissance négative ». On doit être dans le même registre avec cette liquidité circulante qui stagne

      Donc pour ce qui est de la liquidité de l’argent, sa définition, objet de ma question, je reste bloqué sur la définition de Paul Jorion – je vais travailler ce point, on aura bien l’occasion d’y revenir quand j’en saurai plus.

      Bon, votre sujet (la finance) n’est pas facile mais comment combattre « l’adversaire » si on ne le connait pas ? Il faut que les citoyens mettent leur nez là-dedans.

    5. @Didier,
      Essayons de stabiliser le sens des mots. Si l’argent est liquide, la partie non liquide des dépôts à vue et des emprunts bancaires est monnaie stagnante. C’est à l’actif du bilan bancaire, si il est fidèle à la réalité, qu’on peut lire la cause de la stagnation : créance à long terme non cessible, provision pour perte d’actif inscrite au passif. Si un bilan bancaire n’est pas sincère (ce qui explique qu’il faille procéder à des stress tests), alors la monnaie stagnante sans contrepartie réelle est potentiellement dans les fonds propres affichés par la banque, voire dans les emprunts interbancaires si les fonds propres sont fictifs. La crise interbancaire actuelle exprime l’existence d’une fausse liquidité massive dans le système bancaire mondial.

  10. Pour les spéculateurs , à découvert ou pas , conscients ou inconscients , se fichant comme de l’an quarante de fabriquer des bulles , l’avenir est la cause du passé et du présent ( bis ) . Le boomerang de leur anticipation de la valeur future ne leur revient qu’à condition d’avoir percuté au passage et à coup sûr les contribuables en pleine tête . Jusques à quand ?

  11. @ PSJ

    Mission impossible: il est quasiment hors portée de rester simultanément dydactique, clair dans la démonstration, dans l’expression des idées et dans la correction de la langue.

    Il n’en reste pas moins que la démonstration est parfaitement articulée et bien compréhensible (avec quelques efforts, j’en conviens) jusqu’à la référence au Bancor qui est à mon avis éludée: en fait il manque probablement un paragraphe d’explication sur la solution proposée par Keynes.

    Ce billet qui ne traite que la question financière souffre de deux manques, à mon avis: la question éthico-sociale (répartition du profit) et la question civilisationnelle (consommation et prédation comme mode de vie). Cela aurait pu faire l’objet soit d’une introduction en précisant que le sujet traité s’inscrivait dans un tryptique, soit d’une post conclusion ouvrant sur de futurs billets.

    Chapeau, tout de même!

    1. Quelle sont les conditions sociales de la trappe à liquidité à la japonaise ?

      La dette publique Japonaise 200% du PIB est détenue à 94% par des Japonais, alors que 33% des travailleurs japonais sont des « freeter » (freeworker) ou travailleurs précaires, ce qui induit nécessairement une structure sociale particulière, laquelle pourrait-être bien en définitive être la cause -c’est à vérifier – de la stagnation à la japonaise. Selon le Professeur Matsumura, le récent basculement de l’électorat japonais électoral « à gauche » marque un glissement de pouvoir de la « classe mandarinale » -libérale – (les grandes familles propriétaire des conglomérats) vers « la société »- démocrate -. Pour Matsumura, la redistribution était au cœur du pouvoir mandarinal du parti libéral démocrate, PLD, aux affaires depuis 50 ans.

      « …Quid du PLD alors ? Déchu du pouvoir, il perdra le contrôle de la redistribution des subventions publiques. Dans l’incapacité de remercier ses électeurs, l’implosion menace, car le PLD n’a jamais été un parti investi par le soutien populaire ; il a toujours plutôt fonctionné comme une machine de pouvoir et de redistribution par le biais d’un réseau de lobbys dans les secteurs industriels du pays et d’initiés au sein d’associations professionnelles et des communautés locales. »
      Une métamorphose japonaise ?
      Masahiro Matsumura, Professor of International Relations at Momoyama Gakuin Daigaku (St Andrew’s University), Osaka. »

      Le lobby japonais de la « redistribution » politico mafieuse héritée par reconstitution de la pyramide féodale n’a évidemment pas disparu en août dernier avec l’arrivée au pouvoir du Parti démocratique japonais, il a seulement changé de bannière. Le contrôle de la redistribution devait donc être un enjeu stratégique pour « les démocrates ».

  12. Les keynésiens et d’autres (monétaristes, entre autres) n’ont pas de solution pour sortir de la présente crise. Dans un système où l’interventionnisme public est omniprésent, la trappe à liquidité est quasiment inarrêtable une fois le processus déclenché. Le seul moyen d’y mettre un terme, c’est de repenser tout le système pour favoriser la libre concurrence : relancer la production et pas soutenir la consommation à tout prix ! Arrêter de faire croire que l’inflation est inéluctable ! Arrêter de jouer avec la monnaie et les taux d’intérêts (les taux d’intérêts doivent être fixés par le marché) ! Brider (supprimer ?) les banques centrales ! Stopper les incitants publics qui créent des bulles ! Stopper les plans de sauvetage au profit de tel ou tel secteur ! Revenir à la monnaie-marchandise (pas forcément l’étalon-or) ! Laisser les entreprises faire faillite, même quand elles emploient 100.000 personnes ! Certes, la phase de transition sera douloureusissime mais croire qu’on va s’en sortir en arrosant les ménages de liquidités fantômes (USA) ou en taxant à mort (Europe) tout en continuant à s’endetter outrancièrement, c’est de la vaste blague. Il faut assainir l’économie par un retour à la raison. On n’est pas pauvre quand on consomme et qu’on vend ce qu’on produit. On s’appauvrit quand on fabrique presque rien et qu’on achète à crédit tout ce dont on a besoin.

    1. Il faut assainir l’économie par un retour à la raison. On n’est pas pauvre quand on consomme et qu’on vend ce qu’on produit. On s’appauvrit quand on fabrique presque rien et qu’on achète à crédit tout ce dont on a besoin.

      Première phrase: retour vers quelle Raison? « Retour vers le Futur » re-re-re-re-remix?
      Deuxième phrase (qui tue): alors là je suis à genoux, occis, navré,anéanti par la lumière éblouissante! Ça vaut au moins 5 pseudos prix Nobel d’économie et une réservation prioritaire pour le Panthéon ça!

    2. En tout cas, Vigneron, votre réponse a fait mouche puisqu’elle me fait bien comprendre que je n’ai pas ma place sur ce blog. Restez donc entre érudits à la fine plume. Je vais retourner dans la masse des anonymes ignorants. Dommage, finalement, que ladite masse ne sait pas que des gens comme vous sont si essentiels pour l’accomplissement du bien commun. Vous êtes pire que le pire des modérateurs : vous êtes condescendant (voire insultant). Cuvez bien !

    3. @kohaagen
      Vous êtes le bon sens personnifié . Il faut revenir aux vrais échanges commerciaux avec de vraies monnaies d’échange qui ne soient plus basés sur du vent, de la frime, du virtuel comme on dit .
      Petit problème : ce sont les puissants, les plus gros possédants en vent, en argent virtuel, en créances titrisées irrécupérables, qui donnent leurs ordres aux gouvernements, lesquels s’appuient sur l’armée pour que tout continue ainsi .
      Ces gros possédants en biens virtuels ne veulent surtout pas changer de système et qu’un petit enfant s’écrie en les voyant passer :  » le roi est nu ! » .
      Comme ils tiennent l’armée, quel moyen de pression les gueux que nous sommes peuvent-ils exercer sur ces lobbies pour que le système financier se base de nouveau sur de vraies marchandises, de vrais services, une vraie monnaie basée sur des biens réels ?
      A moins que ce système gonflé de vent ne forme une énorme bulle qui explose toute seule , mais qui peut être sûr que ce qui se reformera ensuite sera plus raisonnable ?

    4. Rassurez vous kohaagen, Vigneron est comme ça avec tout le monde. on pourrait même dire que la manière dont il vous traite signifie que vous êtes dans le groupe des fidèles. J’y suis passé deux ou trois fois, ca me fait marrer

      Ici on dit ce que l’on veut, même si on y connait pas grand chose. je crois que c’est l’esprit du lieu

    5. @kohaagen

      Désolé, mais votre discours purement libertarien ne pouvait que m’écorcher le regard et agacer ma plume. Je me suis retenu, mais si vous terminez, « par dessus le Marché », votre panégyrique ultra-libéral par deux sentences aussi gonflées et gonflantes de bon sens populaire, je ne réponds plus de mon clavier.

  13. « Une grande monnaie de réserve deviendra non négociable : ni sa banque centrale ni ses États garants n’obtiendront plus le moindre financement international supplémentaire »

    Cela me semble difficile car chacun se tient par les c… si le dollar ou l’euro décroche par rapport au yuan, par exemple, il y aurait un phénomène de relocalisation inacceptable par le chine qui achetera ainsi toujours du dollar ou de l’euro pour garder son avantage concurentiel et sécuriser ses avoirs étrangers, bien qu’elle tente de les diversifier en matières premières…

    Au pire on imposera des parités monétaires mondiales : un boa monétaire…Il ne faut pas sous-estimer l’intelligence des vrais maitres du jeu.

    1. Tout à fait d’accord. La faillite d’une monnaie de réserve est la faillite de toutes. Mais pour que la Chine maintienne l’équilibre général, il faut que tout le monde y croie y compris les spéculateurs qui peuvent gagner beaucoup sur l’instabilité du système.

  14. « L’opacité financière forme des trappes à liquidité : le crédit est totalement liquide en phase d’optimisme pour disparaître brutalement quand l’équilibre réel de l’offre et de la demande devient plus visible. » :

    En « phase d’optimisme« , les banques vendent du crédit en veux-tu en voilà, sans se coltiner « l’équilibre réel de l’offre et de la demande » : c’est l’emprunteur qui va le subir de plein fouet et, le cas échéant, faire faillite. Quand ils sont trop nombreux dans ce cas, cet « équilibre réel » devient « visible » pour les banques. Cela montre qu’elles ne commencent à « voir » la réalité que quand celle-ci change (en défaveur des débiteurs) avant que les prêts soient intégralement remboursés. C’est bête à dire, mais cela signifie que les durées des crédits sont trop grandes par rapport à celles des fluctuations de « l’équilibre réel de l’offre et de la demande« . Il y a une contradiction majeure entre la finance qui a besoin de stabilité, et l’économie réelle qui parie, via la loi de l’offre et de la demande, sur une instabilité permanente.

  15. Bonjour,
    @PSJ,
    Pouvez-vous svp répondre brièvement à ces 2 questions:
    – quelle alternative avaient les autorités japonaises pour éviter de plonger leur pays dans cette spirale infernale ? Que devaient-elles faire pour que les excédents du pays trouvent un emploi utile et durable? (ou bien la seule solution était-elle de supprimer les excédents, comme le suggère votre conclusion, elliptique, sur le bancor ?).
    – la même situation attend-elle l’Allemagne, qui est excédentaire ?

    D’avance merci.

    1. @bourby,
      Vous répondez à votre question en la posant. Il est proprement inutile d’accumuler des excédents sans projet concret pour les investir. Le bancor permettrait justement d’avoir un marché international équitable de contreparties réelles aux pays en position nette d’épargne internationale. Equitable signifiant que les taux de change induits sont déterminés par un équilibre mondial de l’offre et de la demande de monnaie.
      L’Allemagne dans une situation similaire au Japon ne souffre pas autant grâce à la solidarité européenne imposée par l’euro. La contrepartie de l’excédent d’épargne allemand est l’investissement dans le risque de la construction européenne. La croissance allemande est moins chère en euro donc plus forte qu’elle ne l’aurait été en DEM. La plus-value de l’euro est pour les autres pays la rigueur budgétaire et monétaire qu’ils n’auraient pas s’ils avaient gardé leur monnaie nationale (au moins peut-on le supposer).

  16. « L’État et les collectivités publiques en ont toujours absorbé une forte proportion à la fois pour offrir une contrepartie au besoin d’épargne et compenser par la dépense publique la faiblesse de la dépense privée. Ainsi la dette publique japonaise atteint-elle aujourd’hui le record de 200% du PIB, financée pour la plus grande part sur le marché domestique. »

    Je ne comprends pas très bien la relation de cause à effet entre les deux phrases.
    Une dette publique influence moins le PIB qu’une dette extérieure.
    L’épargne belge n’a jamais été aussi élevée. La disponibilité des moyens financiers en interne est moins dangereuse.
    La cause de l’élévation du PIB est autre d’après moi.

    1. Le rapport de la dette publique au PIB ne mesure pas la contribution publique à la croissance mais son poids dans l’économie. Plus le ratio est élevé, plus la pression fiscale doit être forte pour que la dette soit remboursable. Ce ratio ne dit rien de l’efficacité de la dépense publique dans la croissance du PIB.

    2. Je disais « élévation du PIB ». Lapsus lingua. Je voulais, évidemment, de ce qui était dans l’article et que je reprenais.
      Le PIB est bien le ratio qui est pris en comparaison avec les autres pays.
      Ce que je voulais dire, c’est qu’il vaut mieux avoir les potentiels financiers à l’intérieur que de devoir puiser dans la poche des autres états, qui eux, fixent les pourcentages et les durées des prêts.

  17. Vous décrivez d’une façon compliquée et alambiquée le fait que les grandes banques centrales font de la monnaie avec de l’encre et du papier pour compenser les énormes thésaurisations qui se sont constituées et que l’on peut bien qualifier de « trappe aux liquidités ».
    Or, ces sommes thésaurisées ne circulent aucunement.
    Nous av
    ons ainsi une différence énorme entre la monnaie émise en billets et la monnaie réellement circulante.
    Ce fait explique l’absence de l’inflation.
    Or, les détenteurs de créances des pays émergents savent sans doute très bien que ces créances sont, au mieux, remboursables en numéraire émis par les grandes banques centrales, c’est pourquoi ils vont, en principe, rester prudents pour la réalisation de ces créances.
    Je rappelle que les créances sont rémunérées, pas le numéraire.
    Or, face au risque croissant des créances pourries, vous avez raison, la seule réponse est la fabrication de numéraire supplémentaire sans contrevaleur.
    L’hyperinflation se décelnchera-t-elle et quand?
    Nul peut le dire, car nous vivons une époque formidable où il suffit de « monétiser » les créances pourries pour continuer – malgré les protestations de principe des banques centrales (et des allemands).
    En tout état de cause, tant que la monnaie émise est thésaurisable, il n’y aura aucun moyen de réduire le niveau des dettes. Quand les états y parviendraient, par des mesures de rigueur appropriées, ce seront les dettes privées et les faillites privées qui s’accroîtront fortement. Face à ce nouveau risque systémique lié aux insolvabiltés croissantes, les politiques de « rigueur » ne seront pas maintenues.
    Ainsi ira le capitalisme de bulle éclatée et bulle éclatée…
    Le corollaire social est qu’une proportion croissante d’acteurs se trouveront, malgré les liquidités abondamment émises, sans monnaie d’aucune sorte, et sans biens non plus.
    Le système capitaliste conduit, du fait de la nature du numéraire thésaurisable, à une concentration toujours plus massive des richesses.
    Cela ne changerait qu’en émettant un signe monétaire marqué par le temps (ou SMT).

    1. Nous convergeons dans l’analyse. J’ajouterai seulement que nous assistons à une rupture paradigmatique. Dans beaucoup d’esprits de par le monde, les équilibres financiers actuels apparaissent faux, fictifs par rapport à une réalité qu’on souhaite crédible. Le chômage est dramatiquement durable dans les grands pays développés tandis que les Chinois accumulent des créances dont la contrepartie réelle s’amenuise. Le système financier actuel n’a pas en lui-même de principe de réconciliation des prix futurs au réel possible.

    2. @PSJ
      La parité yuan/dollar est quasi stable; Avec la bourse et l’immo Us autour de -30% des plus haut, la contrepartie reelle US s’amenuise-t-elle vraiment ?

      Pour les prix futurs, ne peut on se fier à l’entropie globale du système ?

    3. @Quid34,
      La bourse US souffre d’inflation financière. En situation de sur-liquidité nominale, de nombreux opérateurs peuvent juger qu’il vaut mieux détenir des actifs réels à terme sous forme d’action que des titres de créance sensibles à la crédibilité de l’État et de la Banque Centrale.

  18. Merci pour ces analyses fort pertinentes.

    Il est clair que des échanges boursiers sont de plus en plus éloignés l’économie réelle, les investisseurs sut les marchés boursiers recherchant des bénéfices à cour terme par des achats d’actions ou de produits financiers dans un but purement spéculatif et non pour investir dans telle ou telle activité économique réelle et réellement productive de biens et services, activités générant elles mêmes des emplois directs ou par le biais des activités de productions l’intermédiaires. Il en va de même pour les achats de titres immobiliers dans une perspective spéculative qui n’a plus rien à voir avec la production de logements correspondant à des besoins réels de logement. On peut d’ailleurs voir l’inadéquation des logements bâtis à la demande de logement, par exemple en Espagne mais aussi aux USA où des logements neufs ne trouvent pas acquéreurs même à des prix bradés.

    Quand on achète un logement soit pour son usage personnel soit pour constituer une rente future à long terme par leur location, là on fait au moins attention à la valeur réelle des biens produits. Mais quand on achète de l’immobilier simplement dans un but spéculatif de placement à très court terme, là, le risque est grand que les constructions ne correspondent à aucun des critères de qualité des logements, ce qui rend ces constructions invendables. Ce qui vient encore aggraver les problèmes financiers…

    Pour recréer un lien entre les actions et les entreprises réelles d’un côté et pour réduire les spéculations sur les produits financiers à très court terme, ne pourrait-on envisager un système de taxation des profits réalisés dont le taux serait inversement proportionnel à la durée du placement… (Rappelons-nous que certains placements financiers étaient pilotés par des modèles informatisés allant jusqu’à effectuer des placements pour des durées n’excédant pas le millième de seconde…) Cela éloignerait peut-être les investisseurs des placements purement spéculatifs à très court terme et très improductifs en valeurs réelles. Cela conduirait peut-être aussi les investisseurs à s’intéresser davantage à la valeur réelle des entreprises dont ils achèteraient les actions. Cela devrait bien entendu être accompagné par des réglementations plus strictes en matière de transparence des comptes de ces mêmes entreprises…

    Je ne résiste pas au plaisir de citer un passage du livre « The myth of the rational markets » par Justin Fox, où il explique qu’Adam Smith pensait que les grandes entreprises avec un capital très largement dispersé au niveau des actionnaires, (entreprises dont les actions font varier le marché boursier) étaient des abominations.

    On voit bien que dès le début même de la pensée libérale une certaine clairvoyance existait pour dénoncer le risque d’une dissociation entre les marchés boursiers et l’économie réelle, mais que les « forces des marchés » les ont empêché de s’exprimer, ne retenant d’Adam Smith que l’idée de l’intelligence supérieure des marchés, idée reprise et amplifiée par les économistes néoclassiques. Rappelons aussi que John Stuart Mill a vu ses idées les plus progressistes en matière sociale quasiment censurées par ces mêmes forces…

    Je pense malheureusement que les puissants lobby financiers et industriels feront tout ce qui sera en leur pouvoir pour empêcher des régulations contraignantes pouvant limiter la spéculation et que face à ces « puissances de l’argent » il semble bien aussi que les gouvernements ne soient pas prêts à se lancer dans des réformes qui seraient pourtant bien nécessaires…

    Paul

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