Archives par mot-clé : spéculation

Le Credit-default Swap (III) La crise grecque

Le Credit-default Swap (I) Définition
Le Credit-default Swap (II) Positions de « couverture » et positions « nues »

La prime du Credit-default Swap s’exprime comme un pourcentage du montant de l’emprunt sur lequel porte le CDS, somme à verser annuellement. Un paiement initial a lieu à l’ouverture du contrat, la prime est ensuite renouvelée périodiquement, généralement trimestriellement. Un CDS court sur un certain nombre d’années, en général cinq.

Dès le début de la crise grecque au début de l’année 2010, il devenait prudent pour un détenteur de dette souveraine de ce pays de se couvrir « activement » plutôt que « passivement » en transformant la prime de crédit incluse dans le taux d’intérêt exigé par le marché des capitaux, qui ne couvrait contre le risque de défaut de la Grèce que de manière statistique, en une prime effectivement versée à un « assureur » sur CDS.

On comprend aisément les enjeux si l’on compare quelques chiffres à l’époque où la crise culmine. Le 20 février 2012, le taux 10 ans pour la dette souveraine allemande était de 1,961%, celui pour la dette grecque de 10 ans également, de 33,837%. La dette allemande pouvait être considérée sans risque et le taux de 1,961% comme l’équivalent donc du rendement marginal du capital au sein de la zone euro pour cette maturité. La prime de crédit sur la dette grecque à 10 ans était donc alors de 33,837% – 1,961% = 31,876%, soit près du tiers de la somme empruntée.

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Le Credit-default Swap (II) Positions de « couverture » et positions « nues »

Le Credit-default Swap (I) Définition

En termes usuels (par opposition au jargon financier), l’une des deux parties au contrat qu’est un Credit-default Swap l’« achète » à l’autre qui le lui « vend ». Celui qui « achète » est celui qui s’assure, alors que celui qui « vend » jouera le rôle de l’assureur. Cette manière de décrire la transaction aligne sa formulation sur le vocabulaire qui vaut dans le domaine de l’assurance où l’assureur vend une police à l’assuré, qui lui l’achète ; c’est là la manière dont la presse rend généralement compte du marché des CDS.

La littérature financière ainsi que les techniciens des marchés financiers, s’expriment autrement : pour eux, celui qui s’assure par l’entremise d’un CDS est « vendeur », alors que l’assureur est lui « acheteur ». La justification de cette inversion par rapport à la manière dont le milieu de l’assurance rend compte de sa façon de faire est celle-ci : comme l’acheteur bénéficie du fait que ce qu’il a acheté voit son prix s’apprécier, quiconque bénéficie au contraire de la baisse d’un prix est considéré par la finance comme un « vendeur », et ceci vaut bien entendu pour celui qui s’assure contre une perte : il tire profit du fait que le prix du produit qu’il a fait assurer se soit dégradé. Celui qui se trouve en position d’assureur est manifestement lui « acheteur » puisqu’il bénéficie d’une hausse du prix : si le prix s’apprécie, le risque de défaut recule et tout va en effet en s’améliorant de son propre point de vue.

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Penser l’économie autrement, Paul Jorion et Bruno Colmant, à paraître le 10 septembre 2014

Couverture choisiePenser l’économie autrement

(à paraître le 10 septembre)

Et si nos deux économistes du XXe siècle avaient dû réformer la finance ? Auraient-ils favorisé une séparation des métiers bancaires pour isoler les activités spéculatives ?

Bruno Colmant : Friedman n’aurait pas défendu la séparation des activités. Mais il aurait été très attentif au fait que le système bancaire réagisse de manière très visible aux impulsions de la Federal Reserve.

Paul Jorion : Keynes a une vision plutôt positive de la spéculation parce qu’il a été spéculateur lui-même. Dans un livre qu’il a publié en 1923 : A Tract on Monetary Reform, il est même allé jusqu’à louer la spéculation, disant que les spéculateurs sont plus disposés à assumer le risque et souvent plus qualifiés que les professionnels. Mais il considère quand même qu’il ne faut pas exagérer : treize ans plus tard, dans un passage fameux de sa Théorie générale il met en garde contre les excès :

« Les spéculateurs sont inoffensifs tant qu’ils ne sont qu’autant de bulles à la surface du flot régulier de l’esprit d’entreprise. La situation devient cependant sérieuse quand c’est l’esprit d’entreprise qui se transforme en une simple bulle à la surface d’un tourbillon spéculatif. Quand la fructification du capital d’une nation se transforme en sous-produit de l’activité d’un casino, le travail est rarement fait correctement. »

Ses performances personnelles en tant que spéculateur ont connu des hauts et des bas, mais c’est grâce à la spéculation qu’il a pu entretenir financièrement ses amis du groupe de Bloomsbury qui réunissait des artistes et des intellectuels britanniques. Il a longtemps été trésorier du King’s College à Cambridge et il se livrait là aussi à une certaine spéculation sur le portefeuille de l’institution avant de revenir plus tard à des investissements plus robustes ; il a ainsi fini par s’impliquer personnellement dans la gestion d’une ferme que possédait le collège.

Contrairement à ses confrères économistes, Keynes évoque souvent la spéculation ou la mentalité du spéculateur : dans la Théorie générale, il parle du « motif spéculatif » comme étant l’un des trois facteurs qui expliquent la préférence pour la liquidité : « l’objet de s’assurer d’un profit du fait que l’on sait mieux que le marché de quoi sera fait l’avenir. »

N.B. : Je présenterai le livre le 8 octobre à Blois dans le cadre de L’économie aux Rendez-vous de l’histoire. Un débat entre Colmant et moi aura également lieu au Studio du Théâtre National de Bruxelles le 30 octobre (les précisions suivront).

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 20 JUIN 2014

Sur dailymotion, c’est ici.

Argentine

rts.ch, En ligne directe, Spéculer sur la dette d’États en difficulté, le 20 juin 2014

Monnaie

Paul Jorion : De la démesure économique à la résilience monétaire : fondements anthropologiques et relativité de la croissance

Silvio Gesell (1862 – 1930) : Un, Deux, Trois, Quatre, Cinq.

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Une étape décisive dans la lutte contre la finance-casino !, par Jacques Seignan

Billet invité.

Enfin ! On se résout à poursuivre les jeux d’argent, casino, loto, bingo et autres paris !

Organiser des lotos privés et ramasser plein de fric : quelle honte ! Tout ça sans travailler, sans apporter de plus-values financières à la société… Il était temps de sévir !

Voici l’histoire : une retraitée de 76 ans, du Pas-de-Calais, a organisé 160 lotos en 3 ans pour d’autres retraités. Et en France, il existe depuis des lustres un vrai réseau de retraités coupables qui seront poursuivis pour ces déplorables activités : des gains de milliers d’euros.

L’État français grâce à son efficace administration des Douanes et à sa justice implacable (*), va récupérer des sommes vertigineuses récoltées durant ces séances honteuses – en quelques heures seulement. Vivant dans notre société sophistiquée structurée par l’hyper-individualisme, cette brave dame aurait pu avoir des circonstances atténuantes si au moins elle avait brassé des dizaines ou des centaines de millions d’euros et ainsi s’enrichir personnellement – alors là : respect et chapeau bas ! – mais non, ces quelques milliers d’euros gagnés par soirée, elle les a donnés à des associations caritatives ! C’est à se demander jusqu’où on peut pousser la provocation !

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Emprunts toxiques : l’État, l’intérêt général, les banques et nous. Troisième partie : Quand les banques demandaient aux collectivités locales de les assurer tous risques, et bien davantage encore … , par Zébu

Emprunts toxiques : l’État, l’intérêt général, les banques et nous

Première partie : L’art difficile de minimiser les pertes

Deuxième partie : « Motif impérieux d’intérêt général », quésaco ?

Billet invité.

Or ces fameux ’emprunts structurés’ dont il est question dans la seconde loi de validation (loi rétroactive) sur les emprunts toxiques, n’ont aucune définition juridique stricte ! C’est le rapport du projet de loi relatif à la sécurisation des contrats de prêts structurés souscrits par les personnes morales de droit public, lui-même, qui en fait état dès l’introduction (p. 9) : « Les emprunts structurés ne bénéficient pas d’une définition réglementaire stricte mais la Cour des comptes note dans son rapport annuel pour 2009 (…) ».

Le rapport précise :

« La notion d’emprunts structurés recouvre en réalité deux pratiques commerciales, à savoir les « crédits structurés » et les « swaps structurés ».

Dans le premier cas, le crédit lui-même comprend une structure. Ce type de produit a été largement commercialisé par Dexia.

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PIQÛRE DE RAPPEL : La finance, la planète, la classe politique aujourd’hui, le 14 mars 2012

Je regardais cela ce matin parce que je recommanderai cette vidéo aux étudiants de l’École de commerce Solvay auxquels j’expliquerai la spéculation aujourd’hui de 14h à 16h, et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ces entretiens que vous pourrez entendre la semaine prochaine sur France culture, où je me trouverai face à un interrogateur essayant de me convaincre que je me suis trompé dans mes prévisions. On est là en mars 2012, il y a exactement deux ans ; les élections présidentielles en France auront lieu six semaines plus tard.

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Bételgeuse à Véga : « Les signaux de TerreMH370 dérivent – stop » (à la recherche des héros discrets), par Timiota

Billet invité.

Les dernières nouvelles sur le vol disparu MH370 confirment le positionnement sud par l’analyse fine de l’effet Doppler (celui qui fait changer la fréquence du « pin-pon », on l’entend plus aigu au rapprochement, plus grave à l’éloignement).

L’effet Doppler, sur une transmission autour de 1 GHz, fait un écart de fréquence 100 Hz (donc par exemple 1 000 000 100 Hz) pour une vitesse relative de 30 m/s (108 km/h). C’est sans doute peu en soi. Aussi a-t-il fallu la comparaison à d’autres avions suivis dans les mêmes conditions pour confirmer ces toutes petites dérives de la porteuse et les utiliser pour reconstituer le vol. Il n’est pas clair si c’est le Doppler de l’avion par rapport à un satellite supposé fixe. Ou si, comme le disent les spécialistes des satellites, c’est le mouvement « résiduel » en forme de 8 des satellites géostationnaires, qui est de l’ordre de quelques centaines de km quand même autour de leur position d’équilibre à 36000 km, qui donnait le gros de l’effet Doppler. Dans ce dernier cas, c’est ce qui permet de faire la différence entre des trajets nord et sud d’un avion émetteur d’un côté ou de l’autre de l’équateur où gît le satellite. Les satellites de ce type ne se restabilisent en effet que de temps à autre vis à vis des perturbations gravitationnelles (Lune, …) accumulées, la ressource en carburant embarquée étant finie et la durée de vie étant à maximiser (ici déjà 24 ans).

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KERVIEL : L’Affaire, que l’on ira liquider, par Zébu

Billet invité

J’ai écrit deux billets sur l’Affaire Kerviel : « Un rapprochement Kerviel/Dreyfus a-t-il un sens » et « L’Affaire, avec ou sans Jérôme Kerviel« .

Pour sa part, Paul Jorion a écrit toute une série de billets sur le sujet depuis 2008, comme il le rappelle dans sa vidéo récente.

Deux jours après l’arrêt de la Cour de Cassation, je voudrais donc faire le point sur l’Affaire, pour tenter d’y voir clair, entre les déclarations tonitruantes des uns, le silence des autres et les points de cet arrêt et ses potentielles suites juridiques.

On peut commencer comme Paul par rappeler que Kerviel n’est pas innocent. Il ne le prétend pas lui-même d’ailleurs et je partage l’analyse de Paul quant à sa vision ‘bourdieusienne’ des habitus manquants de Kerviel, qui lui auraient certainement permis soit de ne pas s’exposer sans assurances d’avoir été couvert par sa hiérarchie, soit de décrire le contexte comme aurait dû le faire un véritable ‘insider’, voir même de négocier sa sortie proprement avec la banque sans risque de passer trois ans en tôle.

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LA LIBRE BELGIQUE, Paul Jorion : « Notre classe politique est déconnectée de la réalité », le jeudi 6 mars 2014

“Notre classe politique est déconnectée de la réalité” (lien correct !), un entretien avec Vincent Slits

Dans un précédent ouvrage, Paul Jorion, économiste, essayiste, chroniqueur au journal “Le Monde”, prédisait l’agonie du capitalisme.  Nous l’avons rencontré.

Vous tablez sur la fin du capitalisme. Pourtant on a le sentiment que le système capitaliste s’est relevé de la crise de 2008?

C’est vrai : le capitalisme a eu jusqu’ici une capacité à survivre à ses crises les plus aigües. Mais le système capitaliste – c’est sa définition même – est une machine à exiger des intérêts. Cela a débouché sur une concentration aujourd’hui inédite du patrimoine. Dans le prix final demandé au consommateur pour l’achat de n’importe quel bien, la part des intérêts exigés dans la chaîne capitalistique est devenue de plus en plus importante. Il y a une limite à cela. Alors que le système capitaliste présente déjà ses propres inconvénients, on y a ajouté, à la fin du 19e siècle, une source supplémentaire de concentration de la richesse : la spéculation.

Pour vous, cette spéculation est en train de miner le système capitalistique?

Oui, le système capitaliste était peut-être viable en soi mais il a été gangréné par la spéculation. La spéculation n’est rien d’autre que des paris : c’est sa définition en droit. L’un va perdre, l’autre va gagner. La spéculation ne détruit pas immédiatement le système capitaliste et l’économie de marché s’il y a en plus des ressources énormes que l’on va pouvoir se partager pour payer le résultat des paris perdus. Les deux parieurs, le gagnant comme le perdant comptaient peut-être sur la somme pariée pour rembourser des dettes préexistantes. La spéculation est très facile à observer : un risque a été créé qui n’existait pas auparavant.

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PIQÛRE DE RAPPEL : Le fixing, arme contre la spéculation, par Jean-Pierre

Billet invité. Originellement publié le 12 juillet 2009.

LA SPECULATION CONTENUE : LE FIXING

La spéculation, cette vilaine qui fausse le fonctionnement des marchés, cette méchante qui attise la volatilité, cette malhonnête qui grossit les déséquilibres, cette satanée qui engendre la misère, aujourd’hui, elle est la cause de tous nos malheurs. Il n’y a pas longtemps pourtant, on n’avait qu’éloge pour sa présence. Elle apportait les liquidités nécessaires aux marchés, facilitait le déroulement des opérations, favorisait l’équilibre et l’obtention de prix justes. Elle figurait et figure toujours en bonne place dans les théories économiques.

Quand on parle de spéculation ou de spéculateurs, on mélange involontairement des acceptions différentes. Dans un cas, le spéculateur est ce malfaisant qui profite des écarts de cotation ou les attise, sans vergogne. Dans l’autre, c’est le bon samaritain qui fournit ses moyens pour résorber les déséquilibres temporaires et dont l’action a un effet de nivellement. Quand un économiste parle de spéculation, il désigne la bienfaitrice bien entendu. Mais comment distinguer l’une de l’autre ?

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 31 JANVIER 2014

Sur DailyMotion, c’est ici. Le son est bien meilleur que sur YouTube (allez savoir pourquoi ?) mais il y a de la pub !

Nous sommes en train de gagner ! Nous marquons des points ! (C’est pas une blague)

L’affaire Snowden en 1998 : Enemy of the State (Ennemi d’État) de Tony Scott

1) Le prix est un rapport de force

Paul Jorion « Le prix » (2010)

2) Interdiction de la spéculation

– Jean-Michel Naulot, « L’interdiction des activités spéculatives des banques est une solution de bon sens », Le Monde, le 29 janvier 2014

Avec sa réforme bancaire, le commissaire européen Michel Barnier veut lutter contre « la spéculation, l’absence de transparence et les manipulations ».

3) La banque est propriétaire de l’argent déposé sur un compte

– Paul Jorion « L’argent, mode d’emploi » (2009)

– Blog de Paul Jorion : L’argent après l’Union Bancaire, par Alain Monod-Broca, le 4 janvier 2014

… les dépôts bancaires ne sont pas de l’argent comme les billets de la Banque Centrale ou les comptes ouverts dans ses livres mais des créances affectées, comme toutes les créances, du risque de signature… Voilà la thèse de votre livre L’argent, mode d’emploi totalement validée par tous nos dirigeants politiques et financiers. Je voulais vous en féliciter. Je n’ai pas trouvé ce constat sur votre blog.

4) Prendre l’argent où il est

– Les Échos : « La Bundesbank prône l’impôt sur la fortune pour les États fauchés », le 27 janvier 2014

5) Le travail disparaît

– Ce soir (ou jamais !), Paul Jorion, « Le travail disparaît », le 3 octobre 2012

– Radio Canada, Paul Jorion, « Faire face à la robotisation du travail », le 28 janvier 2014

– Gaël Giraud : « L’avenir de l’économie est dans les mains des jeunes », La Vie, le 27 janvier 2014

 Cette idée néolibérale selon laquelle le travail peut être la variable d’ajustement est mortelle.

Le « Pacte de responsabilité »

L’argent donné aux entreprises ne peut se redistribuer que de deux manières : 1) hausse des dividendes attribués aux actionnaires ; 2) hausse des rémunérations (salaires, bonus, etc.) des dirigeants.

Le mécanisme qui transformerait l’argent donné aux entreprises en création d’emplois N’EXISTE PAS.

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Taxer les transactions financières, c’est trahir sa navrante ignorance en matière de finance

La France et l’Allemagne essaient en ce moment même d’accorder leurs violons sur la question de la taxation des transactions financières, encore appelée « Taxe Tobin », du nom de James Tobin (1918-2002), économiste, « prix Nobel d’économie 1981 », son initiateur autrefois.

Je voudrais rappeler ma position sur cette question.

Les opérations financières sont, comme la classification des insectes à l’école primaire, et comme l’a très bien rappelé Lord Adair Turner, de deux types : les utiles et les nuisibles.

Les opérations financières utiles sont, comme leur nom l’indique, utiles. Il faut les encourager. Les taxer, c’est les décourager. Ce qu’il ne faut pas faire parce qu’elles ne sont déjà pas si nombreuses.

Oui, les opérations nuisibles apportent de la liquidité aux marchés (= « du monde ») mais cela ne les empêche pas d’être nuisibles et c’est cela qui compte. Non, rendre leur marché « plus transparent » ne les rend pas moins nuisibles : la différence entre des opérations nuisibles opaques et nuisibles transparentes est sans pertinence sur le plan de leur nocivité : nuisibles elles sont, nuisibles elles resteront.

Les opérations financières nuisibles doivent être – attention je vais dire un très gros mot – interdites.

Les taxer, les rendre transparentes, changer la qualification des banques qui les pratiquent de « systémique » en « universelle », ne fait aucune différence, seul les interdire modifie la donne. C’est ce qu’il convient de faire.

L’activité de la Bourse est celle d’un marché secondaire pour les actions. Les marchés secondaires, où l’on peut revendre et racheter des produits existants sont utiles (cf. eBay, Le bon coin, etc.), ils permettent de réajuster les situations en fonction de nouvelles circonstances. Si l’on n’y prend pas garde, les marchés secondaires peuvent cependant devenir la proie de la spéculation.

Le caractère dangereusement spéculatif des Bourses doit être régulé en
1) s’assurant sur un plan comptable que les dividendes soient à nouveau des parts de bénéfices effectivement réalisés,
2) en s’assurant sur le plan fiscal que les dividendes soient moins taxés que les plus-values sur le prix des actions,
3) en imposant ces plus-values de manière dissuasive.

La volatilité du marché des actions est due en particulier aujourd’hui à leur négoce en continu par des robots pouvant faire plusieurs milliers d’opérations à la seconde tout en en annulant une proportion considérable.

La volatilité du prix des actions doit être jugulée par le remplacement du marché en continu par un marché en fixing journalier, c’est-à-dire par la réconciliation une fois par jour des ordres d’achat et de vente.

Les opérations financières sont utiles ou nuisibles et doivent être traitées en fonction de cette distinction essentielle. Imaginer que le fait de les décourager en les taxant « à tout hasard » ne peut pas faire de tort, c’est trahir le fait qu’on n’a pas la moindre notion de la manière dont les marchés financiers fonctionnent véritablement. Il y a moyen de faire beaucoup mieux – quitte à irriter les spéculateurs (ne pourraient-ils pas vivre pour un temps sur leurs [considérables] réserves ?)

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