Archives par mot-clé : stock options

Pendant le Covid, la concentration de la richesse se poursuit. Explication

1 – Comment expliquer la flambée des patrimoines, par temps de crise sanitaire  ? La détention d’actions permet en ce…

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Trends-Tendances – Le sens du bien et du mal, et McKinsey, le 25 février 2021

Le sens du bien et du mal, et McKinsey

McKinsey & Co. est, avec 130 bureaux et 30.000 employés, l’une des principales consultances au monde. Elle fut la première à nous offrir des chiffres fiables sur la régression de l’emploi due à l’Intelligence Artificielle. Elle doit sa réputation à un coup de maître en 1975. Un bref rappel du problème qu’il s’agissait de résoudre. Il y a trois parties prenantes à l’entreprise : la direction, les actionnaires et les salariés. Souvent dans les négociations, les salariés l’emportaient parce qu’ils trouvaient à s’allier à l’une des deux autres parties. Comment faire pour que les intérêts du patronat et de la Bourse s’alignent et que les salariés soient une fois pour toutes mis sur la touche ? McKinsey inventa les stock options : la rémunération de la direction serait indexée de fait sur le cours de l’action en Bourse. Le résultat dépassa toute attente. Au lieu d’être distraite par les objectifs à long terme de la firme, la direction aurait désormais les yeux rivés au bilan de résultats trimestriel, et s’efforcerait d’y dissimuler à chaque fois la « divine surprise » qui ferait bondir la cotation en Bourse.

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Fin du capitalisme : bonnes nouvelles !, le 19 août 2019 – Retranscription

Retranscription de Fin du capitalisme : bonnes nouvelles !, le 19 août 2019. (Je suis en train de rédiger un post-scriptum). Ouvert aux commentaires.

Bonjour, nous sommes le lundi 19 août 2019 et ceci, c’est une première parce que c’est la première fois que je fais deux vidéos le même jour. J’en ai fait une tout à l’heure qui était consacrée à l’intelligence artificielle et celle que j’ai envie de faire maintenant n’a aucun rapport avec ça. Il s’agit de… Je vais donner le titre suivant : « Fin du capitalisme : bonnes nouvelles ! »

Vous le savez, si on parle un petit peu de moi, ce n’est pas tellement en raison de mes travaux universitaires, c’est en raison de cette prévision que j’ai faite en 2005-2006 à propos d’une grande crise qui viendrait en raison des titres subprimes.

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IMAGINE, demain le monde : À bas le court-termisme !,
N° 109, mai-juin 2015

IMAGINE, demain le monde, mais aujourd’hui en librairie. Ma chronique pour ce magazine.

À bas le court-termisme !

« À bas le Court-termisme ! », et j’ajouterai aussitôt : « Et honte à l’obsolescence programmée ! »

Voilà des choses qui devaient être dites !

Et maintenant ?

Maintenir notre bonne planète en état pour que nous continuions d’y vivre est une exigence essentielle. En tirer le maximum de profit dans le minimum de temps est au contraire le meilleur moyen de la rendre invivable à brève échéance ; certains cycles physico-chimiques essentiels comme ceux de l’azote ou du phosphore sont déjà menacés.

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Les 1.001 manières de faire plaisir aux actionnaires

On peut faire plaisir aux actionnaires, et aux détenteurs de stock-options, en remplaçant les salariés par des robots ou par des logiciels : ceux-ci ne reçoivent pas de (beuark !) salaire et on ne verse pas pour eux de charges sociales (quand ils sont foutus, on les envoie à la casse !).

Mais il est possible de faire plaisir aux actionnaires et aux détenteurs de stock-options – miracle de la technique moderne ! – en supprimant des emplois sans même les remplacer par des robots et logiciels, ainsi Cisco, la firme américaine qui construit des serveurs informatiques, a annoncé hier qu’elle licenciait 6.000 personnes, soit 8% de sa main-d’oeuvre, et consacrait 1,5 milliard de dollars de ses bénéfices au rachat de 61 millions de ses actions, augmentant ainsi leur rareté pour les acheteurs éventuels et diminuant le nombre d’actionnaires entre qui distribuer des dividendes.

Au total, depuis 2011, Cisco aura licencié 21.000 salariés et racheté ses propres actions pour un montant de 21,9 milliards de dollars.

Il y a quand même pour nous consoler, un petit bon dieu qui a fait chuter les ventes de Cisco de 23% au cours du trimestre écoulé, ce petit bon dieu est la NSA (National Security Agency) dont une photo circule la montrant introduisant une backdoor dans un serveur, leur permettant de savoir tout ce qui s’y passe. Les Chinois n’aiment pas ça apparemment et ont arrêté leurs achats de produits Cisco – allez comprendre pourquoi ?

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BRUXELLES LIMITE LES BONUS DES BANQUIERS : IMPACT NUL SUR LEUR RÉMUNÉRATION GLOBALE, par François Leclerc

Billet invité, paru ce jour sur Atlantico.

Les rémunérations et les bonus du secteur bancaire sont indécents et montrés du doigt, l’opinion publique s’en émeut et les gouvernements s’en alarment par voie de conséquence, soucieux de montrer combien ils sont sourcilleux de la moralité. Cet angle qui revient périodiquement dans l’actualité est-il pour autant un des leviers efficaces d’une régulation financière qui continue à se chercher et à ne pas se trouver ? Ou bien peut-il se résumer à des gages donnés à peu de frais ? Deux grandes banques européennes, Barclays et Commerzbank, viennent à cet égard de prendre le devant, mais une hirondelle fait-elle le printemps ?

La question fait débat depuis un an et a été inscrite à l’ordre du jour de pas, moins de trente sessions successives au Parlement européen, où se joue la transposition en droit européen de la réglementation Bâle III et où les parlementaires bataillent pour obtenir des résultats. La question des bonus y est l’une des principales pierres d’achoppement et de discrets conciliabules se poursuivent, étant donné le caractère hautement symbolique des mesures, le britannique en pointe, le gouvernement allemand faisant désormais la sourde oreille et le français regardant ailleurs.

Il faut croire que le système financier est une très délicate horlogerie qu’il ne faut toucher qu’avec des pincettes. C’est en tout cas l’impression que l’on pourrait avoir à suivre les tentatives en cours pour le réguler. Qu’il s’agisse du renforcement des fonds propres des banques et de leurs liquidités, de la séparation de leurs activités spéculatives de celles de dépôt et d’intermédiation, ou bien encore de celle des produits dérivés (qui se précise – si l’on peut dire – aussi très lentement), c’est chaque fois la même chose. Il ne faut pas casser la machine, car on en attend d’elle encore de grands services – qui pourtant se font attendre – et les précautions sont de rigueur, imposant à chaque fois de longues concertations avec la profession dont il ressort des règles très assouplies. À l’arrivée, peut-on déplorer, prudence rime avec connivence.

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LE « COURT-TERMISME » N’EST PAS UN ÉTAT D’ESPRIT

De l’avis général, le « court-termisme » est l’un des fléaux qui affligent l’économie : ce serait lui l’élément détestable qui a fait glisser la grosse entreprise d’autrefois, qui travaillait pour ses clients et ses employés, vers la grosse entreprise d’aujourd’hui, au service essentiellement de ses actionnaires et des rémunérations extravagantes qu’en extraient leurs dirigeants.

Il serait naïf cependant de voir dans ce « court-termisme » un simple état d’esprit qu’il suffirait de corriger pour résoudre les problèmes de la grosse entreprise, à l’instar des financiers qu’il suffirait de « moraliser » pour que la finance se mette désormais au service de la communauté plutôt que l’inverse constaté aujourd’hui.

Or, et comme on peut l’observer si l’on lit la série de cinq billets que je viens de consacrer ici  à « revisiter Enron », le « court-termisme » n’est pas un état d’esprit, mais un effet de structure constitué de trois éléments :

1)   Une évolution de la réglementation comptable dans les années 1980 vers une évaluation « à la casse » des entreprises,

2)   L’invention des stock-options, qui focalise l’attention des dirigeants sur une inflation constante des bénéfices mentionnés au bilan – quelle que soit la probabilité que les chiffres anticipés soient un jour confirmés par d’authentiques flux de trésorerie,

3)   Le traitement comptable de ces mêmes stock-options.

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ENRON REVISITÉ (V) UNE BONNE SANTÉ TRÈS TROMPEUSE

Post-Enron WorldENRON REVISITÉ (I) « IL Y A NOUS, D’UN CÔTÉ… ET PUIS TOUS LES AUTRES… »
ENRON REVISITÉ (II) L’ARROGANCE, MÈRE DE LA FRAGILITÉ
ENRON REVISITÉ (III) « TOUT IRA TOUJOURS POUR LE MIEUX ! »
ENRON REVISITÉ (IV) PIRATES DE LEUR PROPRE NAVIRE

Il existe une remarquable ironie dans la saga Enron, c’est le fait que Jeffrey Skilling, son P-DG et âme damnée, encore en prison au moment où j’écris, avait fait ses armes au sein du cabinet McKinsey & Co, dont il fut l’un des partenaires, parce que ce sont deux des innovations, authentiques traits de génie, de ce consultant en gestion, qui furent responsables de la disparition-éclair de la compagnie une fois qu’un accident mineur l’eut déstabilisée : le concept d’« asset-light corporation » et le système des stock-options.

À une époque pas si lointaine, on considérait qu’un bébé se devait d’être « dodu ». Puis l’on considéra qu’un bébé « dodu » était en réalité « gras », ce qui n’était pas une bonne chose, et la norme se déplaça vers le bébé « svelte ». Un bébé atteint de dysenterie s’étiole très rapidement et d’être dodu au moment où la maladie le touche s’avère avec le recul ce qui lui aura sauvé la vie. Dans les régions où la dysenterie ne sévit pas de manière endémique, la chose est moins importante, jusqu’au jour où intervient l’accident individuel…

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DES RÉFORMES À METTRE EN OEUVRE IMMÉDIATEMENT

Le capitalisme à l’agonie (2011) était de l’ordre du constat. Vous vous souvenez peut-être que dans les entretiens que j’accordais à l’occasion de sa parution, la question m’était souvent posée (parfois même avec une certaine vivacité) : « Mais que mettriez-vous à la place ? ». Du coup, Misère de la pensée économique se veut plus programmatique, et apporte des réponses.

Le quotidien financier belge L’Écho va consacrer un long article à mes « réformes à mettre en œuvre immédiatement » (pp. 325 à 344). Le moment est peut-être bien choisi de rappeler ce qu’elles sont.

Des réformes à mettre en œuvre immédiatement

On l’a vu, dans notre système capitaliste, les « avances » qui sont consenties par certains, les détenteurs de capital ou « capitalistes », pour rendre possible un processus de production ou pour permettre à un consommateur de consommer, sont rémunérées par des versements d’intérêts. On a vu aussi, sur des exemples de « systèmes à la part », en Afrique ou en Europe, comment a dû apparaître cette logique de l’intérêt : les intérêts étaient conçus à l’origine comme « part » d’une richesse nouvellement créée, attribuée à l’un des partenaires ayant contribué à sa création. La dimension qui subsiste de cette logique originaire dans le système capitaliste sous sa forme actuelle, c’est le fait que chaque fois que des intérêts doivent être versés, une nouvelle richesse aura été créée ou devra être créée d’une manière ou d’une autre, pour en être la source. Cet aspect du problème reste le plus souvent inaperçu mais ses implications sont dramatiques parce qu’elles font que le système capitaliste est, sur le plan économique, une impasse.

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LE MONDE-ÉCONOMIE, Candidats, encore un effort…, lundi 23 – mardi 24 avril 2012

Le format de mes chroniques dans Le Monde est passé de 3.500 à 4.600 signes, ceci permet de développer davantage une véritable argumentation.

Candidats, encore un effort pour refonder le capitalisme !

Il y a trois ans et demi, dans son discours de Toulon, M. Sarkozy, Président de la République Française, et aujourd’hui candidat à sa réélection, expliquait ce qu’il convenait de faire pour sauver nos systèmes économique et financier : refonder le capitalisme.

Le plan proposé était cohérent mais, dans le contexte d’effondrement généralisé d’alors, loin d’être véritablement radical : il y avait encore dans cette proposition de « refondation » du capitalisme, un relent d’optimisme. Qu’en est-il advenu ? Rien : c’est à Toulon qu’elle a été évoquée et c’est là aussi qu’il en a été question pour la dernière fois. Est-elle présente dans la campagne présidentielle ? On en trouvait des éléments épars dans le programme des candidats numéros 3 et 4 dans les sondages de la semaine dernière, mais rien dans celui des deux candidats qui caracolaient en tête.

Serait-ce que l’économie et la finance ont connu une telle embellie depuis l’automne 2008 que ce projet refondateur a perdu de son actualité ? La question prête à sourire. En 2010, la Grèce était au bord de l’abîme – petite économie nationale que la solidarité européenne aurait pu alors sauver à peu de frais. Aujourd’hui, ce sont l’Espagne, voire même l’Italie qui s’y retrouvent. Être au bord de l’abîme, c’est comme toute chose apparemment : on finit par s’y habituer.

Qu’est-ce qui explique qu’il ait surtout été question durant la campagne d’obtention accélérée du permis de conduire ou de distribution de la viande de boucherie dans les écoles ?

Deux hypothèses sont envisageables : l’une charitable, l’autre beaucoup moins. L’hypothèse charitable, c’est que toutes les décisions qui comptent sont prises aujourd’hui, dans le meilleur des cas à Bruxelles, et dans le pire des cas, à Washington, et qu’il ne resterait plus, en effet, comme prérogatives pour un Président de la République que celles dont disposait un sous-préfet sous la IIIe République. De la même manière qu’un sous-préfet pouvait alors tempêter aux comices agricoles contre « Les directives de Paris, qui créent la révolution chez nous ! », un Président français peut à la fois régler avec autorité les affaires de permis de conduire et de viande de boucherie et tonner sans inquiéter personne à l’encontre de Bruxelles et de Washington.

L’hypothèse peu charitable, c’est celle du manque d’ambition et d’envergure qui fait qu’un Président français n’arriverait à se faire entendre ni à Washington, ni à Bruxelles, et si cela se trouve, pas même à Paris.

Seule bonne nouvelle, si l’on peut dire, le mal n’est pas spécifiquement français : confusionnisme, cacophonie, absence totale de courage politique, règnent aujourd’hui en maître dans l’ensemble des pays occidentaux. On en est même venu dans certains à mettre à la tête des affaires d’anciens banquiers dont les décisions calamiteuses il y a seulement quatre ou cinq ans provoquaient alors la consternation, faute de volontaires parmi les politiques.

La conclusion s’énonce simplement : ce n’est pas d’un Président français qui serait seulement « audible » à Bruxelles ou à Washington que l’on a besoin mais de quelqu’un qui indiquerait la voie à suivre, brisant la paralysie stupéfaite qui règne aujourd’hui dans ces lieux. Car ce ne sont pas les projets de société de haute volée, économiques et financiers, qui manquent, bien au contraire :

* Accorder à nouveau la priorité aux salaires plutôt que favoriser l’accès au crédit, lequel est nécessairement cher et se contente de repousser à plus tard la solution des problèmes se posant d’ores et déjà.

* Mettre hors-la-loi la spéculation en rétablissant les articles de la loi française qui l’interdisaient jusqu’en 1885.

* Mettre hors d’état de nuire les paradis fiscaux en interdisant aux chambres de compensation de communiquer avec eux dans un sens comme dans l’autre.

* Abolir les privilèges des personnes morales par rapport aux personnes physiques, privilèges ayant permis de transformer de manière subreptice dans nos démocraties le suffrage universel en suffrage censitaire.

* Redéfinir l’actionnaire d’une société comme étant l’un de ses créanciers et non l’un de ses propriétaires ; établir les cours à la Bourse par fixing journalier.

* Éliminer le concept de « prix de transfert » qui permet aux sociétés d’échapper à l’impôt par des jeux d’écriture entre maison-mère et filiales.

* Supprimer les stock-options pour instaurer une authentique participation universelle.

* Ré-imaginer les systèmes de solidarité collectifs, au lieu des dispositifs spéculatifs voués à l’échec en raison de leur nature pyramidale que sont l’immobilier ou l’assurance-vie, par lesquels on a cherché à les remplacer.

Enfin, dans un monde où le travail disparaît, la question des revenus doit être mise à plat et faire l’objet d’un véritable débat.

On assisterait alors au retour de l’ambition et du courage, désespérément absents aujourd’hui.

 

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A PROPOS DE L’ARGENT, MODE D’EMPLOI, REPONSES A DES QUESTIONS DE VINCENT BOURDEAU

Vincent Bourdeau publiera dans le No 7 de la revue TINA, à paraître en février 2011, un compte-rendu de L’argent, mode d’emploi (Fayard 2009), il m’a posé à ce sujet, un certain nombre de questions qui seront publiées à la suite de son texte. Voici mes réponses.

Vincent Bourdeau (V. B.) – Pour commencer pouvez-vous nous indiquer en quoi, à vos yeux, il est si important que cela de distinguer la monnaie comme argent de la monnaie comme reconnaissance de dette ? Intuitivement, si l’argent est défini comme un moyen de paiement, on peut imaginer que tout « objet » qui aurait les vertus que l’on prête à l’argent (liquidité, divisibilité, etc.) pourrait être considéré comme de l’argent, non ?

Paul Jorion (P. J.) – Une reconnaissance de dette ne peut être considérée comme une monnaie qu’à la suite d’un malentendu : il s’agirait d’une marchandise « liquide » au même titre qu’une monnaie (universalité de son acceptabilité) et on pourrait l’assimiler à une monnaie pour cette raison. La liquidité de l’argent est absolue alors que celle d’une reconnaissance de dette n’est connaissable qu’a posteriori, une fois que son échange contre une somme d’argent a eu lieu. Une reconnaissance de dette n’est acceptée comme moyen de paiement que parce qu’elle se liquidera en une certaine somme d’argent. Le montant de cette somme se situe entre zéro et le montant nominal de la reconnaissance de dette. Son détenteur peut lui assigner une valeur actuarielle (probabiliste) fondée sur le risque de défaut. Cette valeur probabiliste pourra servir de base de négociation au cas où le débiteur est en difficulté et met le créancier devant l’alternative défaut de paiement ou restructuration de la dette.

Tout « objet » qui aurait les vertus que l’on prête à l’argent aurait automatiquement pour propriété 1) une liquidité absolue, ce qui manque à la reconnaissance de dette ; 2) une valeur inconditionnelle (l’argent n’est pas dépendant d’un remboursement qui aura lieu ou non, il ne se liquidera pas en une certaine somme d’argent indéterminable à l’avance : il est immédiatement une somme d’argent), alors que la valeur d’une reconnaissance de dette est conditionnelle (elle dépend d’un remboursement ou non).

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CNIR des Verts, samedi 19 – dimanche 20 juin 2010

Je suis intervenu hier au CNIR (Conseil National Interrégional) des Verts, qui se tient en ce moment à Paris. On m’avait demandé de commenter / décrire le contexte de la « Motion 6. Face à la crise : refonder le modèle européen », ce que je fis volontiers.

Aussitôt après mon intervention, on m’a proposé que la motion soit modifiée avant son vote selon mes indications. J’y ai lu un témoignage très flatteur de la sagesse qu’on m’attribue mais cela me semblait précipité. J’ai décliné, préférant dire que je m’associerais volontiers aux discussions ultérieures. Le temps gagné de cette manière m’a d’ailleurs permis de consacrer davantage de temps aux questions des intervenants qui m’interpellaient directement.

J’ai proposé d’ajouter à la motion un ensemble de mesures que je prône de longue date :

1) L’interdiction des stock-options, 1) facteur majeur dans la stagnation des salaires depuis les années 1980, 2) cause du court-termisme des entreprises focalisées désormais sur la hausse du prix de leurs actions, et 3) origine de la financiarisation généralisée du monde de la production.

2) La mise en place d’un nouveau Glass-Steagall Act (1933 – abrogé en 1999) séparant les établissements financiers en deux catégories distinctes : d’une part ceux qui se consacrent au crédit et à l’intermédiation de manière générale (banques commerciales) et d’autre part ceux qui se consacrent à des opérations sur fonds propres (banques d’investissement). Aux États-Unis, la « Volcker Rule » ou la « Section 716 » du Financial Overhaul présentée par la sénatrice Blanche Lincoln, représentent des reconstructions partielles du Glass-Steagall Act.

3) L’interdiction des paris sur les fluctuations de prix. Prohibant la spéculation pure et simple, cette interdiction cantonnerait l’action des banques d’investissement au « socialement utile », ce qui équivaudrait à réduire leur activité – à vue de nez – de 80 %, dégageant ainsi des fonds importants pour l’économie réelle dans une perspective renouvelable et durable.

4) La mise sur pied immédiate d’un authentique Bretton Woods II, pour répondre au vide que créera l’écroulement imminent de l’euro et du (dés-)ordre monétaire actuel dans son ensemble. Deux objectifs : 1) créer des zones économiques cohérentes (équilibrées quant aux importations et aux exportations) sous-tendant des monnaies régionales ; 2) réguler le commerce international (et la circulation des capitaux) à l’aide d’une Chambre de Compensation Multilatérale évaluant les opérations entre zones économiques / monétaires dans une monnaie de compte (bancor).

On a parlé de beaucoup d’autres choses encore : Où est passé l’An 2000 ? les gains de productivité ont été confisqués par les actionnaires et dirigeants d’entreprises ; Pourquoi ne peut-on pas ignorer les agences de notation ? elles déterminent le prix et donc le montant de la dette ; Et l’industrie de l’armement dans tout ça ? La crise des subprimes est le 1er épisode de la guerre sino-américaine, etc. etc.

Merci à ceux qui m’ont accueilli avec chaleur, désignant le siège vide qui m’attend si j’avais envie de me joindre. Je pense en particulier à Cécile Duflot et à Anne Souyris, merci à elles.

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Les mesures que je préconise

juan nessy :

La batterie de vos solutions se résume à l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix.

J’insiste en effet sur cette mesure parce qu’elle est neuve et qu’elle m’est originale. Il me semble un peu expéditif cependant de suggérer qu’elle se confond avec « la batterie de mes solutions ». Relisez en particulier,

1) ma communication au colloque Fermons le casino : comment construire une économie réelle plus juste et plus forte ?, organisé le 3 mars par le groupe socialiste du Parlement Européen, ainsi que

2) mon témoignage dans le cadre de la Commission Spéciale sur la Crise Financière, Économique et Sociale (CRIS), le 10 novembre au Parlement Européen.

Voyez en particulier mes recommandations du 3 mars :

Recommandations

Mettons fin à l’alliance sacrée entre investisseurs et dirigeants d’entreprises : elle détruit en ce moment-même le tissu social. Interdisons les stock options.

Débarrassons les banques centrales de l’idéologie monétariste (*) : les sociétés humaines ne sont pas faites de masses monétaires mais d’êtres humains. Les banques centrales ont mieux à faire que de prendre systématiquement parti pour les investisseurs et les dirigeants d’entreprises contre les salariés.

Appliquons sans tarder une politique fiscale appropriée pour augmenter les chances que le capital se trouve là où il est effectivement utile.

Fermons le casino : interdisons la cotation continue sur les marchés au comptant et à terme. Interdisons aux spéculateurs l’accès aux marchés des matières premières : interdisons les aux « non-négociants ». Permettons à ceux-ci de focaliser à nouveau leur attention sur ce que la société attend d’eux : enseigner, guérir et favoriser l’accès du public aux œuvres d’art en vue de diffuser la culture.

Encourageons les opérations d’assurance et interdisons les paris sur la fluctuation des prix.

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(*) J’ai conçu mon livre L’argent, mode d’emploi (Fayard 2009) comme une arme de guerre dans cette perspective.

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