L’actualité de la crise : L’AVENTURE TRÈS RAISONNABLE D’UNE AUTRE MONDIALISATION, par François Leclerc

Billet invité.

Rappelons-nous ! Données comme modèles éclatants, toutes les réussites économiques d’hier se sont révélées être des fiascos, à commencer par celles de l’Espagne et l’Irlande. Aujourd’hui, on discerne même les dessous de celle de l’Allemagne, pourtant si magnifiée. Les images de la pauvreté au Royaume-Uni font écho au passé, mais celles provenant des États-Unis sont pour beaucoup une découverte tardive. Même l’insolante croissance de la Chine, en baisse, ne masque plus l’étendue des déséquilibres qui minent la société chinoise, tandis que la croissance du Brésil a brutalement chuté. Le BRIC n’est plus ce qu’il était.

Des deux côtés, le modèle de développement impulsé par la mondialisation est en panne, là où l’on ne voit qu’une succession d’accidents de parcours sans liens entre eux. Ayant atteint sa maturité et fait basculer l’axe économique de la planète, cette globalisation de l’activité économique reposait sur une division des tâches aux principes affirmés : aux pays à bas niveau de salaire la production des marchandises (et de certain services), aux autres leur consommation grâce au levier du crédit. Et au système financier de tirer les marrons du feu. Or ce partage imposé a perdu son équilibre quand la montagne de dettes accumulées n’a plus été étayée par des montages financiers atteignant leurs limites et ne pouvant plus les supporter.

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LES AUTRES NOUS ÉPATERONT TOUJOURS !

Extrait d’un article de Frédéric Joignot dans Le Monde : L’homme, cet animal suicidaire peint par Jared Diamond.

Diamond a dégagé de ses études des « collapsus » (du latin lapsus, « la chute ») « cinq facteurs décisifs », qu’il dit retrouver dans chaque effondrement, et parle d’un« processus d’autodestruction la plupart du temps inconscient ». Quels sont ces facteurs ? Un : les hommes infligent des dommages irréparables à leur environnement, épuisant des ressources essentielles à leur survie. Deux : un changement climatique perturbe l’équilibre écologique, qu’il soit d’origine naturelle ou issu des suites des activités humaines (sécheresse, désertification). Trois : la pression militaire et économique de voisins hostiles s’accentue du fait de l’affaiblissement du pays. Quatre : l’alliance diplomatique et commerciale avec des alliés pourvoyant des biens nécessaires et un soutien militaire se désagrège. Cinq : les gouvernements et les élites n’ont pas les moyens intellectuels d’expertiser l’effondrement en cours, ou bien l’aggravent par des comportements de caste, continuant à protéger leurs privilèges à court terme.

Ah ben ! ça alors ! j’arrive même pas à y croire !

P.S. : J’ai eu l’occasion de déjeuner à UCLA avec Diamond. On s’est dit qu’il fallait qu’on se revoie. Malheureusement, je suis parti.

P.S.(II) : Vous l’avez sans doute entendu l’autre jour, quand je dis à mon interlocuteur à la radio : « Les gouvernements et les élites aggravent l’effondrement en cours par des comportements de caste, continuant à protéger leurs privilèges à court terme », il me répond : « Vous n’êtes pas réaliste ».

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Déclaration des citoyens européens pour une régulation effective du système financier et bancaire, par Zébu

Billet invité. Projet de déclaration européenne.

Nous, citoyens européens, faisons les constats suivants :

 

1/ L’existence et le développement des activités non régulées (‘Shadow Banking’) participent de l’opacité et du risque systémique au sein du système financier et bancaire.

2/ Les paris sur les variations de prix et l’existence de paradis fiscaux sont non seulement non nécessaires mais aussi néfastes au système financier et bancaire, en ce qu’ils produisent de l’opacité, du risque systémique et/ou une perte de recettes fiscales pour les états.

3/ En l’absence d’actions des autorités sur les 2 points précédents, force est de constater que les dépôts des citoyens peuvent être aussi utilisés pour réaliser ces activités non nécessaires, opaques et nuisibles au bien commun.

4/ La séparation entre les activités de dépôt et les autres activités ne résout pas les problèmes soulevés ci-avant, en ce qu’elle permet à ces activités de perdurer légalement ainsi que leurs effets néfastes.

5/ Dans le contexte actuel de crise économique et financière, il est essentiel et primordial que les autorités garantissent que le système financier et bancaire soit apuré de ces activités qui ont créé et entretiennent cette crise.

 

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Cesser le rafistolage économique, pour sortir de la crise, à la foire bio de Muzillac, samedi 29 septembre à 15h30

Je fus à la 17ème foire biologique de Muzillac où j’ai parlé à 15h30, des mesures à prendre.

Ça s’est encore une fois très bien passé cet après-midi : la série rose continue ! Avec un auditoire obligé de s’asseoir sur les marches des escaliers, dans une salle pourtant déjà de belle taille. Un bonus pour les présents : la possibilité d’acheter en avant-première sur les librairies, Misère de la pensée économique.

P.S. : Merci à vous d’être venus si nombreux avant-hier à Laurenan, merci à Mme le Maire pour m’avoir offert du pain bio qu’elle fait, merci à Christophe Hordé, l’éditeur de François pour la conversation que nous avons eue.

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L’actualité de la crise : UNE RÉUSSITE À TOUT POINT DE VUE, par François Leclerc

Billet invité.

Comment va le monde lorsque l’on quitte des yeux l’Europe ? L’agence de notation financière Fitch vient de souligner dans son rapport trimestriel « la faiblesse persistante [de la croissance] et les risques qui pèsent sur le reprise mondiale ».

Elle a révisé à la baisse ses prévisions pour 2012, 2013 et 2014, « malgré la nouvelle série de mesures de relance monétaires vigoureuses annoncées en septembre par la Fed, la BCE et la Banque du Japon, ainsi que la baisse de taux de la banque centrale chinoise en juillet. » Elles sont désormais de +2,1%, +2,6% et +3% respectivement.

Mais, si l’on considère les principaux pays développés, elles sont seulement de +1%, +1,4 % et +2%. Pour la seule zone euro, les prévisions sont de -0,5%, +0,3% et +1,4%. Fitch fait état de défis croissants pour les pays émergents, notamment la Chine, à la fois en raison de leur faiblesse propre et de celle de la conjoncture internationale. L’agence considère enfin que la « falaise budgétaire» (fiscal cliff) américaine constitue à court terme la principale menace, ravissant la vedette à la crise européenne.

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LE RÉGULATEUR (S’ADRESSANT À NOUS) : « Si c’est comme ça, qu’est-ce qu’vous voulez que j’fasse ? »

Vous vous souvenez de l’affaire du LIBOR ? Un ensemble de banques se voient demander quels sont les taux qu’exigent leurs consœurs pour leur prêter à diverses échéances, et au lieu de communiquer les vrais chiffres, elles transmettaient ceux qui les arrangeaient. Parfois même, des autorités leur suggéraient de le faire pour « aider la conjoncture », c’est-à-dire pour soutenir le moral des troupes.

Elles ont fini par être pincées. On ne leur a pas interdit de continuer de le faire – elles sont trop systémiques, trop susceptibles d’entraîner le système tout entier dans leur chute, et donc parfaitement invulnérables – on leur a infligé de très fortes amendes (et ce n’est pas fini). Bien sûr, ce sont leurs clients, c’est-à-dire vous et moi, qui paieront ces amendes, mais enfin, on leur a quand même tapé sur les doigts et on les oblige de recalculer leur chiffre d’affaires prévisionnel (ce qui n’est pas une mince affaire !).

Cela, c’est quand cela se passe bien pour le régulateur. Quand cela se passe mal, on met au point les mesures à prendre, puis on en informe les intéressés, qui répondent : « Pas question ! » et le régulateur se tourne alors vers nous d’un air penaud en disant : « Si c’est comme ça, qu’est-ce qu’vous voulez que j’fasse ? »

Je vous en avais brièvement rapporté deux exemples le mois dernier dans mon billet Les lobbystes et nous. Voici ce que j’y disais :

Une nouvelle loi américaine oblige à mentionner sur les produits contenant certains minéraux que leur extraction alimente les conflits en Afrique centrale.

Trop cher pour les entreprises ont dit les lobbyistes ! À la trappe !

La Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés financiers aux États-Unis, a mis au point un ensemble de mesures permettant d’empêcher que ne se reproduise l’effondrement du marché des capitaux à court terme (money market), dont coût, plus de six cents milliards de dollars aux contribuables américains, plus quelques centaines de milliards d’euros aux contribuables européens.

Trop cher pour les banques ont dit les lobbyistes ! À la trappe !

Nouvel exemple ces jours-ci d’un cas où cela se passe mal pour le régulateur : le prix des produits pétroliers.

L’année dernière, le G20 avait demandé à l’IOSCO (International Organisation of Securities Commission) qui fédère les régulateurs nationaux sur le marché des titres, de proposer une réglementation du marché du pétrole. Une réunion vient de se tenir à laquelle ont participé l’Agence Internationale de l’énergie, l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) et les compagnies Total et Shell.

Une belle unanimité s’est fait jour parmi tous ceux-ci : ils ont dit qu’ils n’avaient aucune envie d’être réglementés. Les compagnies pétrolières présentes ont ajouté que si on continuait à leur faire des misères, elles cesseraient tout simplement de transmettre les données relatives aux prix.

Les banques prises la main dans le sac à manipuler les taux du LIBOR, n’ont pas fait preuve du même cran. Je suppose que la différence vient du fait que l’option de mettre à l’amende l’Agence Internationale de l’énergie, l’OPEP, et les compagnies pétrolières dans leur ensemble, est plus difficile à mettre en place.

Que vient de faire l’IOSCO ? Hé, vous connaissez déjà la réponse : elle se tourne vers nous d’un air penaud et nous dit : « Si c’est comme ça, qu’est-ce qu’vous voulez que j’fasse ? »

 

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L’actualité de la crise : PATHÉTIQUES ET INCONSÉQUENTS ! par François Leclerc

Billet invité

Après avoir tenté de faire de la Grèce un cas test exemplaire, avec le succès que l’on sait, une nouvelle expérience est tentée avec l’Espagne. L’objectif est d’obtenir que les mesures de rigueur les plus sévères ne soient même pas assorties d’un soutien financier européen ! Pour des raisons qui leur sont propres, les gouvernements allemand et espagnol ont à ce sujet trouvé un terrain d’entente. Avec l’espoir illusoire, encore une fois, que la seule annonce du programme OMT (opérations monétaires sur titres) d’achats obligataires de la BCE suffira à calmer le jeu.

À chaque fois, les dirigeants européens veulent croire que la simple annonce de leurs mesures suffira, sans avoir besoin de passer à exécution… Déformation professionnelle sans doute, ils croient trop dans le pouvoir des mots. Mais à nouveau, le marché les déçoit en perdant son sang froid, les taux obligataires se retendant et les cours des valeurs financières rechutant. C’est décidément pathétique !

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« La crise : les causes, les conséquences, comment s’en sortir ? », à Laurenan, le 27 septembre à 20h00

Laurenan est dans les Côtes d’Armor, à 20 km à l’Est de Loudéac. La réunion de la société Laur’art aura lieu à la Médiathèque.

Informations, inscriptions, etc., c’est ici.

L’annonce dans Ouest-France est elle ici. Tout ce qu’elle dit est correct, sauf la date, qui est le jeudi 27 septembre, plutôt que le 21 septembre – qui n’était d’ailleurs pas un jeudi.

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ANDY WILLIAMS (1927 – 2012)

Bon, allez, parce qu’il y a une chance sur dix millions que quelqu’un me dise que je n’ai pas mentionné la disparition d’un des quatre ou cinq Frank Sinatra-au-petit-pied que le monde a connus.

Andy Williams, vous étiez un « pro », je ne le conteste pas, mais vous auriez pu apporter un tout petit peu d’invention personnelle, un « je-ne-sais-quoi », comme ont l’habitude de dire les Américains, qui aurait été le vôtre. J’arrête : on vous aimait bien quand même.

And now, for the real McCoy :

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TIMOTHY GEITHNER ET UN PETIT AIR DE DÉJÀ VU

En avril 1998, la banque américaine Citicorp et l’assureur Travelers Group, fusionnèrent. Entre autres stipulations, le Glass-Steagall Act interdisait aux établissements financiers d’être à la fois banque commerciale et assureur. Il fallait donc que le nouveau groupe se défasse de certaines de ses activités. Ce ne fut toutefois pas nécessaire : Robert Rubin, en provenance de Goldman Sachs où il avait été co-président, était à l’époque Secrétaire au Trésor, il prépara très activement l’abrogation du Glass-Steagall Act avant de démissionner de son poste ministériel en juillet 1999. En novembre de la même année, l’abrogation devait être entérinée par le vote du Gramm-Leach-Bliley Act.

Et Robert Rubin, quel serait son avenir ? Vous vous inquiétez inutilement : il était désormais numéro deux de la nouvelle entité, Citigroup, avant d’en être brièvement le président en 2007.

Si l’on repense involontairement à cette histoire ces jours-ci, c’est parce que Mme Sheila Bair, qui fut autrefois présidente de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), organisme américain garant des banques commerciales, et qui avait été une actrice de premier plan bien entendu durant l’année 2008, vient de publier un livre (Bull By the Horns) dont la thèse principale (3/4 du volume, selon ceux qui l’ont lu) est que M. Timothy Geithner, actuel Secrétaire au Trésor, a constamment saboté les opérations de sauvetage durant cette année fatidique, en raison de ses interventions intempestives en faveur des créanciers et des dirigeants de… Citigroup !

Connaîtrait-on donc d’ores et déjà le nom du prochain patron de Citigroup ? Quoi qu’il en soit, si vous voulez en savoir plus, chers lecteurs du Blog de Paul Jorion, et si vous comprenez l’anglais, écoutez ce qu’en dit Mme Sheila Bair. Je sais qu’il est difficile de vous étonner en ces matières, mais vous ne risquez pas d’être déçus.

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HET CASINOKAPITALISME DREIGT ONZE SAMENLEVINGEN TE VERNIELEN, door Denis Dupré, Marc Chesney en Paul Jorion, Le Temps, 26 september 2012

Het casinokapitalisme dreigt onze samenlevingen te vernielen

in: “Le Temps”, Genève, Zwitserland, 26 september 2012.

DOOR DENIS DUPRÉ *, MARC CHESNEY ** EN PAUL JORION ***

Bepaalde instrumenten staan op het punt verboden te worden. Een voorbeeld: de ‘naakte’ CDS (Credit Default Swaps), die gokken op het failliet van complete Natie-Staten, zouden in de Euro-zone vanaf november 2012 verboden moeten zijn. Al in 1745 strafte de Engelse marine deelnemers aan scheepsverzekeringen indien de verzekerde geen bewijs kon leveren voor zijn of haar belang bij de lading. Hoeveel Engelse scheepsladingen zouden niet op hun bestemming aangekomen zijn als de gokkers de vrije hand hadden gekregen van de assuradeurs om de inleg bijeen te graaien, terwijl diezelfde gokkers handlangers betaald zouden hebben om de betreffende schepen tot zinken te brengen?

Andere praktijken zouden ook verboden moeten worden: denk aan die situaties waarin de snelle jongens de trageren van begrip plunderen, of als een gebrek aan transparantie prijsmanipulatie mogelijk maakt, of wanneer gokkers het spel bepalen.

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L’actualité de la crise : ILS JOUENT AVEC DES ALLUMETTES, par François Leclerc

Billet invité

Les prévisions de croissance baissent, les trous financiers se creusent davantage que prévu, les manifestations et les grèves s’intensifient, les dirigeants européens ferment unes à unes les portes qu’ils avaient un peu entrouvertes. Telles sont sans surprise excessive les nouvelles du jour.

Obéissant à une loi non écrite, Standard and Poor’s confirme la prévision d’une récession européenne en 2012 (-0,8 %) et annonce une stagnation en 2013 : chaque fois que l’on s’approche de l’échéance, les résultats empirent pour toujours s’améliorer lorsqu’elle est plus lointaine, et ainsi de suite. La fois précédente, un rebond de 0,4 % était néanmoins prévu en 2013, il a disparu. L’Espagne et l’Italie sont en queue du peloton des pays de la zone euro. « Sombre tableau », annonce l’agence de notation.

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LA FINANCE CASINO RISQUE DE DÉTRUIRE NOS SOCIÉTÉS, par Denis Dupré, Marc Chesney et Paul Jorion, Le Temps, le 26 septembre 2012

La finance casino risque de détruire nos sociétés

Version papier dans le quotidien.

PAR DENIS DUPRÉ*, MARC CHESNEY** ET PAUL JORION***

Certains outils financiers sont à interdire. Exemple : les CDS nus, qui consistent à parier sur la faillite des États, devraient être prohibés dans la zone euro à partir de novembre 2012. Déjà la marine anglaise en 1745 punissait les joueurs lors de l’assurance de navires si l’assuré ne pouvait prouver son intérêt pour la cargaison. Combien de cargaisons de navires marchands anglais ne seraient pas arrivées à destination si les gouvernements avaient laissé les parieurs ramasser la mise, ayant payé des hommes de main pour couler les bateaux ?

D’autres pratiques devraient aussi être proscrites: lorsqu’une plus grande vitesse permet aux plus rapides de spolier les moins informés, quand le manque de transparence permet de manipuler les prix ou quand les parieurs dominent les transactions.

Un constat : le développement d’une zone grise a gangrené la finance. Les dark pools autorisés depuis 2007 en Europe permettent aux acteurs de rester anonymes. De même, le high frequency trading, par la vitesse de ses opérations, opacifie les marchés. Le mécanisme de formation des prix efficients, érigé jusqu’alors en dogme qui peut laisser croire à une « justice » du marché, vole en éclats puisqu’il suppose un accès public aux informations sur les transactions. Comment traquer les manipulations de marché et les délits d’initiés qui deviennent pratique courante ? En octobre 2011, le président de l’Autorité des marchés financiers française fait un terrible constat d’impuissance : « Alors qu’il nous faut plusieurs mois d’analyse pour démontrer une manipulation de cours faisant appel à des techniques de trading traditionnelles sur quelques minutes, est-il raisonnable d’imaginer démontrer d’éventuelles manipulations de cours liées à des pratiques de trading à haute fréquence ? »

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MADRID, 21h05

Je suis en train de regarder en direct ce qui se passe en ce moment à Madrid et voici ce que j’ai à dire : Messieurs et Mesdames les idéologues, les vendeurs de salades et de boniments, d’austérité parce que « les salaires sont trop élevés, vu la compétitivité », de « vous avez vécu au-dessus de vos moyens », votre responsabilité est très lourde dans ce qui est en train de se passer et qui va encore se passer du fait de votre incurie et surtout, de votre inféodation à l’argent que vous mettez par-dessus tout, par-dessus ce qui nous fait humains.

Ça se passe ici.

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CONVERGENCES

J’ai fait état la semaine dernière du peu d’impact sur les politiques en vigueur, des vues que je présente ici depuis cinq ans. J’avais souligné que la renommée ne semble pas jouer un rôle  prédominant de ce point de vue puisque Joseph Stiglitz, « prix Nobel » d’économie, professeur dans une université américaine prestigieuse, ancien directeur de la Banque Mondiale, qui défend des positions similaires, ne semble pas plus à même que moi d’imposer son point de vue.

Le renfort de George Soros ces jours-ci, défendant dans un très long texte, des positions, sinon identiques, du moins très semblables sur bien des aspects, pourrait-il faire la différence ? Ce n’est pas en tout cas le sentiment qu’il en a personnellement puisqu’il se plaint qu’une de ses propositions récentes, raisonnable et constructive « a été, dit-il, rejetée d’un revers de main par les Allemands […] sans justification ».

Pour que George Soros, grand (en fait, « immense ») spéculateur devant l’éternel, et moi-même, en venions à défendre des positions semblables, il faut bien évidemment que quelque chose d’important soit en train de se passer, et ce quelque chose, je le vois comme la constitution d’un front anti-Troïka (Banque Centrale Européenne, Union Européenne, Fonds Monétaire International). La constitution de ce front résulte d’une convergence bienvenue parmi les adversaires des politiques ultralibérales qui continuent d’être celles de nos dirigeants et dont – faut-il le rappeler – le Traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), est l’un des plus beaux fleurons, même, et peut-être surtout, s’il est prôné par les partis européens que j’ai pris l’habitude d’appeler : « socialistes de droite ».

Symptôme de cette convergence qui se dessine, le fait qu’on m’ait proposé récemment de m’associer à deux déclarations communes, non pas comme cela avait été le cas jusqu’ici quand on me contactait pour me dire : « quelqu’un, quelque part, a écrit ceci, soyez gentil de signer en bas à droite » – ce que j’ai toujours refusé de faire, mais en me proposant de m’associer à la rédaction du texte. Vous verrez ces appels publiés cette semaine, dans le quotidien suisse Le Temps, et dans le quotidien français Le Monde. Le premier texte émane d’un petit groupe que nous avons constitué, de spécialistes des questions d’éthique en finance, Suisse, Français et Belge, le second résulte d’une opposition commune au TSCG dont l’initiative trouve sa source au Parti de Gauche français. Je vous signalerai bien entendu la parution de ces appels en les reproduisant ici.

 

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L’actualité de la crise : UNE IDÉE FIXE SANS ESPOIR, par François Leclerc

Billet invité.

Angela Merkel et François Hollande ont lors de leur rencontre de samedi, ce dernier à son corps défendant, entériné le retard à l’allumage qui se profilait : la concrétisation de la première phase de l’union bancaire – la supervision des banques – qui était souhaitée pour la fin de l’année par le gouvernement français, a été repoussée à une date ultérieure non précisée, pour cause de désaccord. La suite, notamment la création d’un fonds de sauvetage des banques financé par elles-mêmes (sur le papier), est encore plus problématique.

En conséquence, le versement de l’aide directe aux banques espagnoles est toujours suspendu, et ce sont les mégabanques espagnoles qui financent dans l’urgence les caisses d’épargne, ainsi que les régions, en utilisant les crédits de la BCE qui fait le relais en attendant que la situation se clarifie. Rien n’est toujours clair quant à un soutien financier à Madrid, que les Allemands voudraient différer et les Français accélérer. La perspective d’entrer dans la logique des plans de sauvetage est un tel repoussoir qu’elle incite le gouvernement espagnol à prendre par avance les mesures qui seraient exigées en espérant pouvoir en rester là. La Grèce joue bien le rôle exemplaire qui lui était assigné.

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