LES AUTRES NOUS ÉPATERONT TOUJOURS !

Extrait d’un article de Frédéric Joignot dans Le Monde : L’homme, cet animal suicidaire peint par Jared Diamond.

Diamond a dégagé de ses études des « collapsus » (du latin lapsus, « la chute ») « cinq facteurs décisifs », qu’il dit retrouver dans chaque effondrement, et parle d’un« processus d’autodestruction la plupart du temps inconscient ». Quels sont ces facteurs ? Un : les hommes infligent des dommages irréparables à leur environnement, épuisant des ressources essentielles à leur survie. Deux : un changement climatique perturbe l’équilibre écologique, qu’il soit d’origine naturelle ou issu des suites des activités humaines (sécheresse, désertification). Trois : la pression militaire et économique de voisins hostiles s’accentue du fait de l’affaiblissement du pays. Quatre : l’alliance diplomatique et commerciale avec des alliés pourvoyant des biens nécessaires et un soutien militaire se désagrège. Cinq : les gouvernements et les élites n’ont pas les moyens intellectuels d’expertiser l’effondrement en cours, ou bien l’aggravent par des comportements de caste, continuant à protéger leurs privilèges à court terme.

Ah ben ! ça alors ! j’arrive même pas à y croire !

P.S. : J’ai eu l’occasion de déjeuner à UCLA avec Diamond. On s’est dit qu’il fallait qu’on se revoie. Malheureusement, je suis parti.

P.S.(II) : Vous l’avez sans doute entendu l’autre jour, quand je dis à mon interlocuteur à la radio : « Les gouvernements et les élites aggravent l’effondrement en cours par des comportements de caste, continuant à protéger leurs privilèges à court terme », il me répond : « Vous n’êtes pas réaliste ».

Partager :

104 réflexions sur « LES AUTRES NOUS ÉPATERONT TOUJOURS ! »

  1. Les nouvelles idées vivent trois stades : elles sont d’abord moquées, ensuite combattues et enfin considérées comme évidentes .
    Schopenhauer

    être imité ou plagié
    c’est être honoré !
    ^^
    jared ou je continue ?

  2. « …processus d’autodestruction la plupart du temps inconscient »
    Encore quelqu’un qui cause de psychologie sans comprendre de ce qu’il dit.

    Il ne s’agit pas d’autodestruction (même si cela serait un conséquence), mais d’un acte de déstruction par cupidité. La sensation d’excitement et d’euphorie – lors d’une reálisation d’un gain financier important – peut jouer un rôle aussi, ca peut même devenir un drogue. Mais il ne faut pas oublier que notre système économique et politique favorise le court terme, ce qui est un terrain de jeu favori pour toutes sortes de sociopathes, des gens hyperagressifs et egomanes, dépourvus de considérations morales et de scrupules.

  3. « les gouvernements et les élites n’ont pas les moyens intellectuels d’expertiser l’effondrement en cours, ou bien l’aggravent par des comportements de caste, continuant à protéger leurs privilèges à court terme ». Sans doute, pourtant cette élite a lu certainement les ouvrages de Jared Diamond. Savoir ne semble plus avoir avoir d’effet sur pouvoir. Peut-être parce que le savoir est devenu une simple composante d’un flux massif d’informations où tout se mélange, l’insignifiant et l’essentiel, le futile et le pertinent, l’utile et le grotesque (le prix Sakharov aux pussy riot!). Surtout, parce que l’intrication croissante de chacun avec tous et des Etats entre eux dissolve la légitimité des pouvoirs publics, de moins en moins maîtres chez eux, rend désormais impossibles des prises de décisions solitaires quand, de plus en plus, l’effet générateur n’est plus ici mais ailleurs, inaccessible. Il y aurait eu de l’eau, il y a bien longtemps, sur Mars. Peut-être avant que les Martiens ne décident de s’installer sur la planète bleue.

  4. Je propose un sondage : qui parie que les élites américaines, européennes, russes, chinoises, japonaises, etc. auront, ensemble, le sursaut qu’il faudrait pour sauver la planète ? En fait, elles disposent, via les recherches scientifiques publiées dans tous les domaines, de tous les moyens intellectuels nécessaires à l’expertise de l’effondrement en cours. (Cela fait mentir le point 5 en partie.) Mais elles ne disposent d’aucun moyen de piloter le système, surtout qu’il est devenu mondial, et qu’après trois décennies de néolibéralisme on a perdu toute notion de dirigisme. Que peuvent-elles faire, ces élites, en termes d’actions à effets collectifs ? La réponse est très simple : créer des commissions inutiles, des institutions impuissantes, ainsi que des taxes et des subventions. C’est aussi ridicule que vouloir diriger un porte-avions avec des pagaies. Donc on va vers l’effondrement, à commencer par celui de l’euro et de l’Europe. 🙂

    1. Crapaud,

      je vois les choses un peu différemment.
      Il me semble que tu raisonnes trop dans l’abstrait, alors qu’une crise ce n’est pas quelque chose de linéaire. Son développement propre génère des difficultés nouvelles mais aussi bien laisse entrevoir de nouvelles possibilités d’actions, à mesure que le stock des veilles recettes s’épuise et qu’apparaît l’inconnu à l’horizon.

      Les dirigeants savent plus ou moins que nous allons dans le mur, mais à cause du court-termisme qui caractérise le système, ils sont paralysés.

      Il ne s’agit pas simplement d’un problème de pilotage, c’est plus grave que cela.
      Il s’agit de transformer la nature du système en en changeant quelques règles essentielles.
      Mais, paradoxalement, c’est plus facile de changer radicalement de directions que de simplement piloter un engin déjà existant dont on ne sait plus que faire, car ici, ce qui va commander la prise de décision c’est d’abord l’urgence d’une situation et non pas la simple bonne volonté d’agir à long terme et de concert.

      Les dirigeants vont se retrouver confrontés dans les mois, les années qui viennent, à des situations qui engagent la survie du système économique, et tous autres systèmes qui forment notre milieu de vie. Il n’y aura donc plus lieu de tergiverser. Les décisions devront être rapides et radicales.

      Il y a des exemples historiques de situations de ce genre. Je te rappelle la seconde guerre mondiale, la guerre froide avec le fameux coup de téléphone rouge entre Kennedy et Kroutchev qui nous évite une guerre atomique.

      Il faut pas 36 commissions pour provoquer de promptes décisions, il faut juste se réunir autour d’une table et se mettre d’accord sur un constat commun et prendre les décisions qui s’imposent. Devant l’abîme l’esprit humain réfléchit très vite et mobilise toutes les ressources individuelles et collectives qui lui sont nécessaires pour être efficace. Bref, fini la dispersion.

      1. Surpris de cette réponse qui me semble par trop vouloir sauver l’optimisme, et avoir oublié que l’on parle ici du système global, pas seulement du sous-système financier.

        Il s’agit de transformer la nature du système en en changeant quelques règles essentielles.

        Certes, mais parmi ces règles essentielles, il y a surtout celle de la concurrence entre les nations et les capitalistes, et c’est de loin la première cause de prédation sur l’environnement : je vois mal comment on pourrait y mettre fin en se réunissant autour d’une table.

        Il y aussi le fait que diminuer la consommation pour réduire l’impact environnemental conduit au chômage : c’est ce que l’on constate avec la politique d’austérité des Européens, mais cette politique est contestée alors qu’elle est justifiée sur le plan écologique… Le problème en est que l’on ne sait ni partager le travail, ni indemniser correctement les chômeurs, ça coûte trop cher par rapport à la concurrence…

      2. Crapaud,

        je complète.
        Il y a l’urgence d’une situation (pas nécessairement financière) qui pousse à agir, et il y a en parallèle tout le travail de réflexion qui se diffuse dans la société, percole et informe ceux qui prennent les décisions, étant bien entendu que les décideurs sont soumis également à la pression des peuples, lesquels tôt ou tard se réveillent, voir la Grèce et l’Espagne. Il a donc deux temporalités, qui lorsque le système devient très instable fusionnent.

        La prédation exténue la croissance, ce qui met en danger le système économique et financier. Tout est lié.

      3. @ Pierre-Yves D. 1 octobre 2012 à 01:08

        Devant l’abîme, l’esprit humain réfléchit très vite et mobilise toutes les ressources individuelles et collectives qui lui sont nécessaires pour être efficace

        Efficace ! Vous avez bien dit efficace ? Il me semble qu’à partir de là on arrive très vite à la notion de compétition et donc de sélection entre les solutions les plus et les moins efficaces. De fil en aiguille se pose alors la question de l’allocation des ressources à consommer, pas forcément de manière égalitaire, comme vous l’avez toujours préconisé, mais probablement en fonction des capacités de chacun, ou de chacune des communautés à faire survivre un certain choix de vie sur ses possessions, sur son capital matériel et humain.

        De ce point de vue, l’Europe me semble occuper une situation bien précaire, surtout au Sud.

    2. « survie de l’espèce », « sauver la planète »… et pourquoi pas « sauvegarde de la galaxie » ou « protection de l’univers visible » tant que vous y êtes.

Les commentaires sont fermés.