LE FMI EST PENCHÉ SUR LA DETTE… ET NE S’EN RELÈVE PAS ! par François Leclerc

Billet invité.

L’endettement des 129 États notés par Standard & Poor’s progressera de 1,7% cette année et atteindra 44.300 milliards de dollars. Au fur et à mesure que la masse de la dette publique s’accroît et que la croissance économique s’installe dans ce qui est qualifié de stagnation séculaire – deux tendances fortes – le risque de défaut souverain augmente. Que faire ?

Celui-ci n’apparait plus à l’horizon de lointains pays émergents mais en Europe, même si le risque d’éclatement de la zone euro s’est éloigné depuis l’épisode de 2011. La stratégie de désendettement qui y est imposée alimente une crise sociale et politique qui autorise à douter de sa viabilité. L’énormité d’autres dettes dont la croissance est sans fin, comme celles du Japon et des États-Unis, est telle qu’il est feint de croire qu’elle pourront être éternellement financées, faute d’alternative. A la vue de ce spectacle, une constatation s’impose : la problématique du désendettement a de l’avenir.

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RIEN NE VA PLUS COMME AVANT !, par François Leclerc

Billet invité.

Le Comité européen du risque systémique (CERS) (*) a enfin rendu son rapport après trois ans de réflexion soutenue sur un sujet épineux : comment traiter la dette souveraine dans les bilans bancaires ? En attendant son verdict, on retenait son souffle.

On se souvient en effet que la BCE avait considéré comme étant sans risques les titres de la dette publique lors de sa rigoureuse évaluation des bilans des grandes banques européennes de l’année dernière, et que certains mauvais esprits s’en étaient chagrinés. Que nous apprennent donc aujourd’hui les experts du CERS ? Selon le communiqué de presse, « le rapport fait valoir que d’un point de vue macro-prudentiel, le cadre réglementaire actuel pourrait avoir conduit les institutions financières à des investissements dans la dette publique excessifs. Le rapport reconnaît la difficulté de réformer le cadre existant sans générer une instabilité potentielle dans les marchés de la dette souveraine. » Pour parler clair : les banques sont dangereusement gavées de dette publique, mais abandonner la fiction du risque nul accordé à ces titres déséquilibrerait le système financier. Heureusement, le CERS ne se décourage pas et voit une solution à ce dilemme, mais seulement « à moyen-terme, quand la crise sera finie »…

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À ces Messieurs-Mesdames qui tremblent à l’idée que les Grecs puissent encore voter

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Déjà publié le 9 novembre 2014.

Il est paradoxal de constater qu’aujourd’hui, avec une dette de 93,4%, la zone euro ne pourrait pas intégrer… la zone euro. Nous sommes en effet très éloignés des 60% requis par le Traité de Maastricht. Aujourd’hui, la zone euro devrait consacrer un an de sa production pour rembourser sa dette. Est-ce tenable ?

Bruno Colmant : Et les chiffres qui sont cités ne tiennent même pas compte du surcoût des pensions lié à une espérance de vie plus longue !

Toute dette doit être mesurée de manière prospective. Il s’agit d’évaluer sa soutenabilité ou supportabilité dans le futur et de mesurer la prospérité qu’elle est censée avoir créée. Si un pays affiche une dette de 200% du PIB mais que l’on y découvre par exemple un important gisement de pétrole, le problème est évidemment moins aigu. Mais si la soutenabilité n’est pas assurée, cette dette peut être remise en cause et disqualifiée. Dans la zone euro, je pense que l’on ne pourra pas imposer cette soutenabilité aux générations futures.

Paul Jorion : À mes yeux, toute évaluation de la dette en pourcentage du Produit Intérieur Brut, qui est un index de l’activité économique, est privée de signification. Ce ratio permet de comparer entre elles les nations mais pas de la manière qu’il faudrait. En période de récession, le PIB va baisser et le ratio augmenter mécaniquement, ce qui dramatisera le chiffre de la dette exprimée en pourcentage de PIB, sans compter un effet pervers supplémentaire, un véritable cauchemar mathématique : pour que ce ratio ne se détériore pas, il faut que le taux de croissance soit supérieur au taux d’intérêt « moyen » auquel la dette souveraine a été contractée. Quand je dis taux « moyen », c’est le taux d’intérêt pondéré en fonction du montant des emprunts qui ont été faits et du temps qui reste à courir sur chacun d’eux. En finance, on parle de taux associé à la « duration », qui est le centre de gravité dans le temps de la dette souveraine d’une nation.

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CETTE FRAGILITÉ BANCAIRE INTACTE ET INAVOUABLE, par François Leclerc

Billet invité.

Encore une louche de déstabilisation financière ?

Cela n’est pas nouveau et a déjà été diagnostiqué depuis des années : la détention de la dette publique par les banques de la zone euro augmente la corrélation entre risque souverain et risque bancaire, fragilisant à la fois les États et le système bancaire. Mais que cette fragilité demeure et se soit même accentuée n’est pas clamé sur les toits. Il est préféré se féliciter de la stabilité du marché pour en profiter, sans s’interroger sur le paradoxe que représentent des taux obligataires si bas – passés en dessous de 2% pour les titres espagnols et italiens à dix ans – au sein d’une telle situation d’incertitude et de risque. Que représentent ces taux, si ce n’est l’expression même de l’anormalité de la situation ?

Comme les données de l’Autorité bancaire européenne le montrent, les achats de la dette souveraine nationale ont fortement progressé depuis septembre 2011, comparés à décembre 2013. Non seulement en Espagne et en Italie, mais également en France. Dans ce dernier cas, les progressions sont éloquentes : +40 milliards d’euros pour le BPCE, +25 milliards pour le Crédit Agricole et +15 milliards pour la Société Générale.

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La gauche radicale a raison à propos de l’Europe, par Wofgang Münchau

L’article de Wolfgang Münchau intitulé La gauche radicale a raison à propos de la dette de l’Europe, dans le Financial Times d’aujourd’hui, a été traduit en français : on le trouve ici sur le site regards.fr.

Vous n’ignorez sans doute pas que la position qu’il approuve rejoint celle que je défends ici-même depuis plusieurs années sous le nom de « défaut généralisé de la zone euro ».

Je la proposais pour la première fois le 24 juillet 2012, sous l’intitulé : LE SEUL MOYEN QUI RESTE ENCORE DE SAUVER L’EURO ; on la trouve ici en anglais : THE ONLY REMAINING MEANS OF SAVING THE EURO.

J’ai défendu la même position le 5 novembre 2013 devant le Parlement européen, ici : Taux d’intérêt et situation de la zone euro (I) Le cadre théorique et là : Taux d’intérêt et situation de la zone euro (II) Le cadre restreint des alternatives ; le texte en anglais s’intitule : The Future of the Eurozone from an Interest Rate Standpoint.

Et j’y suis revenu dans Penser l’économie autrement, avec Bruno Colmant, publié chez Fayard en septembre.

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Les propositions de Paul Jorion et Bruno Colmant dans « Penser l’économie autrement » (IV) Effacer la dette

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Mais un défaut de paiement, ce serait une catastrophe pour les banques qui détiennent la dette mais aussi pour les particuliers, rentiers ou pas, qui détiennent des obligations étatiques.

Paul Jorion : C’est toutefois la seule façon de remettre les compteurs à zéro et de repartir sur des bases assainies. De toute manière, le défaut de paiement est déjà à mes yeux la réalité sous-jacente.

Bruno Colmant : Il est intéressant de noter que les rentiers ne constituent plus une classe sociale segmentée, puisque nous sommes tous débiteurs et créanciers d’un système d’impôts, de cotisations, de transferts sociaux et de pensions. De surcroît, si la solution est d’appauvrir les rentiers, ces derniers sont dilués dans toute la population au travers de systèmes de pensions et de protection fondés sur la répartition collective et non pas sur la capitalisation individuelle.

En d’autres termes, la dette publique a « déstratifié » les classes sociales. Nous sommes solidairement liés les uns aux autres dans un inextricable imbroglio intra- et intergénérationnel, à savoir un schéma sociologique compliqué qui assure un certain ordre social en empêtrant chaque citoyen dans une relation compliquée à l’État.

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Les propositions de Paul Jorion et Bruno Colmant dans « Penser l’économie autrement » (III) Le défaut sur la dette est-il inévitable dans la zone euro ?

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Il est paradoxal de constater qu’aujourd’hui, avec une dette de 92,6 %, la zone euro ne pourrait pas intégrer… la zone euro. Nous sommes en effet très éloignés des 60 % requis par le Traité de Maastricht. Aujourd’hui, la zone euro devrait consacrer un an de sa production pour rembourser sa dette. Est-ce tenable ?

Bruno Colmant : Et les chiffres qui sont cités ne tiennent même pas compte du surcoût des pensions lié à une espérance de vie plus longue !

Toute dette doit être mesurée de manière prospective. Il s’agit d’évaluer sa soutenabilité ou supportabilité dans le futur et de mesurer la prospérité qu’elle est censée avoir créée. Si un pays affiche une dette de 200 % du PIB mais que l’on y découvre par exemple un important gisement de pétrole, le problème est évidemment moins aigu. Mais si la soutenabilité n’est pas assurée, cette dette peut être remise en cause et disqualifiée. Dans la zone euro, je pense que l’on ne pourra pas imposer cette soutenabilité aux générations futures.

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Explication de la dette publique à l’intention des ingénieurs du son, par Antoine Fontaine

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

De la même façon que François Quesnay (1694-1774) voyait des analogies entre la circulation des flux financiers dans l’économie et la circulation du flux sanguin dans le corps humain, on peut voir des similitudes dans l’emballement de la dette et l’effet larsen en sonorisation.

Un chanteur est sur scène. Il a un microphone qui capte le son de sa voix et un haut-parleur à ses pieds appelé « retour de scène » dirigé vers ses oreilles (et donc vers le microphone) qui lui renvoie le son de sa voix pour qu’il arrive à s’entendre distinctement. L’ingénieur du son va envoyer une certaine quantité, un certain pourcentage de signal, de son provenant du microphone dans le haut-parleur. Ce son arrivera au micro et s’ajoutera au son capté par le microphone. Il y a un phénomène de boucle qui se produit.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 24 OCTOBRE 2014 – (retranscription)

Le temps qu’il fait le 24 octobre 2014. Merci à Olivier Brouwer pour la retranscription.

Bonjour, nous sommes le vendredi 24 octobre 2014. Et ce dont je voudrais vous parler, c’est de mon intervention, hier, sur Euronews. Le fait que j’étais en studio avec madame Audrey Tilve, à commenter l’arrivée des participants au sommet européen.

Et alors, c’est un peu, pour quelqu’un comme moi qui pose un regard critique sur la manière dont on envisage les choses, c’est un petit peu casse-gueule, parce que les questions qu’on vous pose, c’est par exemple, voilà : « Ils veulent se mettre d’accord sur une diminution de 40 % d’émissions de CO2 d’ici 2025, est-ce que vous croyez qu’il serait possible de se mettre d’accord sur un compromis à 37 % ? »

Et alors là, vous êtes obligé d’avoir l’air de pas jouer le jeu, puisque vous répondez d’emblée en disant : « Eh bien écoutez, j’aimerais qu’on me prouve d’abord qu’une diminution de 40 % assurerait la survie de l’espèce à la surface de la planète. » Alors là, on vous regarde en se disant : « Bon, est-ce qu’il va jouer le jeu ou est-ce qu’il ne va pas jouer le jeu ? »

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LES NOUVEAUX INSTITUTEURS, par Jeanne Favret-Saada

Billet invité.

Gros titre en première page du Monde : « France, Italie : l’offensive des mauvais élèves contre l’Europe« .

Et au cas où l’on n’aurait pas bien compris, l’article suivant : « Les réformes d’abord, les demandes de dérogation ensuite ».

Hollande serait-il le seul à n’avoir pas compris le scrutin municipal ?

A ce sujet, un intervenant sûr d’avoir raison a dit sur une radio : « Hollande a été sanctionné pour n’avoir pas appliqué les règles d’austérité, puisque la grande majorité des électeurs ont voté à droite. »

On assiste en ce moment à une grande opération de brouillage, qui prélude peut-être à la réforme du langage qu’avait enregistré Klemperer à propos de l’allemand dans « LTI, Lingua Tertio Imperii ».

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Solder la faillite des États-Unis d’Amérique, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Le financement de la république impériale étatsunienne par la création monétaire oligarchique est la clé d’intelligibilité historique de la déroute financière d’aujourd’hui.

Schématiquement les États-Unis ont achevé la construction de leur empire intérieur en même temps que les grandes puissances européennes ont achevé leurs empires coloniaux. Tout le monde s’est retrouvé en 1914 à court de conquêtes pour gager les politiques monétaires.

Après le pari financier perdu de la première guerre mondiale, la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis ont cru résoudre leur problème monétaire en prenant des gages sur l’empire allemand vaincu en 1918. Les dettes publiques et internationales adossées à la guerre ont donné l’effondrement financier mondial de 1929 et la deuxième guerre mondiale comme annoncés par Keynes en 1919 dans « Les conséquences économiques de la paix ».

En 1945, les États-Unis qui n’ont jamais pensé les conditions de la stabilité monétaire ont profité de leur super puissance pour étendre au monde la fuite en avant qu’ils pratiquent depuis leur indépendance. Les terres du Far West sur lesquelles était gagé la dette publique fédérale ont été remplacées par l’armée étatsunienne protégeant les investissements et les dividendes de la croissance économique dans le monde entier.

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2015 : DE GIGANTESQUES EFFACEMENTS DE DETTES PUBLIQUES, par Bruno Colmant

Billet invité. A paru le 30 août sur son blog de L’Écho.

Phase intermédiaire :

Chypre est la première opération Gutt du 21ème siècle

En 2015, la dette publique de la zone euro devrait frôler 100 % du PIB, auxquels il faut ajouter l’endettement caché, c’est-à-dire la partie non financée du coût du vieillissement de la population. En un an, les dettes publiques européennes ont augmenté de 400 milliards d’euro et, depuis 2007, de 3.000 milliards d’euro ! Les critères de Maastricht ayant fixé le seuil d’une dette publique supportable à 60 % du PIB, cela signifie que l’excédent de la dette publique européenne atteint aussi 3.000 milliards d’euro, soit l’équivalent du PIB allemand. C’est insupportable.

La question n’est plus de savoir si les Etats de la zone euro sont en défaut : la plupart le sont sociétalement dans la mesure où le poids des dettes publiques n’est plus transposable dans le futur. Car ce n’est pas la dette, en tant que telle, qui importe, mais sa cohérence avec la prospérité et les revenus futurs. Or la dette publique ne bénéficie plus en rien aux générations futures, alors que le remboursement est mis à leur charge. Cette dette ne finance d’ailleurs plus des investissements mais des transferts. Au surplus, comment expliquer qu’une crise de l’endettement se règle à coups de rigueur budgétaire et de chômage, c’est-à-dire au détriment de ceux qui devront la rembourser ?

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Une autre approche pour une sortie de crise, par Rémi Chanrion

Billet invité.

Lorsqu’un gouvernement souhaite résorber sa dette publique, il cherche, le plus souvent, à diminuer le poids de son déficit public, dit autrement, de sa dette annuelle. Pour ce faire, il utilise deux leviers à sa disposition. A savoir l’augmentation des impôts et la réduction des dépenses. La méthodologie classiquement utilisée pour réduire les dépenses publiques est la suivante. Elle consiste dans l’examen des différents postes de dépenses (Education, Intérêt de la dette, Famille, Santé, Défense nationale etc.). Cet examen met alors en évidence les postes de dépenses qui pèsent le plus sur la situation financière du pays. Ils subiront alors une diminution de leur montant. Cette méthode qui entraine une baisse de la demande, dont découle un affaiblissement de la croissance, et qui aboutit à accroissement de la dette du pays est contreproductive, lorsqu’elle appliquée à la réduction des dépenses publiques.

Elle gagnerait, en revanche, à être appliquée aux agents économiques constitués par les ménages. Ainsi, il conviendrait, dans un pays donné, soucieux de réduire son déficit public tout en conservant, ou en augmentant, sa croissance, de procéder à l’examen de l’ensemble des postes de dépenses qui pèsent, non plus sur les comptes de l’Etat, mais désormais sur le portefeuille d’un ménage moyen. Et cela dans le but d’en faire ressortir les éléments pesant le plus sur le pouvoir d’achat du dit ménage. Ces dépenses sont classiquement, en mettant volontairement de côté la problématique complexe du prix des loyers, l’alimentation, le paiement des différents services nécessaire à l’activités du ménage (l’eau, électricité, moyens de communication constitués par la téléphonie et internet).

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L’actualité de demain : COMMENT NE PAS SORTIR DU CADRE ? par François Leclerc

Billet invité.

Présentée comme étant un laboratoire de la crise tant qu’il était espéré que l’expérimentation engagée allait bien se passer, la Grèce a perdu ce statut auquel l’Espagne est désormais en mesure de prétendre, tel un modèle à suivre dans la décennie perdue qui s’annonce.

Selon le FMI, le pays doit se préparer à une longue période de croissance anémique n’atteignant pas 1%, avec comme conséquence le maintien du chômage au dessus de la barre de 25%, soit 6 millions d’Espagnols (il est actuellement de 26,2%). Afin de « générer de l’emploi et de la croissance », le fonds préconise de prendre davantage de mesures d’assouplissements du droit du travail, présentées comme abaissant les barrières à l’embauche et au licenciement, en diminuant la précarité des contrats temporaires pour réduire la protection des contrats permanents. Car, remarque-t-il, « le poids de l’ajustement [fiscal] continue de reposer sur les employés temporaires et jeunes ». Il faut donc mieux le répartir, au prétexte d’améliorer la consommation et de favoriser la relance (et de rendre la situation sociale moins explosive).

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Taux d’intérêt et situation de la zone euro (II) Le cadre restreint des alternatives

Le cadre théorique ayant été posé, nous disposons des éléments qui nous permettent de faire un exposé à la fois cohérent et suffisamment complet de la situation présente de la zone euro pour évoquer ensuite la dynamique des cas de figure envisageables.

L’originalité de la zone euro réside dans le fait qu’à la zone économique dont l’euro est la devise ne correspond pas une zone unifiée d’un point de vue fiscal et que du coup, les dettes souveraines libellées en euro des différents pays de la zone se voient associer des primes de crédit et de convertibilité propres, reflétant la santé économique et financière spécifique de chacun des pays. Cet aspect de la question, qui est aujourd’hui la source de tensions susceptibles de faire exploser la zone, a été ignoré par les architectes de l’euro qui ont imaginé que l’unité fiscale se ferait d’elle-même et que l’on tendrait pour les pays de la zone à un taux d’intérêt unique par maturité, les primes de crédit et de convertibilité étant de facto de valeur zéro pour l’ensemble des pays constitutifs de l’union. À l’origine d’une telle candeur se trouvait l’optimisme qui a présidé à la création de la monnaie commune.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » : Dette (de l’État), par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité. Après la version sortie en salle le 11 juillet, voici le « Director’s cut ».

Dette (de l’État) : Artifice par lequel le gouvernement mal élu d’un État prétendument souverain masque à son peuple le tribut qu’il verse à un Empire insaisissable, celui de la finance internationale, dont le triomphe tient moins à des victoires éclatantes qu’à la faible combativité de ses adversaires déclarés. Payer sa dette, si possible sur une durée tendant vers l’infini et par le biais d’un service dit « de la dette » mis sur le même plan que les dépenses nécessaires du budget de l’État, cela s’appelle, dans la novlangue ministérielle, « honorer ses engagements », comme s’il s’agissait d’un règlement entre gens d’honneur où la cupidité n’eût aucune part. Autant organiser vos obsèques avec des vautours en feignant de croire qu’ils attendront que vous soyez tout à fait mort pour passer à table. Puisque la lâcheté, dans les cercles décisionnaires, distingue l’homme d’honneur, décrétons que le défaut sur la dette signale l’homme de qualité.

Des hommes de qualité, il s’en est trouvé et il s’en trouve encore heureusement quelques-uns. Ils se sont glissés parmi les acéphales ectoplasmiques qui incarnent la politique pour leur rappeler que ce n’est rien de l’incarner si on ne l’anime pas. La liste est longue des hommes et femmes politiques animés qui ont dénoncé les « dettes odieuses » (Alexander Nahum Sack), autre nom des ardoises laissées par les dictatures, friandes de projets pharaoniques et de matériels létaux dernier cri (d’agonie) dont l’utilité ne saute aux yeux du citoyen qu’en les lui arrachant. À côté des dettes odieuses, on rencontre – bonjour, désenchanté de vous connaître – les dettes illégitimes, qui ne sont pas forcément des dettes à taux variables usuraires, mais le plus souvent des dettes qui n’en finissent pas de rouler et d’amasser mousse. Cette mousse amalgame la dette publique et la dette privée.

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DETTE PUBLIQUE : LA SEULE APPROCHE RAISONNABLE, par Zébu

Billet invité.

Le débat sur l’étude de Reinhart et Rogoff, portant sur les erreurs d’appréciation de ces deux économistes éminents, qui aurait été utilisée par les gouvernements occidentaux pour justifier les politiques d’austérité mises en œuvre afin d’éviter le précipice, nous avait fait oublier qu’il est bien plus pertinent d’évaluer la méthode et son objectif que ses marges d’erreurs. Car, même en intégrant (ce qu’ont fini par faire les auteurs) les critiques, nous continuons de tourner aux alentours des fameux 90% comme seuil de criticité.

90%, c’est rassurant : ce n’est pas la totalité, ou pire encore, le surendettement. ‘Il reste de la marge’, pourrait-on dire, ‘du grain à moudre’ pourrait répondre le FMI. Mais ce 90%, qu’il soit ‘réellement’ à 85% ou à 92%, n’en sort pas moins d’un mode de calcul qui ne signifie pas grand chose : un ratio entre la dette publique et le PIB, comme si on pouvait comparer la dette d’un Etat avec ce qu’un pays tout entier produit en une année …

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Exercice de style : POUR UN VIBRANT ÉLOGE DE LA DETTE ! par François Leclerc

Billet invité. Edit du 30/05/13 : En préconisant la dette perpétuelle, je dois le reconnaître, je plaisantais ! Mon intention était de pousser le raisonnement à son propos jusqu’au bout. J’évoquais la possibilité de commissionner les émetteurs de ce genre de titres obligataires, au prétexte qu’ils permettaient aux investisseurs d’accroître leur implication sur des marchés à haut rendement ; cela pouvait mettre la puce à l’oreille, d’autant que j’avais changé en « Exercice de style » l’habituel « L’actualité de demain » de la chronique !

Que penser de la dette perpétuelle ? Que son émission règle par construction le problème de son remboursement, mais que cela n’est pas souhaitable dans une situation marquée par l’hypertrophie des actifs financiers (rapport de un à dix par rapport à « l’économie réelle » mesurée en termes de PIB). Une restructuration s’appuyant sur une remise de peine (décote) aurait au contraire comme conséquence de réduire le volume de ces actifs, ce qui serait une mesure de salut public.

Nous vivons un effroyable malentendu ! Tous nos efforts visent à difficilement rembourser une dette plantureuse que nous devrions au contraire chérir, et il en résulte une détérioration de l’activité économique et de la vie de dizaines de millions de gens. Tout cela parce que nous ne raisonnons pas comme il faut !

Posons le problème correctement. Le monde financier vacille à l’idée que la dette pourrait ne pas être remboursée, les débiteurs insolvables pour avoir trop emprunté. La solution est pourtant simple : il suffirait de restructurer cette dette en la transformant en dette perpétuelle. Qu’est-ce donc qu’une dette perpétuelle ? C’est une dette que l’on ne rembourse jamais, mais dont on règle les intérêts. Ainsi, pas de risque de défaut. Cette formule a d’ailleurs déjà été utilisée lorsque l’endettement devenait trop important, au lendemain d’une guerre par exemple. David Cameron, le premier ministre britannique, y a incidemment récemment fait référence.

Avant de voir tout l’intérêt d’une telle démarche, revenons un peu en arrière. À quoi sert la dette ? À assurer le financement des déficits des États et des particuliers, apportant ainsi sa contribution au bon fonctionnement de la société. Mais elle a une autre fonction, quand il s’agit de la dette publique : elle sert de point d’appui au système financier, étant donné la garantie de remboursement à laquelle elle est normalement associée. Supprimez cette garantie, et c’est le grand chambardement assuré dans celui-ci, on en a actuellement une idée ! C’est donc une fausse piste.

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