Archives par mot-clé : dette publique

LA LIBRE BELGIQUE, 2013 : LE DÉFI DES DETTES PUBLIQUES, par Paul Jorion et Bruno Colmant, le 23 février 2013

OPINION

2013: le défi des dettes publiques

Une opinion de Paul Jorion, anthropologue, chargé de cours à la VUB, et Bruno Colmant, économiste, chargé de cours à l’UCL.

Il y a, bien sûr, un ralentissement généralisé du rythme de croissance mondiale, phénomène classique de tassement conjoncturel qui succède avec la régularité du pendule aux périodes de crédit excessif, comme celle qui a caractérisé la période 2001-2007, périodes de surexploitation de l’effet de levier qu’autorise l’endettement, débouchant sur un “moment Minsky”. Un tel “moment” s’exprime par un retour brutal au seul roc solide de l’économie : celui de l’argent sonnant et trébuchant, alors que les reconnaissances de dette – qui étaient fondées sur des châteaux en Espagne – feront apparaître, dans la vérité de leur prix, la différence qui existe entre la richesse qui a véritablement été créée et celle qui ne reposait que sur des espoirs infondés.

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LE MONDE-ÉCONOMIE, C’est aux États-Unis qu’a lieu le débat droite-gauche, lundi 14 – mardi 15 janvier 2013

C’est aux Etats-Unis qu’a lieu le débat droite-gauche

On avait l’habitude de dire qu’il n’existe pas, aux Etats-Unis, une gauche et une droite comme en France, les partis démocrate et républicain étant pratiquement interchangeables. Pour autant que l’opinion ait été justifiée à l’époque où on l’émettait, les événements récents, outre-Atlantique, autour de la “falaise fiscale”, et en France, avec le cadeau de 20 milliards d’euros offert aux entreprises par le pacte de compétitivité, suggèrent qu’elle a en tout cas cessé d’être vraie, voire même que la situation s’est entièrement inversée.

Un accord est intervenu aux États-Unis durant la nuit de la Saint-Sylvestre sur ce qu’on appelle en effet, la « falaise fiscale » : un ensemble de mesures dont la liste avait été rédigée en août 2011 comme entrant automatiquement en vigueur le 1er janvier 2013 au cas où un accord entre démocrates et républicains ne serait pas intervenu entre-temps pour maîtriser la hausse inexorable de la dette publique.

Le plafond de la dette publique est déterminé aux États-Unis par la loi or, ayant été atteint au printemps 2011, il fallait impérativement le relever. Un accord de dernière minute était intervenu au début du mois d’août, consistant essentiellement à remettre la solution des questions épineuses à plus tard. Pour encourager Congressistes et Sénateurs à ne pas temporiser davantage, un brouet empoisonné et dissuasif avait été concocté : un ensemble de mesures inacceptables aux uns et aux autres, qui entrerait automatiquement en vigueur le 1er janvier 2013. Pour dégoûter les démocrates : des atteintes à l’État-providence – ou l’État de Bien-Être, comme l’on dit plus respectueusement là-bas ; pour écœurer les républicains : des coupes sombres des dépenses militaires, des bénéfices des cliniques privées et de l’industrie pharmaceutique dans le cadre de Medicare, l’assurance maladie-invalidité des retraités.

Vu la polarisation de la vie politique aux États-Unis depuis le début de la crise, aucun progrès n’intervint durant la période de dix-huit mois, les deux partis campant sur leurs positions respectives.

Du côté républicain, l’objectif est celui de la réduction progressive de la dette, assorti d’une contrainte supplémentaire : la baisse de l’impôt. Conjointement, les deux soucis impliquent une réduction des dépenses de l’État. La seule variable d’ajustement étant dans ce cas de figure la protection sociale, c’est elle qui ferait nécessairement les frais de l’opération.

Du côté démocrate, dont l’électorat est aujourd’hui constitué massivement de la partie féminine de la population américaine et des minorités hispanique, afro-américaine et asiatique, l’objectif est unique : assurer l’intangibilité de la protection sociale.

La minorité asiatique étant aujourd’hui plus riche que la majorité blanche, l’électeur moyen républicain est plus âgé et plus pauvre que celui du parti démocrate.

L’irréductibilité des positions est évidente : un clivage net existe aujourd’hui aux États-Unis entre une droite et une gauche sur la question de l’État de Bien-Être, dont les modalités et l’extension-même sont considérées négociables par la droite et non par la gauche. Les choix sont désormais des choix de société reposant sur deux analyses aux conclusions irréconciliables : pour les uns, la société est saine mais pénalisée par des impôts excessifs et une protection sociale à la fois inutile et trop coûteuse, pour les autres, le système de partage de la richesse nouvellement créée est déséquilibré : une moitié de la population se partage 2% du patrimoine, tandis qu’1% de la population en détient le tiers, celui-ci, faute d’opportunités d’investissement productif en raison du trop faible pouvoir d’achat de la population dans son ensemble, spécule, déréglant le mécanisme de formation des prix.

Dans un tel contexte d’affrontement, les prétendues « solutions de compromis », qu’il s’agisse de celle intervenue le 2 août 2011 ou le 1er janvier 2013, n’en sont pas véritablement : l’irréductibilité des points de vue interdit tout compromis, et les seuls accords qui puissent être conclus portent sur le fait de reporter à plus tard la recherche d’authentiques compromis, aujourd’hui introuvables, les deux modèles de société en présence étant irréconciliables.

Warren Buffett, le milliardaire d’Omaha, Nebraska, déclarait il y a quelques années que la lutte des classes existe aux États-Unis, que ce sont les riches comme lui qui la mènent, et qu’ils l’ont déjà gagnée. M. Obama disposait d’une majorité de rêve au moment de sa première élection à la Présidence, une majorité authentiquement de gauche pour la première fois dans l’histoire récente des États-Unis. Or son alignement systématique sur des positions de droite, provoquant le découragement de ses partisans, permit au parti républicain de regagner en peu de temps une majorité au Congrès. Paradoxe de plus, mais l’histoire en est faite, c’est la cohabitation qui s’ensuivit et qui se poursuit durant son second mandat, qui a permis aux hostilités de reprendre dans cette lutte dont M. Buffett jugeait prématurément sans doute qu’il s’agissait d’une affaire réglée.

 

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L’actualité de la crise : POURRAIENT VRAIMENT MIEUX FAIRE ! par François Leclerc

Billet invité

L’hypertrophie du monde financier est apparue au grand jour avec la crise, découvrant une gigantesque accumulation de dettes enchevêtrées qui repose sur des garanties de remboursement fragilisées : la dette d’États réputés solvables mais qui le sont de moins en moins.

Afin notamment d’éponger la dette privée et de faire face à la crise économique, les États se sont fortement endettés. Leur dette a brutalement augmenté, et le risque de son non-remboursement également. Le rôle fonctionnel qu’elle jouait s’en trouve fragilisé. La dette souveraine est devenue à son tour objet d’enjeux spéculatifs, perdant à cette occasion son rôle de référence dans la détermination des prix et la valorisation des instruments financiers.

Il faut désormais trouver de nouvelles règles du jeu pour gérer ce marché. Car s’il est possible, veut-on croire, de ne réguler la finance qu’au minimum, c’est une toute autre question quand il s’agit de ses fondements. Alors que les banques centrales, dans leur rôle de prêteur en dernier ressort, assurent la liquidité mais n’ont pas les moyens de régler une crise de solvabilité majeure qui résulte de la disproportion entre la masse de la dette financière et le poids de l’activité économique. À tel point qu’il est même envisagé de faire garantir la dette des banques centrales par les États, en dernière instance, comme s’il fallait encore un échelon au dessus du dernier…

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LE MOMENT DU REFUS, par Zébu

Ô, ce que les hommes osent faire ! Ce qu’ils sont capables de faire ! Ce qu’ils font tous les jours, sans savoir ce qu’ils font !

‘Beaucoup de bruit pour rien’, William Shakespeare.

 

Les laboratoires que demain nous promet sont ceux que nous faisons aujourd’hui. A la lumière de l’expérimentation toujours en cours en Grèce, la plus ‘avancée’ au sein de l’Union Européenne bien que non isolée mais à des degrés divers (Espagne, Portugal, Irlande, entre autres), il est frappant de noter combien la stupeur des populations issue de l’application des politiques d’austérité a permis depuis début 2010 à ce laboratoire-là de dérouler sa procédure, du moins de ‘pousser ses avantages’ devrait-on dire. Car force est de constater aussi qu’en fait de ‘procédures’, qui signifieraient que le laboratoire a déjà pu identifier en amont les objectifs mais aussi les moyens à utiliser pour arriver à ces fins, les étapes, etc., l’improvisation permanente, les cafouillages, les tensions même entre les diverses ‘équipes dirigeantes’ rendent peu crédible l’idée d’une suite logique et prévue de causes et d’effets, d’autant plus avec un système économique et financier aussi instable et complexe comme peut l’être le système actuel.

Le laboratoire d’aujourd’hui est donc improbable, mais bien réel. Ce même laboratoire, qui a servi à tester les multiples réactions sur une surface restreinte (l’économie grecque est une des économies de la zone euro  la plus faible, en volume et structurellement) et sur une longue durée, est appelé à passer bientôt au stade du bilan et de l’évaluation quant aux potentialités de transférabilité à d’autres surfaces, cette fois bien plus importantes. Ce même laboratoire, de bric et de broc, géré par des pieds nickelés, sera un tout autre laboratoire de demain, à la fois parce qu’il bénéficiera des analyses des expériences menées mais aussi de par l’impérieuse nécessité de passer à un niveau autrement supérieur quand il faudra qu’il expérimente sur  la France et in fine, l’Allemagne. Ce qu’ont connu l’Espagne et le Portugal et dans une moindre mesure l’Italie n’est rien quand ces pays devront solliciter un second plan d’aide ou le premier pour certains, plan d’aide qui sera automatiquement conditionné comme les plans d’ajustements structurels de mesures drastiques d’austérité. Comme en Grèce. Et lorsque ces pays y entreront, le poids des politiques d’austérité menées dans des pays ayant une masse économique et financière autrement plus importante que la Grèce viendra inéluctablement aspirer les économies de taille supérieure dans la spirale descendante qu’un tel laboratoire, forcément plus ‘productif’, plus ‘efficient’, continuera de mettre en oeuvre, de ‘mieux en mieux’.

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L’actualité de la crise : POUR PRENDRE UN PEU D’AVANCE ! par François Leclerc

Billet invité

Une farouche compétition est engagée en Europe, afin de ne pas être le pays qui va suivre la Grèce, dont le cas est toujours présenté comme unique et allant le rester. S’efforçant de se présenter sous leur meilleur jour afin de tenter rassurer les marchés, le Portugal, l’Espagne et l’Italie sont sur les rangs.

Les Portugais jouent les bons élèves de la classe, tout en admettant mezzo voce qu’ils ne savent pas comment ils vont pouvoir revenir sur le marché en 2013, laissant entendre qu’une rallonge financière sera nécessaire et que plus de temps sera nécessaire pour respecter les objectifs fixés. L’hypothèse d’une restructuration de la dette plane. Les taux longs sont très tendus sur un marché obligataire à la détente. L’extension du programme leur a d’ailleurs déjà été promise par Wolfgang Schäuble, une caméra qui passait par là l’ayant enregistré au vol à Bruxelles, alors que la Troïka termine à Lisbonne sa troisième mission.

Le pays renoue avec la pauvreté, et parfois la misère, qu’il n’a quitté qu’à la suite de la chute de la dictature en 1974, encore sur la lancée qui s’épuise de la prospérité résultant de l’entrée dans l’Union européenne et de la manne des fonds structurels de Bruxelles. Cette année, l’économie devrait se contracter d’au moins 3 %, le taux de chômage a officiellement atteint en fin d’année dernière le seuil de 14 %. De nombreux signes permettent de reconnaitre la montée de la précarité.

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RESTAURER LA MONNAIE EUROPÉENNE DE L’ESPÉRANCE PARTAGÉE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Dans la crise des dettes publiques en euro, les États tombent les uns derrière les autres dans l’illiquidité. L’illiquidité financière exprime la perte de la logique du prix dans l’ordre de la démocratie et des causes du prix dans l’ordre de l’économie. La crise des subprimes avait produit ses effets sur les banques à partir de 2007 ; elle les produit aussi sur l’ensemble des États du monde depuis l’été 2011.

La démocratie abolie par la finance

L’illiquidité signifie que des délais de paiement exceptionnels sont demandés aux créanciers, c’est à dire à tous les titulaires de droit assortis d’un prix fixé dans le passé. Pour éviter que ces délais soient assimilables à des défauts de crédit, les banques centrales accordent depuis 2007 des prêts exceptionnels aux banques. Ce faisant, la relation logique entre les prix et le droit se distord. Les faits apparaissent contradictoires dans l’ordre juridique et dans l’ordre économique : la réalité financière n’est plus compatible avec la réalité non financière.

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LE GRAIN DE SABLE GREC

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Depuis le début de la crise, le parallèle qui s’impose est celui d’un « processus critique » : un processus qui conduit inéluctablement à l’effondrement, mais dont le timing est incertain, trop d’impondérables intervenant dans les effets globaux constatés. Et ici, l’image le plus souvent utilisée est celle d’un tas de sable bâti par des enfants : la prochaine pelletée fera-t-elle s’élever le tas, ou bien s’en effondrer un grand pan ? Impossible à dire : trop d’éléments interviennent qui détermineront si le scénario aura un aboutissement positif ou négatif : en fait, chacun des grains de sable concernés aura un rôle à jouer.

C’est là le message que j’adressais il y a quelques temps aux élèves d’une école dont on m’avait dit : « Attention : ils sont un peu déprimés ! », je leur avais dit : « Nous sommes, chacun d’entre nous, l’un de ces grains de sable, et nous entrons dans une période exaltante où chacun a la capacité de faire la différence dans le grand tournant historique où nous nous retrouvons à notre corps défendant ».

La décision de Georges Papandréou hier, de soumettre les décisions européennes relatives à la dette de la Grèce à référendum dans son pays, constitue en soi une pelletée dans la construction du fort : parviendra-t-elle à hausser la forteresse européenne ou bien sera-t-elle celle qui la fera s’écrouler pour de bon ? Le peuple grec ne pouvait plus s’exprimer que dans la rue et le voilà de retour aux urnes, comme il sied d’ailleurs en démocratie, mais l’Europe des marchands, vaste construction bureaucratique à l’usage du 1% au sommet, pourra-t-elle tenir le choc ?

Là où j’écris, c’est aujourd’hui la Toussaint. Les chrysanthèmes jaune éclatant dans le jardin sont là qui me le rappellent. Certaines Bourses ne vont cependant pas tarder à s’ouvrir ici et là dans le monde et ne tarderont pas à nous faire connaître leurs pensées profondes à propos du grain de sable grec.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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CAPITAL.fr, “Les politiques doivent reprendre le pouvoir aux marchés financiers”

Capital.fr : Depuis le début de la crise, les gouvernements semblent impuissants face aux marchés. Est-il encore possible de réguler le système financier ? 

Paul Jorion : Par simplicité et pour entretenir le flou, les politiques emploient le terme générique de « marché ». La plupart des acteurs sont pourtant bien connus et encadrés. Mais il existe aussi le « shadow banking », ces intervenants de l’ombre dont beaucoup d’opérations sont spéculatives et transitent via les paradis fiscaux dans le plus grand secret. Ce sont eux que nos dirigeants s’étaient engagés à contrôler. Mais les belles paroles de 2008 sont restées lettre morte. Tout d’abord, ils n’ont pas forcément intérêt à les réglementer : ils se mettraient, en effet, à dos les grandes fortunes et les entreprises qui se servent des paradis fiscaux pour optimiser leur fiscalité. Et même s’ils le souhaitaient, les gouvernements auraient le plus grand mal à réformer le système financier, car c’est lui qui a désormais pris le pouvoir.

La suite en ligne.

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CHANGER DE PARADIGME : LA RESPONSABILITÉ UNIVERSELLE COMPENSÉE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

La dégradation début août 2011 de la note de crédit public des États-Unis marque une rupture systémique. Le prix des dettes publiques n’est plus nulle part un étalon stable de la monnaie. Il n’existe plus de créance légalement sûre pour comptabiliser des anticipations financières rationnellement certaines. Les États garants de la loi sont en conflit sur leurs propres dettes. Le calcul économique des prix est universellement flottant ; susceptible d’être corrompu par n’importe qui, n’importe où, n’importe quand sur n’importe quoi.

La décision économique est désormais un acte totalement subjectif. Les critères objectifs du prix ne sont plus partageables hors l’accord bilatéral constamment renouvelé entre l’acheteur et le vendeur. L’inscription des accords de prix dans les bilans financiers n’offre plus de garantie sur la réalité. Le capital n’est indiscutable dans son existence qu’adossé à des actifs physiques.

Le système en défaut est celui du crédit nominal dans des prix non vérifiables par un arbitre impartial. Sans l’intermédiation du marché explicitement arbitré par le bien commun public, les échanges sont inéluctablement asymétriques. Les défauts des objets livrés et les défauts d’application du droit dans les prix sont portés par les contreparties les plus faibles.

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QUE VA-T-IL SE PASSER CONCRÈTEMENT QUAND TOUT ÇA VA CASSER ?, par Pierredev

Billet invité

Ingénieur de formation, j’écoute et je lis le blog depuis quelques semaines, espérant arriver à comprendre au moins les grandes lignes de « comment marche le grand Monopoly de l’économie et de la finance ». Or plus j’avance et moins je comprends (sinon que lorsque toutes les cases sont couvertes d’hôtels au Monopoly, on recommence à zéro avec redistribution des cartes).

Je vous livre ces quelques réflexions de candide que tout ce fourbi m’inspire :

1) L’imbrication entre un système dérégulé et sans véritable patron (la finance mondiale) et des politiques élus ayant délégué une partie de leurs pouvoirs à des bureaucrates, ne permet pas d’espérer une réforme du système de l’intérieur ni par l’un ni par l’autre camp, malgré les belles paroles (discours de Toulon par exemple).

2) Puisqu’il est exclu que le changement vienne de l’intérieur du système et que, comme de nombreux intervenants l’ont à juste titre souligné, le changement ne viendra pas non plus de l’extérieur tant que les ventres seront encore suffisamment remplis, la voie du changement la plus probable est un collapse « naturel » du système (un peu comme en 1929 ?). Mais comme le monde a « légèrement » changé depuis (triplement de la population mondiale, concentration citadine, dépendance généralisée à l’énergie, émergence de la Chine et des autres pays du BRIC, transfert rapide de technologies, vitesse de l’information et des échanges tendant vers une égalisation des savoirs et des aspirations etc. etc.), quelle forme peut prendre un tel collapse aujourd’hui ?

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POUR UNE CONTRIBUTION « HABITUELLE » DES PLUS FORTUNÉS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Devant l’appel de seize riches Français pour une contribution « exceptionnelle » de leur part à la guerre contre la dette publique, la première réaction pourrait être le scepticisme, voire la moquerie. Si en effet le mal est chronique, pourquoi la contribution devrait-elle être exceptionnelle ? Si le problème est constant, pourquoi le « sacrifice » – qui à ce niveau là de fortune n’en est pas véritablement un – devrait-il être lui ponctuel ?

Autre dimension à la question : il est tentant de rapprocher la signature de l’appel par Maurice Lévy, P-DG de Publicis, des propos qu’il a tenus dans une tribune libre du Monde il y a moins d’une semaine, où il réclame à demi-mot d’achever le programme néo-libéral avant de se perdre plus avant dans d’oiseuses considérations. « Une profonde réforme de nos structures administratives et de nos systèmes sociaux, écrit-il, au besoin et en complément, par un programme de privatisation dédié exclusivement au désendettement… réduire sensiblement les coûts des charges qui pèsent sur les salaires », sans pour autant porter la moindre attention à ces derniers. Le rêve de Hayek donc, enfin réalisé, en échange d’un impôt « exceptionnel » affectant quelques riches Français ? On a connu des marchés de dupes beaucoup moins choquants, et François Leclerc a raison d’ironiser quand il écrit :

« Appel éminemment louable bien entendu dans son esprit, mais à condition sans doute d’en ignorer les termes : la contrepartie exigée, si l’on comprend bien, par Maurice Lévy, au nom de ces seize riches Français : « une vraie, une sérieuse, une profonde réforme de nos structures administratives et de nos systèmes sociaux, pour pouvoir à l’avenir réduire drastiquement nos coûts… ». Pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, il ajoutait : « Osons nous attaquer aux vaches sacrées ». Décidément, les grands gestes généreux et désintéressés ne sont plus ce qu’ils étaient ! »

Et pourtant ! Et pourtant, il suffit de lire ce qu’écrivent quelques autres « très hauts revenus » français cet après-midi : ceux qui refusent de signer l’appel, pour que tout fin sourire qui pourrait encore égayer notre visage se fige aussitôt. Car le gouffre qui sépare les seize signataires de cet autre type de riches est profond. Jugez-en plutôt !

Bertrand Puech et Patrick Thomas, Gérants d’Hermès : « Notre seul souhait est que la charge fiscale soit appliquée sur tous les revenus afin de ne pas conduire à la vente forcée d’entreprises. L’effort des mieux nantis doit être suffisamment clair pour être perçu et compris par tous ». Autrement dit : « Il y a les bons et les mauvais super-riches. Nous, on est les bons, aussi, fichez-nous la paix ! »

Et Claude Bébéar, Président de l’Institut Montaigne : « Rapporter ces enjeux vitaux à la simple instauration d’une taxe exceptionnelle sur les riches me paraît dangereusement démagogique ». Autrement dit : « Circulez, y a rien à voir ! »

Ou encore, Henri de Castries, P-DG d’Axa : « La priorité du pays n’est pas une taxation supplémentaire, fut-elle symbolique, des “riches”. Le texte […] donne […] le sentiment que la solution à nos difficultés passe avant tout par une “amende honorable” d’une minorité ». Autrement dit : « C’est pas aux riches d’avoir honte ! ». Laurent Joffrin mentionne aussi parmi les exigences de de Castries : « modération salariale et flexibilité de l’emploi », autrement dit, et plus brutalement : « Les pauvres peuvent encore faire davantage ! ».

C’est le même Laurent Joffrin qui commente dans les colonnes du Nouvel Observateur : « Les uns y verront une avancée dans la bonne direction, les autres une simple gesticulation destinée à faire oublier une injustice fondamentale. »

Alors ? Une initiative à simplement ignorer, parce qu’il ne s’agirait que de grandes fortunes dont les unes ont le cran de dire : « Casse toi ! », tandis que les autres se sentent obligées de s’écraser parce que les circonstances de l’heure l’exigent et que faire autrement passerait pour de la provocation pure et simple ? Difficile de trancher tant qu’il reste cet « exceptionnel » dans l’expression « contribution exceptionnelle ».

Joffrin écrit : « Ce n’est pas la nuit du 4 août 1789 et Maurice Lévy, président de Publicis, n’est pas le vicomte de Noailles montant à la tribune de l’Assemblée pour proposer l’abolition des privilèges ». En effet, pour que la comparaison s’impose, il faudrait que l’« exceptionnel » se métamorphose en « habituel ».

Ils ne sont que seize en faveur de la « contribution exceptionnelle », combien seront-ils à sauter le pas et se porteront volontaires pour une « contribution habituelle » de ceux qu’ont eu de la chance, en faveur de ceux qui n’en ont pas eu ? Appelons-les à être plus nombreux : il n’y a pas de honte à être un vicomte de Noailles.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’EUROPE À DEUX DOIGTS DU DÉSASTRE, par Alexandre Letourneau

Billet invité

Ce qui se joue actuellement n’est plus ni moins que l’avenir de l’Europe. Ce que la plupart des gens ignorent, c’est que son destin est lié à celui de la France. En effet, afin de contenir les flots de ventes des obligations de pays en difficulté tels que l’Italie, la Grèce, l’Espagne et l’Irlande, l’Europe a mis en place le FESF (fonds européen de stabilité financière). Son but est de racheter les obligations des pays européens en difficulté. Très vite, le fonds a connu ses premières difficultés : initialement prévu pour 440 milliards d’euros, il a vu sa taille fondre à 255 milliards. En effet, seuls les pays ayant une notation triple A ont eu le droit de se porter garants (la France, l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Finlande). Le 11 mars 2011, sous la pression des marchés financiers, les États ont décidé d’augmenter la taille effective jusqu’à 440 milliards poussant l’Allemagne et la France à faire le grand écart. Hélas, 440 milliards, c’est à peine suffisant pour aider la Grèce. En cas de contagion de la crise à l’Espagne ou à l’Italie, le FESF est dans l’incapacité de faire quoi que ce soit.

Dans les faits, la France et l’Allemagne sont les principaux contributeurs au FESF (la contribution étant calculée en fonction de la quote-part dans la banque centrale européenne). Son principe est celui d’un montage financier qui consiste à permettre à des emprunteurs en situation de défaut de paiement de « redorer » leur signature en mutualisant le risque. Cela ne résout en rien le problème de la dette mais permet de gagner du temps. À ce jour, le FESF est la dernière carte à jouer de l’Europe.

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