Penser tout haut l’économie avec Keynes, le 2 septembre 2015

Un extrait du Chapitre 4 – Keynes, un socialiste loup solitaire

jorionKeynes n’est pas un révolutionnaire : la représentation qu’il se fait d’une société viable est une société, sinon du consensus, du moins du dissensus minimal : où l’on est parvenu à minimiser le volume du ressentiment global. Sa méfiance envers les révolutions s’alimente des conclusions auxquelles il aboutira dans les recherches qui débouchèrent en 1921 sur son Treatise on Probability, à savoir qu’il est extrêmement difficile de prévoir l’avenir.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE (JEUDI) 16 AVRIL 2015 – (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le (jeudi) 16 avril 2015. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, nous sommes le jeudi 16 avril 2015, et d’habitude, je fais cette vidéo, vous le savez, un vendredi, parfois au prix d’efforts désespérés pour y arriver, et demain, c’est absolument impossible, donc je la fais jeudi. Pourquoi ? Parce que demain, je serai essentiellement dans le train, avec un petit séjour à Paris, entre la Bretagne et Bruxelles. Pourquoi Bruxelles, eh bien parce que lundi, je donne un cours à la V.U.B. (Vrije Universiteit Brussel), c’est à 16h, c’est ouvert au public et ce sera consacré à la crise des subprimes. Et samedi, samedi nous avons une réunion au Vicomte, à Ixelles, à 17h30, [de] 17h30 à 22h. Nous nous réunissons, et, bon, on est [dans la troisième ou peut-être même] dans la quatrième année, mais ça marche, ça marche bien, et venez si vous êtes par là.

Mon séjour à Paris, mon petit séjour à Paris entre la Bretagne et Bruxelles, ce sera pour discuter d’un projet de nouveau livre. Et ce projet de nouveau livre, j’en parle plus ou moins dans des billets déjà, j’évoque ça aussi parfois déjà dans des vidéos, mais le fait est que j’ai changé. Depuis que j’ai mis les idées sur le papier, que j’en ai fait une sorte de sommaire qui allait me guider, une table des matières, eh bien, ma conception de ce qu’il faudrait faire a évolué et c’est de ça que je voudrais vous parler.

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Séance de discussion à Ars Industrialis, Prix / valeur – Droit au revenu, le 21 mars 2015

Ouvert aux commentaires.

La séance de discussion à Ars Industrialis du 21 mars 2015. Y participaient, Olivier Laudau, Simon Lincelles, François-Xavier Petit, Christian Faure, Julien Gautier, Paul-Emile Geoffroy, Vincent Puig, Colette Tron, Franck Cormerais, Arnauld de l’Epine, ainsi que moi-même.

Ma propre communication (2ème partie de la discussion) : Valeur / Prix / Création de valeur

La communication de François-Xavier Petit (1ère partie de la discussion) : Droit au revenu dissocié du revenu de l’emploi salarié

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Le Monde, La BCE dans le brouillard des marchés, mardi 17 mars 2015

La BCE dans le brouillard des marchés

John Maynard Keynes observait en 1923 dans son Tract on Monetary Reform que « la déflation implique un transfert de richesses du reste de la communauté vers la classe des rentiers et vers tous ceux qui détiennent des titres. Elle implique en particulier un transfert du groupe des emprunteurs, c’est-à-dire dire des commerçants, des industriels et des fermiers, vers le groupe des prêteurs, autrement dit un transfert de richesse de la population active à la population inactive ». En effet, les prix étant demain moins élevés qu’aujourd’hui, pourquoi ne pas attendre avant d’acheter ? Ceci débouche sur des carnets de vente moins fournis, des usines qui ferment, et des travailleurs à la recherche d’emploi.

La menace de déflation que connaît aujourd’hui la zone euro est encore plus compliquée par le fait que la dette souveraine nouvellement émise l’est a des taux très bas, voire même négatifs. En réponse à cette menace, la Banque centrale européenne (BCE) a mis en place le 9 mars une politique d’« ​assouplissement quantitatif  ». Elle achète des titres de dette souveraine ou privée sur le marché secondaire, c’est-à-dire non pas directement auprès de ceux qui émettent cette dette (qui empruntent), mais auprès de ceux qui sont disposés à la revendre après l’avoir achetée. Le prix des obligations émises précedemment augmentant du fait de leur rareté croissante, les nouveaux produits de dette, pour lesquels la demande est forte en raison des achats massifs de la BCE, peuvent être émis à des taux moins élevés. S’endetter devenant meilleur marché, les entreprises et les particuliers empruntent davantage. L’économie repart et les prix grimpent. La déflation est ainsi conjurée – du moins si l’on en croit ce scénario idéal.

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Repenser Keynes, chacun à sa manière

Keynes avait trop souffert de voir la « concurrence déflationniste » entre les nations, durant l’entre-deux-guerres (ce type de concurrence qui conduit à pressurer sans cesse le coût du travail pour réaliser des exportations), les conduire de la guerre économique à la guerre, pour ne pas être obsédé par l’idée d’une régulation mondiale de l’économie.

Les lignes qui précèdent figurent à la page 80 du Keynes ou l’économiste citoyen (1999) de Bernard Maris.

Quand j’ai entrepris il y a un an et demi l’écriture de « Rebâtir, à partir de Keynes » (*), je m’étais donné comme programme de lire tout ce qui me paraissait digne d’intérêt dans les trente volumes des œuvres complètes de l’économiste anglais, mais je n’avais certainement pas l’intention de tenter de lire tout ce qu’on avait pu écrire à son sujet, ni même en lire une part significative, tant il y en a !

Quand j’ai découvert cependant, après l’assassinat de Bernard Maris le mois dernier, qu’il avait consacré un petit volume à Keynes, j’ai regretté de ne pas l’avoir lu avant de mettre un point final à mon manuscrit.

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« Rebâtir, à partir de Keynes » : Les riches transfèrent aux pauvres le risque lié aux incertitudes de l’avenir

La date de parution aux éditions Odile Jacob de mon livre intitulé « Rebâtir, à partir de Keynes » a été fixée à septembre. Ici, quelques autres pages à venir.

Les riches transfèrent aux pauvres le risque lié aux incertitudes de l’avenir

Les membres en surnombre d’un groupe issu de la division sociale du travail sont dans un rapport de force défavorable vis-à-vis des membres des autres groupes. Y aurait-il à cela en arrière-plan une objectivité fondant cela ? Une telle objectivité existe : c’est celle qu’impose la problématique du risque imprégnant la totalité des activités humaines en raison de l’imprévisibilité des événements contingents de notre monde en devenir, facteur sur lequel Keynes insista dans l’entièreté de son œuvre et dès son Treatise on Probability de 1921.

Le membre surreprésenté d’une classe sera en général rémunéré à un niveau déprécié et sa loyauté sera dès lors restreinte à l’égard de son employeur, faiblesse intrinsèque qui trouvera à s’exprimer si une meilleure offre devait lui être faite. L’employeur devra alors remplacer le travailleur démissionnaire ou défaillant. Ce risque de reconduction de l’emploi offert pour l’employeur est équivalent à ce qu’on désigne en finance du nom de risque de réinvestissement : le risque de celui qui, prêtant à court terme, se retrouve périodiquement et à brève échéance devant la nécessité de replacer son argent dans des conditions qui risquent de ne pas être aussi favorables que celles qui avaient prévalu lors du placement qui vient d’arriver à échéance (cf. pour un traitement plus étendu de cette question, mon Le prix 2010 : 222-224).

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La carte secrète d’Alexis Tsipras

Ouvert aux commentaires.

Si vous imaginez que la carte secrète d’Alexis Tsipras, c’est la Russie, parce que vous auriez pris à la lettre le fait que Panos Kammenos, nouveau ministre de la Défense en Grèce, président de ANEL, les « Grecs indépendants », partenaire de Syriza dans l’alliance gouvernementale, est un grand ami de la Russie, détrompez-vous.

La carte secrète de la Grèce, elle se trouve ailleurs. Tendez l’oreille, et prenez au sérieux la leçon d’économie de M. Obama hier dimanche : « on ne peut pas pressurer continuellement un pays en dépression : il vient un moment où doit intervenir une stratégie de croissance pour qu’il soit à même de rembourser ses dettes de façon à éliminer une part de son déficit ».

Pourquoi ce ton encourageant de M. Obama envers la Grèce ? Parce qu’il doit y avoir quelqu’un dans son entourage à avoir lu le livre de Yanis Varoufakis, nouveau ministre grec des Finances, ouvrage intitulé « Le Minotaure planétaire » (2011).

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Keynes : « Lloyd George peut-il y parvenir ? » (1929)

« Can Lloyd George Do It ? » (Keynes et Henderson, 1929)

Créer un emploi en génère d’autres

« Can Lloyd George Do It ? » est un pamphlet publié en 1929, écrit conjointement par Keynes et Hubert Henderson (1890-1952), l’un des premiers étudiants de Keynes à Cambridge.

Ce texte de soutien à David Lloyd George est un peu inattendu si l’on pense à ce que Keynes avait écrit à propos du Président du parti libéral britannique dix ans auparavant, quand l’un de ses collègues à Cambridge lui avait conseillé de retirer du manuscrit de The Economic Consequences of the Peace (1919), la qualification de celui qui était alors Premier ministre en Grande-Bretagne, de « représentant de l’homme néolithique ».

Sur le plan de son argumentation, « Can Lloyd George Do It ? » est très faible, il s’agit en fait d’un simple effort de communication pour soutenir un manifeste du parti libéral intitulé « We Can Conquer Unemployment » : nous pouvons vaincre le chômage. Keynes a investi dans son pamphlet l’entièreté de son talent rhétorique, mais si l’on y trouve beaucoup d’effets de manche, on n’y trouve que très peu de preuves, si ce n’est des preuves par l’absurde.

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Krach financier mondial : être ou ne pas être ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Citibank joue sur la taille de son hors-bilan incalculable pour pratiquer la fuite en avant dans le négativisme totalitaire de la réalité économique objective. Avec un portefeuille notionnel de dérivés de crédit égal à 10 ou 20 fois le PIB des Etats-Unis, et avec le monde entier comme contrepartie, les seuls dirigeants de Citibank ont la possibilité d’emmener les États-Unis dans la troisième guerre mondiale avec cette fois la certitude de perdre la guerre. Citibank contrôle le cerveau d’Obama par simulation d’une certitude réelle du risque financier en dollar, Obama qui sait avoir le doigt physique sur l’apocalypse nucléaire réelle potentielle. Dans la même dynamique de capture spéculative du pouvoir exécutif, Citibank stimule financièrement le cerveau de chaque congress man qui peut voter l’impeachment d’un Obama qui démantelerait l’hydre financière en prononçant formellement une cessation de paiement de la fédération des États-Unis d’Amérique.

La dialectique fonctionnaliste des mastodontes financiers, c’est le contrôle de l’être par le néant. La compensation keynésienne consisterait à objectiver les lois du vivre ensemble en dehors de la sphère du calcul financier de manière à annuler publiquement, rationnellement et universellement tous les notionnels de dérivé de crédit qui ne s’adosseraient pas à des engagements juridiques réels, c’est à dire à une réalité économique effectivement compromise entre des personnes physiques vraiment responsables du remboursement de leurs dettes.

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Le Monde – Que pèse la théorie économique face aux intérêts financiers ?, mardi 6 – mercredi 7 janvier 2015

Ouvert aux commentaires.

Keynes, Friedman, Syriza et la Troïka

En 1978, à Milan, Joan Robinson, l’élève, puis la disciple la plus brillante de Keynes, intervint dans la discussion qui conclut les conférences Rafaelle Mattioli, consacrées par Richard Kahn à la genèse de la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936) ; Kahn ayant été, lui aussi, membre du « Cambridge circus », le « premier cercle » de l’économiste anglais.

Robinson dit ceci à cette occasion :

« Le principal problème de Keynes était qu’il était un idéaliste. Il pensait qu’aussitôt que les gens auraient compris sa théorie, auraient compris comment le système capitaliste fonctionne véritablement, ils se comporteraient de manière raisonnable et géreraient le système de telle sorte que des effets positifs en résultent. […] Keynes était un innocent qui croyait qu’une théorie intelligente prévaut sur une autre qui est stupide. Mais il va de soi que dans le monde réel l’impact d’une politique ne découle pas d’une compréhension intelligente de l’économie mais du jeu des intérêts particuliers et du désir de défendre le capitalisme contre les courants de pensée radicale de chaque époque. Comparer les mérites des approches est donc une perte de temps. Du point de vue du mérite, qui pourrait bien préférer Milton Friedman à Keynes […], mais ceci ne signifie nullement que l’influence de Keynes prévaudra sur celle de Friedman » (in Richard Kahn, The Making of Keynes’ General Theory 1984).

Pourquoi ces propos d’autrefois sont-ils toujours d’une brûlante actualité ? Parce qu’il demeure aussi vrai qu’il y a près de quarante ans que la validité d’une théorie économique sur un plan purement scientifique pèse de peu de poids au regard de son soutien ou non par des intérêts particuliers disposant du levier de l’argent.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 26 DÉCEMBRE 2014 – (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 26 décembre 2014. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, on est le 26 décembre 2014, un vendredi, et ce dont je voudrais vous parler aujourd’hui, vous allez voir. Je ne vais pas l’annoncer tout de suite, je vais commencer par autre chose.

Voilà : pendant des années, voire même des dizaines d’années, j’ai été connu dans les milieux économiques comme le gars qui comprend même pas la loi de l’offre et de la demande. Voilà. Alors, ce n’est pas flatteur, et ça vous disqualifie pour un certain nombre de choses. On s’est dit : « C’est un type qui, oui, qui s’intéresse à l’économie, mais il ne comprend même pas les choses élémentaires. » Alors, qu’est-ce qui s’était passé ? Ça s’appelle un changement de paradigme. Il s’était passé la chose suivante, c’est que j’avais fait du travail de terrain dans l’île de Houat, j’avais rassemblé un très grand nombre de données sur, eh bien, sur le fonctionnement de quinze bateaux pendant une année, et j’avais un nombre considérable de chiffres sur les ventes qui avaient eu lieu et le prix qui avait été obtenu. Et quand j’avais, de manière, je ne sais pas, un peu comme une routine, je m’étais dit : « Bon eh bien on va maintenant mettre ces chiffres et puis on va voir apparaître la loi de l’offre et de la demande », eh bien, la loi de l’offre et de la demande n’était pas apparue, et donc j’étais là avec le fait que, au moins pour le fonctionnement de quinze bateaux en Bretagne, de 73 à 74, la loi de l’offre et de la demande ne fonctionnait pas.

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Le temps qu’il fait le 26 décembre 2014

Sur DailyMotion, c’est ici.

Un paradigme, ça ne change pas de soi-même !

Paul Jorion : Le prix (2010)

Paul Jorion : Comment la vérité et la réalité furent inventées (2009)

L’« usine à gaz » de Keynes

Richard Kahn : The Making of Keynes’ General Theory (1984)

Les deux économistes qui ont compris l’originalité de Keynes

Hyman Minsky : John Maynard Keynes (1975)

Geoff Tily : Keynes Betrayed (2007)

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Keynes : L’économie comme « sous-produit de l’activité d’un casino »

Keynes ne décrira jamais le mécanisme qui expliquerait véritablement comment la spéculation agit sur la formation des prix ou des taux, il se contentera de mettre en garde contre ses excès dans un passage très souvent cité de sa Théorie générale :

« Les spéculateurs sont inoffensifs aussi longtemps qu’ils ne sont qu’autant de bulles à la surface du flot régulier de l’esprit d’entreprise. La situation devient cependant sérieuse quand c’est l’esprit d’entreprise qui se transforme en une simple bulle à la surface d’un tourbillon spéculatif. Quand la fructification du capital d’une nation se transforme en sous-produit de l’activité d’un casino, le travail est rarement bien fait » (Keynes 1936 : 159).

Cette image de l’économie subordonnée à « l’activité d’un casino » a frappé les esprits. Nous avons la chance – pour la petite histoire – d’en connaître la genèse : la métaphore apparaît pour la première fois dans une déposition faite par Keynes le 15 décembre 1932, soit quatre ans avant la publication de la Théorie générale, devant la Royal Commission on Lotteries and Betting, la commission royale britannique des loteries et des jeux.

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Le style de Keynes

Le ton de Keynes dans l’expression de ses pensées était bien particulier. Les Américains ont toujours craint de se voir « bamboozled » par lui : embobinés. Il existe une expression en anglais : « too clever by half », trop malin de moitié, qui semble avoir été faite pour lui.

Le style dans lequel Keynes écrit nous est connu alors que le style dans lequel il parlait nous est lui aujourd’hui essentiellement inconnu, si l’on excepte une vidéo d’une minute environ où Keynes lit un texte à l’occasion en 1931 de l’abandon définitif de l’étalon-or en Grande-Bretagne, une grande victoire pour lui comme nous avons eu l’occasion de le voir. Il existe cependant quelques endroits où l’on peut découvrir ce style : dans les retranscriptions de discussions auxquelles il participa. Je vais citer quelques passages de l’une de celles-ci pour tenter de communiquer au lecteur ce qui caractérisait le ton très personnel de Keynes.

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« Sur la lecture des livres » par John Maynard Keynes

La conclusion de « On Reading Books », sur la lecture des livres, allocution prononcée à la BBC le 1er  juin 1936 :

« Un lecteur doit acquérir une familiarité à la fois vaste et universelle avec les livres en tant que tels, si l’on peut dire. Il doit les aborder avec la totalité de ses sens ; il doit les connaître par leur toucher et par leur parfum. Il faut qu’il apprenne comment les tenir en ses mains, comment faire bruisser leurs pages et obtenir en quelques secondes une première impression intuitive de ce qu’ils contiennent. Il doit, au bout d’un certain temps, en avoir touché plusieurs milliers, au moins dix fois davantage que ce qu’il lira véritablement. Il doit parcourir les livres des yeux comme un berger le fait avec des moutons, et les juger du regard inquisiteur et rapide qu’a le maquignon pour le bétail. Il doit être entouré de davantage de livres que ce qu’il lit, vivre dans la pénombre de pages non-lues, dont il connaît le caractère général et le contenu, virevoltant autour de lui. Telle est la finalité des bibliothèques, la sienne propre et celles des autres, privées et publiques. C’est aussi la finalité des bonnes librairies, de livres neufs ou d’occasion, dont il en reste quelques-unes, et dont on aimerait qu’il y en ait davantage. Une librairie n’est pas comme un guichet de chemin de fer que l’on approche en sachant ce qu’on veut. Il faut y entrer ouvert à tout, presque comme dans un rêve, et permettre à ce qui est là d’attirer et d’influencer librement l’œil. Se promener entre les rayons d’une librairie, en s’y plongeant selon ce que dicte la curiosité, devrait être le divertissement d’une après-midi. Abandonnez toute timidité, tout scrupule à vous y adonner. Les librairies existent pour vous l’offrir, et les libraires l’accueillent volontiers, sachant fort bien comment tout cela se terminera. Il s’agit d’une habitude à acquérir dès son jeune âge ».

Keynes, John Maynard, « On Reading Books », 1936, Donald Moggridge (sous la dir.) The Collected Writings of John Maynard Keynes, Volume XXVIII, Social, Political and Literary Writings. Cambridge : Cambridge University Press, 2013 : 329-335

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Le prêt à intérêts (III) : le crédit gratuit, par Zébu

Billet invité.

« Mais cette révolution qui vient à nous d’une marche invincible et déjà nous interroge, que veut-elle ? En pouvez-vous douter ? Elle veut que l’œuvre commencée en 89 s’accomplisse. La féodalité territoriale et militaire a disparu, il faut que la féodalité financière disparaisse. Plus de privilèges ! L’égalité. Plus de privilèges ! La justice.

De là tous ces brûlants débats sur la souveraineté du capital, sur le despotisme de l’usure, sur le prêt à intérêt, sur le crédit.

La royauté de l’argent, l’aristocratie de l’argent, voilà bien effectivement ce qui est en question. »

Quand Louis Blanc, un des penseurs socialistes les plus estimés de son siècle, écrit ces lignes dans « L’organisation du travail », publié en 1839[1], le Code Civil napoléonien est toujours en vigueur et ses dispositions concernant le prêt à intérêt également, et ce pour encore presque 50 ans avant que la loi de 1886 ne vienne transformer ce que souhaitait réaliser l’empereur : inscrire la pacification dans la loi civile entre les partisans de la libéralisation complète des intérêts du prêt et les partisans de leurs interdiction. De fait, les intérêts pourront ainsi être stipulés dans les contrats de prêt mais seront régulés par la loi.

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Keynes, un homme pour notre temps ?

Je termine ces jours-ci mon ouvrage consacré à une réflexion économique à partir de Keynes (à paraître chez Odile Jacob). Voici un extrait de la conclusion.

Keynes, un homme pour notre temps ?

Oui, certainement !

Mais si Keynes est un homme pour notre temps, c’est en raison du style qui était le sien bien davantage que pour le contenu intrinsèque de son œuvre. Et non parce qu’il avait fait du plein-emploi l’objectif seul qui permette de minimiser le dissensus au sein de nos sociétés, objectif qui nous est aujourd’hui clairement devenu hors de portée, puisque c’est lui précisément qui, dès 1930, nous avertissait de la menace du chômage structurel, quand il écrivait :

« Nous souffrons d’une nouvelle maladie dont certains de mes lecteurs n’auront pas même encore entendu mentionner le nom, mais dont ils entendront abondamment parler dans les années qui viennent – à savoir le chômage technologique. Ce qui veut dire le chômage dû au fait que nous découvrons des moyens d’économiser l’utilisation du travail à un rythme plus rapide que celui auquel nous parvenons à trouver au travail de nouveaux débouchés ».

Si son style peut nous inspirer davantage, c’est parce que l’édifice théorique qu’il a bâti de bric et de broc et non sans une grande désinvolture, est trop mal assuré pour nous être d’un grand secours.

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CE N’EST PAS DIEU QUI NOUS SAUVERA ! – (retranscription)

Retranscription de Ce n’est pas Dieu qui nous sauvera !. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, nous sommes le samedi 22 novembre, et donc on est tout à fait en dehors de ma série qui se passe le vendredi, puisque j’avais fait une [vidéo hier], mais il m’arrive de me lever le matin, ou bien de prendre ma douche et qu’il y ait une idée qui me vienne et dont j’ai envie de parler. Parfois, ce sont des réflexions non abouties, et j’appelle ça « Paul Jorion pense tout haut », parfois j’ai une idée de quoi je veux parler, et alors je peux donner à mes réflexions un titre. Et aujourd’hui, je leur donnerai un titre, parce que je sais de quoi je voudrais vous parler. J’ai envie de vous parler de « Ce n’est pas Dieu qui nous sauvera ». Voilà. Qu’est-ce qui m’y a fait penser, eh bien, une convergence de mes réflexions sur Keynes qui sont en train de se terminer, parce que je vais mettre un point final à ce manuscrit sur Keynes, mais aussi la discussion que j’ai ouverte moi-même, je crois que c’était il y a un peu plus de quinze jours, sur le blog, à propos de ce film que je suis allé voir, comme je vous l’ai dit, simplement parce que j’en avais entendu une très mauvaise critique sur le site en ligne du journal Le Monde.

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