J’aimerais voir le visage de Mme Ocasio-Cortez ce matin

J’imagine qu’un sourire flotte sur le visage de Mme Alexandria Ocasio-Cortez ce matin, parce qu’elle doit toujours être sous la divine surprise de la conférence de presse de M. Biden. J’imagine qu’elle ne pensait plus qu’un chef d’État puisse encore aujourd’hui tenir un discours socialiste, et moins encore qu’ailleurs, dans son propre pays (si elle vivait en France, elle serait sceptique encore davantage).

Je suis comme elle, à écouter ce président de gauche, apparemment “socialiste instinctif”, “à la Keynes” *, je demande à ce qu’on me pince, je me dis qu’il y a sûrement une entourloupe, que je vais me réveiller. On verra. En attendant, je prie que le rêve se poursuive.

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* J’écrivais dans Orwell socialiste malgré lui, Quinzaines, le 15 mars 2021 :

Bien qu’il ne se prévalut qu’en une seule occasion du label « socialiste » (sortant d’une réunion de cabinet du premier ministre travailliste Ramsey Macdonald et s’adressant à ceux qui attendaient là, leur disant : « Le seul socialiste dans la salle, c’était moi ! »), Keynes était quant à lui un socialiste instinctif, l’exemple type de cette aristocratie « de robe », ou plutôt « de toge » que l’on trouve à Oxbridge, mais faisant preuve du common touch : cette prédisposition à parler d’égal à égal aussi bien avec les « grands de ce monde » ou réputés tels, qu’avec les gens dans la foule. Parce que dans le « frères et sœurs en savoir » d’Oxford et de Cambridge, il n’y a pas que les connaissances, il y a aussi les « frères et sœurs ». Il y a bien sans doute quelques ratés ici ou là – il y en a toujours – mais de la même manière que l’on n’apprend pas l’intuition à un enfant, car elle vient toute seule avec les connaissances, on n’apprend pas le common touch non plus : lui aussi vient naturellement avec un certain dévouement au service du savoir. On n’imagine pas Keynes avoir le trac [comme Orwell] à l’idée qu’il s’apprête à entrer dans un asile de nuit : il y serait « chez lui » comme en tout autre endroit où l’on trouve du monde.

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20 réflexions sur « J’aimerais voir le visage de Mme Ocasio-Cortez ce matin »

  1. Pêle-mêle, de façon non exhaustive, quelques indices qui corroborent le sentiment que nous avons affaire à un président plus à gauche que n’importe quel président démocrate, depuis de nombreuses décennies.

    Le soutien qu’apporte Biden aux salariés d’Amazon qui veulent constituer un syndicat
    https://edition.cnn.com/2021/03/01/tech/biden-amazon-union/index.html

    Et aussi, la nomination de Lina Khan à la FTC, autorité américaine du commerce dans la perspective d’une sérieuse régulation des GAFAM
    : https://www.france24.com/fr/éco-tech/20210323-joe-biden-veut-faire-trembler-les-gafam-avec-lina-khan-championne-de-la-lutte-contre-amazon

    10 milliard de dollars pour corriger les inégalités d’accès au vaccin : https://www.france24.com/fr/amériques/20210325-en-direct-la-première-conférence-de-presse-du-président-américain-joe-biden

    (Entre parenthèses, notons la grande efficacité de la campagne vaccinale :
    100 millions d’injections en 58 jours.
    https://www.france24.com/fr/amériques/20210325-en-direct-la-première-conférence-de-presse-du-président-américain-joe-biden )

    Le plan massif d’aide à l’économie (via notamment une aide directe aux ménages)

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  2. Avez vous un lien ou réécouter un discours notamment la conférence de presse de jeudi ou faites vous référence de façon générale à son début de mandat ?

      1. Merci. Ça fait du bien d’entendre ça. Et c’est prometteur.
        Je n’avais pu écouter que sa réponse concernant la Chine.
        Vous aurez noté qu’il cite la Chine en exemple sur les investissements de RD et d’infrastructures.
        Et qu’il pense clairement le monde à un point de bifurcation entre démocratie (même imparfaite) et autocratie.

      2. Joe l’endormi s’est réveillé, voyons voir comment il parviendra à obtenir la collaboration objective de certains sénateurs républicains afin d’éviter les blocages ?

  3. Dans le monde qui vient, gagneront ceux qui feront le pari de l’Excellence.
    L’autre voie s’appelle chaos ou extinction.
    Binaire, ça parait simple mais ça ne l’est pas.

    1. Euh l’excellence dans la prétendue gestion de la recherche, j’ai donné, non merci.

      Pour le “binaire” on aura noté la cravate bipartisane de M. Joseph Robinette Biden: synthèse rouge et bleu… pas la même musique que “en même temps” qui eut consisté en une cravate rouge socialiste devant et bleu monachique du côté du for(t) intérieur du ci-devant président de la res publicca.

    2. Excellence, cela fait élément de langage. Marketting…
      “Moi ou le chaos” aussi dans son genre. Parole d’autocrate.

  4. Entre les “figures du communisme” selon Lordon-Friot les différentes aires sémantiques du socialisme, les variantes du capitalisme, la tête de gondole reste un casse tête et le consommateur égaré par la publicité du marché.

    1. A quoi faut il consacrer son attention :

      – le capitalisme ?
      – l’économie de marché ?
      – le libéralisme auquel le virus vient de donner un sérieux coup de vieux ?

    2. Ouais ben puisqu’on est dans le capitalisme-liberalisme-consumerisme, j’achète volontiers le dernier Biden 2021-en promo-POTUS tant qu’il y en a plutôt qu’attendre la liquidation generale.

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  5. Merci pour le signalement. On est loin de l’image du sénile qui lui est attribuée ici ou là.
    (pour accéder au contenu, j’ai téléchargé les sous-titres que j’ai traduit en ligne)

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  6. Ca serait un paradoxe assez intéressant qu’un représentant parfait de l’establishment US (sénateur depuis des décennies, “mâle banc de plus de 50 ans”..) se révèle être (réellement) plus progressiste que les progressistes auto-proclamés..

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  7. cette administration Biden-Harris aura-t-elle la capacité d’un FDRoosevelt de réimposer le Banking Act de 1933 (glass-steagall)
    et une fiscalité juste : En 1935, le” Revenue act” (familièrement appelé “soak the rich tax”) remet à plat les règles d’imposition pour les hauts revenus. Les personnes gagnant plus de 200.000 dollars (soit un million de dollars aujourd’hui) par an sont taxées plus fortement, à hauteur de 63%. La loi fut révisée en 1936, augmentant le taux à 79% puis atteindra 91% en 1941.

    1. L’état est à la fois puissant et impuissant dans le nouveau visage du capitalisme :
      Il a pu mobiliser de grosses sommes pour les vaccins (comme le fait remarquer Mariana Mazzucato dans le Guardian ou dans son livre “The Entrepeneurial State”).
      Mais des forces encore plus grandes sont dégagées par les GAFAM, les groupes extractivistes, les grands secteurs (médical, agor-alimentaire,…) pour agir très en marge des états.
      Pour passer une législation à succès il faut batailler 5 à 15 ans, pour une fluctuation à succès d’un de ces géants, il faut 3 à 8 ans, petit facteur 2 qui coule assurément l’un par rapport à l’autre…

  8. Le peuple cubain meurt de faim, c’est l’un des effets conjugués de la Covid-19 et des mesures prisent par D. Trump, en l’occurrence, l’interdiction des transferts de fonds depuis les USA vers Cuba : les ‘remesas’ des familles d’origine cubaine vivant essentiellement en Floride, cela représente environ 2 milliards de $/an.
    D’autre part, la Covid-19 a tari l’autre source de devises qu’est le tourisme complètement à l’arrêt maintenant.
    Ces rentrées de devises manquent cruellement pour l’achat de denrées alimentaires à l’étranger, habituellement, Cuba doit importer 70 % de son alimentation.
    Le manque de carburant impacte également les transports à partir de provinces mieux loties en productions nationales.
    La Havane grogne, est-ce le but recherché ? Cela ne pourrait qu’aboutir à des excès malheureux !
    J’attends du président J. Biden qu’il soit digne de ce qu’a été B. Obama vis à vis de Cuba,la mesure immédiate serait de libérer les mouvements de fonds vers ce pays.

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