FIN A L’ARRACHÉ DU DERNIER ACTE, par François Leclerc

Billet invité.

Le sommet européen d’aujourd’hui dans sa configuration plénière est annulé, il est maintenu pour la zone euro, à 16 heures (Paris). « Il durera jusqu’à ce que nous concluions les négociations sur la Grèce », a déclaré Donald Tusk, le président de l’Union européenne. L’affrontement se poursuit.

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La victoire de David Cameron, par Michel Leis

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

La victoire de David Cameron aux élections en Grande Bretagne est un très mauvais signal adressé au monde politique. Avec la réélection de Merkel en 2013, elle tendrait à servir d’exemple à un personnel politique européen tout entier tourné vers l’accomplissement d’une carrière dans les sphères du pouvoir (je parle ici des partis traditionnels). Il suffirait d’une relative prospérité économique mesurée essentiellement par le taux de croissance (1,6 % en Allemagne et 2,6 % au Royaume-Uni pour une moyenne européenne à 0,9 %) et un taux de chômage (4,8 % en Allemagne et 5,5 % au Royaume-Uni contre 9,9 en moyenne européenne) un peu plus bas que dans le reste de l’Union Européenne pour emporter sinon l’adhésion, du moins le consentement de la majorité de la population et des classes moyennes en particulier. Dans ces conditions, on comprend l’importance de marteler ce discours sur le retour de la croissance en Europe.

Étrange illusion en vérité. Les conditions dans lesquelles ces résultats sont obtenus traduisent le renforcement d’un darwinisme social exacerbé.  Le Royaume-Uni compte près de 5.2 millions de travailleurs pauvres, c’est l’un des pays les plus inégalitaires du monde occidental, tandis que l’Allemagne compte près de 15 % de sa population en dessous du seuil de pauvreté.  Tout se passe pourtant comme si la croissance retrouvée et un chômage bas redonnaient une vigueur apparente à quelques messages pourtant démentis par les faits : cela ira mieux demain, celui qui a envie peut s’en sortir, l’ascenseur social est toujours présent. Ce message de la réussite des individus est entre parenthèses le message de toutes ces émissions de télé qui envahissent nos écrans où l’élimination progressive des candidats donne l’illusion qu’un talent quelconque permet de s’imposer aux autres.

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La dynamique européenne : À bon entendeur, salut !, par Zébu

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

C’est le poids, la quantité de mouvement en cours qui rompt l’équilibre, cet équilibre si instable et si difficilement acquis que l’on observe dans ce « no man’s land » politique et économique que nous connaissons actuellement.

« Il faut parler aux Allemands » a pu dire Paul Jorion à la télé. Car si Angela Merkel semble vivre une apogée sans déclin ces derniers temps, avec une réélection massive à la tête de son parti, cela ne peut masquer ce qui pourrait bien être le début d’un chant du cygne dans un de ces moments où tout semble redevenir possible. Car la position politique de la CDU/CSU se fragilise en Allemagne. En premier lieu, ce fut le FPD qui disparut, laissant place à la ‘grande coalition’ avec le SPD des sociaux-démocrates. Et en second lieu, c’est l’émergence d’un nouveau parti, europhobe, l’AfD, qui tend à tailler des croupières tant au SPD qu’à la CDU, sans oublier les manifestations de rues des islamophobes dont tous ne sont pas d’extrême-droite ou de partis nazis. Le vote conservateur de droite a cependant bien davantage à perdre que le vote conservateur de gauche en la matière.

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LES ÉTATS-UNIS ET LA SITUATION EN SYRIE

M. Obama a décidé de frapper la Syrie. Il demande seulement au Congrès de confirmer sa décision dans une dizaine de jours, le lundi 9 septembre, lorsque celui-ci rentrera de vacances. Il sait que seuls 9% des Américains sont, selon les sondages, en faveur d’une telle action et il n’ignore pas non plus que M. Cameron, le premier ministre britannique, a essuyé lui un refus de son propre parlement jeudi dernier : on apprend aujourd’hui que seuls 20 députés sur 304 de son propre parti, le parti conservateur, soutenaient pleinement sa décision d’intervention aux côtés des États-Unis.

La France débattra de la question le mercredi 4 septembre. Pourrait-elle décider de frapper seule la Syrie ? Prérogative de la Ve république, rien n’interdit au président français de prendre la décision avant même la date du débat.

Espérons en tout cas que cette victoire du processus démocratique en Occident n’encouragera pas certains sur le terrain, de part et d’autre du conflit, à mettre en péril une fois de plus, les populations civiles, et tant qu’on y est, militaires également.

N. B. : Petit coup de chapeau au passage à la presse française qui est parvenue aujourd’hui à traduire dans son unanimité « high confidence », l’expression utilisée par John Kerry, l’équivalent d’un ministre des affaires étrangères aux États-Unis, par « forte certitude », alors qu’une explication était offerte sur la signification de l’expression dans la déclaration officielle :

A high-confidence assessment is the strongest position that intelligence analysts can take short of « confirmation ».

Autrement dit : un degré de confiance dans l’information un cran en-dessous de la « confirmation ».

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L’actualité de demain : QUAND LA BUÉE SE DISSIPE DANS LE RÉTROVISEUR, par François Leclerc

Billet invité.

Que ne voit-on pas dans le rétro, ces temps derniers ! À quelques jours de son départ de la Banque d’Angleterre, son gouverneur Mervyn King s’épanche devant les députés britanniques. En référence aux dirigeants des banques, il leur a expliqué que la « première réponse » de ceux-ci est souvent de décrocher leur téléphone pour appeler le ministre des finances ou le premier ministre, lorsqu’ils rencontrent un problème dont ils ne veulent pas que le régulateur le soulève. L’Autorité de régulation prudentielle (PRA), qui officie désormais sous la responsabilité de la Banque d’Angleterre, vient d’annoncer que les cinq principales banques britanniques devaient augmenter leurs fonds propres de 27,1 milliards de livres, 13,4 milliards manquant encore à l’appel après leurs récents renforcements. De quand datent donc les dernières pressions des banques sur le 10, Downing Street ?

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L’actualité de demain : QU’EST-CE QU’ILS NE VONT PAS INVENTER ? par François Leclerc

Billet invité

On connaissait l’assurance-vie, par le biais de laquelle ses possesseurs peuvent se retrouver sans le savoir détenteurs de titres de dette souveraine qui subiront demain une décote ; on avait enregistré sous Nicolas Sarkozy la volonté gouvernementale d’accroître le nombre de propriétaires de logements et l’endettement des ménages, ou bien encore la tentative de lancer la retraite par capitalisation, mais avant la crise. Le tout dans l’intention de mouiller le plus de gens possible et de les rendre dépendants et solidaires du système.

Dans ce même esprit, il nous vient du Royaume-Uni une nouvelle idée qui ferait du plus grand nombre possible de Britanniques les actionnaires des banques. C’est tout du moins la proposition de Policy Exchange, un think tank qui entend créer « une nouvelle génération d’actionnaires ». Avec l’avantage incontestable, mais pas revendiqué, que leur présence représenterait un obstacle à la participation des actionnaires d’une banque à son renflouement !

La réflexion s’est engagée à propos de la privatisation de RBS et Lloyds, les deux banques partiellement nationalisées en 2008, qui devrait être prochainement annoncée par George Osborne, le chancelier de l’Échiquier. En attendant, 70 % des parts de l’État dans celles-ci pourraient être vendues à une population estimée entre 20 et 30 millions de Britanniques, selon ce rapport. Chacun d’entre eux pourrait acheter des titres pour un montant évoluant entre 1.100 et 1.600 livres, en fonction de la demande, avec la garantie gouvernementale de ne rien perdre en cas de baisse de la valeur de l’action (au bout de dix ans). Autres avantages de ce scénario, il permettrait de réaliser l’opération avec les prochaines élections législatives, prévues en 2015, et d’illustrer les bienfaits de la politique gouvernementale.

Peut-on prochainement espérer la réalisation d’un partenariat entre la Loterie nationale et un opérateur de trading de haute fréquence pour un nouveau jeu ?

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L’actualité de demain : L’IRRÉVÉRENCE S’IMPOSERAIT-ELLE PARFOIS ? par François Leclerc

Billet invité.

Le suspens est à son comble dans l’attente de la diffusion dimanche sur BBC Radio one de son hit parade intitulé « The Official Charts Show ». « Ding Dong! The Witch is Dead » (La sorcière est morte) devrait y figurer comme le veut le principe, car ses ventes ont explosé. Or le disque est rien moins qu’une actualité puisqu’il s’agit d’une chanson chantée par Judy Garland, encore adolescente, à partir d’une scène de The Wizard of Oz, l’un des premiers films en couleur, sorti sur les écrans en… 1939 !

Les milieux comme il faut crient à la manipulation politique, en raison de la transparence de l’allusion à la disparition de Margaret Thatcher, surnommée durant toute sa carrière politique, « The Wicked Witch » : la méchante sorcière, par la partie de la population britannique qui n’appréciait guère celle que l’on appelait chez ceux qui, au contraire, l’aimaient, « The Iron Lady » : la dame de fer.

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L’actualité de demain : CES MAINS QUI HÉSITENT ET TREMBLENT UN PEU… par François Leclerc

Billet invité.

Voilà ce qui s’appelle faire le grand écart : d’un côté témoins de l’évasion et de l’optimisation fiscale sous ses multiples facettes, les Européens sont de l’autre soumis à la rigueur budgétaire pour vivre aux crochets d’un état dispendieux. La crise politique qui parcourt la région et s’exprime à sa façon dans chaque pays ne va pas en sortir allégée.

Car rien ne permet d’attendre un mieux, à lire les prévisions de l’Ifo, l’Insee et l’Istat, les instituts des trois principales puissances économiques de la zone euro. Ils se sont mis à trois pour prévoir une lente reprise permettant péniblement d’atteindre au troisième trimestre 0,2% de croissance pour la zone euro. Si toutefois elle se concrétise, Benoit Coeuré de la BCE avertissant que la reprise est soumise à « des aléas négatifs ».

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UN ÉTRANGE DEUX POIDS DEUX MESURES

Vous avez dû noter que les autorités financières américaines n’incriminent jamais véritablement qui que ce soit : tout cela se termine toujours de la même manière : le criminel – que rien n’empêche de poursuivre ses activités criminelles – s’acquitte d’une amende sans reconnaître pour autant avoir rien fait de mal.

L‘époque où il aurait été interdit aux États-Unis à une entreprise financière de poursuivre ses activités dans un secteur où elle s’est conduite en criminel endurci, se perd hélas dans la nuit des temps.

Dans le scandale du LIBOR (voir mes billets d’avril 2008), Barclays a été mise en cause, et sa direction décapitée (essentiellement parce que le comportement répugnant de l’empire Murdoch avait mis les nerfs à vif de l’opinion publique britannique), puis UBS. Le temps est venu pour Royal Bank of Scotland d’expier, et cette fois-ci, il est (enfin) question de poursuites sur le plan criminel.

La différence entre Barclays et UBS d’un côté, et Royal Bank of Scotland de l’autre, est que RBS est, depuis ses déboires du temps des subprimes, nationalisée à 82%.

J’ai déjà eu l’occasion d’en faire la remarque : les instances américaines traitent de manière générale avec beaucoup plus de rigueur tout ce qui relève directement de la nation britannique, que ce qui touche aux entreprises privées de ce beau pays.

Quel sens cela a-t-il ? Je n’en sais rien. Tout ce que je sais, c’est que ceux qui, sur le continent, sont prompts à blâmer « les Anglo-Saxons » dans leur ensemble pour tous les malheurs qui nous affligent, vont devoir revoir leurs interprétations devant la fracture qui se dessine de plus en plus nettement entre les États-Unis et le Royaume-Uni.

 

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L’actualité de la crise : UN PLAN A’ VIRTUEL, par François Leclerc

Billet invité

Pour ceux qui ne veulent voir dans la responsabilité de la crise que la construction imparfaite de l’euro, les nouvelles en provenance du Royaume-Uni devraient être passablement perturbantes, puisque le pays ne fait pas partie de la zone euro. À leur sujet, on pense à la singulière explication que vient de délivrer Mario Draghi : « À l’origine, il y avait une rupture de confiance dans la zone euro entre les pays qui respectaient toujours, ou la plupart du temps, la sagesse budgétaire, et les pays qui ne le faisaient pas. Ces deux dernières années, il s’est agi de reconstruire la confiance et pour cela les pays ont consenti des règles budgétaires plus strictes ».

Pour ceux qui ne voient d’issue que dans l’austérité et le désendettement des États, les récentes remarques d’Olivier Blanchard, l’économiste en chef du FMI, doivent sonner étrangement : « La réduction des déficits, qui s’est pour le moment bien plus déployée en Europe qu’aux États-Unis, a eu un impact considérable sur la croissance. Si vous regardez pays par pays, vous arriverez à la conclusion que les pays qui ont mis en place les plans de réduction les plus drastiques sont ceux qui ont le moins de croissance ».

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L’actualité de la crise : LE GARROT ET LA CORDE RAIDE, par François Leclerc

Billet invité

Il serait hélas fastidieux d’énumérer les mesures qui, en Europe, convergent vers une diminution des salaires, des retraites, et des prestations sociales, ou contribuent à la baisse des crédits pour la santé et l’éducation. D’autres, destinées aux revenus élevés, tentent symboliquement de rétablir, au nom d’une justice qui peine à être trouvée, un soi-disant équilibre et témoignent que les gouvernements sont sur la corde raide. Affaire de communication plus que de juste politique, est-il ressenti.

Tour à tour, les mesures de rigueur étranglent progressivement ceux qui n’ont d’autre refuge que leur propre pays et d’autres ressources que leur salaire. À l’œuvre, la pratique du garrot est le triste pendant de la théorie du culbuto qui veut que tout reviendra comme avant. Tristes foutaises qui s’alimentent aux dogmes de la pensée unique !

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L’actualité de la crise : L’INCONSÉQUENCE N’EST PAS NON PLUS UNE STRATÉGIE, par François Leclerc

Billet invité.

Le gouvernement espagnol persiste : « Il n’est pas prévu que l’Espagne demande de l’aide au fonds [pour qu’il achète de sa dette]. Cela ne s’est pas produit et ne se produira jamais ». Outre son caractère imprudent, cette affirmation péremptoire de Inigo Fernandez de Mesa, le secrétaire général du Trésor, a une signification : cette obstination revient à continuer d’emprunter sur le marché à des taux très élevés, à enchérir le coût de la dette et à accroître la peine des Espagnols en la rallongeant sans savoir jusqu’à quand. Pour démontrer quoi ?

Il y a quelques jours, David Cameron avait pris moins de gants – mettant sur les dos de pronostiqueurs défaillants son insuccès sans pour autant dévoiler son propre pronostic – en annonçant non sans désinvolture : « Il ne me semble pas que le relâchement de la pression soit pour bientôt ». Devant bientôt être suivie par la Grèce, le Portugal et l’Irlande, l’Espagne a déjà bénéficié d’une année de grâce pour revenir dans les clous. Partout l’étalement dans le temps du désendettement et le renforcement de l’austérité qui l’accompagne sont les seules promesses qui restent disponibles, à condition qu’il n’y ait pas d’accident de parcours comme ceux que l’on tente d’éviter un ce moment.

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L’actualité de la crise : ON ATTEND LA BCE, AURONS-NOUS LA FED ? par François Leclerc

Billet invité

Le comité monétaire de la banque centrale américaine va se réunir mardi et mercredi, dans le contexte d’un nouveau ralentissement de la croissance du pays – +1,5% au second trimestre – qui se poursuit depuis le début de l’année. Que va-t-il bien pouvoir décider cette fois-ci ?

Deux opérations successives de quantitative easing (assouplissement quantitatif) baptisées QE1 et QE2 ont déjà permis à la Fed d’injecter 2.300 milliards de dollars en achetant des obligations du Trésor ou des titres émis par des organismes de refinancement hypothécaires. Une troisième opération de création monétaire est depuis pendante, au vu des résultats mitigés des deux précédentes.

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BONS BAISERS DE LONDRES

Les indignés de Londres et le détournement.

Il y a une erreur de traduction flagrante dans les sous-titres : « scene » = événement, spectacle a été traduit comme si le mot prononcé était « sin » = péché.

P.S. Merci à Grégory d’avoir repéré cette vidéo, qui n’a pas encore beaucoup circulé.

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LIBYE, LES CHEMINS D’UN ÉCHEC MAJEUR DE L’OCCIDENT, par Cédric Mas

Billet invité

Libye 2011 : entre incompétence politique et illégitimité démocratique, les chemins d’un échec majeur de l’Occident.

Le terrain : la Libye est constituée de deux provinces côtières : la Tripolitaine et la Cyrénaïque, chacune bordée de deux « marches » frontalières. La zone qui nous intéresse particulièrement est appelée Sirtique, placée au fond du golfe de Sirte entre ces deux provinces. C’est fort logiquement dans cette zone que vont se concentrer les combats entre deux régions relativement homogènes (rappelons que c’est là que combattirent les Italo-Allemands et les Alliés à 3 reprises : février 1941, janvier et décembre 1942). Cette zone est une bande de terre étroite, entre la mer Méditerranée et le Sahara, parsemée de bancs de sables mous impropres aux mouvements et coupée par une route côtière unique (construite par les Italiens à l’époque de la colonisation). Cette zone stratégique majeure, point de passage obligé entre les deux provinces est coupée par une ville importante, Sirte, lieu de naissance du dictateur et sanctuaire de son pouvoir. A l’Est de Sirte, se situe un goulet d’étranglement, Mers el Brega véritable porte d’entrée de la Cyrénaïque, la chute de cette position ouvrant sur une vaste étendue de terrain plat et indéfendable jusqu’à Benghazi, avec au centre le carrefour d’Ajdabiya. Enfin, le tableau ne serait pas complet si l’on ne précise pas que c’est justement dans cette zone que se trouve le débouché principal du pétrole libyen le terminal Ras Lanouf, dont l’importance économique est essentielle pour les deux camps.

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L’actualité de la crise: elle tourne et elle rode, par François Leclerc

Billet invité.

ELLE TOURNE ET ELLE RODE

Après avoir sévi sous sa forme aiguë en Europe – où une pause prévaut actuellement – elle menace les Etats-Unis, hier présentés comme relevant les premiers la tête et aujourd’hui devancés d’une longueur par les Européens. Comment s’y retrouver se lamentent les chroniqueurs à la mode d’antan ?

En Asie, les Japonais continuent d’être désespérément envasés dans une déflation endémique, tandis que les Chinois tentent de dégonfler leur gigantesque bulle financière immobilière, devenue noire et menaçante. Celle-ci, résultat de leur tentative de relance précipitée et massive, illustre par ses résultats malencontreux qu’ils continuent de dépendre de la poursuite de leurs exportations vers l’Occident. Ainsi, en interne, qu’un modèle de développement privilégiant la montée des inégalités.

Le développement de leur marché intérieur est décidément une entreprise de longue haleine, auquel ils ont tourné le dos en s’inscrivant dans la logique de la globalisation, et qui nécessitera des remises en cause dont on peut se demander s’ils seront en mesure de les accomplir, vu les intérêts en jeu. Ce n’est pas un problème propre à la Chine, il est partagé par toutes les puissances émergentes.

On ne peut toutefois pas s’en tenir à cette vision du monde région par région. Si la crise ne se manifeste pas simultanément partout de la même manière, elle n’en est pas moins globale.

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Entretien avec Hélène Ceresole du quotidien grec Avghi

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

En février, j’avais accordé un entretien à Hélène Ceresole du quotidien grec Avghi. Elle me pose à nouveau quelques questions, cette fois à propos de ma récente chronique dans Le Monde : Des Grèce par dizaines. Voici mes réponses.

    1. A vous lire, on a l’impression qu’une nouvelle chute est inéluctable. Mais est-ce vraiment le cas? Pourquoi ne pas faire confiance aux dires de Trichet, par exemple ou de Dominique Straus-Kahn, quand ils disent qu’il ne va pas y avoir de crise nouvelle ?

Dans le contexte actuel, Mrs. Trichet et Strauss Kahn doivent rendre confiance aux marchés. Ils doivent donc afficher l’optimisme. Mais cet optimisme est justifié ou non. Il est donc impossible de savoir s’ils disent la vérité. Voilà pourquoi on ne peut pas faire confiance aux dires de Mrs. Trichet et Strauss Kahn. On peut au contraire se tourner vers des personnes dignes de confiance mais dont la fonction ne les oblige pas d’être des optimistes systématiques : Martin Wolf, éditorialiste du Financial Times, Mrs. Stiglitz et Krugman, Prix Nobel d’Economie, Simon Johnson, ancien économiste en chef du FMI, Nouriel Roubini, etc. Ils disent tous, comme moi-même, qu’une nouvelle chute est inévitable. 

    2. Selon vous quelle est la marge de manœuvre pour Athènes face à une crise qui s’aggrave de jour en jour ?

Après bien des hésitations et des marchandages, l’Europe de la zone euro a affirmé sa solidarité avec la Grèce, à condition bien sûr que le plan d’austérité de Mr. Papandréou soit appliqué – plan d’austérité extraordinaire dans tous les sens du terme. L’argent pour aider la Grèce est donc là en principe. Mais si les 750 milliards d’euros mis en réserve devaient être ponctionnés de manière significative pour venir en aide à l’Espagne, et plus particulièrement à ses banques commerciales, la donne serait modifiée. La perspective pour la Grèce de devoir à terme restructurer sa dette dépend donc aujourd’hui essentiellement de la bonne santé du secteur bancaire privé espagnol.

    3. Lorsque vous dites qu’il nous faut un changement de civilisation, qu’est-ce que vous entendez par là ?

Je dis dans la chronique du Monde : « repenser la manière dont se redistribuent les revenus entre un capital à haut rendement et un travail faiblement rémunéré ». Mettre en œuvre ce qu’on aura repensé, cela implique un changement de civilisation.

    4. « Des Grèce par dizaines » : est-ce que vous pensez que le cas de la Grèce « se prêtait » à ce que la crise, qui n’avait jamais disparu, comme vous le faites remarquer, reprenne de plus belle en Europe ? Et si ce n’était la Grèce, ce serait, par exemple, le Portugal ou l’Espagne.

Les banques ont entraîné dans leur chute les États. Les plus affaiblis d’entre eux quant à leur dette publique se sont retrouvés les plus exposés. À l’époque de leur entrée dans la zone euro, certains pays ont masqué le niveau de leur dette publique pour satisfaire aux conditions d’entrée. Avec, comme on l’a redécouvert récemment, la complicité enthousiaste de Wall Street et de quelques avatars de Wall Street en Europe comme Deutsche Bank. Au niveau européen, on a fermé les yeux : on a touché du bois. Toucher du bois, c’est de la superstition. Malheureusement, la superstition, ça ne marche pas.

    5. Pourquoi, selon vous, l’Allemagne fait preuve de cette suffisance, presque méprisante, au même moment où les Etats-Unis semblent avoir choisi une autre voie ?

La compassion n’est pas la philosophie politique traditionnelle des Etats-Unis. Si leur attitude n’est pas suffisante aujourd’hui ce n’est pas par choix. Les États-Unis sont si mal en point que l’austérité n’est pas pour eux une option envisageable : la déflation qui les menace les précipiterait aussitôt dans une dépression. Si la Chine et l’Allemagne apparaissent aujourd’hui suffisantes, c’est qu’elles ont encore quelque chose à sauver et ont le luxe d’être confrontées à des choix. Ceux qui leur reprochent aujourd’hui leur arrogance n’ont pas de choix : ils doivent résoudre la quadrature du cercle d’une relance dans l’austérité, la fameuse « ri-lance » à la française. Ils en sont réduits à l’humour noir des mauvais calembours.

    6. Comment expliquer le fait que les pays émergents s’en sortent mieux face à cette crise ?

Parce qu’il leur reste une industrie. La pseudo-richesse des pays qui se sont spécialisés dans le service financier, comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, n’est qu’un amoncellement de reconnaissances de dettes et de paris sur un amoncellement de reconnaissances de dette. Cela marche tant qu’on imagine que l’argent emprunté sera un jour remboursé. Quand les brumes du rêve se dissipent, cela ne vaut plus rien.

    7. Quels ‘signes’ faut-il ‘guetter’ pour se rendre compte de la gravité de la situation ? La croissance de la Chine, par exemple ? Ou l’emploi aux Etats-Unis ?

Les emplois ne reviendront pas aux États-Unis : l’industrie du crédit n’est pas près de réembaucher, ni la construction – qu’il s’agisse de l’immobilier résidentiel ou commercial, ni l’automobile, ni… Il faut se poser la question honnêtement : quel pourrait être le secteur aux États-Unis qui pourrait créer des emplois ? La « croissance verte » ? Que veut-on dire exactement par là ? Le nettoyage du Golfe du Mexique ? On aimerait ne pas être cruel, mais ce n’est pas facile…

Comme plus rien ne marche, on attribue aujourd’hui à la Chine le rôle de sauver le monde. Du coup tous les yeux sont tournés vers elle et, comme ce fut le cas d’autres nations avant elle, quand elle éternue, le monde s’enrhume. Mais la Chine n’a pas encore de marché intérieur suffisant pour absorber de manière substantielle sa propre production : elle dépend encore essentiellement de ses exportations. Or les nations qui guettent sa bonne santé n’ont plus les moyens de rien lui acheter, elles ne se rendent pas compte que cela ne sert à rien d’observer la Chine : sans leurs achats, la Chine n’est rien.

Les signes qui montrent que la situation est grave ne doivent pas être recherchés en Chine et aux États-Unis : tragiquement, chacun les trouve chez soi.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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La première guerre de spéculation mondiale, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

LA PREMIERE GUERRE DE SPECULATION MONDIALE

Le jeu infini de la guerre

Une guerre est une confrontation collective d’intérêts humains où les parties ne discutent pas et ne cherchent pas à se comprendre. Le gagnant impose son point de vue. Le perdant renonce à choisir. La Première Guerre mondiale était survenue sur une accumulation de désaccords à une époque où les États et les nations concevaient de régler leurs différends par les armes. Les destructions infligées à l’ennemi devaient faire émerger la loi du plus fort. Après la Deuxième Guerre, la destruction physique des souverainetés étrangères est devenue un mode accidentel de résolution des conflits. Les motifs de conflit entre lois différentes sont demeurés mais les guerres ont été circonscrites. La rationalisation des conflits a primé sur la confrontation physique.

L’idée d’imposer un jugement à l’autre contre sa liberté est néanmoins demeurée active. Confinée au terrain de l’économie, la guerre est devenue un jeu non létal. Le triomphe du capitalisme après la chute de l’idéologie communiste s’est interprétée comme l’institution mondiale de la guerre par le marché. Le jeu a été d’imposer sa loi par le contrôle du marché indépendamment de l’offre ou de la demande. L’autre n’est pas détruit mais simplement soumis par la négociation dialectique hors d’un équilibre objectif des libertés. Les intérêts sont matériellement conciliés dans un prix d’échange ; mais une partie impose son raisonnement de la valeur qui reste inaccessible à l’autre. Ce qui est bien pour l’un doit l’être moins pour l’autre afin de dégager un bénéfice. Sans définition commune a priori des critères de la valeur, l’état de guerre s’impose dans la délimitation du terrain de négociation. La spéculation de marché travaille l’asymétrie d’information pour déséquilibrer le prix au profit de celui qui a la maîtrise des termes de négociation dissociés de l’objet.

La guerre se gagne par une succession de batailles où le vainqueur a réussi à créer un rapport de force localement favorable. La spéculation financière mène la guerre par des positions de force locales. Les armes sont remplacées par l’information qui définit ce qui est négociable. Les munitions sont le crédit et le dommage infligé à l’adversaire est le risque qu’il prend malgré lui. Le combat consiste à prendre un avantage d’information qui crée un écart de crédit. Le crédit finance les anticipations financières entre prêteurs et emprunteurs. L’accord sur les critères de la valeur future entre un vendeur de temps et un acheteur de temps libère les ressources du premier au profit du second qui s’engage à les rembourser à l’échéance convenue. L’emprunteur qui parvient à être crédible attire les ressources qu’il investit dans l’anticipation des objets futurs de valeur.

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L’actualité de la crise : où sont les issues de secours ? par François Leclerc

Billet invité

OU SONT LES ISSUES DE SECOURS ?

A leur rythme et selon leur logique, les deux crises de la dette publique et privée se poursuivent en s’alimentant mutuellement. Telle une contagion croisée désormais durablement inscrite dans le paysage. Les issues de chacune d’entre elles sont bien recherchées, mais elles restent introuvables.

La réduction des déficits publics ne va pas aller sans accroître le mal existant, suscitant des effets secondaires très indésirables, tandis que le lent rétablissement par lui-même du système financier, toujours incapable de fonctionner sans le soutien massif des banques centrales, vient de trébucher en Europe à nouveau.

Echappée quelque temps, l’Europe est en passe d’être rejointe par le Japon, qui met à son tour l’accent sur la réduction prioritaire de son déficit public, tandis que les Américains continuent, mais ce ne peut être que provisoire, de temporiser. Devant le parlement, Naoto Kan, le nouveau premier ministre japonais, a placé son entrée en fonction sous le signe du « risque d’effondrement financier » qui résulterait à terme, selon lui, de la colossale dette du Japon, car « nos finances sont les pires des pays développés » (la dette y atteint 200% du PIB).

Toujours reculées, des mesures fiscales sont à l’étude, notamment une augmentation de la TVA. Elles pèseront sur la consommation intérieure et rendront le pays encore plus dépendant pour sa croissance de son commerce extérieur. Tout le contraire de ce qui est préconisé par les organisations internationales, au nom de la lutte contre un déséquilibre global qui au contraire s’amplifie. Les récentes statistiques américaines montrent que le déficit commercial avec la Chine continue de croître.

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Vers un « mark reconstitué » ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

C’est un beau tollé ce matin, une belle levée de boucliers : « Regardez ce qu’a fait l’Allemagne : elle enfonce encore davantage l’euro ! ». Ou encore, le titre d’un article du Wall Street Journal : « L’interdiction par l’Allemagne des positions nues dans la vente à découvert de certains instruments de dette et des Credit–Default Swaps, ainsi que de certains titres cotés en bourse, pourrait affaiblir l’économie globale ». Ah ! quelle touchante sollicitude de la finance spéculative pour l’économie globale ! Elle a parcouru du chemin apparemment depuis 2008, ne nous plaignons donc pas !

Je ne sais pas pourquoi, mais je ne donne pas pour autant l’Allemagne perdante. Ni la Chine d’ailleurs, à l’autre bout du monde. Le tri est en train de se faire à vive allure entre les gagnants et les perdants. Curieusement je ne vois pas le Royaume-Uni parmi les gagnants – malgré sa garde prétorienne imposante de hedge funds.

Si la France et les autres ne rejoignent pas rapidement l’Allemagne dans sa mise au pas de la finance spéculative, on risque de voir se constituer un euro « vitaminé », équivalent à un « mark reconstitué », regroupant l’Allemagne et sa zone d’influence en Europe – qui ne s’étend pas seulement au Benelux et à l’Autriche, mais peut inclure aussi une grande partie, voire la totalité des anciens pays communistes d’Europe Centrale. Il y aurait alors au centre, un Saint-Empire, et sur le pourtour, ce qu’on appelait à l’époque, les « marches » : « zones de confins entre deux dominations », si l’on en croit le dictionnaire. Il ne faudra pas alors venir se plaindre.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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