SURVIE DE L’ESPÈCE : FAUT-IL DÉJÀ DÉSESPÉRER ?

L’un de mes fils passe me voir et me dit à propos du blog : « Des billets comme celui-ci ou celui-là, c’est vraiment bien : ce genre de réflexion en profondeur donne une véritable spécificité à ton blog, on ne trouve cela nulle part ailleurs. C’est vraiment précieux. »

Quand il est parti, je retourne à mon ordinateur et je lis ceci en une du Monde : « Faut-il acheter un téléviseur ultra haute définition pour voir le Mondial de foot ? ».

Je dis bien « en une » du Monde en ligne. Et là, honnêtement, je me pose la question de savoir si cela vaut vraiment la peine de se casser le cul pour une espèce qui joue de la lyre pendant que Rome se consume dans les derniers rayons du soleil couchant, et se pose comme une question importante, celle de savoir s’il faut acheter un téléviseur ultra haute définition pour voir le Mondial de foot.

Qu’on ne se méprenne pas, je n’ai rien contre le foot : si l’on est accro à l’adrénaline, il est bien plus innocent de se passionner pour des combats ritualisés sur une base hebdomadaire, où les vaillants vainqueurs ce week-end seront les lamentables perdants du week-end prochain, que de participer à de véritables massacres comme ceux de Verdun, de la Somme ou de Stalingrad. Mais ne pourrait-on pas mobiliser toute cette énergie, tout cet enthousiasme, pour autre chose que pour les jeux du cirque ?

Nous avons engagé notre environnement dans des processus de dégradation irréversibles et la survie de notre espèce à la surface de notre planète est en jeu. Pendant que se tenait il y a quelques jours à Lausanne le colloque Forum G21 Swisstainability, auquel je participais et dont j’ai longuement parlé ici, se tenait à Interlaken, à une heure et demie de route de là, le Swiss Economic Forum que la presse évoque pour nous signaler que selon Adolf Ogi, ancien président de la Confédération helvétique, « M. Sarkozy a fait son numéro. Il a plu, par sa rhétorique, ses mimiques. Il s’est imposé, donnant le spectacle qu’il voulait donner. »

Il y a deux ans, Dennis Meadows, l’un des auteurs du fameux rapport de Rome en 1972, Les limites de la croissance, déclarait dans un entretien : « Il n’y a (plus) rien que nous puissions faire ». C’est possible, mais je n’en serai personnellement totalement convaincu qu’après qu’on aura d’abord mobilisé pour sauver l’existence de l’espèce humaine à la surface de la Terre, des ressources et des efforts équivalents à ceux que l’on mobilise en ce moment pour le foot et pour l’ensemble des autres jeux du cirque qui passionnent l’espèce, et dont la politique politicienne est encore toujours l’un des plus beaux fleurons.

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