Catégorie : anthropologie

  • Sir Edmund Leach (1910 – 1989)

    Quand je pense à Leach, la première chose qui me vient à l’esprit, c’est ce grand carré de peau rose déprimée qui couronnait son crâne dégarni à la fin de sa vie : on était allé lui trifouiller dans la tête et cette cicatrice obscène le claironnait au monde entier. La deuxième chose, c’était son rire : il riait beaucoup et souvent, et parfois de manière un peu inopinée. Un jour je suis arrivé à son appartement à King’s College et il riait tout seul. Il m’a dit « Dorénavant, tu m’appelleras « Sir ! ». Ils m’ont fait « Sir ».… Lire la suite…

  • Ce qu’il est raisonnable de comprendre et partant d’expliquer

    Mon souci de constituer mes écrits en système résulte d’une préférence personnelle : si j’aime lire des textes purement techniques sur des questions tout à fait singulières, les considérations générales émises par l’un ou l’autre sur des domaines particuliers ne présentent à mes yeux guère d’intérêt. Pour ce qu’il en est des considérations générales, je préfère toujours m’en remettre aux quelques auteurs qui ont eu à coeur de construire des systèmes complets : Aristote, Leibniz, Hegel, ou dont l’ambition fut de cet ordre, même s’ils ne parvinrent à en écrire que les premiers linéaments, tel Wittgenstein ou Kojève.

    C’est pourquoi si je consacrerai encore certains textes à des questions singulières, et en général d’ordre empirique, je conçois l’ensemble des autres a venir comme autant de contributions à un système unique, limitant mes ambitions à ce que mon discours soit non-contradictoire et sans me préoccuper surtout du degré de détail dans lequel je suis capable d’entrer sur tel ou tel sujet en particulier.… Lire la suite…

  • De la prière

    Le peu de religion que j’ai, c’est à la pêche que je l’ai trouvé. Dans les circonstances ordinaires de la vie quotidienne, on dispose toujours d’un certain contrôle sur ce qui est en train de se passer. Ce n’est pas le cas en prison, ni non plus sur une coquille de noix avec les vagues qui déferlent par–dessus, et qu’on n’a pas la moindre idée où on se retrouvera quand la prochaine aura achevé son cours. Juste avant que Bush ne déclare la guerre à l’Irak, j’avais été irrité lors d’une réunion des Quakers par une femme qui s’était levée pour dire « Mes amis, prions !… Lire la suite…

  • Immigrant

    À l’occasion de la sortie de « Sicko », un documentaire consacré aux défaillances du système de santé américain par Michael Moore, le metteur en scène acclamé à Cannes en 2004 pour son « Fahrenheit 9/11 », une charge contre le Président Bush et sa décision d’envahir l’Irak, BusinessWeek publie cette semaine (*) une étude comparative entre les systèmes de santé français et américain, dont la France sort vainqueur haut la main. Classée au premier rang par l’OMS, la France domine les États–Unis qui n’arrivent que 37ème. Les raisons en sont simples : plus longue espérance de vie (deux ans de plus en France), taux de décès néo–natal plus favorable (à peine un peu plus de la moitié du chiffre américain), coût pour les familles (près de quatre fois moindre en France), et ainsi de suite.… Lire la suite…

  • Le dessein intelligent

    L’Homme permet à la nature de se surpasser de multiples manières. Il ne s’agit pas pour lui de modifier les lois de la nature au sein de laquelle il vit mais de subvertir les conditions dans lesquelles elles opèrent lorsqu’elles sont laissées à elles–mêmes, en l’absence de sa propre interférence.

    L’Homme a d’abord transcendé sa propre nature en échappant à l’emprise de l’attraction terrestre. Non pas comme l’oiseau qui découvre par le vol un autre continent et qui, malgré le caractère exceptionnel de cet exploit, reste fidèle à son essence, mais en échappant à l’inéluctabilité de son environnement qui veut que tout corps est attiré vers le bas sur la planète où il est né.… Lire la suite…

  • Le moyen que la nature s’est offerte pour se surpasser

    Notre espèce est, il faut bien le dire, mauvaise et agressive. Mal protégée dans son corps, elle n’a dû qu’à sa prédisposition à la rage de survivre aux affronts de la nature dont elle est une part mais qui aussi, l’entoure, et comme pour toute autre espèce, l’assiège. Les débuts de notre prise de conscience de la place qui est la nôtre au sein de ce monde furent caractérisés par notre déni de cette hostilité de la nature envers nous. Les agents sur-naturels qui furent invoqués par nous au fil des âges, dans nos religions et dans nos superstitions communes, nous permirent de construire l’image d’une nature beaucoup plus aimable à notre égard qu’elle ne l’est en réalité.… Lire la suite…

  • Le loustic qui s’est convaincu qu’Einstein était bête

    Je me suis retrouvé quelquefois dans la situation embarrassante d’être abordé par un loustic qui vous prie de lui prêter attention : il a découvert une erreur fondamentale dans la théorie de la relativité (ou, au choix, la mécanique quantique, la génétique, etc.) il tente d’alerter le monde mais les autorités en place se coalisent contre lui, ayant partie liée avec les faussaires.

    Je n’ai jamais éconduit ce genre de personnage – de la même manière que j’ai prêté une oreille attentive aux Témoins de Jéhovah (ou au choix, Scientologues, Haré Krichna, etc.) – malheureusement l’expérience s’est toujours révélée également décevante car le loustic en question ne maîtrise en réalité jamais son sujet : l’erreur fondamentale qu’il a prétendument débusquée n’existe que pour lui seul et elle n’est en réalité qu’un artefact de son ignorance.… Lire la suite…

  • Un cheval blanc (chinois) n’est pas un cheval

    Notre pensée occidentale est fondée sur le principe que l’identité est ancrée à une substance. Bien que la forme ait changé au fil des années, la continuité de la substance garantit que ce bébé sur la photo, c’est déjà moi ! Héraclite a dénoncé notre manque de rigueur sur ce plan : nous croyons nous attacher à la substance, alors que nous n’avons d’yeux que pour la forme : on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve, nous lui conservons son nom en fonction de sa forme alors que sa substance n’en finit pas de se précipiter vers la mer.… Lire la suite…