Découvrir l’altitude qui convient

Hier, j’étais en train de rédiger un billet consacré à la prise de participation de 4,9 % de l’émirat d’Abou Dhabi dans Citigroup, la deuxième banque américaine en capitalisation, et je me suis interrompu, non pas que la nouvelle ait eté sans importance – elle signale un tournant pour les milieux financiers – mais parce que je m’interrogeais sur la finalité de vous communiquer ce genre de nouvelles que l’on trouve sous des formes multiples dans les média.

« Vers la crise du capitalisme américain ? » a paru en janvier de cette année. Quelques semaines plus tard les événements se sont précipités, confirmant ce que j’avançais comme de simples conjectures dans le livre. Au moment de la parution, je correspondais avec quelques–uns qui avaient lu le livre et manifesté leur intérêt alors qu’il n’était encore que manuscrit : Jacques Attali et Alain Caillé et ses amis du MAUSS en particulier, qui avaient la gentillesse de diffuser mes messages dans leur cercle. Le blog de Jacques Attali me suggérait le format qu’il fallait que j’adopte moi–même. Depuis, vous m’avez encouragé à poursuivre : en juin, lorsqu’un compteur fut installé sur mon site, vous étiez environ 40 par jour à y accéder, vous êtes aujourd’hui en moyenne, 160.

Mon but initialement était donc d’apporter un prolongement au livre, de le mettre à jour en direct avec l’information qui permettait de le compléter. Son titre comportait un point d’interrogation et je voulais démontrer que celui–ci se justifiait de moins en moins. D’une certaine façon, j’essayais aussi de lever l’inquiétude de celui qui s’est avancé en pronostiquant des événements qui peuvent très bien ne pas se produire de la manière qu’il avait prévue.

Les choses ont changé : il n’est plus nécessaire que je convainque qui que ce soit que le capitalisme américain est en crise. Même si parfois, pour une semaine ou deux, les choses ont l’air d’aller mieux parce qu’elles ne vont pas plus mal, le drame va en fait en s’amplifiant : l’immobilier américain n’est encore atteint que sur sa marge subprime mais c’est en réalité l’ensemble qui est menacé, les instruments les plus modernes du système financier sont soit paralysés (les Residential Mortgage–Backed Securities qui ne sont pas émises par les GSE, les Collateralized–Debt Obligations), soit en voie d’extinction pure et simple (les Structured Investment Vehicles), quant aux credit swaps, qui ne sont pas encore affectés, il constituent désormais une poudrière qui ne demande qu’à exploser. Du fait de la présence stratégique de ces produits au sein de la finance internationale, il n’est plus possible d’affirmer que la crise n’affecte que les seuls États–Unis.

Du coup, le relevé des « métastases », comme j’ai appelé les surgeons de la crise des subprimes, se transforme en un exercice un peu vain, car trop prévisible, dans le cadre d’une crise qui s’est généralisée. Comme chacun le sait, quand les métastases sont devenues trop nombreuses, la maladie est en fait entrée dans sa phase suivante : celle que l’on appelle terminale. Si l’on veut servir à quelque chose, il faut alors cesser de se cantonner dans le rôle de l’observateur passif : il faut pousser l’analyse et, si l’on croit être en mesure de le faire, proposer des solutions. On dit parfois en parlant d’une telle attitude, « prendre de la hauteur », mais il ne faudrait pas entendre cela au sens du retrait mais plutôt au sens de trouver l’altitude optimale à partir de laquelle il convient de porter son regard pour couvrir tout ce qui doit l’être si l’on veut comprendre. D’une certaine manière, c’est à cela que m’ont encouragé tous ceux qui, dans la presse et à la radio, m’ont offert au cours de ces derniers mois une tribune d’où parler, ainsi que vous, mes commentateurs, qui me pressez souvent de déborder du cadre restreint de mes billets. Merci d’avance pour votre aide, dont je sais qu’elle me sera précieuse !

Remarque : Le blog que j’ai consacré il y a quelques jours à D’où vient la croissance ? où je compare la finalité des entreprises avec celle de certaines formes de la parenté me semble aller dans la bonne direction. Je n’entends pas revenir à l’anthropologie qui fut ma discipline d’origine : mes billets consacrés à la philosophie des sciences me semblent aussi avoir la tonalité juste. On verra !

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2 réflexions sur « Découvrir l’altitude qui convient »

  1. Très chouette la nouvelle présentation !

    Elle vient en même temps qu’une volonté de changer d' »altitude » par rapport à la crise.
    Bonne synchro.

    Les changements de forme et de fond surviennent en même temps par hasard, ou bien l’un à engendrer l’autre ?

  2. Réponse de Normand ! Wikipedia : « Le concept de Synchronicité a été developpé par Carl Gustav Jung. Il proposa de nommer synchronicité l’occurrence simultanée de deux événements qui ne présentaient pas de rapport de causalité, mais dont l’association prenait un sens pour la personne qui les éprouvait ». Cela vaut sans doute pour vous comme pour moi !

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