Le quasi–cauchemar

L’autre jour, j’ai été réveillé par la sonnerie du téléphone. Je faisais un rêve qui n’était pas un cauchemar, bien que, logiquement, ç’aurait dû en être un : j’étais condamné à mort et j’allais mourir. Je me promenais librement dans des couloirs mais il était clair que je n’étais pas libre de sortir de l’espace où j’étais confiné. Dans un corridor, j’aperçois deux hommes, l’un a porté un révolver à la tempe de l’autre et fait semblant qu’il va tirer. Je leur fais comprendre que, vu ce qui me pend au nez, et dont ils sont apparemment informés, leurs gestes sont indélicats. Je me rends compte soudain que j’ai mal à la gorge et la pensée qui me vient est celle d’un soulagement : ce genre de désagrément va bientôt se terminer pour moi, une fois pour toutes. Mon sentiment, qui semble fluctuer, est un mélange d’appréhension et de sérénité.

En fait au réveil je reconnais ce sentiment, cette sensation d’être aux portes de la mort et d’onduler entre la peur et la réconciliation avec la mort prochaine : cela date d’il y a trente ans et ce sont mes jours passés à la pêche, les jours de tempête. Se retrouver sur un bateau de sept mètres de long entre les récifs du Vas-Pel à Houat, avec un vent de force neuf, et la mer qui n’est soudain plus en-dessous mais au-dessus, et le pont qui réapparaît et l’eau qui fout le camp en catastrophe par les bordés, et qu’on se dit : « Que ça n’aille pas couler dans la machine ! » Jusqu’à la vague suivante : « Jésus-Marie-Joseph ! Où va-t-elle nous emmener celle-là ! »
Plusieurs années plus tard, Jean-Michel m’avait dit, « Tu te souviens quand on a eu si peur ? »
Moi : Quand ?
Lui : Tu te souviens pas ? au Vas-Pel !
Moi : T’avais peur toi ? Je croyais qui avait qu’moi !
Il dit : « Tu rigoles ! », en éclatant de rire lui-même.

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