Polymathe diplômé ou non–diplômé ?

Dans la présentation très aimable et très bien documentée de « Vers la crise du capitalisme américain ? » qu’Alain Caillé propose sur le site Internet consacré par le Sénat au Prix des lecteurs du livre d’économie, il affirme que je suis psychanalyste. C’est une erreur (*) : je n’ai jamais professé la psychanalyse et je ne possède pas le titre de psychanalyste. J’ai été en cure avec Paul Duquenne à Bruxelles (1971–73 ; 74–75) et avec Philippe Julien à Paris (1987–91). Bien sûr, je me suis toujours affirmé lacanien et les auteurs les plus cités par moi dans « Principes des systèmes intelligents » (1990 et 1997) sont dans l’ordre Freud, Aristote, Lacan, Wittgenstein et Hegel. Mais tout cela ne fait pas de moi un psychanalyste.

Le bloggeur d’Econoclaste reproche à la plupart des 10 candidats au Prix des lecteurs du livre d’économie de ne pas être économistes (**). Je ne suis en effet pas économiste : je suis diplômé en anthropologie et en sociologie. De plus je n’ai pas eu l’ambition avec « Vers la crise du capitalisme américain ? » d’écrire un livre d’économie : dans mon esprit, j’ai écrit un livre de sociologie tirant parti de mon expérience acquise durant 17 années en tant que développeur de logiciels financiers et tirant parti également des techniques d’« observation participante » propres à l’ethnologie / anthropologie.

L’annonce que votre ouvrage a été retenu pour le Prix des lecteurs du livre d’économie ne s’accompagne pas d’une demande de justification du titre d’économiste : en vous lisant, les lecteurs du livre d’économie font de vous quelqu’un appartenant au cercle des auteurs qu’ils lisent : c’est une manière de brevet et je l’accepte avec reconnaissance à ce titre-là. Cela me remet en mémoire le courrier que je reçus en 1987 quand British Telecom m’accorda le titre de « Academic Fellow in Artificial Intelligence », distinction – ajoutaient–ils – réservée à des ingénieurs. Je leur avais répondu que j’étais très flatté mais me devais de leur signaler que je n’étais pas ingénieur. Leur réponse fut très britannique et dans le style de Lewis Carroll : « Cher Monsieur, cette distinction n’est effectivement accordée qu’à des ingénieurs et c’est pourquoi nous attendons votre venue avec impatience ».

Cet adoubement venant de gens qui savaient de quoi ils parlaient m’autorisa ensuite à me présenter sans hésitation comme expert en intelligence artificielle. Quand j’écris de la philosophie, je me présente de la même manière comme philosophe ; ma qualité reconnue de spécialiste d’Aristote, me donne cette assurance. Dans une publication scientifique datant d’un peu plus de vingt ans, un collègue me qualifia de « polymathe ». Le terme me plut et je l’utilise à l’occasion quand le style dans lequel j’écris ne m’apparaît pas très clairement. C’est ainsi que j’ai qualifié mon blog de « polymathe ». L’avantage insigne ici, c’est qu’il n’y a ni polymathe diplômé ni non–diplômé !

(*) Quand Caillé déclare également que je travaille pour Countrywide, la chose était vraie au moment où il l’a dite même si elle a cessé de l’être depuis ; enfin, j’ai été jeune enseignant de 1979 à 1984 au Département d’Anthropologie Sociale dirigé par Jack Goody, ce département est cependant à Cambridge et non à Oxford.

(**) Voici le commentaire dont parle fnur :
« Dans un autre style, nous avons l’anthropologue psychanalyste salarié d’une entreprise du secteur des subprimes (sic) qui nous explique que le capitalisme américain va s’effondrer. Expert dans le domaine, cela va de soi, ayant “prévu le premier” (re-sic) les difficultés actuelles, il explique donc comment la crise des subprimes va provoquer l’effondrement du système financier avec une analyse “anthropologique” du puritanisme américain. Je me demande s’il est nécessaire d’en dire plus. Mais étant donné le passé du prix des lecteurs du Sénat, je ne serai pas surpris qu’il se retrouve en deuxième session ».

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6 réflexions sur « Polymathe diplômé ou non–diplômé ? »

  1. Sur le blog de l’éconoclaste que j’apprécie, j’ai posé en commentaire la question de la pertinence d’une juriste( Christine Lagarde ) nommée ministre de l’économie et des finances.
    La réponse a été que ça n’est pas un problème, mais aucune explication ne m’a été donnée. Comme je suis un individu assez pénible, voire insupportable, je me suis posé la question des arguments sous jacents. J’en ai trouvé au moins un : c’est que finalement le choix de la politique économique était défini par le chef du gouvernement ou le président, que l’argumentaire était réalisé par des économistes ou hauts fonctionnaires agréés. Le rôle du ministre de l’économie étant de communiquer sous forme de plaidoirie la synthèse des décisions gouvernementales et non pas d’apporter une quelconque expertise un peu personnelle au sujet.

    Assez naïvement, je supposais qu’un ministre de l’économie devait avoir une formation économique. Ceci dit C Lagarde est avocate d’affaire et a déjà oeuvré au sein de du ministère, commerce extérieur. D’autre part, elle commence a être rôdée et faire moins de gaffes, ce qui témoigne d’un talent certain.

  2. Qu’ajouter d’autre? Je pense que rarement post aura été fait plus mal à propos. Vous avez donc mes excuses, réitérées sur le post d’origine. Il ne faudrait jamais se laisser aller au travers consistant à critiquer sans se renseigner un minimum. Je m’y suis laissé aller, et le regrette amèrement. J’espère que ce sera la dernière fois. Il faut parfois commettre des erreurs pour ne pas les répéter.
    Pour expliquer cette erreur, je ne peux que dire que vous avez subi le passé d’un prix du Sénat dont les sélections, les années précédentes, n’ont pas toujours été très heureuses. Il aurait mieux valu le dire ces fois-là sans doute, plutôt que de se laisser aller à des préjugés stupides et regrettables.
    Comme vous l’avez constaté, le commentaire qui vous concernait a été rayé – mais non effacé. Parce qu’il serait malhonnête de ma part de faire comme si cette erreur n’avait pas eu lieu, de l’effacer, et de compter sur l’oubli. Il n’a, en tout cas, pas lieu d’être.
    Mes excuses encore – je lirai votre livre, et le commenterai sur cette base.

  3. J’ai répondu à Alexandre Delaigue : Je suis certain de gagner en vous un lecteur de qualité !

    Ceci dit, Gabriel était venu à ma défense d’une manière extrêmement aimable et je ne résiste pas à la tentation de le citer :

    Le jeudi 25 octobre 2007 à 21:56 , par Gabriel

    Concernant Jorion, vous avez tort de le sous-estimer ainsi au motif que le bonhomme est « anthropologue » et « psychanalyste » – toutes disciplines dont il n’est nullement question dans son livre. D’abord parce qu’on apprend beaucoup sur l’immobilier américain. Ensuite parce que le diagnostic sonne juste : il a effectivement prédit une partie de la crise, non pas par des raisonnements anthropologiques ou psychanalytiques, mais par des raisonnements économiques plutôt standards (je ne connais par grand monde qui l’ait fait en partant correctement du marché du crédit hypothécaire). Tout ne se vaut pas, il ne faut pas y chercher de révolution théorique, nul approfondissement des modèles d’équilibre général à générations imbriquées, mais pour les lecteurs (non spécialistes) qui veulent comprendre « de l’intérieur » la crise financière, c’est une bonne lecture.

    Vous me répondrez qu’il s’agit une crisounette (cf votre post sur les écocomparateurs), et que le livre n’a donc aucun intérêt. J’étais plutôt d’accord avec vous au début. Maintenant, aux USA en tout cas, on commence à douter sérieusement. Il est de plus en plus probable que les Etats-Unis entrent en récession à la fin de l’année (c’est semble-t-il ce que la FED anticipe). L’impact des subprime sera étalé, le gros restant à venir. Hier Merril Lynch a annoncé une perte de 2,2 milliards de dollars au dernier trimestre ; la situation est pire que prévue dans l’industrie financière, et il ne faut pas faire comme si ça n’allait avoir aucune conséquence sur les autres secteurs.

    Alors si jamais cette crise passe à la postérité, pourquoi pas le bouquin de Jorion ? Je n’ai rien lu de mieux sur la question.

  4. Etant à la base de formation littéraire, anthropologue, c’est vrai que je m’intéresse accessoirement à l’intelligence artificielle, même si celle-ci fonctionne de façon implicite la plupart du temps dans de multiples domaines des cultures. Quant à la pensée d’Aristote, on serait parfois bien étonné de ses commentaires et ce serait revigorant d’en prendre connaissance plus souvent.

    Dès 2008, avec un ami, on pressentait l’entrée en récession de l’économie mondiale et du risque d’implosion de celle-ci, même si l’on n’avait pas pas prévu le défaut de créance des fameux subprimes. J’apprécie infiniment Paul Jorion que j’ai eu comme étudiant lorsque celui-ci était chargé de cours à l’ULB en 1979. Le seul reproche que je peux lui faire de temps à autre, c’est une grande facilité d’écriture qui parfois dépasse le but de ses considérations anthropologico-philosophiques. Quant à ses prises de position, je suis asez souvent en accord avec lui.

    Cordialement, Charles-Henri Batjoens

    1. Hmm.. quand j’étais chargé de cours, je n’étais l’étudiant de personne. Ou bien voulez-vous dire que vous avez été mon étudiant à l’époque où j’étais chargé de cours ?

      1. Oui , tout à fait . j’ ai été un étudiant de vos cours « Méthodes d’ Enquêtes ethnosociologiques » et « Encyclopédie  » également, si je me souviens bien ! Effectivement, j’aurais du préciser en bon français:  » en tant qu’ étudiant etc… » Sorry pour le belgicisme !

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