Archives de catégorie : Europe

L’actualité de la crise : L’ACAMPADA DEL SOL, par François Leclerc

Billet invité.

En énumérant dans sa causerie du vendredi la succession ininterrompue d’événements que nous traversons, si divers dans leur nature mais ayant en commun de nous surprendre, Paul Jorion a eu raison de dire que leur vision panoramique mettait en évidence l’importance du grand tournant en cours. Que reste-t-il ensuite à faire, sinon à les suivre et tenter de les comprendre ?

La Puerta del Sol est à son tour devenue le centre de l’attention. A la manière de l’occupation de la place Tahrir du Caire, la place historique des grandes manifestations est depuis mardi dernier le village ou le campement des jeunes madrilènes, l’acampada del Sol. Bravant la pluie et le soleil, ou le manque de sommeil, des milliers d’entre eux y campent comme ils peuvent et s’organisent, ne manquant pas de faire résonner de vieux souvenirs dans la tête des anciens occupants de la Sorbonne. Cuisine, infirmerie, bureau des objets trouvés, service juridique, cordon de sécurité, panneaux affichant les besoins, toiles de tente tendues et matelas, rien ne manque aux manifestants organisés en commissions d’organisation ouvertes à toutes et à tous à la faveur d’appels au volontariat au mégaphone.

Des modérateurs animent des débats animés et sans fin dans des petits groupes, comme cela a été le cas à Barcelone sur les Ramblas, quand Franco est mort, sur le Rossio de Lisbonne, quand les militaires ont fait chuter la dictature, sur la place Omonia à Athènes, quand les colonels sont tombés… On n’en finirait pas.

Les besoins essentiels sont couverts, la solidarité aidant. Celle des habitants et des commerçants, dont certains viennent de loin pour apporter leur soutien matériel, car l’argent n’est pas accepté. D’autres visites aussi sont enregistrées. Non seulement celles de familles qui viennent au grand complet, mais aussi de personnes âgées, qui tiennent à en être aussi, pour encourager la jeunesse et en souvenir de leurs propres luttes contre une dictature qui pour ne pas être aussi crûment celle de l’argent n’en était pas moins féroce. Citée par El Pais, une vieille dame de 70 ans a déclaré dans la journée d’hier à la journaliste : « Cela fait longtemps que les jeunes n’ont pas bougé. Cela aurait dû arriver depuis longtemps, et je suis émue. A mon époque, c’était plus difficile parce que nous avions Franco, aujourd’hui ce n’est pas facile non plus. » 

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LE SYMPTÔME

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Parmi les faits, il y d’abord ceux qui sont incontestables, et parmi ceux-ci, en premier, l’inculpation de Dominique Strauss-Kahn, et en second, les conséquences de cette inculpation.

Pour l’inculpation, voyez la presse et l’audio-visuel ; pour ses conséquences, Jacques Attali a dit dès hier matin tout ce qu’on pouvait en dire, je paraphrase : à moins qu’une machination ne puisse être rapidement prouvée, la direction du Fonds Monétaire International et la présidence de la République française, pour lui, c’est fini.

Les conséquences de l’inculpation sont majeures. Pour ce qui touche aux élections présidentielles françaises, c’est le candidat qui caracolait en tête des sondages qui disparaît, ce qui ne manquera pas d’exacerber une situation où c’est la candidate d’un parti d’extrême-droite qui risque de se trouver rapidement en pole position. Pour le FMI, c’est le retour à courte échéance à une politique plus libérale et moins socio-démocrate. J’ai eu l’occasion de signaler un glissement récent du FMI vers des positions proches de celle défendues ici sur le blog, en particulier sur les questions de l’immobilier résidentiel américain et de la nécessité d’une monnaie de référence internationale. Pour la zone euro et pour ses pays en difficulté, c’est la disparition à brève échéance d’une politique où le FMI bouchait sans broncher l’ensemble des trous que les chamailleries entre pays européens laissaient béants. La probabilité augmente du coup d’une restructuration des dettes souveraines à chaud, entraînant à sa suite des pertes substantielles pour les banques commerciales européennes dont, comme la fois précédente, les États transmettront immanquablement l’ardoise à ceux de leurs citoyens à ce point louseurs qu’ils paient des impôts.

Il y a ensuite les faits qui peuvent être contestés. Et là, on aimerait bien pouvoir écarter d’un revers de main, comme absurde, soit l’hypothèse que le crime a été commis, soit qu’il s’agit plutôt d’une machination. Mais on ne le peut pas : les coups tordus existent et ceux qui les commettent sont parfois pris la main dans le sac, même quand les ordres viennent tout droit du sommet de l’État ; les personnes qui abusent d’un rapport de force pour tenter d’obtenir une relation sexuelle existent malheureusement aussi, hommes et femmes également.

Les coups tordus sont le symptôme de situations économiques et politiques dégradées. C’est ce qui explique leur multiplication aujourd’hui (*). L’hybris aussi en est le symptôme : la déliquescence ouvre un créneau aux « grands hommes » et aux « grandes femmes » en puissance, et c’est alors que l’on découvre quels sont ceux dont les dieux ont voulu la perte.

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(*) Je fais le compte-rendu détaillé de certains de ces coups tordus dans mon livre d’entretiens qui paraît la semaine prochaine : La guerre civile numérique.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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LETTRE À LA COMMISSION EUROPÉENNE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

La crise dans laquelle nous sommes entrés en 2007 met en grave péril l’avenir des Européens et leur projet d’Union. Cette crise témoigne de la rupture entre un espace d’échange mondialisé et une organisation politique internationale non coopérative entre États nationaux. La crise est financière du fait que la transformation réciproque de l’ordre politique en ordre économique s’opère par la monnaie. Bien que l’Union européenne soit justement le projet international le plus abouti d’harmonisation de l’économie à la politique, elle n’est pas parvenue à créer un système financier et monétaire au service du bien vivre ensemble des Européens. Comme l’affirme Paul Jorion : l’Europe est directement mise en cause dans la destruction de l’ordre politique par l’économie et la finance.

L’histoire de l’économie politique reprise dans ses concepts fondateurs d’Aristote et de Thomas d’Aquin – matière, forme, fin, effet, sujet, objet, prix – révèle que l’ordre monétaire et financier que nous connaissons est resté inachevé à cause du morcellement de la démocratie. La deuxième guerre mondiale s’est muée en guerre de domination économique et les hommes sont demeurés inégaux en droit en dépit des déclarations de principe. L’Union européenne est la seule tentative de démocratie multinationale. Mais elle ne s’est pas dotée d’une monnaie qui traduise une économie commune de la valeur humaine à l’intérieur de ses frontières politiques.

La déconnexion entre l’économie et la démocratie vécue par l’Europe depuis la révolution industrielle s’est généralisée à l’échelle du monde par la circulation anarchique des capitaux en dollar. Le système financier mondialisé émet la monnaie hors de tout contrôle politique du bien commun. La crise des subprimes a mis les États de droit en faillite financière par le surendettement public. L’autorité politique ne peut rester économiquement liquide sans la fuite en avant monétaire. La valeur réelle des monnaies s’effondre dans l’inflation ; les sociétés vont se disloquer entre les détenteurs d’actifs réels et la masse des salariés et pensionnés dont les revenus sont comptés en monnaie.

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CRISE DE LA ZONE EURO : CHANGER DE MÉTHODE, AUJOURD’HUI-MÊME !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Dans ma chronique mensuelle du Monde – Économie qui paraîtra lundi, j’attire l’attention sur le fait que dans les négociations qui ont lieu depuis 2008 en vue d’une réforme de la finance, il existe une prémisse implicite selon laquelle les représentants des milieux financiers ont la capacité de s’identifier à l’intérêt général. Quelques illustrations empruntées à la période 2007-2009 me suffisent pour montrer que cette hypothèse a été infirmée par les faits. Je propose alors que les mesures qui s’imposent soient dorénavant mises en application sans consultation des milieux financiers.

Si j’anticipe sur ma chronique à venir, ce n’est pas sans raison. Dans le billet le plus récent de François Leclerc, il dresse le bilan calamiteux de la réunion hier à Luxembourg des ministres des finances européens, la ennième réunion depuis le début de l’année dernière visant à résoudre la crise de la zone euro. Ce n’est pas sans raison que François intitule son billet : « C’est raté ! », et le fait est qu’il aurait pu intituler la suite de ses billets consacrés à la crise de l’euro : « C’est raté ! (I) » … « C’est raté ! (XIV) », comme il le fait dans son feuilleton brillant consacré à la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima. Et ceci veut dire que, comme dans le cas d’une réforme de la finance, le moment est venu de tirer les conséquences de l’incapacité des interlocuteurs en présence à résoudre les problèmes : des occasions en nombre suffisant leur ont été offertes de trouver une solution et ils ne sont arrivés à rien… pardon, si : à retarder une solution – bancale – jusqu’en 2013 en raison de préoccupations électorales des gouvernements des uns et des autres.

En février de l’année dernière, je publiais ici-même un billet intitulé « Feu en la demeure ! ». Plus d’une année s’est écoulée, le feu couve toujours et l’embrasement final est imminent. Le choc qui résulterait d’un embrasement final de la zone euro équivaudrait en ordre de magnitude à celui consécutif à la faillite de Lehman Brothers dont on sait aujourd’hui que le système financier mondial n’y a survécu que par miracle et au prix de la santé économique des nations.

Si les interlocuteurs qui se sont réunis hier en secret à Luxembourg ne sont, une fois de plus, parvenus à rien, malgré l’imminence de l’embrasement, la conclusion qui s’impose est qu’ils n’y arriveront jamais : ils se sont disqualifiés eux-mêmes au fil des mois, de réunion sans résultat, en réunion sans résultat. Il faut donc, comme dans le cas de la réforme financière, changer entièrement la formule : le moment est venu de « think out of the box », comme on dit en anglais, de faire appel à la pensée « latérale », et vite, très vite. Les anciennes manières de penser et de faire n’ont abouti à rien, sinon à nous mener inexorablement vers l’abîme. Il faut changer de méthode, aujourd’hui-même !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : UN PLAN A’, par François Leclerc

Billet invité.

Alors que les désaccords à propos de la restructuration de la dette grecque se précisent, les grandes données du plan de sauvetage du Portugal sont désormais connues. Rien qui ne contribue à clarifier une situation déjà très confuse et à élargir les marges de manœuvre des autorités européennes.

Ne disposant pas de plan B, celles-ci cherchent à mettre au point un plan A’, non sans de grandes difficultés pour se mettre d’accord sur ses modalités, comme on peut s’en douter.

Certes, il semble avoir été tiré quelques leçons des deux précédents plans de sauvetage, qui se sont vite révélés impraticables, le Portugal en bénéficiant. Une autre raison de ce relatif infléchissement est que sa situation n’est pas équivalente à celle de la Grèce, de l’Irlande… ou de l’Espagne, et que l’économie portugaise souffre d’autres maux – de toujours – que ces derniers. Un même remède de cheval n’est donc pas indispensable.

Les représentants de la Troïka chargés de négocier ce troisième plan en date pour le compte de l’Union européenne, la BCE et le FMI, ont parlé d’un programme « dur, mais nécessaire et juste »( chaque mot étant pesé). On pourra douter de son caractère juste, au vu des mesures qui ont fini par être annoncées, même si elles sont moins pire qu’escompté les précédents jours par la presse portugaise. De quoi permettre à José Socrates, – premier ministre socialiste démissionnaire, qui va affronter les électeurs le 5 juin prochain – de faire valoir ses talents de négociateur.

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HAYEK ET L’EUROPE : « SURVEILLER ET PUNIR », par nadj popi

Billet invité.

Cet article se situe dans la ligne de ma première contribution au Blog de Paul Jorion qui avait pour titre « La fin de la contre-révolution libérale ».

Je reviens sur la question rémanente mais non moins lancinante de la théorie du capitalisme néolibéral de F. A. von Hayek dont je soutiens qu’elle repose en réalité sur la théorie de l’« hégémonie culturelle » (Gramsci) élaborée par le sociologue Alfred Schütz.

La théorie de l’hégémonie culturelle consiste en une refondation phénoménologique de l’idéal-type wébérien : c’est prosaïquement ce que Schütz appelle, dans « Der sinnhafte Aufbau der sozialen Welt. Eine Einleitung in der verstehende Soziologie » (1932), l’ordre, un concept qui sera repris par la suite par Hayek en tant que celui d’« ordre spontané ».

L’idée selon laquelle l’hégémonie culturelle modèle ou façonne les conduites humaines n’est pas une innovation doctrinale dans l’histoire des idées puisqu’on peut retrouver cette thématique chez Gramsci et plus récemment chez Foucault par le truchement du concept de « discipline » ou de « gouvernementalité », lequel est fondateur de ce que l’on peut considérer comme l’anatomie du capitalisme néolibéral (voir en particulier, M. Foucault, « La naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France 1978-1979 », 2004).

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LAS LECCIONES DE LA HISTORIA

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Pablo75 a traduit en espagnol mes Leçons de l’histoire. Merci à lui !

Con la distancia, una cosa está clara: se debería haber impedido que el poder del dinero invadiera el ejercicio del gobierno. En los comienzos de los Estados Unidos de América, Jefferson luchó por una república de ciudadanos; Hamilton, por una república de comerciantes. No es necesario recordarlo: Hamilton ganó.

En el siglo XX los von Mises y von Hayek redactaron la carta magna de la toma de poder irreversible de los mercaderes, que iban a ser los nuevos aristócratas de una nueva feudalidad. Y ganaron: el espíritu de Hamilton invadió entonces Europa. Hoy resultaría cruel recordar los símbolos más visibles de ese triunfo, en Gran Bretaña, en Francia, y hace sólo unos días, en Bélgica.

El último combate de una Europa de los ciudadanos fue el rechazo por los pueblos del Tratado de Lisboa. La toma de poder del dinero estaba ya tan avanzada que el voto de los ciudadanos fue simplemente ignorado y no tuvo consecuencias inmediatas.

Las consecuencias a largo plazo se ven ahora: una zona euro que, de sobresalto en sobresalto, no acaba de agonizar, compañera de miseria de unos Estados Unidos de América en bancarrota fraudulenta.

Hay que volver a edificar naciones de ciudadanos, hay que reconstruir una Europa de los ciudadanos. Hay que cerciorarse de que los mercaderes, a quienes hoy se trata con todos los honores, dejen de escribir las leyes sustituyéndose al legislador. El voto tiene que dejar de ser censatario. En su versión más avanzada, en los Estados-Unidos una Corte Suprema hayekiana decidió que el voto de los ciudadanos intervendría después del de las compañías: « ¡A cada uno según su peculio! ».

Restablecer repúblicas de ciudadanos, una Europa de los ciudadanos, es una batalla difícil. Sin embargo, nuestra baza principal es visible ya: la debacle de la república de los mercaderes.

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LES LEÇONS DE L’HISTOIRE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Une chose est claire avec le recul : il aurait fallu empêcher le pouvoir de l’argent d’envahir l’exercice du gouvernement. Aux débuts des États-Unis d’Amérique, Jefferson s’est battu pour une république de citoyens, Hamilton, lui, pour une république des marchands. S’il fallait le rappeler, c’est Hamilton qui a gagné.

Au XXe siècle, les von Mises, les von Hayek, ont rédigé la charte d’une prise de pouvoir irréversible par les marchands, qui seraient les nouveaux aristocrates d’une nouvelle féodalité. Ils ont gagné : l’esprit d’Hamilton a alors envahi l’Europe et il serait cruel d’en rappeler les symboles les plus voyants, en Grande-Bretagne, en France, et il y a quelques jours seulement, en Belgique.

Le baroud d’honneur d’une Europe des citoyens fut le refus par les peuples du Traité de Rome II. La prise de pouvoir par l’argent était cependant déjà si avancée, que le vote des citoyens fut tout simplement ignoré, et sans conséquences immédiates.

Les conséquences à plus long terme se font sentir maintenant : une zone euro qui, de soubresaut et soubresaut, n’en finit pas de mourir, compagne de misère d’États-Unis d’Amérique en banqueroute frauduleuse.

Il faut rebâtir des nations de citoyens, il faut reconstruire une Europe des citoyens. Il faut s’assurer que les marchands, à qui l’on déroule aujourd’hui le tapis rouge, cessent d’écrire les lois à la place du législateur. Il faut que le vote cesse d’être censitaire. Dans sa version avancée, aux États-Unis, une Cour Suprême hayekienne a décidé que le vote des citoyens interviendrait après celui des compagnies : « À chacun selon son magot ! »

Rétablir des républiques de citoyens, une Europe des citoyens, est une bataille difficile. Son principal atout cependant : la déroute de la république des marchands, déjà visible à nos yeux.

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L’ACTUALITÉ FINANCIÈRE : USA, GRÈCE, ETC.

Merci à Runn, qui nous offre une transcription complète :

Bonjour,

On n’est pas vendredi, on est lundi et j’ai envie de faire une vidéo et la raison pour laquelle j’ai envie de faire une vidéo est la suivante, c’est que je me suis assis et que j’ai commencé à écrire sur ce qui est en train de se passer et je me suis rendu compte que j’étais parti pour écrire 20 pages, 30 pages et ce n’est pas cela qu’il faut, ce qu’il faut c’est un billet et un billet écrit sera trop court, il ne dira pas assez de choses, je vais essayer de dire ce que j’ai à dire là dans une petite vidéo, je ne sais pas combien de temps cela va prendre, j’espère que cela ne sera pas trop long.

Mais ce qui se passe aujourd’hui, c’est… Le taux d’emprunt pour la Grèce sur 2 ans qui dépasse 20%, cela veut dire qu’il va falloir prendre des mesures rapidement. On a repoussé, on a repoussé, on a repoussé la décision de restructurer la dette grecque, il est clair que les fameux marchés ne sont pas acheteurs, il va falloir faire quelque chose. On le sait aussi, si la Grèce restructure, c’est un mauvais coup, un coup très dur, pour les banques allemandes, pour les banques françaises, il sera difficile de ne pas résoudre en même temps que le problème de la Grèce, celui qui continue à se poser : celui de l’Irlande, celui du Portugal, celui de peut-être d’autres pays encore, c’est-à-dire que c’est une crise généralisée qui se dessine.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 15 AVRIL 2011

À quoi sert le blog ?

Le calcul du risque par l’Autorité de Sûreté Nucléaire française

Le capitalisme à l’agonie
— La crise de la zone euro
— Goldman Sachs, Deutsche Bank, et la destruction du système financier
— M. François Baroin et la prime de 1 000 €

Karl Marx et la fin du capitalisme

Carmen M. Reinhart & Kenneth S. Rogoff, This Time is Different. Eight Centuries of Financial Folly, Princeton University Press, 2009

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L’actualité des crises : TOUT FOUT LE CAMP ! par François Leclerc

Billet invité.

Sans même attendre que l’Espagne soit à son tour dans l’obligation de demander l’aide financière de l’Europe, ni même que le Portugal ait pu parvenir à négocier son propre plan de sauvetage, dans des conditions politiques très scabreuses, l’édifice déjà bien fragile de la stabilisation financière menace désormais de s’écrouler tout seul.

Le taux obligataire grec à 10 ans a atteint ce jeudi 13,13% – du jamais vu – dans l’attente d’une restructuration de dette négociée considérée comme inévitable, étant donné la mission impossible exigée des Grecs. Le taux à deux ans était ce jour de 17,44%.

Le gouvernement grec ne parvient pas à être dans les clous de son plan de sauvetage, la diminution de ses dépenses n’étant pas suffisante, contrecarrée par une baisse des recettes budgétaires là où une hausse serait nécessaire, en raison notamment d’une très forte récession (baisse de 4,5% du PIB en 2010). En conséquence, un plan triennal va être présenté, qui va devoir procéder à de nouvelles coupes budgétaires. 23 milliards d’économies budgétaires vont être recherchées d’ici 2015.

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LE MONDE-ECONOMIE, « Les autorités de la zone euro ne savent pas ce qu’est un taux d’intérêt ! », lundi 7 – mardi 8 mars 2011

Un Mécanisme de stabilité punitif

Les taux très élevés associés aux prêts consentis à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal font penser que les instances dirigeantes de la zone euro ignorent qu’un taux d’intérêt associé à un prêt comprend trois composantes :

1) le coût du financement pour le prêteur ;

2) sa marge de profit ;

3) la prime de risque de crédit, qui reflète de manière inversée une évaluation de la valeur du collatéral ainsi que la qualité de l’emprunteur.

Les principes du futur Mécanisme européen de stabilité, qui sera mis en place en 2013 pour aider les Etats de la zone euro en difficulté, viennent malheureusement renforcer l’hypothèse d’une ignorance de ces règles de base.

Le coût du financement d’un prêt est le taux auquel le prêteur lui-même emprunte les sommes qu’il reprêtera à une échéance (maturité) similaire. A cela s’ajoute une marge de profit. La troisième composante est la prime de risque, calculée sur une base statistique – « actuarielle » – pour compenser le risque d’un non-remboursement par l’emprunteur.

Par exemple, dans le cas d’un crédit hypothécaire sur un logement, la prime de risque tiendra compte du pourcentage d’apport personnel, du montant brut du prêt et du passé de l’emprunteur en matière de crédit. Soit, sur un exemple : coût du financement : 2%, marge de profit : 1%, prime de risque : 1,5%. Total exigé de l’emprunteur : 4,5%.

Ces principes très simples ne sont apparemment pas compris par les instances dirigeantes de la zone euro. Les prêts qui ont été consentis à la Grèce (110 milliards d’euros en mai 2010) l’ont été à un taux à peine inférieur à celui que le marché exigeait alors. Or, ce taux du marché était déterminé par le montant de la prime des credit default swaps (CDS) sur la dette grecque.

UN INSTRUMENT DE MESURE DU RISQUE DE CREDIT

Un CDS garantit le paiement des sommes contractuellement promises sur un produit de dette au cas où celles-ci ne seraient pas versées. La prime du CDS constitue un instrument de mesure du risque de crédit, même si cette mesure est spéculative du fait que le marché des CDS est ouvert à des intervenants qui ne sont pas réellement exposés au risque.

Comme les autres Etats de la zone euro se portaient garants de la dette grecque, le risque de défaut était en réalité nul, et la composante « prime de risque » du taux exigé de la Grèce aurait donc dû être, elle aussi, nulle ! Le taux élevé exigé signifiait donc que la composante « profit » du taux avait été gonflée de manière extravagante par les Etats prêteurs.

Quelle en était la justification ? La seule imaginable – à l’exception d’un opportunisme cynique – est l’ignorance par les instances européennes des composantes d’un taux d’intérêt.

L’hypothèse de l’incompréhension semble être confirmée par l’annonce, en novembre 2010, de la mise en place du Mécanisme européen de stabilité, dont les contours restent encore à préciser.

A partir de 2013, nous dit-on, les prêteurs des Etats – les acheteurs de la dette que ceux-ci émettent – seront exposés à un risque de restructuration de celle-ci, c’est-à-dire à un risque partiel de non-remboursement.

Les acheteurs éventuels se sont aussitôt écrié que, s’il en était ainsi, les taux exigés ne manqueraient pas d’être plus élevés qu’ils ne le sont aujourd’hui. A quoi pouvait donc servir, demandera-t-on alors, la composante « prime de risque » comprise dans le taux et calquée, comme chacun l’a observé au printemps dernier, sur la prime du CDS ?

A moins qu’il ne faille admettre qu’il s’agissait alors de gonfler, sans justification particulière, la composante profit du taux ? Bien sûr, d’autres explications sont toujours possibles : une « anticipation du taux d’inflation », par exemple. Rieurs, s’abstenir !

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