Archives de catégorie : Europe

PLAN DE SAUVETAGE DE L’EUROPE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Définition du prix

Définissons le prix comme un nombre affecté à quelque chose par quelqu’un. Le prix est alors une parole par laquelle un sujet déclare qu’un objet vaut tant. La parole entendue fait la réalité du prix mais pas sa vérité. Pour qu’un prix soit vrai, il faut qu’il soit échangé contre l’objet avec un autre sujet. Deux sujets accordent alors le même prix à un même objet réel. Mais l’échange entre deux opère une compensation du risque de vérité du prix de l’objet. Pour le vendeur du prix, le risque est que la valeur représentée dans le prix ne soit pas la valeur réelle de l’objet à recevoir. La valeur est une perception distincte de la réalité objective concrète. Pour l’acheteur du prix, le risque est que l’objet décrit en parole dans la négociation financière ne soit pas exactement l’objet réel à produire.

Si le crédit est la confiance que l’acheteur et le vendeur peuvent s’accorder réciproquement dans la double équivalence entre eux du prix et de l’objet réel, alors le crédit est réel par l’échange de l’objet contre le prix. Mais il n’est pas vrai : l’acheteur peut découvrir après la négociation que la valeur de l’objet est en dessous de celle du prix et le vendeur que la valeur du prix est en dessous de l’objet cédé. Pour que le crédit du prix soit vrai, il faut qu’un troisième sujet constate que le sens du risque de la réalité du prix et de l’objet est dans le même sens pour l’acheteur et le vendeur. Faute de quoi, l’échange ne crée par de valeur égale entre l’acheteur et le vendeur puisque l’un risque de perdre ce que l’autre va gagner.

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SOCIAL-DEMOCRATIE : LE RAPPORT DU MEDECIN-LEGISTE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand le système financier international s’effondra à l’automne 2008, entraînant l’économie à sa suite, on s’attendit à un retour en force de la social-démocratie. Voilà tant d’années qu’elle attendait son tour et nombreux étaient ceux qui espéraient sa venue. Le communisme – dont les conservateurs de tout poil avaient toujours prétendu qu’il constituait son abominable vérité cachée – était mort, le capitalisme était désormais moribond : le moment était venu. Un grand vent d’enthousiasme social-démocrate se levait aux États-Unis : un candidat du parti démocrate au profil neuf était apparu, le pays appelait de ses vœux un second Franklin D. Roosevelt pour appliquer lui aussi un New Deal qui remettrait le pays sur ses rails, qui lui permettrait de renouer avec l’une de ses valeurs originelles : un pays sans aristocratie, une grande classe moyenne libérée des luttes de classes ancestrales.

Le désappointement fut à la mesure de l’espoir qui était né. Wall Street qui avait trahi l’idéal d’une société sans classes avait vacillé, une administration républicaine déboussolée glissait de jour en jour davantage – faute d’alternative – vers la social-démocratie. Enfin Obama vint, il rétablit Wall Street sur ses pieds et lui rendit les rênes du pouvoir qui avaient manqué lui échapper de très peu. Les électeurs d’Obama en sont encore sonnés. Il ne restait qu’un seul endroit pour une opposition déterminée à la restauration qui avait eu lieu : le populisme libertarien du Tea Party.

Le peuple de la social-démocratie est celui de la citoyenneté, de la triade Liberté-Egalité-Fraternité ; le peuple du populisme, c’est l’éternel vaincu, réduit à l’aigreur et au ressentiment, toujours trop bête pour comprendre les multiples manières dont il est sans cesse berné et du coup, toujours prêt à se précipiter sur les chiffons rouges agités devant lui pour l’égarer et s’amuser en haut-lieu de sa stupidité intrinsèque.

En Europe aussi, le silence de la social-démocratie fut assourdissant. Des partis socialistes dont on attendait un sursaut n’émergèrent que des querelles entre candidats interchangeables, faute d’un quelconque programme. La raison en était simple : on attendait du corps endormi de la social-démocratie qu’il se réveille enfin mais quand rien ne se passa, il fallut bien constater que s’il avait cessé de bouger, c’était parce qu’il était mort : l’âme de la social-démocratie avait déserté les partis dits « socialistes » depuis trente ans déjà, sans pour autant aller se fixer ailleurs.

Le projet de la social-démocratie est-il pour autant à jamais perdu ? Peut-être pas. Depuis trois ou quatre ans, nous avons pris l’habitude en Occident d’attendre, pareils à des enfants geignards, que nos parents résolvent tous les problèmes pour nous. « La Chine, dit-on d’un air entendu, rachètera bien toutes nos entreprises en difficulté ! ». Ce qui est vrai : c’est en train de se passer à côté de chez vous. Elle soutient le dollar à bout de bras, et pour faire bonne mesure, l’euro aussi. Elle a déjà sauvé la Grèce, elle aide activement aujourd’hui le Portugal et l’Espagne, et sauvera bien tout le monde, le moment venu. « C’est son intérêt bien compris ! », ajoute-t-on du même air entendu. Vous aimez la social-démocratie ? C’est très simple : un peu de patience, un jour ou l’autre, la Chine finira bien par l’inventer pour nous.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction sur un support numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : DÉSESPOIR DE CAUSE, par François Leclerc

Billet invité.

Il y a des fois où, comme on ne sait plus quoi faire, on se résout faute de mieux à des expédients. Les exemples ne manquent pas en ce moment.

Attendant que se concrétisent des aménagements adoucissant sa peine, après avoir plongé dans l’austérité le pays, le gouvernement grec tire le diable par la queue, n’ayant accès au marché obligataire qu’à court terme et à des taux très élevés. Il coule donc les yeux doux à la diaspora, nombreuse de 7 millions d’âmes, le pays en comportant 11 millions. Un emprunt qui leur serait réservé est à l’étude, d’un montant qui pourrait être selon le quotidien Kathimerini d’un milliard d’euros, à échéance de moins de 10 ans, et selon des taux inférieurs à ceux du marché. Cela a un petit côté fond de tiroir.

En Irlande, où de prochaines élections anticipées créent de fortes incertitudes au sujet de la mise en œuvre du plan de sauvetage européen, la banque centrale a carrément pris le relais de la BCE, afin de continuer à alimenter en liquidités les banques sinistrées. 51 milliards d’euros leur auraient été déjà versés. Celles-ci ne disposaient plus d’actifs à mettre en pension (en garantie) à la BCE, qui leur a déjà prêté 132 milliards d’euros à fin décembre, et il a fallu improviser une solution. C’est donc avec l’aval de la BCE que cette opération de création monétaire hors normes est désormais en cours.

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LE SAUVETAGE DE L’EURO N’A PAS EU LIEU

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le sauvetage de l’euro n’a pas eu lieu : hier, par la voix de son ministre des finances, Wolfgang Schäuble, l’Allemagne a jeté l’éponge. M. Schäuble a dit qu’il n’y avait aucune urgence et qu’on pouvait réfléchir posément à la mise au point d’une nouvelle stratégie. Une autre manière de dire : « Advienne que pourra ! » L’oraison funèbre de la zone euro telle qu’on l’aura connue, à seize, a été prononcée par Olli Rehn, le commissaire aux affaires économiques et monétaires de la zone euro : « La crise est toujours là. Nous connaissons une trêve depuis deux ou trois jours mais nous ne pouvons pas nous permettre la moindre complaisance ». L’histoire retiendra qu’il rejetait lui la capitulation ; il est apparemment de la race des capitaines qui choisissent de couler avec leur navire.

Quand la zone euro a commencé de se défaire il y a un an, lorsque la situation de la Grèce a été connue, et que les projecteurs se sont immédiatement tournés vers le Portugal et l’Espagne, il est devenu évident que ce serait le pays le plus riche des seize qui – en dernière instance – devrait sauver tout le monde. Pourquoi ? Parce que dans un premier temps, les États sauvent les banques et comme elles sont insolvables, ils se noient en tentant de les sauver (voir le cas de l’Irlande dont on parlait moins il y a un an mais qu’il a fallu sauver en catastrophe à l’automne dernier), et que dans un deuxième temps, c’est aux États encore debout de tendre une main secourable à ceux qui tombent les uns à la suite des autres.

Quand la Grèce est tombée, l’Allemagne a fini par dire oui, du bout des lèvres. Quand ce fut le tour de l’Irlande, elle a dit qu’il s’agissait plutôt du genre de question dont le Fonds Monétaire International devrait s’occuper. Depuis, elle s’est attelée à mettre au point une solution qui entrera en vigueur en 2013, c’est-à-dire lorsqu’on pourra, après la bataille, faire le décompte des morts et des vivants. L’Allemagne s’est faite une raison, elle a faite sienne la philosophie du « en bien ou en mal, tout finit par s’arranger ! »

Mr. Schäuble aura donc connu son « moment Paulson », du nom de Henry « Hank » Paulson, le Secrétaire au Trésor de la deuxième administration Bush, qui jeta l’éponge le 14 septembre 2008 quand le représentant de la Barclays confirma que sa banque était prête à reprendre Lehman Brothers – à condition que ses actionnaires approuvent l’opération dans les jours qui suivraient. Le soleil se levait sur Tokyo et il était déjà trop tard.

L’hémorragie que provoqua la faillite de Lehman Brothers, et qu’il fallut étancher en déversant près de deux mille milliards de dollars et d’euros, fait que l’histoire pose déjà un regard sévère sur le « moment Paulson ». Mais que pouvait faire d’autre le ministre des finances américain ? On sait aujourd’hui – depuis que la Federal Reserve, poussée dans ses derniers retranchements, a dû révéler les chiffres – que dans le cas de Bear Stearns, qui avait elle été sauvée au printemps par son rachat par JP Morgan Chase, les titres rachetés à la firme par la Federal Reserve Bank de New York n’étaient qu’une infâme camelote. On a également appris le mois dernier que Bear Stearns était impliqué à l’époque dans une affaire de manipulation du prix de l’argent-métal sur le marché des Exchange-Traded Funds. Nous ne le savons que depuis quelques semaines mais il est difficile d’imaginer que Paulson ne l’ait pas su lui à l’époque. Il a déclaré alors sans la moindre ambiguïté : « Une opération de sauvetage comme celle qui vient d’avoir lieu pour Bear Stearns ne pourra pas être répétée ».

On sait maintenant que Lehman Brothers truquait ses comptes grâce à une entourloupe au doux nom de « Repo 105 », déguisant en ventes effectives à la fin de chaque trimestre des mises en pension de titres, et clamant à la face du monde qu’elle réduisait l’effet de levier dans son financement, alors qu’elle se contentait de doper sa combine. Cela aussi Paulson devait le savoir : on nous montre à nous les bilans officiels des sociétés mais un ministre des finances a accès aux vrais chiffres et quand tout s’écroule, apparaît en surface quelle est la part de ces chiffres qui découle d’un travail honnête et celle qui s’obtient par la fraude ordinaire. Quel que soit son degré personnel de cynisme, on est toujours surpris.

Que va-t-il se passer maintenant ? L’effet domino va suivre son cours et les pays en faillite restructureront leur dette. Les banques allemandes et françaises encaisseront la décote de la dette grecque ; les banques britanniques et néerlandaises, la décote de la dette irlandaise ; les banques espagnoles encaisseront la décote de la dette portugaise – la goutte qui fera déborder le vase en ce qui les concerne, et ainsi de suite, car chacun doit de l’argent à tous les autres. Il faudra avoir le cœur bien accroché dans le secteur bancaire. Les banques allemandes prendront un sacré coup mais on a dû faire les comptes à Berlin, et le calcul est facile à faire : sauver les banques allemandes coûtera toujours moins cher que de sauver toutes les banques de la zone euro plus la dette souveraine de tous les pays dont elles relèvent. Au bout du compte, la notation AAA de l’Allemagne devrait en sortir indemne, alors que si elle s’engageait dans les jours qui viennent à sauver l’Espagne (dont coût à vue de nez, 950 milliards d’euros, soit davantage que le montant actuel de la cagnotte européenne : les 750 milliards du Fonds Européen de Stabilité Financière), la notation de son risque de crédit serait menacée.

Hier, la zone euro a basculé officiellement dans le chacun pour soi. Mais quel était le choix qui s’offrait à M. Wolfgang Schäuble ? Guère meilleur que celui auquel était confronté M. Henry Paulson il y a deux ans : Charybde ou Scylla. Y a-t-il moyen de faire autrement ? Oui, si l’on remet en question des choses jugées fondamentales quant au statut de la propriété privée. À cela, la zone euro et ses majorités parlementaires libérales n’est pas encore prête. On en reparlera sur le champ couvert de morts, après qu’auront été quelque peu déblayés les décombres.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : DONNANT-DONNANT, par François Leclerc

Billet invité.

Les dirigeants européens font de la politique, et quelle politique ! Les voilà embarqués dans la négociation entre quatre yeux d’un paquet de mesures destinées à gérer la crise, où chacun glisse son grain de sel et cherche à protéger ses intérêts. Un exercice délicat qui pourrait fort bien ne pas être terminé à temps pour leur prochain sommet du 4 février, continuant d’alimenter toutes les incertitudes. Prochain arrêt : les 24 et 25 mars prochains.

Concentrée sur ses échéances de l’année à venir, la coalition gouvernementale allemande CDU-FPD voudrait trouver les meilleurs arguments électoraux pour justifier de prochains sauvetages européens – c’est en tout cas ainsi qu’elle voit les choses. Avec comme stratégie d’échanger sa participation financière à un dispositif d’aide renforcé contre de nouvelles assurance de réduction des déficits publics.

Dans l’obligation de ne pas décrocher des Allemands, les Français tentent de tempérer leurs ardeurs renforcées, avec en vue leur propre élection présidentielle et la crainte de devoir trop vite obtempérer à leurs injonctions. Tout en s’efforçant d’avancer leur projet d’harmonisation progressive (de convergence), fiscale puis sociale. Afin d’entraîner les Allemands vers la définition d’une politique économique commune et de les écarter de leur intransigeante rigueur budgétaire. Ministre des affaires européennes, Laurent Wauquiez vient de suggèrer ainsi le lancement de « project bonds » (des obligations européennes destinés à financer des grands projets d’infrastructure).

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L’actualité de la crise : MISSIONS IMPOSSIBLES, par François Leclerc

Billet invité.

Alors que la cafouillage européen bat son plein, les Allemands fortement divisés entre eux sur l’attitude à tenir, le retour de l’inflation ajoute une nouvelle menace à celle d’une dette dont on ne sait comment s’en défaire. Ragaillardie et en terrain connu, la BCE reprend pied et fourbit ses armes monétaires.

Une fois encore, les chiffres sont sollicités sans toujours trop s’embarrasser de leur analyse. L’inflation a ceci de miraculeux que, si ses causes sont multiples, son remède est unique : le chiffon rouge agité, les banques centrales remontent leur taux directeur et le tour est joué ! Sans trop avoir à se soucier des facteurs à l’origine des hausses de prix.

Regardons-y de plus près. Eurostat confirme un taux d’inflation de 2,2% pour la zone euro, les Britanniques sont au-delà, connaissant un taux de 3,3% (calculé en novembre dernier en valeur annuelle), et Ben Bernanke annonce que le danger de la déflation a « considérablement baissé » aux Etats-Unis. On remarque que le prix du pétrole et celui des matières premières alimentaires n’y sont pas pour rien, n’ignorant pas leur sensibilité à la spéculation financière. Enregistrant, sans que la corrélation soit formellement établie, les résultats faramineux que vient d’annoncer JP Morgan Chase, intervenant de pointe reconnu sur ces marchés (avec des bénéfices 2010 en hausse de 47% par rapport à 2009, soit 17,4 milliards de dollars).

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UNE CRISE DU SYSTEME BANCAIRE, PAS DE L’EURO, par Philippe Legrain *

Depuis Bruxelles, Eurointelligence adresse quotidiennement ses News Briefing – qui commentent avec pertinence l’actualité de la crise européenne – et publie également des articles d’analyse. Dont ceux de Wolfgang Münchau, publiés par les éditions allemande et britannique du Financial Times, dont il est chroniqueur.

Avec l’autorisation de Eurointelligence ainsi que celle de son auteur, nous publions une traduction de la contribution de Philippe Legrain.

Billet invité.

Les dirigeants européens doivent regarder la réalité en face : leur stratégie contre la crise qui traverse l’eurozone échoue lamentablement. Loin de prévenir la contagion, elle la favorise. Elle n’allège pas le problème de la dette, elle l’aggrave. Elle provoque des conflits entre pays et en leur sein. Et elle n’aborde pas le problème de fond : le pétrin du système bancaire européen. N’est-il pas temps de s’y prendre autrement ? 

Le problème provient en partie d’une analyse erronée de la crise. Celle-ci est d’abord une crise non de l’euro, mais du système financier mondial. Il y a peu de temps, la préoccupation majeure du marché était le dollar et l’assouplissement quantitatif de la Réserve Fédérale américaine. Aujourd’hui, la question clé en Europe n’est pas celle des mérites de la monnaie unique mais l’état périlleux du système bancaire. 

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L’ANNEE 2010 : LA DERNIERE CARTOUCHE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Article paru dans L’ENA hors-les-murs, janvier 2011

L’année financière 2010 s’est caractérisée par le rétrécissement des options pour toutes les nations.

En raison d’une concentration excessive de la richesse, le financement des entreprises, le revenu des ménages, avaient été partiellement remplacés par des crédits. En 2008, le château de cartes du crédit s’est écroulé. On a parlé de « crise de liquidité » au lieu d’insolvabilité pour permettre aux États de renflouer les banques en catimini en leur avançant des fonds à taux zéro ou à peu près par le biais de leur banque centrale. Au lieu de prêter cet argent-là à des entreprises ou à des particuliers, qui auraient été bien incapables de les rembourser le temps venu dans le contexte de récession qui s’était créé, les banques commerciales ont remis cet argent en pension auprès des banques centrales ou ont acheté des emprunts d’État. Comme les États s’étaient surendettés pour renflouer les banques, et s’étaient portés garants de leur solvabilité, et que leurs rentrées baissaient du fait de la récession, le taux exigé sur leur dette par le marché des capitaux grimpait et la valeur de leurs emprunts baissait parallèlement. Du coup, le portefeuille des banques se dévalorisait. Ce qui les obligeait à se recapitaliser. Les banques s’affaiblissaient parce que leur portefeuille était bourré d’emprunts d’État qui perdaient de leur valeur parce que les États s’étaient affaiblis en venant à la rescousse des banques : une spirale infernale s’était amorcée.

Aux États-Unis, les autorités, comme les économistes, et comme la population toute entière, ont guetté anxieusement en 2010 les signes d’une reprise qui ne fut jamais au rendez-vous. La chasse quotidienne aux indices de rebond constituait un spectacle particulièrement navrant. Que des profanes en matière économique imaginent qu’un indice isolé, comme un chiffre du chômage un peu meilleur que d’habitude, ou un prix de l’immobilier en hausse légère, puisse représenter à lui tout seul un signe de reprise est excusable puisque la complexité de la machine économique peut très bien leur être inintelligible, mais que des économistes professionnels succombent à de telles illusions (s’ils sont dupes) ou participent à de telles campagnes de propagande (s’ils ne le sont pas) était spécialement inquiétant.

Devant un chiffre du chômage bloqué au taux officiel de 10 % et officieux de 17 %, et un stock immobilier qu’il faudrait près de neuf ans pour écouler (107 mois), l’Amérique était hantée par le spectre de la déflation. Elle n’ hésita pas : elle eut recours à l’arme ultime qu’est l’assouplissement quantitatif, euphémisme utilisé pour désigner la planche à billets, arme que le statut de monnaie de référence et de réserve de sa devise lui offrait, quitte à exporter ses problèmes à la surface du globe sous la forme de dollars dévalués de fait cherchant à se placer dans des économies en moins mauvaise posture que la sienne. La manœuvre ne fut guère appréciée à l’étranger. Au sommet du G20 à Séoul en novembre, les États-Unis se sont retrouvés dans une situation inédite : isolés face à une coalition constituée du reste du monde. Il n’en est pour autant rien sorti : devant la détérioration économique de l’Occident et le dynamisme du reste du monde, le G20 qui promettait monts et merveilles en matière de gouvernance mondiale a confirmé en 2010 l’impuissance qui est la sienne depuis sa mise en place en 2008.

L’Amérique n’a évoqué à aucun moment la crainte de la déflation comme sa motivation pour recourir à la planche à billets : elle a parlé plutôt de relancer son économie. Pendant ce temps-là, l’Europe de la zone euro choisissait d’accorder la priorité au règlement de sa dette publique, quitte à sacrifier la relance, puisque l’austérité, freinant la consommation, entraîne nécessairement une contraction de l’économie.

L’Europe, comme les États-Unis d’ailleurs, avaient fait le choix depuis 2008 de sauver les investisseurs à tout prix. Choix dont il faudra un jour écrire l’histoire et analyser les motivations et les ressorts. La première fausse note de cette partition viendrait d’Angela Merkel, le premier ministre allemand, qui engagea la zone euro dans une voie inédite : mettre à contribution les investisseurs en cas de difficultés à partir de 2013. Les prêteurs aux États européens se sont en effet vu annoncer qu’à partir de cette date, la prime de risque qu’ils intègrent dans le coupon réclamé sur la dette d’État deviendra pour de bon ce qu’ils ont toujours affirmé qu’elle était en réalité, à savoir une prime de risque à proprement parler, censée couvrir le risque de défaut de l’emprunteur. Reste à voir si les prêteurs seront heureux d’être pris au mot – même si c’est sur le tard dans l’histoire du capitalisme – et toujours aussi nombreux dans le nouveau cadre défini par ce codicille.

Bien sûr la zone euro n’avait d’ores et déjà plus d’autre choix, s’étant engagée avec le sauvetage de la Grèce au printemps 2010 et de l’Irlande à l’automne, dans une voie sans issue : celle où viennent en aide aux nations qui défaillent – dont le nombre croît sans cesse –, le groupe des survivants parmi les seize nations – dont la taille diminue dans la même proportion. C’est qu’après la Grèce et l’Irlande, le Portugal et l’Espagne apparaissaient eux comme immédiatement menacés.

Dans la zone euro, l’État le plus affaibli, la Grèce, a crié au secours le premier. On a créé tant bien que mal après des atermoiements coûteux, un fonds de garantie européen. On était en mai, les choses se sont tassées. Cinq  mois plus tard, l’attention s’est tournée vers l’Irlande dont le secteur bancaire, nationalisé à divers degrés, continuait de réclamer un soutien abyssal, représentant pour 2010 pas moins de 32 % du Produit Intérieur Brut de la petite nation de 4,5 millions d’habitants, une somme qui pourrait atteindre au total 150 milliards d’euros.  Dans les conversations entre l’Allemagne et la France, le mot « restructuration » cessa bientôt d’être tabou quand on parlait de la dette de l’Irlande, de la Grèce, et des prochains dominos à tomber qu’étaient le Portugal et l’Espagne. Et sinon la « restructuration », du moins le « rééchelonnement » – ce qui du point de vue des créanciers veut dire la même chose : qu’une partie de la somme escomptée manquera à l’arrivée. Quoi qu’il en soit, ce seraient les détenteurs d’emprunts d’État – au premier rang desquels les banques – qui paieraient cette fois. Du moins si elles peuvent encaisser la perte. Si elles ne le peuvent pas et si elles figurent au palmarès des vingt banques « Too Big to Fail », trop grosses pour faire défaut – entendez « sans que tout ne s’effondre » – établi par le Conseil de Stabilité Financière du G20, il faudra que les États les sauvent. Avec quel argent ? Excellente question : serait-ce en faisant régler l’ardoise des vingt plus grosses banques du monde par le Fonds Monétaire International, le payeur de dernier ressort ? Impossible puisque, vivant des cotisations des États membres, ses ressources à lui ne sont pas non plus infinies.

De leur côté, les nations émergentes communément appelées BRIC (pour Brésil, Russie, Inde et Chine) eurent à lutter contre les capitaux spéculatifs venant rechercher sur leurs marchés des taux que les nations déclinantes ne pouvaient plus offrir. La Chine parvenait encore à retirer son épingle du jeu, retrouvant un taux  de croissance d’avant-crise. Sa situation n’était pas simple cependant, cherchant sa voie à tâtons entre les pesanteurs bureaucratiques du communisme d’antan et l’aventurisme du capitalisme sauvage. « Traverser le gué en s’assurant d’une pierre à la fois », avait dit Deng Xiaoping, à l’époque où il inaugurait la nouvelle politique. Mais le gué devient traître avec la pluie qui grossit le flot.

Et les peuples dans tout cela ? L’année se terminait sous le signe de leur rébellion. Le 6 mai, le passage en boucle sur les écrans des salles de marché du spectacle des émeutes en Grèce avait provoqué aux États-Unis un « krach-éclair ». Les Français avaient manifesté en masse et à plusieurs reprises à l’automne. Les Anglais, dont on admirait jusque-là la placidité, manifestaient eux aussi contre la suppression brutale de l’État-Providence par David Cameron à la tête d’un gouvernement de coalition dirigé par les Conservateurs. En Espagne, la grève des contrôleurs aériens conduisait à déclarer l’état d’urgence. Aux États-Unis, les familles dont le logement était menacé de saisie, se rebiffaient à la faveur d’une confusion née d’un double système d’enregistrement des titres de propriété. Enfin, l’Europe des gouvernants se mettait à trembler devant les appels à la révolution et à sa mise en œuvre par la panique bancaire, que lançait Éric Cantona, gloire du football international. Il rejoignait à la même époque dans la catégorie des modernes Robin des Bois, Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks qui provoquait de son côté la panique dans la diplomatie internationale en diffusant 250 000 messages échangés entre les ambassades américaines et leur Département d’État, révélant en particulier que ce dernier, rivalisant désormais avec la CIA et la NSA, se consacrait tout entier et à plein temps à l’espionnage.

En 2010, les dépenses occasionnées par la crise : sauvetage du secteur bancaire, relance, ajoutées au manque à gagner dû à la récession, ont entraîné les États à la suite de leur secteur bancaire. On se retrouvait dans une situation ubuesque où les banques détenaient de la dette d’État dépréciée en raison de l’aide et de la garantie que les États leur offraient, chacun tirant l’autre par le fond. Où cela s’arrêtera-t-il ?

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BFM RADIO, LUNDI 27 DECEMBRE A 10h45 – L’ANNEE QUI S’ACHEVE

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D’abord, un petit rappel. Le cadre global, c’est celui d’un système où l’argent manque en général là où il est nécessaire. Il faut alors l’emprunter et payer des intérêts. Comment se détermine le niveau des taux d’intérêt ? C’est le produit d’un rapport de force où interviennent trois facteurs : 1) l’offre et la demande de capitaux, 2) le rendement de l’économie (on est « partageux » quand le choses vont bien, beaucoup moins quand elles vont mal) et 3) le risque de contrepartie, c’est-à-dire le risque de non-remboursement. (Les économistes mentionnent aussi l’anticipation de l’inflation. Une « anticipation » est une représentation, elle peut déterminer le degré de résolution individuelle mais elle n’a aucun impact sur le rapport de force entre prêteur et emprunteur).

Quand, comme aujourd’hui, les taux sont élevés essentiellement parce que la part « prime de risque » est élevée, l’emprunteur se trouve pris dans un cercle vicieux : la prime de risque élevée accroît sa difficulté à rembourser, autrement dit augmente son risque de défaut. C’est le drame de l’Europe aujourd’hui.

L’Europe doit réduire ses déficits, aggravés par la crise financière et économique, d’où l’austérité ; elle doit aussi relancer la machine économique, ce qui exclut l’austérité. Les agences de notation qui mesurent le risque réclament bien entendu les deux. C’est l’impasse ! Pas nécessairement : il existe une solution : augmenter les salaires bas et moyens et baisser parallèlement (pour éviter toute inflation) les revenus du capital et les salaires extravagants. Entre une solution pareille et l’impasse, on n’hésite pas une seconde en haut-lieu : l’impasse fait l’unanimité !

Les États-Unis ont joué cette année sur le statut de monnaie de référence du dollar américain. L’argent ne coûte rien dans ce pays : quand il manque, on en imprime. Cela durera tant qu’il y aura une demande internationale pour le dollar. Si elle s’évanouit, le dollar s’effondre. Les États-Unis doivent aussi relancer leur économie. Ils ont choisi de reconduire une fiscalité amicale aux grosses fortunes. L’argent dégagé de cette manière ne pourra pas s’investir dans une économie déprimée, une partie sera consacrée à l’achat de produits de luxe, l’autre se retrouvera dans la spéculation, c’est-à-dire dans la prédation sur l’économie mondiale. Est-ce bien de cela que nous avons besoin ?

La Chine a entrepris sur le tard sa révolution industrielle. Dans un contexte où une monnaie nationale, le dollar américain, est aussi monnaie de référence, il n’existe qu’une seule solution : celle que la Chine a choisie, ancrer sa devise nationale à la monnaie de référence. Le dollar devient monnaie de singe ? qu’importe, le yuan le devient aussi ! et le commerce entre les deux pays se poursuit sur une base inchangée.

Le mélange de dirigisme et de capitalisme sauvage auquel recourt la Chine en ce moment est détonnant : bulle immobilière aujourd’hui, inflation demain, bulle boursière après-demain, etc. Cela ne peut fonctionner que dans le cadre d’un système politique autoritaire où des changements de cap instantanés sont possibles : séduire les investisseurs aujourd’hui, les assassiner demain, pour les ressusciter après-demain, si nécessaire. Il faut avoir le cœur bien accroché !

La Chine soutient aujourd’hui le système monétaire international tout entier à bout de bras : le dollar cette semaine, l’euro la semaine suivante et le yen la semaine d’après. C’est son intérêt bien compris, dit-on. Le jour où elle cessera de le faire, ce sera parce que cela aura cessé d’être son intérêt bien compris. N’empêche, on l’accusera alors sûrement de tous les maux.

La Chine réclame depuis l’année dernière une refonte du système monétaire international. On ne l’écoute que d’une oreille distraite. Si l’on ignore sa proposition, la guerre sino-américaine aura lieu sur le marché des capitaux et il n’est pas difficile de deviner qui l’emportera. Mais on n’évitera pas les dégâts collatéraux parmi les spectateurs, pour employer l’expression consacrée. Avis aux Européens.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 24 DECEMBRE 2010

« Tout s’arrange ! »
Le retour des économistes
La Chine sauve l’euro
Bien ranger les dominos
CE N’EST PAS UN PROBLEME DE LIQUIDITE MAIS DE SOLVABILITE !
L’empereur est tout nu
Savent pas, peuvent pas, veulent pas
Karl Marx et la fin du capitalisme
Faire revenir des pilotes dans la cabine de pilotage

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LE CAPITALISME A L’AGONIE (FAYARD 2011)

Argumentaire du livre à paraître

À la chute du mur de Berlin en 1989, le capitalisme triomphait : privé d’ennemis, il cessait d’être un système économique parmi d’autres pour devenir la manière unique dont un système économique pouvait exister. En 2007, dix-huit ans seulement plus tard, autrement dit pratiquement au même moment à l’échelle de l’histoire humaine, il devait être aspiré lui aussi dans le maelström d’une destruction prochaine. Le capitalisme est aujourd’hui à l’agonie. Qu’a-t-il bien pu se passer ?

A posteriori, les dix-huit ans qui séparent la chute du capitalisme de marché à l’occidentale de celle du capitalisme d’État de type soviétique, apparaîtront anecdotiques, et les explications produites durant ces dix-huit années pour expliquer la supériorité intrinsèque du système qui a survécu de peu à son rival, anecdotiques elles aussi. L’Histoire retiendra l’ironie de cette conjonction. Une hypothèse rarement émise s’impose du coup : capitalisme et communisme furent-ils terrassés par le même mal ? La cause alors serait la complexité : l’organisation des sociétés humaines atteindrait un seuil dans la complexité au-delà duquel l’instabilité prendrait le dessus et la fragilité étant devenue excessive, le système courrait à sa perte.

Une autre explication éventuelle est que le capitalisme avait besoin de l’existence d’un ennemi pour se soutenir. L’existence d’une alternative vers laquelle les citoyens des démocraties pourraient se tourner par leur vote aurait maintenu le capitalisme dans les limites d’une certaine décence de la part de ceux qui bénéficient essentiellement de son fonctionnement. En l’absence de cette alternative, ses bénéficiaires n’auraient pas hésité à pousser encore plus leur avantage, déséquilibrant le système tout entier, et le menant tout droit à sa perte.

Autre explication possible encore : du fait du versement d’intérêts par ceux qui sont obligés de se tourner vers le capital, c’est-à-dire d’emprunter, pour réaliser leurs objectifs en termes de production ou de consommation, le capitalisme engendrerait inéluctablement une concentration de la richesse telle que le système ne pourrait manquer de se gripper tout entier un jour ou l’autre.

Entre ces hypothèses, il n’est pas nécessaire de choisir : les trois sont vraies, chacune à sa façon, et ont conjugué leurs effets dans la première décennie du XXIe siècle. Et c’est cette rencontre de facteurs mortifères qui explique pourquoi nous ne traversons pas en ce moment l’une de ces crises du capitalisme qui lui sont habituelles depuis deux siècles mais sa crise majeure, celle de son essoufflement final, et pour tout dire, celle de sa chute.

Nous examinerons les différents moments d’une époque qui voit une immense machine, ralentir d’abord, avant de s’arrêter.

Cette particularité nouvelle de l’absence d’un concurrent sérieux au capitalisme nous interdit de nous représenter avec clarté ce qui viendra à sa suite. Pour nous aider, il faut réfléchir à ce que nous entendons par ce bonheur que nous nous souhaitons à nous-mêmes, à nos enfants et aux enfants de nos enfants ; nous examinerons aussi la contradiction qui existe entre deux soucis dont ni l’un ni l’autre ne nous semble pouvoir être sacrifié : l’éthique, la vie morale, et la propriété privée, le droit de posséder, sans que cette possession ne puisse être légitimement remise en cause ; nous analyserons ce que signifie un monde où le travail devient rare mais où nous avons encore besoin pour vivre des revenus qu’il procure.

Certains phares de la pensée humaine avaient deviné que notre espèce se trouverait un jour confrontée à des questions sinon insolubles, exigeant du moins qu’elle amorce un tournant du même ordre de grandeur que celui qui nous fit passer du paléolithique au néolithique, ou des sociétés agraires aux sociétés industrielles. Nous tenterons de tirer profit de la réflexion de Robespierre, Saint-Just, Hegel, Marx, Lévy-Bruhl, Freud et Keynes, en particulier.

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