Archives de catégorie : Histoire

Les dessins de Ron Cobb

J’évoquais l’autre jour avec une jeune personne qui pensait que le mouvement écologique est une invention récente, certains des très beaux dessins que Ron Cobb publiait à la fin des années soixante dans le Los Angeles Free Press, un des organes du mouvement hippie. En voici un : « Bénis soient les simples en esprit : la terre leur appartient ».
La terre leur appartient
En voici un autre, plus classiquement politique. Celui–ci pourrait servir d’illustration à l’une des thèses centrales de mon « Vers la crise du capitalisme américain ? » (2007) : que le rapport des classes sociales aux États–Unis doit toujours être interprété dans la cadre que lui a défini le puritanisme (c’est–à–dire le calvinisme) hérité des premiers colons du XVIIè siècle : que la richesse est la manière dont Dieu signale aux élus, leur élection. « Si t’as quèqu’chose, c’est pasque t’as été gentil. Si t’as rien, c’est qu’t’as été méchant… T’as qu’à demander au Père Noël ».
Le Père Noël

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« Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba »

Cela se passait à la même époque de Laguna Beach. Un jour mon amie m’avait dit, « J’ai visité aujourd’hui une très belle maison. Est-ce que tu veux aussi la voir ? » Je me méfiais un peu parce qu’en Californie, « beau » est souvent synonyme de « démesuré » mais Brenda était une peintre à l’oeil infaillible et je lui ai fait confiance. J’ai eu raison parce que cette maison de Corona del Mar est la plus belle que j’ai eu l’occasion de voir.

A priori pour moi, une maison c’est un endroit où l’on fait des choses biologiques : on mange, on dort, et ainsi de suite. Mais dans celle-ci, mes préjugés sur l’architecture dans ses rapports avec le biologique sont tombés. Il y avait dans cette bâtisse tout en arrêtes verticales, enchâssés les uns dans les autres, une multitude d’espaces sans nom, où l’on pouvait aller s’asseoir ou rester debout, avec une assiette, ou avec un livre ou sans raison particulière, juste pour être là à regarder la mer. Les portes-fenêtres ouvraient sur des terrasses ou directement sur des pelouses, et les gens qui passaient dans l’avenue qui domine la plage auraient pu tout aussi bien pénétrer dans cette maison et en découvrir les trésors qui étaient de deux sortes : des pièces du Quattrocento : tableaux, statues, verres, bijoux, et des objets africains, dont les plus récents devaient dater du milieu du XIXè siècle et les plus anciens, du XVIè siècle peut-être. Il y avait en particulier des velours kuba, de très grandes pièces, de la qualité de ceux qu’on peut voir au Musée de l’Afrique Centrale à Tervuren.

Et un peu plus tard ce jour-là, Ann Bernstein (*), la maîtresse de maison, et moi, nous nous sommes retrouvés seuls dans une voiture que je conduisais : un imbroglio si je me souviens bien à propos d’un véhicule à récupérer quelque part. Et pendant que nous roulions, elle m’a dit ceci : « Je vais vous raconter quelque chose parce que j’ai le sentiment que vous pourrez comprendre. Vous avez vu tous ces objets et vous pensez sans doute qu’il a fallu à mon mari et moi de nombreuses années pour les rassembler. Ce n’est pas le cas : il a acheté tout ce que vous avez vu là, en deux heures, chez un antiquaire à Milan. Nous connaissions l’existence de ce marchand et un jour nous sommes allés le voir. Mon mari a examiné les centaines d’objets qu’on lui présentait et il disait, « Celui-ci… et puis celui-là… », et le marchand allait les déposer à l’écart pour que nous puissions les revoir plus tard. Et quand tout a été vu, il devait s’attendre à ce que mon mari se tourne vers sa première sélection et en choisisse un ou deux. Il n’en est pas revenu quand nous lui avons dit que nous prenions le tout. Vous comprenez ? Pour mon mari, ce jour–là, c’était une importante revanche sur la vie. Sur l’histoire surtout ».

C’était l’un de vos secrets, que vous avez confié ainsi, Ann, à un inconnu, alors que tous deux vous étiez parvenus, contre toute logique, et au grand dam sans doute de ceux qui vous avaient présentés l’un à l’autre dix minutes plus tôt, à vous retrouver ainsi seuls, dans l’espace d’une automobile. Je ne me souviens pas, Ann, de ce que je vous ai dit moi ; j’imagine, moi aussi, des choses essentielles sur ma vie et ma personne.

Et vous aviez un autre secret, que Brenda m’avait révélé : que vous aviez été autrefois une femme qui se dévêt, une danseuse de la variété dite « exotique ». Aussi, quand il m’arrive aujourd’hui d’apercevoir une enseigne au néon qui annonce « Nude Girls », je pense aux extraordinaires planches en couleurs de Norman Hardy dans les « Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba ainsi que sur les peuplades apparentées : les Bushongo » que Torday et Joyce consacrèrent en 1910 aux Kuba, au retour de leurs explorations dans le bassin du Congo.

(*) J’ai modifié les noms et les circonstances, le mari d’« Ann » étant un personnage connu.

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Abel et Caïn

Un des contes de Borgès s’appelle « Légende », il est très court : pas même une demi-page. Il raconte une rencontre entre Abel et Caïn. La scène se passe après le meurtre, la nuit autour d’un feu. L’un des frères dit à l’autre : « Je sais que l’un de nous est mort mais je ne sais plus qui de nous a tué l’autre » et l’autre lui répond : « Oui : oublier, c’est pardonner ». Ils n’ont pas oublié le meurtre bien entendu, seulement qui, des deux frères, fut le meurtrier et qui la victime.

Ma mère n’a jamais voulu parler de la fin de ses oncles et tantes, morts dans des camps. C’est moi, adolescent, qui ai voulu savoir, voulu combler le silence. J’ai découvert alors des noms comme Sobibor ou Bergen–Belsen et l’horreur qu’ils récèlent. Je parle de ces choses avec mes enfants, comme avec Charlotte, l’année dernière à San Francisco. Il ne faut pas que ces événements s’oublient. Ce que j’espère seulement, c’est que quand j’en parle, mes mots ressemblent à ceux des deux frères : « Ces choses indicibles ont eu lieu mais je ne sais plus si elles nous arrivèrent à nous, ou si nous les avons infligées à d’autres ».

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Vulnérabilité des démocraties

Dans un système représentatif multipartis, ou bien un seul parti obtient une majorité lors d’élections et dans ce cas une majorité des électeurs est automatiquement représentée au nouveau gouvernement, ou bien une coalition émerge de manière à constituer une majorité, et dans ce cas ce sont évidemment les partis les mieux disposés à s’entendre, c’est–à–dire ceux qui ont le plus d’affinités entre eux, qui se retrouveront au gouvernement. Les sociologues spécialistes de l’analyse des réseaux pourront prouver de manière formelle que dans un cas comme dans l’autre ce sont les partis les plus extrémistes qui se retrouveront exclus du gouvernement (ce qui n’élimine pas bien entendu la possibilité que dans quelques rares cas de figure un parti de droite ou de gauche aie davantage d’affinités avec un parti d’extrême–droite ou d’extrême–gauche qu’avec un parti situé plus au centre : c’est ainsi que le Parti Communiste français se retrouva au pouvoir dans le deuxième gouvernement Mauroy en 1981).

Vus d’Europe, les partis Démocrate et Républicain américains apparaissent souvent comme chou vert et vert chou. Il s’agit d’une illusion due au fait qu’il existe des enjeux locaux et des clivages selon le groupe ethnique ou l’affiliation religieuse que seule une connaissance approfondie du milieu permet de distinguer. Le système américain encourage de multiples façons les situations où seuls deux grands partis se retrouvent en présence, dont l’un représente l’éventail d’opinions qui vont du centre–droit à l’extrême–droite et l’autre, l’éventail d’opinions qui vont du centre–gauche à l’extrême–gauche. Pour gagner les élections, un parti doit donc nécessairement soit grignoter sur l’aile centriste de l’autre, soit parvenir à mieux mobiliser ses électeurs que l’adversaire.

L’élection présidentielle américaine de 2000 déboucha sur un match nul entre les candidats qui résultait d’un effort sans précédent de la droite fondamentaliste qui parvint à si bien organiser sa base au niveau local que chacun des électeurs susceptibles de voter pour le parti républicain eut l’occasion de se rendre aux urnes. Le match nul fut départagé en faveur de George W. Bush par une Cour Suprême conservatrice qui avait choisi son camp. Les élections présidentielles de 2004 permirent à Bush d’asseoir son pouvoir par un second mandat : face à lui, John Kerry représentait une candidature trop paradoxale pour motiver l’électorat Démocrate, celle d’un patricien à la fois héros de la guerre du Vietnam et ancien gauchiste anti–militariste. George H. W. Bush l’emporta cette fois de manière très nette grâce à la désaffection en sa faveur d’une partie du centre–gauche.

Voter pour un parti qui couvre les positions, soit progressiste, soit conservatrice, sur l’entièreté de leur éventail, de leurs variétés les plus modérées aux plus extrêmes, c’est bien sûr pour les électeurs, acheter un chat dans un sac. En 2000, ceux-ci imaginaient élire avec George W. Bush un doublet de son père George H. W. Bush, un président qui avait représenté le courant centriste du parti Républicain et avait eu la sagesse de s’entourer de conseillers appartenant à l’ensemble des tendances de son parti. Mais le fils ne ressemblait pas au père : ayant connu très tôt des problèmes de dépendance, il s’était converti aux croyances apocalyptiques des églises protestantes fondamentalistes qui attendent avec impatience le combat décisif que se livreront les forces du bien et du mal lors de leur affrontement ultime.

Au contraire de son père, George W. Bush s’entoura d’une équipe représentant un courant bien particulier au sein de son parti : les « néo–conservateurs » dont la politique étrangère était délibérément alignée sur celle de l’extrême–droite israélienne et dont la politique intérieure était anti–démocratique et subversive : leur intention était d’infléchir systématiquement les institutions du pays afin de rendre irréversible la prise de pouvoir par la tendance « néo–conservatrice » qu’ils représentaient. Les deux principales tactiques de cette stratégie consistaient, d’une part, à étendre l’autorité présidentielle dans une direction dictatoriale en retirant à l’administration des pouvoirs dont elle disposait traditionnellement et, d’autre part, à politiser celle–ci autant que possible en nommant des « néo–conservateurs » à tous les postes de confiance et en redéfinissant des postes jusqu’alors a–politiques comme étant réservés désormais aux seuls représentants du parti Républicain. Pour interdire une future alternance, un travail systématique de redécoupage des circonscriptions électorales fut imméditament entrepris, de manière à renforcer l’emprise du parti.

Le grain de sable qui enraya la belle mécanique fut la belligérance de l’ancien ambassadeur Joseph C. Wilson : c’est lui qui entreprit de miner les efforts de propagande qui avaient conduit à l’invasion de l’Irak. Quand, par mesure de représailles et dans un effort concerté, la Maison Blanche révéla à la presse l’appartenance à la CIA de son épouse Valerie Plame, il entreprit une campagne qui devait déboucher plusieurs années plus tard sur la chute de
« Scooter » Libby, principal conseiller du Vice–Président Cheney. Sans la détermination de Wilson, la stratégie subversive du quarteron que George W. Bush avait réuni autour de lui aurait très bien pu réussir.

De scandale en scandale, de démission en démission, l’équipe fut petit à petit décimée : Ashcroft, Wolfowitz que le monde entier, par le truchement du personnel de la Banque Mondiale, attendait au tournant, Rumsfeld, Richard N. Perle, Karen Hughes, la confidente du Président, « Scooter » Libby, déjà mentionné, ainsi que les deux artisans de la mise sous coupe réglée de l’administration : Karl Rove, le principal conseiller du Président Bush, qui démissionna il y a quinze jours et Alberto Gonzales, le ministre de la Justice homme des basses oeuvres, partisan de la torture et adversaire de la Convention « démodée » de Genève, qui devait démissionner mardi dernier. Le dernier carré de Bush en est réduit à la part congrue: il ne reste à ses côtés que le Vice–Président Dick Cheney. Coutumier des propos séditieux, celui–ci n’est cependant pas le « néo–conservateur » le moins redoutable.

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Quand il est légitime de chanter la Marseillaise

Il est légitime de chanter la Marseillaise quand les circonstances l’exigent et qu’on est seul à pouvoir le faire.

Démonstration.

Au bout de ma première année aux États–Unis, je n’avais plus un rond, aucune perspective d’emploi et quatre enfants à charge. Je m’étais mis à fréquenter les Quakers et l’un d’entre eux m’avait un jour dit : « Il y a une vieille dame qui vient de perdre son mari et son frère. Ce serait bien si quelqu’un pouvait vivre avec elle dans sa maison. Il y aurait un loyer modeste à payer… ».

Evelyn Smith Munro est morte en février dernier à l’âge de 92 ans. « Je suis dans l’Encyclopédie de la gauche américaine », m’avait–elle un jour dit avec fausse modestie. Sa chronique nécrologique dans le Los Angeles Times rappelle qu’elle « accompagnait H. L. Mitchell (un militant socialiste, fondateur du syndicat des métayers des états du Sud) le jour où ils recherchaient le corps d’un syndicaliste apparemment assassiné par les patrons des plantations. Elle participait aux assemblées de métayers, souvent interrompues par les assistants des shérifs accompagnant les « patrons motorisés » – des hommes armés dont le rôle était d’intimider les syndicalistes – elle fut un jour pourchassée par une voiture remplie d’hommes brandissant des fusils et des haches ».

Evelyn était native de la Nouvelle–Orléans où l’on aime la France par principe et sans grand discernement. Le chien qui partageait la maison où je logeais à Laguna Beach (Californie méridionale) de 1997 à 1999, s’appelait « Mardi–Gras ». Evelyne aimait la France mais surtout l’image de la Révolution Française, c’est ce qui la motivait quand elle avait les nervi racistes à ses trousses et c’est pour cette raison que ses filles avaient choisi le 14 juillet pour une commémoration.

Nous sommes arrivés très tard (Adriana travaillait ce jour–là). Il y avait un petit orchestre. Quelqu’un avait–il chanté la Marseillaise ? Ils auraient bien voulu mais personne n’aurait su comment. Alors, samedi dernier, à la mémoire de quelqu’un qui aimait la Révolution Française, et devant un public d’Américains ravis et reconnaissants, d’une voix vibrante, pareil aux héros de Casablanca, j’ai chanté la Marseillaise.

L’Ami du peuple

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Chine – États–Unis, 1920–1930

San Francisco possède une communauté chinoise très importante, et ceci, depuis le XIXè siècle : une partie considérable du centre-ville est encore occupée par le quartier chinois, le « Chinatown ». L’île la plus importante de la Baie de San Francisco est Angel Island, un centre de détention pour immigrants, essentiellement chinois, y existait autrefois.

Quand on a commencé à évoquer les camps d’internement pour Japonais et Américains d’origine japonaise durant la deuxième guerre mondiale, certains se sont interrogés sur les ressemblances et les dissemblances avec d’autres camps qui existaient, à la même époque, en Europe occupée. Dans la brochure qu’on vous offre à l’entrée du musée du centre de détention d’Angel Island, on s’est efforcé de calquer l’histoire du centre sur celle de ces camps d’internement pour Japonais.

À la fin du XIXè siècle, certaines minorités se sont vu imposer des quota ou des interdictions d’immigrer. Ce sont là des choses américaines que l’on ne peut guère comprendre en Europe. Seule la réunion des familles trouvait grâce aux yeux du Ministère des Affaires Étrangères. Donc les Chinois qui essayaient d’entrer aux États-Unis par San Francisco étaient arrêtés et languissaient dans le centre de détention d’Angel Island. C’est du moins là la version officielle aujourd’hui.

Lorsque la visite guidée atteint l’un des dortoirs, l’indignation est à son comble à la vue des échafaudages de lits en ferraille empilés jusqu’au plafond. Moi qui n’hésite jamais à mettre les pieds dans le plat, je laisse échapper « Est-ce que ce n’est pas l’équipement standard des casernes ? » À quoi le guide a la grâce de me répondre, « Ben, c’est ce qu’il m’a toujours semblé aussi ! »

Dans une autre pièce une anomalie saute aux yeux, un curieux rapprochement s’opère dans l’esprit du visiteur entre une représentation de la vie quotidienne au Centre, mise en scène grâce à des mannequins de cire du genre Musée Grévin, et une photo des années vingt ou trente qui pend au mur d’une des pièces visitées précédemment. La scénette a manifestement été reconstituée à partir de la photo d’époque. Un fonctionnaire « Anglo », comme l’on dit ici pour désigner les blancs au teint clair (ce qui comprend aussi bien les Scandinaves et les Germains), est assis derrière un bureau et prend des notes. Un autre Anglo est debout, son visage sévère est empreint d’un air inquisiteur : c’est un flic en civil ou un officiel de la même engeance, il s’adresse au troisième personnage, assis sur une chaise et qui, lui, est Chinois. C’est ici qu’intervient l’anomalie : les deux blancs de la scénette sont habillés comme sur la photo, mais pas le Chinois. Le mannequin chinois est en bleu de chauffe et casquette comme on les voit sur les photos de la Révolution Culturelle. Le Chinois de la photo, lui, est en complet trois–pièces et feutre clair. « Vous avez dit bizarre, comme c’est bizarre ! »

Et voici ce que j’ai appris en cuisinant le personnel du Musée, sur ce qui s’est réellement passé. En 1906, lors du grand tremblement de terre qui détruisit le centre de San Francisco, les archives brûlèrent à la mairie. Chaque chef de famille se trouva dans l’obligation de ré-engistrer son ménage. Un grand nombre d’entre eux se déclarèrent à la tête de familles nombreuses dont la plupart des enfants demeuraient encore en Chine. Ils passèrent alors des petites annonces dans leur ville natale afin de vendre au prix fort le droit de prétendre être le fils ou la fille d’un résident du Chinatown de San Francisco. Ce sont essentiellement des avocats et des médecins qui se portèrent candidats et, en cette époque reculée, ces « professionals » étaient tous des hommes. Ceci explique du coup, une seconde anomalie : les textes gravés en caractères chinois sur les murs. Il en existe dans les chambres réservées aux hommes et non dans les dortoirs des femmes. On en trouve plusieurs couches : le personnel du Centre recouvrait les inscriptions d’un enduit épais et les occupants suivants se remettaient à graver. Les femmes étaient probablement d’authentiques filles de Chinois san franciscains ou des clandestines, et ne savaient pas écrire.

Les prisonniers s’étaient constitués en association et disposaient d’avocats en Chine comme en ville. On apprend que seul un pour cent et demi des détenus se voyaient finalement rapatriés. Au début, on avait tenté de les nourrir avec de la tambouille pour hôpital ou pour prison mais ils s’étaient rebellés contre cette nourriture infâme et il leur fut ensuite possible de commander leurs plats à Chinatown. La communication avec les citadins se faisait à l’aide de petits messages collés au-dessous des assiettes. Les prisonniers faisaient savoir à leurs parents putatifs : « Je passe mercredi, ils vont me demander combien de fenêtres il y avait dans ma maison natale. Dépannez–moi ! ».

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La grande muraille de Chine

Armel m’avait dit à propos de la grande muraille de Chine, « C’est raide ! » et j’avais répondu « Oui ». Il avait ajouté, suspectant que je ne l’avais pas réellement entendu : « C’est très raide ! » et j’avais dit « Oui, oui ! ». Mais il avait raison : je n’avais pas enregistré. Sans quoi je n’aurais pas été sidéré en découvrant ce mur d’enceinte long de six mille kilomètres, suivant avec une détermination inébranlable la ligne de crête d’un massif montagneux. Quand la roche devient falaise, la muraille plonge à sa suite sans tergiverser.

Il existe deux versions de la genèse de la grande muraille de Chine. Selon l’une, Qin Shi Huang réunifia les sept royaumes combattants et connecta entre elles, sur la frontière septentrionale, plusieurs enceintes préexistantes. Dans la deuxième version, il y a bien plus longtemps, Xuandi avait été un jour averti par le devin impérial qu’un enfant était né à l’extérieur de l’empire, qui l’évincerait ; Xuandi avait aussitôt ordonné la construction de la muraille.

La seconde version me semble bien plus vraisemblable : les peurs fantasmatiques des hommes ont joué un rôle plus décisif dans leur histoire que leur évaluation objective des dangers qui les menaçaient réellement.
Pratique du tai–chi sur la muraille par un blogueur étranger

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