Archives de catégorie : « Mes vacances à Morro Bay »

« Mes vacances à Morro Bay » – Une perle vous dis-je ! ;-), par Philippe Soubeyrand

Philippe Soubeyrand qui a publié de nombreux billets sur mon blog (dont en particulier REQUIEM : le temps alloué était dépassé…), me communique un courrier qu’il a adressé à ses amis et connaissances. Je le reproduis bien volontiers ici bien entendu.

Le dernier livre de Paul Jorion est une perle rare située au beau milieu d’un océan de vide inique ! Il est grand temps de le mettre en Lumière !

Dès les premières pages, le ton nous est donné, l’auteur s’imaginant carrément une belle mort dans la gueule d’un requin de Morro Bay. Mais n’est ce pas plutôt lui ce requin en définitive ?

D’ailleurs, Mesdames, croyez-moi sur parole, s’il vous arrive un jour de croiser le regard de Paul Jorion, alors ne vous y perdez surtout pas, car cela signifie peut-être qu’il vous veut !

Ce livre est un véritable feu d’artifice d’anecdotes californiennes, toutes plus croustillantes les unes que les autres. Il ne se passe pas une page sans que l’on sourie ou que l’on rie, tant il est parfois difficile pour Paul Jorion de savoir choisir entre la complexité d’une limace et la simplicité d’un croissant, de tenter de se baigner dans du court-bouillon, de se retrouver bouche bée devant la majesté d’un palais du plaisir pour mégalos construit avec l’argent des mines du Nevada, et surplombant l’Océan Pacifique, de s’imaginer éveillé en pionnier de la Silicon Valley, de demeurer sans ambition et « en roue libre » trop longtemps, de chanter librement Brassens et l’Amour quand ce n’est pas permis, de ne pas ramasser des coquillages afin de les offrir à une petite fille dans le but d’attirer l’attention de sa maman « spontanée », de feindre le karaoké pour une nouvelle fois attirer l’attention, de s’imaginer en nudiste tout en tentant de se motiver avant d’escalader l’Annapurna, ou de ne pas s’impliquer dans les galères d’« une crêperie picarde sur la Côte centrale de Californie », etc. ! Continuer la lecture de « Mes vacances à Morro Bay » – Une perle vous dis-je ! ;-), par Philippe Soubeyrand

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« Mes vacances à Morro Bay », depuis 6 jours en librairie

Pages 45 et 46

Cet après-midi j’ai compris pourquoi j’étais allé passer mes vacances à Morro Bay. La journée n’avait pas trop bien commencé.

Le matin, j’avais commencé par aller explorer les rues de la petite ville. J’avais scruté ces vitrines figées dans les années soixante ou soixante-dix. C’est bizarre, cette disposition de toutes les petites stations balnéaires du monde, à faire preuve d’un retard de trente ou quarante ans sur les grands centres. Est-ce parce que ce sont les habitants des petites villes fauchées du reste du pays qui passent leurs vacances sur les petites plages fauchées ? Ça doit jouer. Je regarde la vitrine d’un agent immobilier, les photos de propriétés à vendre sont jaunies : pour être aussi pâles elles datent d’au moins cinq ans. Ces maisons peuvent-elles vraiment être en vente depuis tant d’années ? J’en doute. Les photos restent là, non-renouvelées, probablement pour leur valeur exemplaire. Les heures d’ouverture affichées sont également avares : de 11 heures à 13 heures, puis de 15 à 17 heures, le mardi et le jeudi. Les propriétaires ont apparemment des choses plus importantes à faire du reste de leur temps. Ah ! Voilà qui est plus intéressant : Crêperie Sophie, le menu propose : Ficelle Picarde. Il faudra que je vienne voir à quoi ça ressemble. Il est neuf heures, c’est fermé, je jette un oeil à l’intérieur. Des photos des années trente : une famille à la plage (Trouville ?), une photo : un portrait de femme, probablement Sophie, les lèvres très peintes, apparemment très rouges, des cheveux courts et permanentés, des accroche-coeur sur le front. Oui, il faudra que je revienne. 

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« Mes vacances à Morro Bay », depuis 3 jours en librairie

Pages 46 à 48

Je découvre la Chambre de commerce / Syndicat d’initiative de Morro Bay. Je m’arrête et je demande quelle est la meilleure plage pour les bains de mer. Et il faut imaginer la scène : une femme assise à un bureau et une autre dans une petite pièce contiguë, qu’elle voit depuis son siège mais qui m’est à moi invisible vu l’angle. Long silence : j’ai apparemment parlé de corde dans la maison du pendu. Raclements de gorge prolongés : « Hmmm, Hmmm. » Mon interlocutrice se tourne désespérément vers sa comparse, laquelle ne lui est d’aucun secours : silence également de ce côté-là. Finalement :

— La semaine dernière il y a eu un, euh… accident.

Je viens charitablement à son secours :

— Oui, je sais : une nageuse a été attaquée par un requin.

— Vous savez, elle nageait avec des palmes, ça la faisait ressembler à un phoque.

Ah ! c’est ça, on est toujours renvoyé au péché originel : ce qui vous arrive de tragique est toujours un peu votre faute. Mais cette fois, ce n’est plus [comme dans les journaux, la semaine dernière] de nager « avec » les phoques, mais de nager « comme » un phoque !

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« Mes vacances à Morro Bay », aujourd’hui en librairie

Cher Paul,

Avant 13h, j’ai débuté la lecture de vos Vacances à Morro Bay ! Je me suis arrêtée à la moitié de la semaine, à l’annonce du renoncement à la baignade, et je reste donc suspendue à l’attente du prochain rendez-vous avec la dentiste, samedi prochain. Vous embrassera-t-elle à pleine bouche ? Quelle prise en charge pour vos trois couronnes aura-t-elle réussi à obtenir pour vous de votre assurance santé ? Verrez-vous l’aileron d’un requin dans la baie ou la « julienne » est-elle décidément trop épaisse ? [ce qui me fait penser immanquablement au mot d’une amie qui se baigne à La Turballe et qui me dit souvent, en été : « aujourd’hui, elle était imbaignable ».] J’en suis là. Mais je puis d’ores et déjà vous dire que vous tenez l’essentiel : le rythme et l’esprit. 

Vous avez trouvé une musique excellente : celle de la (fausse) oralité, dans une forme très délicate, très sensible. Cela s’apparente à du discours intérieur, un mélange entre récit et flux de conscience. Cela a le mérite de happer le lecteur, plongé soudain dans l’intériorité du narrateur. Pour l’embarquement, c’est puissant. Et ce récit, ce flot d’histoires, avec ses emmanchements étonnants (éminemment subjectifs, mais on vous reconnaît sans vous reconnaître), se fait sur un ton très varié, sans suffisance, ni narcissisme, bien au contraire : avec des traits légers d’auto-dérision, d’ironie et de connivence avec le lecteur – dont rien n’est supposé, ce qui est une ouverture remarquable, un vide très accueillant qu’il investit justement, et où il se met à se reconnaître – ; oui, lui aussi, dans la vacance entre une histoire d’amour qui s’est terminée et une peut-être qui s’annonce, s’est permis des aventures insignifiantes de la plus grande importance, où chaque chose, chaque incident prenait un relief inouï, où il rouvrait l’espace des hasards, des coïncidences… pour une nouvelle étape dans son existence. Evidemment, ce qui me plaît, c’est, outre la « matière » californienne, ces réflexions qui rationalisent ou non les phénomènes de hasard, et les nombreuses associations qui passent par la tête du narrateur et donne un aperçu sur son existence subjective… 

S

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« Que faire ? Que faire ? », le 5 mai 2019 – Retranscription

Retranscription de « Que faire ? Que faire ? », le 5 mai 2019. Ouvert aux commentaires.

Bonjour, nous sommes le dimanche 5 mai 2019 et mon exposé d’aujourd’hui s’intitulera « Que faire ? Que faire ? ».

Vous l’avez vu – je commence par là – les listes pour le Parlement européen ont été déposées et sur aucune de ces listes, vous ne trouverez mon nom. Alors, la tentation de la nature humaine, c’est de dire : « Eh bien finalement, je n’ai pas vraiment essayé ! » mais là, vous me diriez : « Non, non, M. Jorion, vous avez essayé et vous avez consacré beaucoup d’énergie au cours des mois derniers à essayer de vous trouver sur une de ces listes et vous  n’avez pas réussi ! » et je vous dirai : « Monsieur ou Madame, vous avez parfaitement raison : je me suis donné beaucoup de mal ! ». J’ai essayé d’avoir un débat public avec M. Hamon dont vous vous souvenez peut-être, qui a été décommandé à la dernière minute – pas par moi. J’ai eu l’occasion de passer une soirée à discuter avec M. Hamon. J’ai eu l’occasion de plusieurs conversations assez longues avec M. Olivier Faure. J’ai eu M. Paul Magnette au téléphone, M. Di Rupo aussi et vous m’avez vu me joindre au mouvement Place Publique qui s’est créé en France. J’ai participé à l’échelon local, dans le Morbihan où j’habite. J’ai participé même à une réunion – je suis revenu spécialement un jour où j’étais à Bruxelles – pour participer à une réunion à Lille aux côtés de Claire Nouvian. Des amis à moi ont lancé une pétition que vous avez été nombreux, dans le cadre en question, à signer, appelant le Parti socialiste et Place Publique à me mettre en position utile sur leur liste.

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« Mes vacances à Morro Bay », J-5

« Le troisième jour

[…] Je suis un peu bloqué jusqu’à l’heure du déjeuner, ayant accepté de participer par téléphone à une discussion qui aura lieu à la banque à midi. […]

Je participe à la conversation téléphonique là-bas, très loin (psychologiquement), à San Francisco. Ma patronne m’a mêlé à cette discussion qui a lieu au moins cinq échelons hiérarchiques au-dessus du mien parce qu’elle s’est fourrée dans un guêpier dont elle ne sait plus comment se dépêtrer. En dernier recours elle m’a expliqué le problème : je l’ai résolu sur une trentaine de cellules de tableur : une petite simulation qui montre ce qui se passe quand on modifie les principales données d’entrée. Mais au lieu de mettre en avant ma solution, elle a préféré, pour ne pas devoir admettre tout ce qu’elle me doit, recopier mes trente cellules dans le coin supérieur droit d’une feuille immense couverte de la totalité de ses propres tentatives infructueuses. Le résultat est prévisible : elle perd rapidement la partie. Et ce qui se passe alors est très intéressant : tous ces dirigeants de banque décident bientôt de l’ignorer et s’engagent entre eux dans une discussion passionnée où ils décident en trois coups de cuiller à pot des enjeux de la quatrième banque des États-Unis. Ils ont oublié ma patronne, et a fortiori moi, la petite souris qui décide de se faire encore plus petite, mais n’en perd pas une miette. Et, dans une petite chambre d’hôtel à Morro Bay, en une heure à midi, j’en apprends davantage sur le fonctionnement de ma banque que durant la totalité de l’année précédente. » (pp. 91-92)

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Que faire ? Que faire ?

Elections européennes
Extinction du genre humain

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« Mes vacances à Morro Bay » est arrivé hier chez votre libraire

Si bien que si vous arriviez chez lui avec un tromblon en disant : « Je sais qu’ils sont là, sors m’en un, je n’en peux plus ! », il serait obligé de vous en donner un exemplaire, malgré le délai habituel de deux semaines pour la mise en place. Ceci dit, en nos temps d’énervement réciproque et de disproportion manifeste, je ne vous le recommande pas : vous pourriez facilement vous retrouver avec dix ans de prison et un oeil en moins plutôt qu’un livre en plus. Prenez patience : de très belles histoires d’amour, on en trouve déjà en librairie. D’aussi belles que celle là, je ne sais pas. Vous me direz !

« Il se passe déjà des choses tragiques mais palpitantes : mes vacances n’ont pas encore réellement débuté qu’elles s’annoncent déjà passionnantes. Je vais raconter mes vacances à Morro Bay, en direct, comme un reportage. Bien entendu, s’il devait m’arriver quelque chose d’aussi intéressant que de me faire bouffer par un requin, vous n’en saurez jamais rien – enfin si, par la presse locale, mais vous êtes à des milliers de kilomètres : ce sont des histoires de l’exil que je raconte, pas mes vacances à Palavas-les-Flots… »

Dans un passé pas si lointain, Paul Jorion vécut en Californie, pour des raisons professionnelles, et sa vie personnelle ne s’écoula pas telle un long fleuve tranquille. Un été, il décide de séjourner seul à Morro Bay, ancien port de pêche et petite station balnéaire sur la côte californienne, au sud de San Francisco. Rien ne se passerait comme prévu… Ce moment de retrait souhaité, loin des femmes, loin des soucis, est l’occasion d’un récit et d’un autoportrait qui fait la part belle à l’autodérision.

D’ores et déjà finaliste du Prix littéraire des campings !

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La musique de « Mes vacances à Morro Bay »

Comme j’y ai fait allusion tout à l’heure à propos de la mort de Dick Rivers – pour qui j’avais, comme me l’a rappelé l’un d’entre vous, une tendresse particulière – je me suis amusé l’autre soir à constituer sur YouTube, une playlist des chansons que je mentionne dans mon roman à paraître le 15 mai.

Si vous me connaissez vous savez en effet que si je parle cinq minutes, il sera inévitablement question de musique, et nombreuses sont les chansons que j’évoque dans « Mes vacances à Morro Bay » – sans que cela ait été d’intention délibérée bien entendu.

J’ai fait cette liste de mémoire. J’aurais mieux fait de l’établir au moment où je relisais d’un bout à l’autre les secondes épreuves. Mais c’est seulement après coup que je me suis rendu compte de cette multitude de chansons constituant en arrière-plan, une bande-son muette. Il se peut que j’en ai oublié. N’hésitez pas à me les signaler, je les intégrerai alors dans la playlist.

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