Catégorie : Philosophie des sciences

  • Est-il raisonnable de chercher des choses de plus en plus petites ?

    La science découvre des objets de plus en plus petits. Les plus petits que l’on connaisse sont si petits que la seule justification pour chercher plus petit encore est l’espoir d’en découvrir de si petits qu’on n’en trouvera jamais de plus petits. Mais la démarche est-elle bien « raisonnable » ?

    Ce qui oblige à poser la question est précisément le fait qu’il a toujours été possible jusqu’ici de trouver plus petit encore mais la conviction d’être arrivé au niveau le plus bas qui soit possible s’est toujours révélée temporaire.

    De plus, les objets découverts ont toujours été de moins en moins compréhensibles : le comportement de plus petits que nous connaissions ne se situe plus ni dans le temps ni dans l’espace quotidiens ; il est impossible de s’en faire une représentation intuitive : il est impossible de les
    « visualiser ».… Lire la suite…

  • Qu’est-il raisonnable de dire à propos de l’avenir ?

    Le fait qu’il y ait un avenir s’observe dans le fait que toute chose est en devenir : elle change.

    Dans une perspective « théologique », l’avenir se lit en découvrant la volonté des dieux par la divination.

    Dans une perspective « empirique », on cherche les signes d’événements à venir, c’est–à–dire que l’on s’efforce de repérer ce qui les accompagne habituellement dans le temps et dans l’espace : « C’est ainsi que le blé, le seigle, les fleurs de lys, de ronces, de châtaigniers ou de genêts servent de critères (pour le début du captage du naissain d’huîtres) en Morbihan, les fleurs de vigne à Arcachon, les lys de Saint-Joseph à Marennes, etc.… Lire la suite…

  • Quels sont les types d’explications ?

    Les explications sont soit « scientifiques » quand elles expliquent la nature en ses propres termes, soit « théologiques », quand elles évoquent pour expliquer la nature, des causes et des agents sur–naturels. Les explications scientifiques sont contraintes : chacune est réfutable de deux manières, soit en montrant un aspect de la nature qui contredit ce qu’elle avance, soit en montrant qu’elle invoque des causes et des agents sur–naturels. Les explications théologiques ne sont pas contraintes : toute contradiction peut être sauvée en postulant l’intervention d’un agent sur–naturel.

    Les grands schémas explicatifs « scientifiques » appartiennent eux à quatre familles,

    1.… Lire la suite…

  • Les petits pays

    On me demande souvent en Amérique s’il y a des Belges célèbres. Et je dis « Oui : Jacques Brel, Tintin et Jean–Claude van Damme ».

    « Jacques Brel ? Est–ce qu’il n’était pas Français ? » Et je réponds « Non, non, il était Belge, c’est une chose bien connue. Vous savez on chante en français en Belgique. On écrit aussi et on pense en français, comme en Suisse d’ailleurs, ou au Québec, au Sénégal, en Guinée, en Côte–d’Ivoire, au Togo, au Bénin, au Gabon, au Congo, en Nouvelle–Calédonie… »

    – Et des musiciens célèbres ?
    – César Frank, Roland de Lassus, à la Renaissance…
    – Et des peintres ?… Lire la suite…

  • Ce qu’il est raisonnable de comprendre et partant d’expliquer

    Mon souci de constituer mes écrits en système résulte d’une préférence personnelle : si j’aime lire des textes purement techniques sur des questions tout à fait singulières, les considérations générales émises par l’un ou l’autre sur des domaines particuliers ne présentent à mes yeux guère d’intérêt. Pour ce qu’il en est des considérations générales, je préfère toujours m’en remettre aux quelques auteurs qui ont eu à coeur de construire des systèmes complets : Aristote, Leibniz, Hegel, ou dont l’ambition fut de cet ordre, même s’ils ne parvinrent à en écrire que les premiers linéaments, tel Wittgenstein ou Kojève.

    C’est pourquoi si je consacrerai encore certains textes à des questions singulières, et en général d’ordre empirique, je conçois l’ensemble des autres a venir comme autant de contributions à un système unique, limitant mes ambitions à ce que mon discours soit non-contradictoire et sans me préoccuper surtout du degré de détail dans lequel je suis capable d’entrer sur tel ou tel sujet en particulier.… Lire la suite…

  • Les tâches et les responsabilités qui sont aujourd’hui les nôtres

    On aura noté que quatre de mes blogs récents, au ton uniformément hégélien, constituaient un tout (*). Leur suite est publiée comme un texte autonome dans la Gazette Permanente du MAUSS. En voici la conclusion :

    L’Homme est non seulement le moyen que la nature s’est donnée pour prendre conscience d’elle–même mais aussi celui qu’elle a découvert pour se surpasser grâce au dessein intelligent qui, à notre connaissance, caractérise notre espèce seule au sein de l’univers. La sphère de l’économie demeure elle encore réglée par la nature laissée à elle–même, à savoir par une sélection fondée sur le rapport de force où le plus puissant écrase le plus faible, principe agressif dont l’emprise déteint alors sur l’ensemble des rapports humains.… Lire la suite…

  • Comment le Grand Programmeur se trahit

    Dans un article paru il y a quelques années dans le New Scientist, le physicien britannique John Barrow examinait une question suscitée par le film The Matrix : si le monde où nous nous trouvons est une simulation générée par un logiciel, comment nous, héros virtuels, pouvons-nous en faire la preuve ? La réponse qu’il apportait était intéressante : comme le Grand Programmeur ne disposera pas de ressources illimitées (aussi grand soit–il), on peut supposer qu’il sera tenté d’opérer des raccourcis pour les données périphériques ou inessentielles, comme cela se fait, précisait Barrow, dans les films d’animation. À cette lecture, je pensai immédiatement à la « masse noire » des astronomes, ces énormes quantités de matière dans l’univers qui manquent à l’appel de nos théorisations physiques et qui révèlent en effet (s’il ne s’agit pas d’un artefact de nos théories) ce genre de travail bâclé.… Lire la suite…

  • Le dessein intelligent

    L’Homme permet à la nature de se surpasser de multiples manières. Il ne s’agit pas pour lui de modifier les lois de la nature au sein de laquelle il vit mais de subvertir les conditions dans lesquelles elles opèrent lorsqu’elles sont laissées à elles–mêmes, en l’absence de sa propre interférence.

    L’Homme a d’abord transcendé sa propre nature en échappant à l’emprise de l’attraction terrestre. Non pas comme l’oiseau qui découvre par le vol un autre continent et qui, malgré le caractère exceptionnel de cet exploit, reste fidèle à son essence, mais en échappant à l’inéluctabilité de son environnement qui veut que tout corps est attiré vers le bas sur la planète où il est né.… Lire la suite…

  • Le moyen que la nature s’est offerte pour se surpasser

    Notre espèce est, il faut bien le dire, mauvaise et agressive. Mal protégée dans son corps, elle n’a dû qu’à sa prédisposition à la rage de survivre aux affronts de la nature dont elle est une part mais qui aussi, l’entoure, et comme pour toute autre espèce, l’assiège. Les débuts de notre prise de conscience de la place qui est la nôtre au sein de ce monde furent caractérisés par notre déni de cette hostilité de la nature envers nous. Les agents sur-naturels qui furent invoqués par nous au fil des âges, dans nos religions et dans nos superstitions communes, nous permirent de construire l’image d’une nature beaucoup plus aimable à notre égard qu’elle ne l’est en réalité.… Lire la suite…

  • Expliquer la nature en ses propres termes

    On trouve sous la plume de Schelling cette pensée merveilleuse que l’Homme est le moyen que la nature s’est donnée pour prendre conscience d’elle–même. Les manifestations de cette prise de conscience ont adopté des formes diverses selon les lieux et les époques, et au sein d’une culture particulière, telle la nôtre, révèlent un processus en constant devenir. Faut-il alors reconnaître l’ensemble de ces manifestations comme également valides, la nature ayant eu autant de manières de prendre conscience d’elle-même qu’il y eut d’opinions exprimées?
    Aux débuts historiques de notre culture occidentale (la Chine est différente), un trait des représentations que l’Homme se fait de la nature et de lui–même en son sein, est que les explications produites ne parviennent pas à rester confinées dans le cadre qu’offre la nature elle–même, elles ne peuvent s’empêcher de s’en échapper constamment et invoquent un au–delà de son contexte : une mythologie d’agents inobservables et proprement « sur–naturels ».… Lire la suite…

  • D’où viennent les petits enfants ? (le point scientifique sur la question)

    La réponse à la question, « D’où les petits enfants viennent-ils ? » est, comme on le sait, en général laissée en suspens par ceux à qui on la pose, si bien qu’elle se repose chaque fois dans les mêmes termes, sans que l’on progresse jamais vers une authentique élucidation. Je vais donc faire le point sur ce problème, en résumant en quelques mots ce que la science nous autorise à dire.

    Au départ il y a le néant, un néant de qualité inférieure cependant : grumeleux. Ses irrégularités font qu’à la moindre incitation il se sépare (du moins provisoirement) en contraires : en « matière » et « anti-matière ».… Lire la suite…

  • Le loustic qui s’est convaincu qu’Einstein était bête

    Je me suis retrouvé quelquefois dans la situation embarrassante d’être abordé par un loustic qui vous prie de lui prêter attention : il a découvert une erreur fondamentale dans la théorie de la relativité (ou, au choix, la mécanique quantique, la génétique, etc.) il tente d’alerter le monde mais les autorités en place se coalisent contre lui, ayant partie liée avec les faussaires.

    Je n’ai jamais éconduit ce genre de personnage – de la même manière que j’ai prêté une oreille attentive aux Témoins de Jéhovah (ou au choix, Scientologues, Haré Krichna, etc.) – malheureusement l’expérience s’est toujours révélée également décevante car le loustic en question ne maîtrise en réalité jamais son sujet : l’erreur fondamentale qu’il a prétendument débusquée n’existe que pour lui seul et elle n’est en réalité qu’un artefact de son ignorance.… Lire la suite…

  • Un cheval blanc (chinois) n’est pas un cheval

    Notre pensée occidentale est fondée sur le principe que l’identité est ancrée à une substance. Bien que la forme ait changé au fil des années, la continuité de la substance garantit que ce bébé sur la photo, c’est déjà moi ! Héraclite a dénoncé notre manque de rigueur sur ce plan : nous croyons nous attacher à la substance, alors que nous n’avons d’yeux que pour la forme : on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve, nous lui conservons son nom en fonction de sa forme alors que sa substance n’en finit pas de se précipiter vers la mer.… Lire la suite…

  • Ce que le chat de Schrödinger en pense, lui

    Dans son commentaire sur mon billet d’hier « Apprendre en se lisant », Jean-Luce Morlie croit lire dans le fait que je puisse apprendre quelque chose en relisant plusieurs années plus tard l’un de mes propres textes, « un effet de l’âge ». Je ne crois pas : je constate le même phénomène depuis que j’écris… et que je me relis à l’occasion.

    En fait ce qui est à l’oeuvre dans le cas particulier dont j’ai parlé hier, est une conséquence de la différence entre l’esprit dans lequel j’ai écrit l’article et celui dans lequel quelqu’un d’autre l’a lu. J’ai écrit « Pourquoi nous avons neuf vies comme le chats » (*), comme un divertissement, comme un exercice de style philosophique : je parle dans le texte, à propos de mon argument, de « sa plausibilité quasiment nulle » ; j’offre à un endroit, comme un théorème « La roulette russe est une activité sans risque et qui peut rapporter gros » et il doit être clair pour le lecteur que je n’envisage pas là lui offrir la solution d’un problème philosophique essentiel posé par la mécanique quantique, mais que je me propose tout simplement de le faire rire.… Lire la suite…