Qu’est-ce que le changement ?

Pour Hegel, le changement est le donné premier : nous constatons le changement et nous disons que les choses sont en devenir.

Le changement est double : il s’observe comme mouvement et comme métamorphose. Pour que nous puissions observer le mouvement, il faut que la forme se maintienne au moins relativement constante : qu’une translation s’opère « à l’identique ». L’observation d’une translation conduit à supposer l’existence d’un cadre au sein duquel cette translation a lieu et ce cadre nous l’appelons l’espace. Dans la métamorphose, le changement de la forme s’opère sur une chose à laquelle, si nous voulons continuer de la considérer identique à elle–même, nous devons supposer un soubassement qui se maintient constant et que l’on appelle alors la matière dont elle est faite. Le temps, c’est la dimension supplémentaire que l’on est obligé de supposer si l’on veut parler de manière unifiée du changement sous ses deux aspects : en tant que mouvement et en tant que métamorphose.

Une fois en possession des catégories de l’espace et du temps, on considérera qu’il y a dans le changement un substrat « qui change » et que nous situons dans l’espace et une puissance « qui fait changer » et que nous appelons le temps.

Le changement est d’une complexité variable :
1. Le déplacement de corps inertes qui s’entrechoquent de manière indifférente lorsqu’ils se rencontrent, dont parle la mécanique classique.

2. L’affinité et la répulsion de corps chargés électromagnétiquement conduisant (dans l’affinité) à des composés aux qualités originales et dont parle la chimie.

3. La métamorphose des corps vivants dont certains, les prédateurs, sont attirés par d’autres, les proies (qui les fuient ou tentent de les repousser), et dont parle la biologie.

4. La croyance des êtres humains qui sont convaincus par d’autres qui les convainquent à l’aide de mots, dont parle un savoir qu’Aristote appelait analytique pour les choses certaines d’expérience, et dialectique pour les choses sur lesquelles les hommes se contentent de s’accorder.

Les schémas explicatifs du changement sont de plusieurs types

1. Les schémas « totémiques » en termes de « mutations » des choses d’une catégorie en une autre, celles-ci étant en nombre prédéfini :
a) Les moitiés, quatre ou huit « sections » de la pensée australienne.
b) Du Yin et du Yang dans la pensée chinoise, aux dix mille créatures.

Les schémas « totémiques » sont apparentés aux schémas explicatifs
« empiriques » qui considèrent la proximité dans l’espace ou dans le temps comme significatifs et dont l’inférence quant à l’identité est fondée sur la corrélation (deux éléments au comportement hautement corrélé sont supposés identiques).

2. Les schémas « agrégatifs »
a) Empédocle : les quatre éléments : le feu, l’air, l’eau, la terre
b) Paracelse : les deux « éléments », la terre et l’eau, et les trois « principes », le soufre, le sel et le mercure
c) Le sens commun « moderne » : l’espace, le temps, la matière et la forme. J’ai rendu compte de sa genèse au deuxième paragraphe.

3. Les schémas « causaux »
a) Aristote : quatre types de causes, la matière, la forme, le moteur (la cause « efficiente ») et l’aboutissement (la cause « finale »).
b) La physique contemporaine : quatre forces élémentaires, la force intranucléaire forte, la force intranucléaire faible, la force électromagnétique et la gravitation.

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11 réflexions sur « Qu’est-ce que le changement ? »

  1. L’approche du « changement » par G. Bateson « steps to an ecology of mind » était intéressante ; je préfère m’en écarter, pour la simple raison qu’elle le conduisait sur de voies un peu trop mystiques à mon goût. Voici comment je l’ai déformée…

    Bateson part des notions de « cadre de référence  » et de « transfert d’information », son objectif était de mettre l’accent sur le changement de cadre de référence dans nos conceptions du changement.

    Bateson se base sur les expériences de Hull concernant le deutero learrning afin d’en élargir la théorie vers une pratique … mystique.

    Le fait de base est que les pigeons peuvent « apprendre à apprendre ». Par exemple, lorsqu’ils sont confrontés à des situations de discrimination entre un rond et un carré, puis un triangle et un trapèze, puis du rouge au bleu. De situations en situations, nos pigeons améliorent leurs scores, (ils apprennent à discriminer de plus en plus vite). Il y a donc un changement dans les mécanismes d’apprentissage (le gradient qui tire vers la récompense est transféré et en quelque sorte quelque sorte renforcé), il y à, comment dites-vous « exhaussion » au travers de la suite des situations d’apprentissage. La situation d’apprentissage fait progressivement « sens » pour le pigeon (c’est une métaphore).

    Sur cette base, Bateson va alors développer une théorie des types d’apprentissage en quatre niveaux.

    Au premier niveau, la réponse est soudée (pour reprendre un terme d’électricien) c’est du niveau du réflexe. Il n’y a pas de choix.

    Au niveau deux, pour nos de nos pigeons, il y a choix entre « items »…

    Bateson ajoute un troisième niveau : le choix ne doit plus se faire entre items, mais entre ensembles d’items dans lesquels effectuer un choix. Pour ce qui nous concerne, nous sommes relativement libres de nous donner de nouveaux ensembles dans lesquels effectuer nos choix explicatifs. Choisir d’adopter telle ou telle modalité d’explication afin de fournir une réponse est une étape douloureuse, « schismogénétique ». Du point de vue l’espèce, nous risquons de résoudre la contradiction entre deux vérités ( lesquelles ne se trouvent justifiée que du cadre de références) en régressant ! Ne changeons pas, revenons aux certitudes auxquelles seule l’habitude nous attache !

    Au quatrième niveau, Bateson cherche une résolution poétique du conflit : « l’éternité dans une heure et le monde dans un grain de sable » Bateson imagine que « dieu » a bien été obligé de choisir la suite des trois niveaux précédents parmi un ensemble de contexte phylogénétique peut être complètement différents. Et Bateson ajoute:

    « Ce qui arrive, ne peut pas ‘ne pas arriver »; ce qui n’arrive pas ne peut arriver’. Ce qui change ne peut pas ne pas changer, ce qui ne change pas ne peut changer »

    Pour ma part, je me contente de considérer que nos seules certitudes sont de nous assurer du chemin effectivement emprunté pour arriver jusqu’à elles.

  2. j’aime bien la permanence du changement .
    et parfois il semble au repos assez longtemps,
    ne variant guère dans ce qu’il pérennise, assez identique à lui-même, d’où la lenteur des modifications ?

    1. sans doute, un regard également . C’est parce qu’il y a du repos qu’il y a du mouvement . S’il n’y avait que changement il n’y aurait rien, un univers dissous . C’est comme la dualité du même et du différent . C’est par le même qu’on voit le différent et réciproquement . non ?

      1. Je dirais Que le mouvement /changement est le signe ou preuve de l’entropie …ou mieux de son utilisation comme énergie pour remonter l’entropie , pour s’en servir … pour freiner cette entropie . Apres , il est des changements qui boostent l’ntropie (sapiens dé_naturé et l’économie) et d’autres qui la freinent en utilisant les moindres recoins .. (foret) , pedofaune ……

      2. Les changements peuvent être perçus par différents sens, leurs interprétations demandent intelligence et mémoire et donc de l’effort (énergie) et du temps.
        Sans aucun changement, il n’y aurait ni temps, ni espace et ni matière, rien. On pense aujourd’hui que l’univers est né d’un tel état, c’est à dire d’un état absolument homogène et parfaitement symétrique qu’un « rien », une « onde » ou une quelconque « imperfection » ou on ne sait trop quoi est venu perturber…un changement (mouvement) premier, donc, origine du big bang et donc du monde. « Le génie, c’est l’erreur dans le système » (Paul Klee)

        En allemand, mais tout à fait passionnant, Harald Lesch, astrophysicien et philosophe:
        Was ist Zeit ?video de 14min

      3. Ben non!
        Il y aurait juste un univers saccadé, et c’est pas tout à fait un univers dissous!
        Dissolu, c’est un qualificatif du passé.
        Où se niche l’avenir, et sa peur!

      4. voir de quoi se nourrit l’avenir .
        la mort est assez immuable .
        muette , elle n’est pas sans rien dire .
        s’il n’y avait pas de permanence des êtres (et qui composent l’être) les formes seraient instables et n’auraient pas su se composer . Elles sont avant d’être . Mais, est-ce bien important ?
        ce qu’elles sont avant , comme être , n’est plus le même que ce qui est ensuite .
        enfin, dans la mesure de leur évolution, de tout ce qui nourrit leur être ici.
        Incohérence de mon discours , du discours en général .
        Sans doute, veux-je bien croire que cette existence n’est pas tout à fait pour rien, ni aucune mort .
        Face à l’être le néant est abyssal .
        La question qui se pose , c’est : sommes nous assez pour supporter le néant ?
        par conséquent , faisons tout notre possible pour que les êtres puissent assumer ces choses là ? à commencer par soi ., on ne peut pas faire autrement .
        j’ai du mal à croire à la sincérité de ceux qui prétendent gouverner les esprits . du moins, ils sont largement dans l’ignorance , mais eux ne se privent pas de priver les autres,
        et de s’approprier l’État des choses .
        Bon, c’est tout . Mais pas facile . On ne peut pas s’anéantir sans souffrir .
        par contre , la vie , le vivant est serein, tranquille, en temps « normal » . elle suit son cours .
        ( voyez , on ne peut pas dire grand chose)

  3. Manquerait le changement quantique!

    Comment se fait-il, que je sois actuellement, écrivant là, en une certaine forme où pour moi l’écriture là, si elle m’enclos le moins possible, irrémédiablement elle opère l’exclusion de toutes autre formes où je pourrais me tenir.
    Tout à l’heure, je serai absolument ailleurs.

    Il n’y a donc pas de simultanéité, c’est assez troublant, même si relève de notre étrange nature qu’elle ne peut guère plus que nous engager à constater nos sauts permanents, au moins empiriquement (N°2), par notre contrôle cérébral…
    Alors nous ne pouvons guère admettre autre chose que la plus ou moins heureuse permanence de ces sauts qui ramènent en des formes sinon heureuses, au moins reconnues.
    Alors encore, il n’est même pas besoin de recourir à quelconque totem, sinon pour quelconque partage, puisque cette conjecture se présente magique « pour ainsi dire » par elle même!

    On ne peut que se réjouir pour chacun qu’il trouve la forme en laquelle il trouvera du bien-être.
    Ni prétendre facilement qu’il se peut en cette forme une permanence….
    Pourtant, refusant obstinément toute réalité quantique, la tendance est à croire à la valeur inextinguible de la réapparition de la forme imaginée la plus fréquente possible du bien-être…, à soi convenable et entre autres convenue.

    Voila pourquoi, lorsque j’aurai appuyé sur « envoyer », je serai ensuite totalement ailleurs, bien que prêt à être à nouveau là!
    Il y aurait-il une petite mathématique des formes, pas seulement agrégée par la théorie des ensembles, mais empochée par un observateur qui ne soit pas à l’extérieur des formes?

  4. Quel est le lieu de l’être ? Quel lieu n’occupe -t-il pas ?
    J’ai une idée ? 🙂
    sept milliards d’idées …
    ( faut bien rire un peu , n’est-ce pas ?)

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