La pensée comme dynamique de mots

Á deux reprises déjà, j’ai présenté un article que je rédigeais en feuilleton, affichant chaque partie au fur et à mesure qu’elle était prête, pour offrir finalement le texte complet. Le processus a pris dans chacun des cas, environ deux mois. (Les tâches et les responsabilités qui sont aujourd’hui les nôtres; Ce qu’il est raisonnable de comprendre et partant d’expliquer).

Je procéderai de la même manière avec La pensée comme dynamique de mots. Le processus prendra sans doute plus longtemps puisque ce texte est conçu au départ comme devant contenir vingt–cinq chapitres. Je m’efforcerai de le poster simultanément en version française et anglaise.

J’ai travaillé à temps plein comme chercheur en Intelligence Artificielle de 1988 jusqu’au début de l’année 1990. Mon rapport final pour British Telecom (Martlesham Heath – U.K.) s’intitule An alternative neural network representation for conceptual knowledge. Ma recherche au Laboratoire d’Informatique pour les Sciences de l’Homme (à Paris) déboucha sur mon livre intitulé Principes des systèmes intelligents (Paris : Masson, 1990).

La pensée comme dynamique de mots

Le modèle présenté ici fut conçu au fil des ans sous différents angles, combinant un savoir théorique avec les enseignements tirés de la mise au point d’un logiciel. Je considère personnellement que la philosophie, qui mobilisa les meilleurs esprits des vingt–cinq siècles passés, constitue non seulement une source légitime de notre connaissance relative à la cognition mais aussi la meilleure. Les principales autres sources de mes découvertes en Intelligence Artificielle ont été la psychanalyse, essentiellement freudienne et lacanienne, les travaux sémantiques et logiques des Scolastiques ainsi que les travaux des logiciens chinois antiques.

Mon ambition a toujours été de proposer un cadre conceptuel à la parole et à la pensée, suffisamment spécifique quant à son architecture et à sa dynamique pour pouvoir être testé comme un projet d’Intelligence Artificielle. Le test débuta il y a bien des années au “Connex” Project des British Telecom où je développai ANELLA (Associative Network with Emergent Logic and Learning Abilities), réseau associatif aux propriétés émergentes logique et d’apprentissage.

I. Principes généraux
1. La parole est générée comme aboutissement d’une dynamique opérant sur un réseau
2. Ce réseau est stocké dans le cerveau humain
3. Le sujet parlant vit la dynamique de génération de la parole comme une expérience émotionnelle ou « affective »

II. Architecture
4. Ce réseau contient un sous-ensemble des mots (les mots « à contenu ») d’une langue naturelle spécifique
5. Le composant élémentaire du réseau, du point de vue de la génération de la parole, est un couple de mots
6. Chacun de ces couples de mots possède à chaque instant une valeur d’affect
7. La valeur d’affect de chaque couple de mots résulte d’un renforcement Hebbien
8. Le réseau dispose de deux principes d’organisation : héréditaire et endogène
9. Le principe héréditaire est isomorphe à l’objet mathématique appelé un
« treillis de Galois »
10. Le principe endogène est isomorphe à l’objet mathématique appelé un
« P-graphe »
11. Le principe endogène est primaire
12. Le principe héréditaire est historique : il autorise le raisonnement syllogistique et s’assimile à l’émergence de la « raison » dans l’histoire

III. Dynamique
13. Le squelette de chaque acte de parole est un parcours de longueur finie dans le réseau
14. Tout acte de parole résulte de plusieurs « enrobages » auquel est soumis un parcours dans le réseau
15. L’engendrement d’un acte de parole est la descente d’un gradient dans l’espace de phases du réseau soumis à une dynamique d’affect
16. L’énonciation d’un acte de parole modifie les valeurs d’affect des couples de mots activés dans cette énonciation
17. La descente du gradient (processus de relaxation) restaure l’équilibre du réseau
18. Il existe quatre sources potentielles de déséquilibre dans les valeurs d’affect attachées à un réseau

1. Les processus corporels vécus par le sujet parlant comme « humeurs »
2. Les actes de parole d’origine externe perçus par le sujet parlant
3. Les actes de parole d’origine interne : la pensée ou « parole intérieure » ou le fait de s’entendre parler soi–même (sous–cas de 2.)
4. L’expérience empirique (la perception)

19. Chez le sujet sain, tout parcours du réseau dispose d’une validité logique qui lui est inhérente ; c’est une conséquence de la topologie du réseau
20. La névrose résulte d’un déséquilibre des valeurs d’affect du réseau compromettant un flux normal dans la descente du gradient (le « refoulement » freudien)
21. La psychose reflète des défauts dans la structure du réseau (« forclusion » lacanienne)

IV. Conséquences
22. L’engendrement de la parole est automatique et ne mobilisent que les quatre sources mentionnées précédemment (18)
23. L’engendrement de la parole est déterministe
24. Il n’existe pas de « super-facteur » dans l’engendrement de la parole en sus des quatre sources mentionnées précédemment (18)
25. L’intentionnalité constituerait un tel « super–facteur » superflu, ayant sa source dans la conscience ou ailleurs

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3 réflexions sur « La pensée comme dynamique de mots »

  1. Sincèrement, (mais « qu’appelle-t-on penser»), les mots ne me semblent pas indispensables à « toute » pensée, les mots sont pratiques pour l’exposition la conservation la transmission de la pensée (la rationalisation de ce qui était déjà pensée).

    Le processus qui engendre un nouveau concept ou un agencement nouveau de concepts pourrait bien se situer à un niveau « proto-conceptuel » et «pré-linguistique ».

    Des transformations de formes abstraites ou des enchainements analogiques, des mouvements affectifs, des relations transposées, une rhétorique tournure (pardonnez mes tâtonnements et mes hésitations)….me paraissent à la naissance de bien des découvertes.

    Je me souviens du livre qu’avaient écrit Crick et Watson où ils soulignaient l’importance du bricolage, de l’intelligence des mains, avant l’énonciation de la structure de la double hélice.

    Un travail sous-terrain, sans doute souvent ignoré, peut-être dénié…précède l’énonciation. Avant de prononcer ou d’écrire cette phrase son contenu était déjà pensée.

    Parfois les mots précisent une pensée, parfois ils ne parviennent à en restituer qu’une bribe ou une brume.
    Les miennes sont brumeuses, ok !

    Le processus de « penser » se déroulant au long du continuum qui va des tréfonds de l’inconscient à la formule mathématique, à l’aphorisme ou au fragment polysémique, il me semble plus traverser les mots qu’y naître et y résider.

    Si quelqu’un peut me fournir des liens vers des développements de cette amorce je l’en remercierai.

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