Ludwig Wittgenstein (1889 – 1951)

Un jour, un samedi matin, Charlotte était tout bébé, Armel et Fiona avaient neuf et sept ans et ils m’ont dit « Qu’est–ce qu’on fait ? ». J’ai réfléchi un peu puis j’ai dit « Je sais ».

Je ne leur ai pas dit où nous allions. Nous avons marché dix minutes le long de Huntingdon Road à Cambridge et nous sommes arrivés à la petite église de Saint Giles. Nous sommes entrés dans le cimetière ombragé, plein d’herbe folle, comme dans un jardin anglais où la nature est invitée à se sentir chez soi. Arrivés devant la tombe de Wittgenstein, j’ai dit « Voilà, c’est la tombe d’un très grand philosophe ».

Il y a quelques années, Armel m’a dit « Tu sais, la tombe de Wittgenstein, ça a été un tournant dans ma décision de devenir un jour philosophe ». Je lui ai demandé pourquoi et il m’a répondu « Je ne sais pas, la promenade au but mystérieux, ta gravité, la manière dont tu as dit ça « Voilà, c’est la tombe d’un très grand philosophe » ».

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32 réflexions sur « Ludwig Wittgenstein (1889 – 1951) »

  1. Très beau billet.

    À propos des frères de Wittgenstein, il écrit, à 25 ans, en pleine de guerre de 14, à Cracovie, sur un bateau de la marine autrichienne (1), à propos de Paul, le frère pianiste qui perdra sa main droite et pour qui Ravel écrira son Concert pour la main gauche:

    28.10.[19]14
    Aujourd’hui, reçu un abondant courrier, entre autres la triste nouvelle que Paul a été sérieusement blessé et est prisonnier en Russie – Dieu merçi, il est en de bonnes mains. Pauvre, pauvre maman !!![…] Je ne cesse de penser à ce pauvre Paul qui, de façon si brutale a perdu son métier! C’est une chose horrible. Quelle est la philosophie qui permettra jamais de surmonter un fait de ce genre? Si tant est qu’il soit permis d’y parvenir autrement que par le suicide!!
    (L. Wittgenstein. Carnets secrets. 1914-1916. Ed. Farrago, 2001)

    http://www.youtube.com/watch?v=tSxcXdXqLvA&feature=related

    D’autres citations de ce livre indispensable pour connaître l’auteur du « Tractatus »:

    17.12.[19]14
    Acheté le volume 8 des oeuvres de Nietzsche et lu. Suis fortement frappé par son animosité envers le christianisme. Car il y a aussi quelque chose de vrai dans ses écrits. Il est clair que le christianisme est la seule voie certaine vers le bonheur. Mais qu’advient-il dans l’hypothèse où l’on refuse ce type de bonheur? Ne vaudrait-il pas mieux périr dans le malheur, en s’opposant désespérement au monde extérieur? Mais une telle vie est dépourvue de sens. Pourquoi, cependant, ne pourrait-on pas vivre une vie dépouvue de sens? Est-ce une chose indigne? Comment cela s’accorde-t-il avec le point de vue rigoureusement solipsiste? Mais que faut-il faire pour que ma vie ne soit pas perdue? Je dois toujours être conscient de l’esprit -en être toujours conscient.
    (L. Wittgenstein. Carnets secrets. 1914-1916)

    7.3.[19]15
    Je me sens, pour ainsi dire, spirituellement las, très las. Qu’y faire? Je suis consumé par les circonstances contraires. La vie extérieure tout entière fond sur moi, de toute sa vulgarité. Je suis intérieurement plein de haine, incapable d’accueillir l’esprit en moi. Dieu est amour. Je suis comme un fourneau totalement embrasé, plein d’impuretés et d’immondices.
    (L. Wittgenstein. Carnets secrets. 1914-1916)

    2.4.[19]16
    Aujourd’hui, mon commandant m’a dit qu’il voulait me faire renvoyer à l’arrière. Si cela se produit, je me suiciderai.
    (L. Wittgenstein. Carnets secrets. 1914-1916)

    28.4.[19]16
    Cet après-midi avec les éclaireurs. On nous a tiré dessus. Pensé à Dieu. Que ta volonté soit faite. Dieu soit avec moi.
    (L. Wittgenstein. Carnets secrets. 1914-1916). Note de J.P.Cometti: «Les éclaireurs avaient pour mission d’observer les positions de l’ennemi. Il s’agissait de missions dangereuses pour lesquelles Wittgenstein s’était significativement porté volontaire.» (id.)

    29.4.[19]16
    Aujourd’hui, à nouveau, pendant l’attaque je pars avec les éclairerurs: l’homme a seulement besoin de Dieu.
    (L. Wittgenstein. Carnets secrets. 1914-1916)

    26.7.[19]16
    Je suis exilé parmi de véritables larves et il me faut vivre avec elles dans des conditions de sauvagerie extrême. Et dans cet environnement il me faut mener une vie bonne et me purifier. Mais c’est TERRIBLEMENT difficile! Je suis trop faible. Je suis trop faible! Que Dieu me vienne en aide.
    (L. Wittgenstein. Carnets secrets. 1914-1916)

    29.7.[19]16
    Hier on nous a tiré dessus. J’étais découragé. J’avais peur de la mort. Maintenant, mon seul souhait est de vivre! Et il est difficile de renoncer à la vie lorsqu’on en a goûté le plaisir. C’est en cela, précisément, que consiste le « péché », la vie déraisonnable, la fausse conception de la vie. De temps en temps, je penche vers l’animalité. Dans ces moments-là, je ne peux penser à rien d’autre qu’à manger, boire, dormir. Horrible! Et alors, je souffre aussi comme une bête, sans la possibilité d’une délivrance intérieure. Je suis à la merci de mes désirs et de mes penchants. Une vraie vie devient alors impensable.
    (L. Wittgenstein. Carnets secrets. 1914-1916)

    (1)
    « Il s’engagea dans l’armée austro-hongroise, espérant que le fait de côtoyer la mort lui permettrait de s’améliorer. Il servit d’abord sur un navire, puis dans une usine d’artillerie. En 1916, il fut envoyé sur le front russe dans un régiment d’artillerie où il gagna plusieurs médailles pour son courage. Les pages de son journal d’alors reflètent néanmoins son mépris pour la médiocrité de ses camarades soldats. Tout au long de la guerre, Wittgenstein tint un journal dans lequel il coucha des réflexions philosophiques et religieuses avec des remarques personnelles. Au moment de son engagement, Wittgenstein avait dévoré les commentaires des évangiles de Léon Tolstoï et devint un chrétien convaincu bien que troublé et plein de doutes. Son travail sur Logik commença à prendre un sens éthique et religieux. C’est en associant son nouvel intérêt pour l’éthique avec la logique et les réflexions personnelles qu’il développa pendant la guerre que son travail effectué à Cambridge et en Norvège prit la forme du Tractatus. Vers la fin de la guerre en 1918, Wittgenstein fut fait prisonnier dans le nord de l’Italie par l’armée italienne. L’armée italienne mit la main, dans les affaires de Wittgenstein, sur un manuscrit rédigé en allemand, nommé Logische-Philosophische Abhandlung. Grâce à l’intervention de ses amis de Cambridge, Wittgenstein parvint à avoir accès à des livres et put préparer son manuscrit du Tractatus. Il l’envoya en Angleterre, à Russell, qui le considéra comme un travail philosophique d’une grande importance. Après la libération de Wittgenstein en 1919, ils travaillèrent ensemble pour le faire publier. « 

      1. « Il y a toujours plus d’herbage pour le philosophe dans les vallées de la bêtise que sur les hauteurs arides de l’intelligence. »
        (Wittgenstein. Remarques mêlées)

  2. Pablo, n’est il pas ainsi que l’amour, l’émerveillement et l’admiration (bien comprise) contribuent à un état d’ouverture des sens et de l’esprit nécessaire au bon développement de toutes personnalités? N’était-ce pas cela qui se passa autour de cette tombe et qui se passa avant tout dans un esprit de liberté ?

    1. Alors pourquoi citer ces lignes ambigües de Wikipedia: « elle reste à l’œuvre ou se réactive dans l’état amoureux, la vénération religieuse, l’idéalisation du gourou ou tout simplement du chef hiérarchique dont on mime tous les gestes. »? Vous n’avez rien trouvé de plus lucide à citer sur elle? Comme par exemple:

      « Ma patrie, à moi, est partout où j’admire. »
      (Astolphe de Custine)

      1. Bonsoir Pablo, je n’ai rien cité, j’ai juste mis un mot avec un lien qui l’explique et qui va un peu plus loin que le sens commun qu’on donne à l’admiration. Cette notion me semblait être important dans la compréhension de cette belle anecdote et du phénomène que j’ai cru y voir après avoir essayé de mettre tous ses détails dans un ordre qui me paraissait sensé.
        Je ne l’ai pas fait pour moi tout seul, mais aussi pour tous ceux qui comme vous et moi cherchent à comprendre par eux-mêmes, plutôt que par des explications toutes faites.
        Mais chacun est bien-sûr libre aussi d’y voir ce qu’il veut y voir ou même de ne rien y voir du tout. C’est une question de choix aussi.

      2. « N’aie surtout pas honte de dire des absurdités ! Tu dois seulement être attentif à ta propre absurdité.
        (Wittgenstein. Remarques mêlées)

        « Rien n’est aussi difficile que ne pas se leurrer soi-même. »
        (Wittgenstein. Remarques mêlées)

  3. vous connaissez Deleuze ?
    il n’était pas tendre avec les croyants et les briseurs de la grande philosophie…

    si l’on va sur la tombe de W, on peut aussi se recueillir sur le tombeau de son cousin !

    1. Non, je ne connaissais pas Deleuze.
      Merci de me l’avoir indiqué. Je trouve très bien, en effet. En passant sur la page de wikipedia, je me suis arrêté à cette phrase:
      « Entre l’action et la réaction, il peut s’écouler un laps de temps plus ou moins long. »
      Cela peut sembler être d’une banalité totale et pourtant ça veut presque tout dire…
      Magnifique!
      Bonne journée!

      1. @Quelqu’un
        « Entre l’action et la réaction, il peut s’écouler un laps de temps plus ou moins long. »
        3 minute pour l’oeuf coque, 3 mois trois semaine trois jours pour la gestation de la truie……
        Par contre pas 366 jours dans notre calendrier. On solde les comptes tous les quatre ans……
        « Cela peut sembler être d’une banalité totale et pourtant ça veut presque tout dire… »
        Vive » le » temps, oui au collapsus de la fin « des » temps !

      1. @ Pablo75 : oui, je ne sais pourquoi Paul va sur le tombeau familial ? …
        mais « que sais-je ? »

        @ quelqu’un a : Deleuze est un géant, bonne découverte !

      2. @ Karluss

        Quand on côtoie des « géants » (« Certains sont jugés grands parce que l’on mesure aussi le piédestal » – Senèque. De tranquillitate animi) genre Deleuze, c’est normal que vous ne compreniez pas les choses évidentes, surtout si elles sont belles.

        À part ça, votre « géant » a dit: « je suis très sensible au génie de Stockhausen, mais avoir du génie ça n’empêche pas de faire toutes sortes de compromis ou bien de faire une oeuvre qui paraît la plus axiomatisée ou la plus combinatoire possible, et en même temps participer à toutes sortes de pièces et de morceaux, la combinatoire, l’axiomatique, c’est absolument non-consistant, ça empêche pas que ça marche et que ça a une fonction très curieuse. Dans une première phrase, il nous dit : je vais vous faire passer un processus dynamique libre de multiplicités croissantes et de décodage de flux, mais attention il ne faut pas exagérer, il faut que le processus même des flux (la croissance des flux : fluctuation de ce qui flue), le flux flue par accroissement de la multiplicité, il faut compenser ça : « doit être compensé » – « Doit », cela a un sens légitime ou illégitime, ou bien il nous dit : « doit » parce que c’est moi Stockhausen qui le désire, que cela soit ainsi; ou bien il nous dit c’est la nature du processus de multiplicités croissantes que la croissance de sa multiplicité soit compensée, alors pourquoi ? Oui, dans l’intérieur, de Stockhausen puisque c’est ce qu’il fait lui. Mais est-ce que c’est forcé en soit, est-ce que ça appartient à la musique ? C’est l’originalité de Stockhausen, mais on concevrait très bien des recherches sonores sur le processus sonore à multiplicité croissante où la croissance de multiplicités ne doit pas être compensée; pourquoi elle doit ? C’est possible mais c’est pas forcé. Qu’est-ce qu’il appelle compenser ? Le processus de flux à multiplicités croissantes, c’est un processus qui affecte le temps et l’espace; c’est un processus qui a pour base Espace-Temps ou même durée. Dans un tel processus spatio-temporel à multiplicités croissantes, il y a tout un écoulement de flux et en plus, il y a toute une fluctuation croissante de flux… ». Etc, etc, etc.

        Voilà ce que j’appelle un grand enc… de mouches en plein vol. Et voilà qui aurait fait bien rire le très mélomane Wittgenstein…

        (Pendant que j’écris ça j’écoute la scène 3 de « Salomé » de R. Strauss, dirigée par Sinopoli, dont une seule minute vaut les plus de 300 oeuvres de l’ami Karlhein).

      3. @ Karluss

        Je laisse à des gens plus compétents que moi juger la pensée de Deleuze à propos de l’argent en général et la monnaie en particulier. Je serais curieux de savoir ce que P.Jorion pense de ceci:

        « Ce qui fonctionne dans une formation économique, c’est les puissances différentes des quantités, c’est à dire des flux qui traversent un champ social; ce ne sont pas des quantités de même puissance, et dès lors, l’appareil pseudo-mathématique qui peut rendre compte de ça, ce n’est évidemment pas l’arithmétique, c’est forcément le calcul différentiel puisque le calcul différentiel, je vous le rappelle, est fait pour traiter des quantités qui ne sont pas de même puissance. Le rapport différentiel c’est précisément un rapport qui permet de confronter et de comparer des quantités qui ne sont pas de même puissance. Le calcul différentiel serait dénué de sens si vous songiez à l’appliquer à des quantités de puissance égale. Donc, il ne me semble pas du tout qu’il faille partir d’un circuit d’échange où l’on jouerait d’une égalité présupposée et d’une inégalité à engendrer, ce qui est à peu près le rapport valeur d’échange – forme-signe dans la fausse genèse qu’en propose Baudrillard, il faut partir de ce qui est donné immédiatement dans un champ politique économique, à savoir des quantités qui sont différentes.

        L’argent, dans le système capitaliste, l’année dernière, nous avait paru un système de ces quantités de puissances différentes. Lorsque l’argent intervenait comme structure de financement, quantité que j’appellerais de puissance X, et l’argent pris comme moyen de paiement, mettons l’argent pris comme quantité de puissance I. Ce n’est pas le même argent qui est doué d’un pouvoir d’achat et qui constitue le capital d’une société. ce n’est pas le même argent qui est monnaie et qui est capital. Tous les économistes le savent puisque la question de l’économie, depuis la crise est : comment fabriquer du capital avec un peu de monnaie, ou même, à la limite, sans monnaie *** le problème du nazisme – voir le livre de Faye -, le problème économique du docteur Schacht, ça a été : comment est-il possible de faire du capital sans monnaie. Or l’argent pouvoir d’achat dont vous disposez, qui est un moyen d’échange -, s’il est vrai que la valeur d’échange est seconde par rapport à la valeur d’échange, la valeur d’échange elle-même est seconde par rapport à autre chose, à savoir les rapports différentiels entre quantités de puissances différentes, entre quantités de puissances irréductibles.

        Ces deux formes irréductibles de l’argent, je disais l’année dernière qu’elles ont une homogénéité fictive qui est garantie par le système des banques, qui est garantie par la banque centrale; et ce qu’on verra dans le cas du nazisme, comment, au moment où ils voulaient désindéxé le capital de l’or, précisément ils ont dû faire tout un système d’escompte et de re-escompte, d’opérations d’escompte et d’escomptages multiples pour précisément assurer ce jeu de quantités de puissances absolument différentes, la monnaie structure de financement et la monnaie moyen de paiement – et voilà ce que je veux dire : la monnaie moyen de paiement, c’est donc la monnaie valeur d’échange et par laquelle passe l’échange, la monnaie structure de financement, ce n’est absolument pas ça; la monnaie structure de financement, est, depuis Keynes, objet de création et de destruction. Elle est création et destruction. Et même, lorsque, par exemple, vous avez une masse monétaire qui demeure constante, par exemple de 1000 sur deux ans, ça ne veut pas dire que tout, comme le disait les économistes classiques, que la masse monétaire est restée constante, ça veut dire qu’il y a eu des créations de monnaies et des destructions de monnaies qui s’équivalaient, ce qui est tout à fait différent; mais la monnaie structure de financement, elle ne cesse d’être parcourue par des mouvements de création et de destruction. La monnaie moyen de paiement, elle est déterminée par son statut de moyen d’échange.

        Là, je tiens, et c’est pour ça que j’avance dans mon analyse, l’air de rien, là on tient toujours notre truc de deux flux. Je disais qu’il fait bien deux flux lorsque quelque chose coule. L’autre jour, pour l’alcoolique, c’était son flux de masturbation et son flux d’écriture. Là, au niveau du corps du capital, il y a bien deux flux; c’est deux flux, dans un rapport quelconque, c’est le flux de la monnaie structure de financement et le flux de la monnaie valeur d’échange ou moyen de paiement. Ça m’intéresse beaucoup ce truc là, parce que, si vous vous rappelez l’analyse de la crise d’ivresse de la dernière fois, – là, je m’en fous que ce soit de l’argent ou que ce soit de la pourrissure ou que ce soit du sperme; mais si je m’en fous, que ce soit l’un ou l’autre, ce n’est pas du tout au niveau d’un système métaphorique d’équivalences à la con du genre psychanalyse, c’est au niveau de ceci : de toutes manières, c’est la machine abstraite qui joue dans les deux cas, indépendemment de la qualité des flux. De toutes manières, vous aurez un minimum de deux flux qui coulent sur un corps sans organes; vous avez un système d’équivalences complètement fictives assurées par le jeu des banques, le jeu de l’escompte et du re-escompte; ce qui importe, c’est que deux flux étant donnés, l’un est forcément plus déterritorialisé que l’autre; et là, c’est évident que dans ce cas de mes deux flux d’argent, la monnaie moyen de paiement, moyen d’échange, pouvoir d’achat, c’est la même chose : vous recevez à la fin du mois un salaire, ce salaire correspond à un pouvoir d’achat, à un moyen d’échange … (fin de la bande) … il ne pourra être compris que dans son rapport avec un flux d’une puissance radicalement autre et qui elle, n’est pas une puissance de pouvoir d’achat, n’est pas une puissance d’échange, mais est une puissance qui nous dépasse puisque les instruments mêmes de la machine capitaliste, puisque le capitalisme lui-même, à savoir une puissance d’une tout autre nature de création – destruction, structure de financement. »

        Etc, etc, etc.

        Vincennes, 28/05/1973

        http://www.le-terrier.net/deleuze/anti-oedipe1000plateaux/1328-05-73.htm

  4. BJR ! Deleuze / était  » de gauche  » non ??

    par manque de tranquillité d’esprit, ai peu de choses en mémoire sur lui, à l’instant t

    Sur le lien WIKIpé ( mis par quelqu’un) cette phrase :
     » Deleuze se révèle vite un créateur en philosophie : il s’intéresse tout particulièrement aux rapports entre sens, non-sens et événement (à partir de l’œuvre de Carroll et du stoïcisme grec). Il développe une métaphysique et une philosophie de l’art originales. Avec Félix Guattari, il crée le concept de déterritorialisation, menant une critique conjointe de la psychanalyse et du capitalisme  »

    Ce que je sais c’est qu’il s’est suicidé , comme le couple GORZ ( André et son épouse )
    Et le soleil brille ..
    Espère qu’à FUKU ils ont du ciel bleu .. pour allèger un peu leur malheur

  5. @ Karluss

    « Il n’était pas tendre avec les croyants et les briseurs de la grande philosophie ». Si je comprends bien Deleuze n’aimait pas Wittgenstein?

    Ce qui ne m’étonne pas, puisqu’il n’avait rien compris ni à la spiritualité ni à la vraie philosophie, vu son style et sa foi délirante dans les mots: « La philosophie est l’art de former, d’inventer, de fabriquer des concepts ». (Deleuze. Qu’est-ce que la philosophie ?)

    Wittgenstein lui passait à quelques kms au-dessus de la tête, comme à la plupart de philosophes professionnels:

    « Ce contre quoi je lutte est le concept d’une exactitude idéale qui nous serait donné pour ainsi dire à priori.
    (Wittgenstein. Remarques mêlées)

    « Si quelque chose est bon, alors c’est également divin. Voilà qui, étrangement, résume mon éthique. Seul quelque chose de surnaturel peut exprimer le Surnaturel.
    (Wittgenstein. Remarques mêlées)

    « La foi religieuse et la superstition sont choses différentes. La seconde vient de la peur et est une sorte de fausse science. La première est une confiance ».
    (Wittgenstein. Remarques mêlées)

    « Quand on philosophe, il faut descendre dans l’antique Chaos et se trouver bien là. »
    (Wittgenstein. Remarques mêlées)

    « Chaque phrase que j’écris vise toujours déjà le tout ».
    (Wittgenstein. Remarques mêlées)

    « Où les autres passent outre, je m’arrête ».
    (Wittgenstein. Remarques mêlées)

    « On ne peut conduire les hommes vers le bien; on ne peut les conduire qu’à tel endroit ou à tel autre. Le bien est en dehors de l’espace des faits. »
    (Wittgenstein. Remarques mêlées)

  6. @Paul Jorion

    J’ai peut-être la mémoire qui flanche , mais il me semble avoir lu une remarque pertinente de votre part concernant les questions « à la Wittgenstein » , questions dont le peu d’élaboration , ou bien l’élaboration minimale , vous semblait , s’il s’agit bien de vous , tout à fait typiques de questions ouvertes sur d’infinies réponses ? Avez-vous le moyen de retrouver cet a parte dans le blog ?

  7. “No less importantly for the history of philosophical thought, it may be important to reexamine Sraffa’s interactions with Wittgenstein, whom Sraffa strongly influenced, in the light of Sraffa’s relationship with Antonio Gramsci, the Marxist theorist, who had a strong influence on Sraffa. Indeed, these dual relations also provide an opportunity to explore a possible “Gramsci connection” in the transformation of “early Wittgenstein” into “later Wittgenstein.” (…)

    The influence that Sraffa had on Wittgenstein’s thinking came through a series of regular conversations between the two. What form did the influence take? It concerned a change in Wittgenstein’s philosophical approach in the years following 1929—a change in which conversations with Sraffa evidently played a pivotal role. In his early work (particularly in the Tractatus Logico-Philosophicus), Wittgenstein used an approach that is sometimes called “the picture theory of meaning,” which sees a sentence as representing a state of affairs by being a kind of a picture of it, mirroring the structure of the state of affairs it portrays. There is an insistence here—it can be said at the risk of some oversimplification—that a proposition and what it describes must have the same logical form. Sraffa found this philosophical position to be altogether erroneous, and argued with Wittgenstein on the need for him to rethink his position.
    According to a famous anecdote, Sraffa responded to Wittgenstein’s claim by brushing his chin with his fingertips, which is apparently readily understood as a Neapolitan gesture of kepticism, and then asked, “What is the logical form of this?”
    Sraffa (whom, later on, I had the privilege of knowing well—first as a student and then as a colleague—at Trinity College, Cambridge) insisted that this account, if not entirely apocryphal (“I can’t remember such a specific occasion”), was more of a tale with a moral than an actual event (“I argued with Wittgenstein so often and so much that my fingertips did not need to do much talking”). But the story does illustrate graphically the nature of Sraffa’s skepticism of the philosophy outlined in the Tractatus, and in particular how social conventions could contribute to the meaning of our utterances and gestures. (…)

    It is conventional to divide Wittgenstein’s work between the “early Wittgenstein” and the “later Wittgenstein,” and the year 1929 was clearly the dividing line separating the two phases.Sraffa was not, in fact, the only critic with whom Wittgenstein had to reckon. Frank Ramsey, the youthful mathematical prodigy in Cambridge, was another. Wittgenstein (1953) thanked Ramsey, but recorded that he was “even more” indebted to the criticism that “a teacher of this university, Mr. P. Sraffa, for many years unceasingly practised on my thoughts,” adding that he was “indebted to this stimulus for the most consequential ideas of this book.””

    Extrait de Sraffa, Wittgenstein, and Gramsci in Journal of Economic Literature Vol. XLI (December 2003) pp. 1240–1255 Amartya Sen

    1. Etonnants croisements, la traçabilité des ingrédients qui fabriquent ce qu’on appelle la pensée d’un auteur témoignent des arrangements que les nouveaux ingrédients ont produit en dérangeant ce qui était déjà bien rangé par l’auteur.

    1. Débat intéressant mais qui souligne que le conformisme l’emporte toujours, même si c’est le conformisme de l’anticonformisme d’il y a trente ans. La philosophie analytique pourquoi pas, il y a des grands noms, mais il y a aussi et malheureusement en son sein beaucoup d’inculture philosophique : beaucoup de coupeurs de cheveux en quatre qui se mettent à bredouiller quand vous leur parlez de Platon, d’Aristote, de la pensée scolastique ou de Hegel.

      1. @ Paul

        Mettez-vous Wittgenstein dans « la philosophie analytique »? Mon cours de philosophie le mettait là, en tous cas. Et j’y mettrais moi-même Jacques Bouveresse également.

        « Coupeur de cheveux en quatre »: je ne suis pas d’accord avec vous, à la réflexion. C’est un peu comme si vous disiez qu’un physicien était un coupeur de cheveux en quatre, à vouloir formaliser le monde avec des équations très compliquées. Il me semble que c’est juste la rançon de la précision: dès qu’on essaie d’être (très) précis, on se contraint à être « coupeur de cheveu en quatre » parce qu’on passe son temps à régler des questions « de détails ». Mais mon expérience est que c’est la seule manière d’avancer sans dire tout et son contraire. Et en pratique, quand on ne parvient pas à résoudre un des ces problèmes de détail correctement, cela remet généralement en question les hypothèses beaucoup plus générales qui sous-tendent le travail. C’est précisément comme cela qu’on (en tout cas moi) avance.

        L’alternative plus littéraire « continentale », permet de sans doute aller plus vite à l’essentiel, mais me semble finalement relativement contradictoire et peu précise sur ses hypothèses. Ce n’est plus de la science.

        Wittgenstein était sans doute une exception dans la tradition analytique, parce qu’il parvenait à formuler les choses dans une langue à la fois littéraire, concise, belle et très précise. C’est à mon sens « the best of both worlds ».

      2. J’ai volé 3 choses dans ma vie
        À 12 ans comme souvent les ados je fouillais les placards sans avoir la moindre idée de ce que je cherchais. Un jour dans l’argentier où se trouvait d’ordinaire l’alcool et de vieilles photos de famille dans une boîte à chaussure, je tombe sur un énorme magot de liasses de billet de 100 francs agrafés par 10. Je savais qu’un achat de maison de campagne était en cours, mais peut importe j’ôtais 5 fois un billet de 100 francs dans 5 liasses différentes que j’agrafais à nouveau. Pas vu pas pris. Je l’appris plus tard, il s’agissait d’un dessous de table chez le notaire avec le vendeur. Évidemment, l’humiliation vécue par le paternel m’offrit l’occasion d’une volée, malgré ou à cause de mon innocence maintenue mordicus. Ça pris beaucoup de temps pour dépenser un tel capital sans attirer le regard parental.
        Plus tard j’ai volé à la FNAC une édition pirate ou corsaire (selon le point de vue) du séminaire de Lacan intitulé « L’angoisse ». Comme je parlais de mon acte angoissant et angoissé à mon cheval en tentant de distinguer s’il s’agissait d’un passage à l’acte ou d’un acting out, ce fut dégonflé par cette remarque : « ni l’un ni l’autre, c’est une plaisanterie ».
        Un peu plus tard je volais une paire de jumelles en présence de ma fille âgée de 12 ans. Je savais au moment de l’acte que l’objet n’était important que par ses résonances signifiantes. Quelques mois plus tard, ma fille se faisait prendre comme voleuse dans une boutique de fringues. Commissariat, etc.
        Quelques années plus tard, elle m’appris que son choix de faire du droit était lié à son vol, lui-même lié au mien auquel elle avait assisté, et sans qu’elle sache que c’était pour moi une affaire de signifiant et pas d’objet, elle s’est spécialisée ensuite dans la propriété intellectuelle.
        Tout ça pour dire en effet que des choses a priori banales ont parfois des effets incommensurables lisibles parfois après-coup.
        Et si ce n’avait pas été la tombe de Wittgenstein mais celle de Marx ?

      3. … j’aurais dit autre chose.

        Mais j’avais bien sûr vu précédemment la tombe de Wittgenstein. Je m’étais rendu dans ce cimetière parce que j’avais lu dans une biographie qui venait de paraître de l’anthropologue W.H.R. Rivers (qui est, parmi les pères fondateurs de ma discipline, celui en qui je me reconnais le mieux), que sa tombe était à l’abandon. Je voulais en avoir le coeur net. Ce n’était pas le cas. Il y avait malentendu culturel : les cimetières anglais sont comme les jardins de même nationalité : les herbes folles y sont les bienvenues. L’auteur de la biographie devait être familier des cimetières américains où pas une herbe ne dépasse du rang et avait dû être choqué de ce sympathique foutoir où je reconnaissais moi au contraire, le signe d’un très grand respect.

      4. @ Paul,

        Bonjour,

        Collision de mots:

        La monnaie est elle une oeuvre métaphysique? En déficit de forme corporationalisée?

        Au voleur, mon or…!?

  8. Ils sont quand même trop minoritaires en France pour qu’on puisse parler de « conformisme de l’anticonformisme », non? La preuve : personne connaît cette femme…

    Par contre sur le fond de l’affaire, c’est vrai que leur radicalisme pose problème: ils jettent le bébé de l’Histoire de la philosophie avec l’eau du bain de la critique du langage…

  9. @ P. Jorion

    Avez-vous lu le livre de Kimberley Cornish « Wittgenstein contre Hitler. Le Juif de Linz » (PUF, 1998)?

    Résumé :
    La photographie de classe publiée en couverture du livre montre le jeune Wittgenstein à quelques coudées du petit Hitler, élève du cours élémentaire. Le petit juif arrogant et vouvoyant ses condisciples qu’évoque Hitler dans ses écrits n’est-il pas le futur grand philosophe, professeur à Oxford, peut-être devenu officier recruteur d’espions pour le compte de l’Union soviétique ? L’engagement politique de Wittgenstein, sa vie et son œuvre trouveraient leur clef dans cette rencontre initiale de l’intelligence précoce et du ressentiment haineux incarné par l’élève moins doué.

    Quatrième de couverture:

    « Le fils d’une des familles les plus fortunées d’Europe côtoie, dans une sinistre école de province, le fils d’un fonctionnaire des douanes. Les deux garçons âgés de quatorze ans n’appartiennent pas au même milieu social, mais ils témoignent des mêmes goûts, des mêmes intérêts intellectuels, des mêmes difficultés à se faire admettre par les autres. Tous deux sont hors du commun, et ils vont se brouiller. S’en suivront des conséquences surprenantes. L’un – Ludwig Wittgenstein – deviendra un des plus célèbres philosophes de ce siècle ; l’autre – Adolf Hitler – un des plus monstrueux dictateurs de tous les temps. L’un excellera dans le travail de la pensée, l’autre triomphera dans l’exercice du mal. Y aurait-il donc eu un lien entre cette pensée (sinon la perversion de cette pensée) et ce mal ? La recherche tout à la fois historique et philosophique de Kimberley Cornish montre non seulement que leur rencontre est évoquée dans « Mein Kampf », mais aussi que leur affrontement extraordinaire a duré des décennies. Il soutient en outre que l’occultisme de Hitler et le mysticisme de Wittgenstein ont des racines communes, et plus encore, que cette même origine est la clé de la déclaration connue de Hitler selon laquelle c’est au cours de sa scolarité qu’il fut amené à comprendre « le vrai sens de l’histoire ». Tout laisse penser également que Wittgenstein, rallié au Komintern à la fin des années 20, aura été le mystérieux agent recruteur des espions de Cambridge qui rendirent possible la victoire russe sur le front est. »

    Paragraphe de Wikipedia:

    Jusqu’en 1903 Ludwig fut scolarisé à domicile, puis il étudia trois ans à la Realschule à Linz, une école orientée vers les disciplines techniques. Il y fut scolarisé en même temps qu’Adolf Hitler et on peut les voir tous les deux sur une photo de classe. Kimberly Cornish, dans son ouvrage Le Juif de Linz tente de démontrer que non seulement les jeunes Wittgenstein et Hitler se connaissaient mais qu’ils se détestaient également. Il prétend également que Wittgenstein était le Juif auquel Hitler fait référence dans Mein Kampf dans le passage concernant sa scolarité à Linz et que bien des éléments des écrits antisémites d’Hitler sont des projections du jeune Wittgenstein sur tout le peuple juif. La plupart des biographes de Wittgenstein considèrent néanmoins que les preuves utilisées par Cornish sont particulièrement maigres et reposent sur des associations circonstancielles et des spéculations. Il est déjà très difficile d’assurer qu’ils se connaissaient et encore moins se détestaient ou que Wittgenstein ait eu le moindre rôle dans la genèse de l’antisémitisme de Hitler.

    (Les « preuves particulièrement maigres » font plus de 400 pages, quand même)

    La photo de classe avec Hitler:
    http://4.bp.blogspot.com/_gsUALeZML10/S8kjR7MlEUI/AAAAAAAAJLg/Uw4iHiQaFTU/s1600/WittHit.jpg

    Wittgenstein en 1939
    http://wittgenstein.gorodok.net/pictures/ludwig15.jpg

    Wittgenstein en 1947
    http://4.bp.blogspot.com/_151ckbft674/TMKnnwd0XNI/AAAAAAAAAPY/_wzSRRt_t80/s1600/wittgenstein2.jpg

    Une des dernières photos de Wittgenstein:
    http://wittgenstein.gorodok.net/pictures/ludwig18.jpg

    Wittgenstein mort:
    http://wittgenstein.gorodok.net/pictures/ludwig19.jpg

    La tombe de Wittgenstein:
    http://wittgenstein.gorodok.net/pictures/ludwig20.jpg
    http://v7.cache7.c.bigcache.googleapis.com/static.panoramio.com/photos/original/5520271.jpg?redirect_counter=1
    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d3/Wittgenstein_Gravestone.jpg

  10. « Le juif de Linz pourrait bien être à Kimberley Cornish ce que fut L’angelus de Millet ou la gare de Perpignan pour Salvador Dali ». C’est l’opinion de Jackie Assayag.
    Je ne doute pas pour ma part que des expériences d’enfants décident de formes de destin bien plus tardifs, sous réserve que si c’est analysable au cas par cas après-coup, ça n’indique pas pour autant une écriture déjà là de l’avenir, loin s’en faut. C’est la grande histoire qui embauche ou pas des candidats pour sa besogne, et la grande n’est pas écrite non plus.

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