Archives par mot-clé : Amérindiens

Les États-Unis et leurs “Hispaniques”

Je vous ai déjà longuement parlé de la manière bizarroïde dont les États-Unis classent leur population en sous-populations, les “Anglos” étant qualifiés de “Caucasiens”, une référence lointaine au fait que dans les dernières années du XVIIIe siècle, Blumenbach, l’inventeur du mot “ethnologie”, considérait que le fleuron pour les “Blancs” de sa collection de crânes était celui d’une femme caucasienne, ou qu’un Iranien ou une Iranienne ne sera pas considéré comme “Asiatique”, le terme étant réservé aux Extrêmes-orientaux, chacune de ces dénominations dissimulant maladroitement un épisode particulièrement peu reluisant de l’histoire de la nation. Je vous ai aussi expliqué comment se redistribuait la catégorie “Hispanics”, en référence cette fois à une langue, l’espagnol :

Cette population-là donc, partant du chiffre de 12,5 % d’Hispaniques aux États-Unis, se partage en 47,9 % de “Blancs” et 42,2 % d’Amérindiens à proprement parler, lesquels sont appelés dans les recensements américains, « Some other » : quelque chose d’autre !

Que faire dans ce cadre-là d’un article du New York Times qui nous explique qu’en novembre dernier Trump a grignoté le vote des Hispaniques, sachant que la catégorie renvoie aussi bien aux descendants Blancs des “barons” d’origine espagnole exilés en Floride suite à la révolution de Fidel Castro, que des Amérindiens venus à pied du Guatemala ou du Honduras, les parias qualifiés de “quelque chose d’autre” ?

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États-Unis : il y a quelque chose dans l’air…

Je ne m’avancerai pas beaucoup en disant que Trump n’a pas dû apprécier la décision de la Cour suprême US aujourd’hui qu’il devrait communiquer sa déclaration d’impôts à la cour du district Sud de Manhattan, mais il n’aimera pas non plus une autre décision tombée aujourd’hui : qu’une grande partie de l’état d’Oklahoma appartient toujours à la tribu des Creek…

… y compris une part importante de la ville de Tulsa où Trump a récemment promu son message suprémaciste blanc et qui, avec une belle prévisibilité, constitue quinze jours plus tard, un nouveau foyer inquiétant du coronavirus.

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“Déportés”

L’émission à laquelle j’ai participé sur rfi m’a permis d’évoquer ceux que le présentateur Jean-Pierre Boris appelle “Latinos”, les États-Uniens, “Hispaniques”, et moi, Amérindiens.

« Plane Wreck at Los Gatos (Deportee) », paroles de Woody Guthrie, musique de Martin Hoffman, chanson consacrée au “charter” transportant des déportés qui s’écrasa à Los Gatos en 1948.

Voir aussi Le Monde / L’Écho – Trump : la vraie raison de son intransigeance, le 14 janvier 2019

En pensant à Evelyn Munro, à qui les Amérindiens de Laguna Beach purent toujours s’adresser.

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Kirk Douglas (1916 – 2020)

De son vrai nom, Doris Day s’appelait “Mary Ann Von Kappelhoff”. Jack Palance s’appelait “Volodymyr Palahniuk”, et Kirk Douglas, qui nous quitte à l’âge de 103 ans, “Issur Danielovitch Demsky”. Voilà comment on constitue de toutes pièces une nation d’immigrés. Mais il y a plus : il y a ceux qui se trouvaient déjà là avant.

Avez-vous vu Le dernier train de Gun Hill (1959) de John Sturges ? Pas le plus connu des films de Kirk Douglas, mais un de ses plus beaux rôles.

L’intrigue en deux mots, selon Wikipédia :

Une Indienne, Katherine, est tuée sous les yeux de son fils par deux hommes, Rick et Lewis, qui tentaient de la violer. Katherine était la femme du shérif Matt Morgan (Kirk Douglas), qui jure de retrouver les coupables dont son fils lui a fourni le signalement. Matt dispose également de la selle de l’un d’entre eux, laissée sur place : au nom de Craig Belden (Anthony Quinn), un vieil ami qui lui a jadis sauvé la vie. Belden est devenu un riche éleveur maître absolu de la petite ville de Gun-Hill où tout lui appartient : hôtels, saloon, cercle de jeux et jusqu’au shérif local.

Si vous avez vu le film vous savez qu’il s’agit d’une “tragédie grecque”, sinon vous l’aurez deviné : le fils de l’homme qui a sauvé la vie autrefois au personnage interprété par Kirk Douglas est l’un des violeurs-assassins d’une simple “peau-rouge”.

Bonus : Continuer la lecture de Kirk Douglas (1916 – 2020)

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Rafles hier dans le Mississippi !

Des enfants terminèrent leur premier jour d’école sans parents pour les attendre à la maison. Des bébés et des bambins restèrent à la crèche faute de gardien venant les chercher. Un enfant recherchait sans succès ses parents absents sur le parking d’une usine.

Humm… ces enfants abandonnés ne ressemblent en effet pas fort aux “Blancs à qui Dieu a fait don des États-Unis d’Amérique”, ils ressemblent même fichtrement aux êtres humains qui se trouvaient là avant.

P.S. Si vous faites partie de ces personnes ayant encore un grain de sympathie pour Donald Trump, faites moi une faveur : allez voir ailleurs.

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Ce que le « bon sauvage » aurait eu à nous dire sur la propriété, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité.

Faisons notre Proudhon de comptoir. Le mal se loge dans la propriété. J’en veux pour preuve ceci que la propriété a résisté à des millénaires de stigmatisation acharnée par les philosophes, les prêtres et les moralistes coalisés, dont certains étaient eux-mêmes propriétaires, comme si, par quelque ruse ultime, elle les avait possédés. Il faut désancrer l’homme des profondeurs du sol pour qu’il évolue à sa surface en l’endommageant le moins possible. Les agriculteurs, qui travaillent le sol, sont précisément les dernières personnes que nous devions instituer propriétaires. J’ai déjà évoqué cet argument démiurgique du « j’ai façonné ce pays » avancé par le colon des Paravents de Genet en guise de justification des abus qu’il y commet. L’agriculture est déjà en soi une violence faite à la terre nourricière, que réactive sans cesse dans le discours érotique la métaphore inusable et omniprésente du sexe de la femme labouré par le soc viril. C’est aussi une violence faite aux sociétés (Abel vs Caïn, Rousseau et la délimitation du champ comme origine de l’inégalité entre les hommes). Un jardinier de l’Éden a-t-il besoin de se sentir propriétaire pour bien faire son travail de sélection, d’amendement et d’embellissement ? Si oui, c’est que quelque chose d’autre l’anime, qui a nom « cupidité ».

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DES VAGUES MIGRATOIRES PRÉHISTORIQUES CHINOISES DANS LES AMÉRIQUES

David Reich, généticien de l’université de Harvard, vient de publier dans la revue Nature, un article où il apporte la preuve de trois vagues migratoires en provenance d’Asie dans les Amériques : Reconstructing Native American Population History. La première serait d’origine sibérienne, la deuxième et la troisième, chinoises.

L’hypothèse d’une origine chinoise des populations amérindiennes a été proposée au fil des ans par différents chercheurs à partir d’indices linguistiques et picturaux. Cette hypothèse a le plus souvent été tournée en ridicule. La moindre des choses est alors de saluer aujourd’hui la sûreté de l’intuition de Grafton Elliot Smith (1871-1937) en Grande-Bretagne et de Claude Lévi-Strauss (1908-2009) en France.

 

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