Archives par mot-clé : Claude Lévi-Strauss

Gloire à nos grands maîtres !

À la conclusion d’une séance de psychanalyse ce matin, je me suis dit : « Qu’aurais-je pu entendre sans les réflexions de Lacan sur le nom ? » Comme m’est revenue avant-hier l’observation de Pouillon sur le côté « approximatif » des cultures humaines. Comme l’illustration des « hypothèses saturantes » par Lévi-Strauss m’a permis de comprendre la grille de lecture d’un de mes contemporains. Comme l’aimable reproche que me fit un jour Meyer Fortes sur le pouvoir déformant de l’espérance. Comme la taquinerie de Leach sur la généalogie des poissons. Comme la remarque  de Jakobson sur la Scolastique qui me montra par quel bout prendre l’Intelligence Artificielle. Comme les observations de Guilbaud sur le peu de rapport entre les nombres et le monde. Comme…

Et puis, d’aller les trouver là où ils étaient, ces grands maîtres, ça m’a fait voir du pays !

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« Défense et illustration du genre humain », Conclusion (II), en librairie le 16 mai 2018

Je commence par les thèses de Todd. Les comportements humains, dit-il, s’expliquent en première instance par les formes familiales, en deuxième instance par les religions, en troisième instance par l’éducation, et en quatrième instance, par l’économie ; il mentionne aussi quelquefois la nation dans ces déterminations (Todd 2017 : 12). Il insiste souvent sur le fait que l’opinion commune dans nos sociétés est que l’économique constitue la détermination première, alors qu’il la place lui, en dernier.

Entrons dans les détails du mécanisme. Une attitude, une conception du monde, un comportement, s’expliquent par la forme familiale qui prévaut. Les religions sont venues se déposer sur cette fondation, elles viennent s’associer à la détermination simple par la famille, les deux « co-évoluent », affirme Todd : « parler d’une coévolution de la famille et de la religion est sans doute la bonne formulation » (Todd 2017 : 21). Tout être humain est par ailleurs plus ou moins éduqué. Les circonstances économiques, de leur côté, évoluent.

Les déterminations les plus fondamentales sont aussi les plus anciennes : cinq mille ans pour les formes familiales, quelques milliers d’années pour nos grandes religions monothéistes. Quant à l’économie, elle change au rythme plus rapide de la cinquantaine d’années : « En arrondissant, disons que le conscient économique fonctionne à l’échelle de 50 ans, le subconscient éducatif de 500 ans, l’inconscient familial de 5 .000 ans » (ibid. 23).

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Qui étions-nous ? – Paul de Tarse en résumé

Ouvert aux commentaires.

Paul de Tarse n’était pas là au bon moment, même s’il ne se trouvait pas très loin. Jésus de Nazareth, un prophète, sur la foi d’autres prophètes avant lui, se convainc qu’il est le messie attendu, chargé d’annoncer la venue du Royaume de Dieu sur Terre. Il suit à la lettre le scénario tel que Zacharie l’a tracé, mais rien ne se passe comme prévu, il échoue, et sera supplicié comme un larron parmi d’autres, offrant la possibilité à l’insurgé Barrabas de sauver sa tête.

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Échange de réciprocité et échange réciproque, par Dominique Temple

Billet invité.

Si je perçois le besoin d’autrui, et prends l’initiative de le satisfaire, et que l’autre en fasse autant, on peut dire qu’il y a réciprocité. La raison en est donnée a posteriori par le fait que la réciprocité crée une valeur nouvelle. Le produit de l’action réalisée l’un pour l’autre dans cette structure de face à face, est une valeur commune, la philia.

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Dominique Temple et Mireille Chabal, La réciprocité et la naissance des valeurs humaines (III) L’échange contre le don

Billet invité. Troisième partie d’un résumé par Madeleine Théodore du livre de Dominique Temple et Mireille Chabal, La réciprocité et la naissance des valeurs humaines, Paris : L’Harmattan, 1995.

Karl Polanyi (1886 – 1964) définit trois formes d’intégration économique : la réciprocité, la redistribution et l’échange. Les deux premières sont caractérisées par une structure de symétrie, bilatérale pour l’une, centrée pour l’autre. Continuer la lecture de Dominique Temple et Mireille Chabal, La réciprocité et la naissance des valeurs humaines (III) L’échange contre le don

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Comment se torpille-t-on en imaginant faire le contraire ?

Non, je n’ai pas lu entre hier et aujourd’hui un livre de 663 pages. Tout ce que je peux dire de l’ouvrage de Gérard Davet et Fabrice Lhomme : Un président ne devrait pas dire ça, c’est ce que j’en ai lu dans les journaux. Je m’abstiendrai donc soigneusement de dire quoi que ce soit de son contenu, je me contenterai de commenter à mon tour ce commentaire lu quelque part mais qui semble véhiculer le sentiment général de ceux qui ont lu le livre : qu’avec ses entretiens, le Président, « s’est torpillé ».

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Georges Balandier (1920 – 2016)

À l’époque où j’étais étudiant en anthropologie, j’ai lu Afrique ambigüe (1957) de Georges Balandier, paru quelques années auparavant. Je venais alors de lire Tristes tropiques (1955) de Claude Lévi-Strauss et le regard que je portais sur Afrique ambigüe était irrémédiablement teinté de l’expérience qu’avait été pour moi la lecture de Tristes tropiques.

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique, entretien réalisé le 21 mars 2016 (texte complet)

Ouvert aux commentaires.

I- La « mentalité primitive »

Jacques Athanase GILBERT

Votre parcours est particulièrement atypique, marqué en particulier par cette étonnante transition du chercheur au blogueur. Au-delà, votre pensée s’enracine dans le champ de la transdisciplinarité, empruntant à la fois à la philosophie, à l’anthropologie, à la sociologie et à l’économie. Comment appréhendez-vous cet itinéraire ?

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique (V), D’un monde finissant à un monde émergeant, entretien réalisé le 21 mars 2016

Franck CORMERAIS

Vous êtes passé d’une observation empirique d’un monde finissant à celle d’un monde émergeant : le monde digital.

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique (I) La « mentalité primitive », entretien réalisé le 21 mars 2016

Jacques Athanase GILBERT

Votre parcours est particulièrement atypique, marqué en particulier par cette étonnante transition du chercheur au blogueur. Au-delà, votre pensée s’enracine dans le champ de la transdisciplinarité, empruntant à la fois à la philosophie, à l’anthropologie, à la sociologie et à l’économie. Comment appréhendez-vous cet itinéraire ?

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« Ceci est un message de courage ! » – À propos de Le dernier qui s’en va éteint la lumière, par Cyril Touboulic

le dernier qui s'en va...Billet invité.

Lisant Le dernier qui s’en va éteint la lumière : Essai sur l’extinction de l’humanité, le lecteur s’attend sans doute à découvrir un texte pessimiste, au finale émouvant, le submergeant du constat que l’être humain vit, pour reprendre l’expression de l’une des dernières interventions de Claude Lévi-Strauss à la télévision, dans un « empoisonnement interne » dont il est responsable.

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La parole religieuse, par Dominique Temple

Billet invité.

  1. Les Deux Paroles

On doit à Claude Lévi-Strauss une réflexion décisive sur la naissance de la Parole. Cette réflexion est menée dans un contexte anthropologique. C’est en effet le face à face entre deux bandes nomades de Nambikwara (Indiens du Brésil occidental), qui lui sert d’exemple. Lorsque deux groupes humains qui s’ignoraient se rencontrent pour la première fois, ils s’immobilisent à une certaine distance ; si l’homme était un animal, il fuirait par crainte ou s’associerait comme les brebis dans un troupeau. Rien ne se passe de ce genre : le désir et la crainte se neutralisent et engendrent une affectivité de plus en plus angoissée jusqu’à ce qu’elle puisse se dissiper dans la Parole.

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Le temps qu’il fait le 13 novembre 2015

La conscience

Paul Jorion : Le secret de la chambre chinoise, L’Homme 1999 Volume 39 Numéro 150 pp. 177-202

Le « gold plating » des directives européennes

Claude Lévi-Strauss : Race et histoire, Unesco 1952

Mauro Guillén : The Architecture of Collapse, Oxford University Press 2015

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PIQÛRE DE RAPPEL : ANTHROPOLOGUE INCLASSABLE, Journal des Anthropologues, N°126-127 : 335-339

Un entretien avec Laura Ferré. Je suis depuis quelques semaines en dialogue avec une personne qui veut s’initier à l’anthropologie pour comprendre son environnement de travail. J’allais lui signaler ce texte ce matin et, le relisant, je me suis dit que cela pouvait intéresser certains d’entre vous qui ne l’auraient pas lu.

Comment définissez-vous un anthropologue ?

            Je dirais que c’est simplement quelqu’un qui a obtenu un diplôme en anthropologie délivré par une université. Comme l’enseignement est très différent d’un endroit à l’autre, un anthropologue peut être beaucoup de choses différentes. Dans mon expérience, en Belgique et en France, les professeurs d’anthropologie enseignent un peu ce qu’ils connaissent et ce n’est pas très structuré, donc ça peut très bien être une mosaïque de différentes choses. Donc ça laisse une énorme liberté pour se définir comme étant anthropologue. Dans le monde anglo-saxon, que j’ai connu en particulier à Cambridge, c’est beaucoup plus précis. Les choses sont très claires : il y a une discipline extrêmement délimitée avec une histoire, une épistémologie, des écoles qui se succèdent de manière très tranchée etc. Ça c’est différent, être anthropologue britannique c’est une chose très précise, être anthropologue français ou belge c’est une chose beaucoup plus difficile à définir. Je ne sais pas si je serais devenu anthropologue si j’avais été étudiant de première année en faculté en Angleterre. En fait, mon choix de l’anthropologie « sur le continent », c’était lié au fait que ça vous permettait un peu de lire tout ce qui vous plaisait : de la philosophie, de la linguistique, de la psychanalyse, tout ce qui vous passait par la tête. On vous disait: « Oui, oui, c’est de l’anthropologie! ». Plus tard, je me suis fort identifié, à partir du moment où je me suis intéressé à la théorie des prix, à l’anthropologie économique en tant que telle. Mais par ailleurs j’avais toujours un intérêt pour ce que j’appelais l’anthropologie des savoirs parce qu’il n’y avait pas véritablement un champ ou une sous-discipline qui correspondait à ça. En Angleterre, c’était plus clair : il y avait des gens qui faisaient des recherches dans un domaine qu’on appelait « rationality ». En France, c’était plus flou parce qu’on avait dans ce domaine, deux maîtres essentiellement: il y avait Lévy-Bruhl avec ce qu’il avait fait sur La mentalité primitive et d’autre part il y avait par contraste, son opposé, avec Lévi-Strauss et La pensée sauvage. C’était en fait deux tentatives dans des directions tout à fait opposées. Ceci dit on n’est pas laissé à soi-même puisqu’il y existe tout un champ qu’on appelle « l’histoire et la philosophie des sciences » qui donne le cadre dans lequel ces réflexions peuvent s’inscrire. Par exemple quand j’ai écrit Comment la vérité et la réalité furent inventées (2009), j’ai pris les maîtres que sont Lévy-Bruhl et Lévi-Strauss, mais j’ai complété ça avec tout ce qui existait dans l’histoire et la philosophie des sciences. D’ailleurs à Cambridge, les deux bâtiments étaient contigus entre anthropologie sociale et histoire et philosophie des sciences. Et je participais à tous les séminaires d’anthropologie mais aussi à tous ceux de philosophie des sciences. Je m’étais conçu une sorte de boîte à outils où les deux se trouvaient. Quand on fait de l’anthropologie des savoirs, les données viennent surtout d’Amérique du Sud, d’Océanie, d’endroits assez reculés d’Asie, d’Afrique etc. Alors qu’évidemment si on fait de l’histoire et de la philosophie des sciences on peut faire comme je l’ai fait, c’est-à-dire entrer carrément dans l’histoire, l’histoire des mathématiques, de la physique etc., des choses qui ne relèvent pas normalement du monde de l’anthropologie. Dans mon bouquin, j’ai tout traité ensemble. J’ai fait un parcours autour de deux notions, vérité et réalité, et j’ai utilisé tout le matériel dont on peut disposer.

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