32 réflexions sur « Vidéo – Qu’aurai-je accompli ? »

  1. L’esprit critique , c’est la raison aristotélicienne appliquant le raisonnement logique à une perception de la réalité ( le plus souvent ” affective” ), ou c’est la chasse aux préjugés affectifs pour ne “déterminer” le réel que par la raison .

    Dans les deux cas , que se passe-t-il quand l’erreur est détectée ?

    L’erreur détectée peut elle être ” admise” tant qu’une nouvelle vérité ne s’est pas substituée aux anciennes , elle même sujette à caution ?

    PS 1: Je me suis du coup posé la même question que vous ( qu’aurai-je accompli ?) , et je n’ai rien trouvé de génial digne d’Aristote , Confucius ou Alexandre le Grand . Ça m’a juste remis en tête le poème bien connu de Rudyard Kipling . ( et la version revue et transformée que j’en avais tiré pour mes enfants ) .

    Ps 2 : est ce que l’appréhension du réel se limite vraiment et seulement à la pensée occidentale et à la pensée asiatique dont chinoise . Sans savoir la caractériser , et pour m’y être comme vous un peu frotté , il me semble pourtant que l’approche africaine ( pour la partie de l’Afrique que j’ai connue ) ne relève profondément ni de l’une , ni de l’autre .

    Ps 3 : comment sont enseignées les mathématiques et les sciences en Chine ? Est ce vraiment différent des concepts et apprentissages des universités occidentales ?

  2. Une belle illustration sur la formation des prix (similaire à celle de la pêche à l’île de Houat, j’imagine), “La terre tremble” film de Luchino Visconti.
    wikipedia:
    “L’action se déroule dans les années 1920-30 à Aci Trezza, un petit village de pêcheurs situé sur la côte est de Sicile. L’histoire se concentre sur une famille traditionnelle, les Valastro, et a pour thème l’exploitation des pêcheurs par les grossistes. Le fils aîné, ’Ntoni, excédé par l’attitude des grossistes qui s’arrangent pour acheter à un prix dérisoire le produit de leurs pêches, décide de réaliser une hypothèque sur la maison familiale afin de pouvoir acheter leur propre bateau et éviter ainsi de passer par un intermédiaire pour vendre leurs poissons.”

  3. “Les choses et les objets existent davantage par les liens innombrables et changeants qu’ils tissent entre eux que par l’état figé et superficiel qu’ils acquièrent par l’entremise du mot qui les désigne.”

    1. C’est le message que cherche à faire passer Aristote quand il parle de “catégories”, à ne pas interpréter au sens moderne du mot “catégorie”. Les catégories sont les différents types de “liens” entre les choses et les objets (où, quand, comment, fait en quoi, etc.). Une chose ou un objet n’existe pas en soi pour Aristote : non liée à autre chose, non située dans au moins l’une des catégories, elle est “rien”.

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      1. N’est ce pas une autre définition de la topologie ? Celle de conserver des propriétés sans forcément conserver les briques du puzzle ?

      2. Cela me ramène un souvenir : “une table, c’est ce qui (par exemple) me heurte quand je m’y cogne” (disait Dop prof de logique à l’UCL Louvain). Selon mon souvenir : C’est la table (vécue !) dans la réalité, autre que toutes les définitions descriptives de la table (4 pieds, des fonctions…). Mais j’ai oublié tout le reste…

      3. En donnant ma préférence à l’approche “Liens et lois ” de la méthode P2L ( qui s’intéresse au système vivants autonomes et non pas aux objets par contre ) , c’est un peu la pertinence de ce mariage entre l’ approche qui ” additionne” ( la valeur humaine des “data” ) et une approche qui ” découpe “( l’usage de leviers modélisés simplifiant le réel pour agir sur lui ) , que j’apprécie .

        Les orientations passé et hors temps , portent le lien et le gros des affects ( pensée plutôt de type asiatique telle que vous la résumez ).
        Les orientations ” présent” et futur proche , portent la Loi , les règles sur les éléments découpés ( pensée plutôt de type occidental telle que vous la caractérisez ).

        Je m’étais aussi mouillé d’avancer que la première moitié recouvre plutôt la pensée anarchiste ( la vraie , je fais donc je suis ),
        et la deuxième moitié plutôt la pensée du philosophe et de l’ingénieur ( je “pense” donc je suis ) .

        Le hic , c’est que pour que l’espèce humaine se donne une chance de prospérer , elle doit nécessairement marier ces deux facultés ( car on a cette dotation innée avec des coefficients par contre très disparates mais jamais complètement nuls ). C’est là que ça se corse , et que c’est dans sa traduction dans l’environnement institutionnel ( mode du ” pouvoir” ) et économique au sens restreint ( dont principalement rôle de la propriété), que l’on peut mesurer si notre orchestre symphonique assure notre survie , notre ” bon temps” , et “l’économie” au sens large de son étymologie ( l’art d’aménager sa maison ) .

        On cherche toujours , et le soliton nous sanctionne .

        Celles et ceux qui “auront accompli ça ” , auront de bonnes raisons d’avoir accès à un abonnement gratuit au blog de Paul Jorion pour le restant de leurs jours .

      4. J’avais dans l’idée, au contraire, qu’un phénomène ne peut être que s’il coche toutes les cases des catégories.

        http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/categories.htm?fbclid=IwAR3hjVtR4z5WzCENRskZneae_Q9wdWsCjp8Yj1PemC5XPPpQMBfPsefGxAU#IV

        “§ 3. Aucun des mots que nous venons d’énumérer n’emporte seul et par lui-même, l’idée d’affirmation ou de négation. C’est seulement par la combinaison de ces termes les uns avec les autres, que se forment l’affirmation et la négation. […]”

        Ps : Chose amusante, on peut faire remonter à Aristote la différence entre analyse ponctuelle (lieux et temps donnés, on observe les actions et passions) et analyse transversale (actions et passions données, on observe les lieux et temps) … en économie … ou en épidémiologie! (ou alors je suis le seul à m’en rendre compte seulement maintenant! 😉 )

        1. Si ” mariage de l’approche qui additionne avec celle qui découpe” est équivalent à ” phénomène qui ne peut être que s’il coche toutes les cases des catégories” , on ne doit pas être loin d’être d’accord .

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        2. Salut Jacques,

          Ce ne serait pas plutôt une affaire de propositions ou de raisonnements (comme enchaînements de propositions) ? À savoir qu’un mot seul ne porte aucune affirmation ou négation (“table” par exemple mais cela peut être plus abstrait). C’est bien de leur combinaison dans le cadre d’une proposition (“la table est blanche”) ou d’un raisonnement que l’on pourra dire si c’est vrai ou faux. Non ?

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          1. Ok, oui est en effet : § 3. “[…] Les mots, au contraire, qui ne sont pas combinés avec d’autres mots n’expriment ni vérité ni erreur; ainsi homme, blancheur, court, triomphe.”

          2. “§ 22. On peut se demander si toute substance est exclue des relatifs, ainsi que cela semble, ou bien si l’on peut comprendre parmi eux quelques-unes des substances secondes. Il est certain, pour les substances premières, que ni les substances entières ni leurs parties ne sont jamais exprimées par relation; car on ne dit pas que tel individu homme est un homme de telle chose que tel bœuf est un bœuf de telle chose, non plus que pour leurs parties, on ne dit pas que telle main est telle main de quelqu’un, mais bien la main de quelqu’un; on ne dit pas que telle tête est telle tête de quelqu’un, mais bien la tête de quelqu’un. […] http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/categories.htm?fbclid=IwAR1k94BudFl2CYC2Q2GvDw3RHpwid9RaV1m-x5pv11MHZtf5WR9h2Z1CGMg#VII

      5. Bonjour monsieur Jorion,

        Comment ça marche dans le sens de la “substance” (homme, cheval selon l’exemple donné) ce que vous dîtes ? Si on voit bien pour la qualité ou la relation, c’est moins clair dans ce cas.

        Merci.

        1. Ou alors il n’y a pas d’instance de l’homme ou du cheval. Mais cet homme-là, assis au nez camus, ce cheval-ci, blanc etc.
          Ok…

          Bonne soirée !

    2. Et pour les hommes : “Suppose que tu n’existes pas, et sois libre
      Tu n’as pas aujourd’hui de pouvoir sur demain;
      L’anxiété de demain est inutile.
      Si ton cœur n’est pas insensé, ne te soucie même pas du présent;
      Sais-tu ce que vaudront les jours qu’il te reste à vivre?” Omar Khayyam

      ou plus tôt : “saches que tu existes, et soit libre ?” … et tu as du pouvoir sur demain

  4. Bigre cela ressemble à un testament, et j’espère que ce n’est pas le cas, d’autant que depuis la disparition de Stiegler, son trou dans l’eau ne s’est toujours pas refermé.
    Mais j’ai envie de dire “hé, ho, ce n’est pas fini, il reste encore beaucoup à explorer” . Point ne vous est nécessaire la reconnaissance des sots, seule l’idée de les sortir de leur infortune doit motiver vos nouvelles approches. En effet vos pérégrinations sur des voies de traverses vous amèneront sûrement à continuer de siffloter chemin faisant, une petite musique qui fait du très bon jazz.
    Vous n’en avez peut-être pas conscience , mais vous êtes le “honkytonk man” du NET…Et l’éveilleur de conscience des systèmes, l’ agitateur des représentations figées qui aliènent jusqu’à certaines approches scientifiques ou professionnelles, le péripatéticien pédagogue des sciences qui redonne l’envie de se promener dans les savoirs pour y chercher un éclairage, quand la société mercantiliste cherche à imposer une quête des avoirs comme toute science et comme toute lumière.
    Quel est donc le Gandalf qui pourra empêcher le Hobbit d’interrompre sa quête pour retourner dans ses pénates?
    Et la communauté de l’anneau alors? Soron n’est pas encore vaincu!
    Quid de vos patients, pensez-vous que vous serez un meilleur psychanalyste sans l’apport de vos expéditions en terre inconnue, sans vos balades au sein des savoirs académiques, sans vos divagations d’albatros au gré de la brise marine. (souvenez-vous “ses ailes de géant l’empêchent de marcher”)
    Ceci pour vous distiller (si j’ose) un conseil intéressé, vos patients ont besoin que vous gardiez une ouverture sur l’extérieur (votre poste universitaire) comme veille en temps réel sur ce qui se passe ailleurs .
    De plus, c’est aussi un moyen non négligeable de s’imposer dans les médias pour diffuser sa recherche et ses idées, car le MEDEF en France a imposé que lorsque vous n’exercez plus (même temporairement) vous n’êtes plus rien et on fait mine même de ne plus savoir ce que vous êtes…

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    1. La lecture/diffusion malignement sélective des écrits de blog de ces derniers mois permettra sans aucun doute à ses adversaires d’utiliser plutôt la qualification d’égotisme.
      Coups bas et stériles querelles en perspective.
      Contre-productif.

    2. Jamais je ne serai psychanalysé par un albatros !

      Heureusement sur le lac d’Annecy ils ne sont pas légions . On aperçoit pour le moment quelques cormorans qui n’ont pas leur diplôme de l’école de Strasbourg . Les mouettes sont parties à la mi-mars et ne reviendront qu’en courant juillet , mais elles sont trop bavardes pour qu’on se confie à elles .

  5. En ce qui concerne les sciences économiques, je ne peux que citer Schopenhauer (qui n’était pas l’ami de Hegel, désolé):
    “Celui qui veut éprouver la reconnaissance de son époque doit marcher du même pas qu’elle; mais cela ne produit jamais rien de grand. Aussi, quand on se propose de grandes choses, doit-on fixer ses regards sur la postérité”

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      1. Qu’on aurait pu aussi appeler, en partie , le code Cambacérès ; C’est effectivement un acte colossal ( et son succès international le démontre) . Au delà , et parce que les relations entre sujets ( c’était la principales révolution en droit) en étaient la substance , c’est aussi , entre les lignes du seul code ” civil” , une traduction des rapports économiques dans la société ;

        La ” Constitution économique” de Paul Jorion aurait pu être le ” code Napoléon” du XXI ème siècle , mais ça a foiré . Mais le siècle n’est pas fini .

        PS : j’essaie de comprendre les tenants et aboutissants de la volonté présidentielle ( ou d’Amélie de Montchalin ?) concernant la suppression du corps des Préfets . Ça me rappelle tellement l’anémie imposée aux corps techniques qui emmerdaient le pouvoir et ramenaient les élus dans la réalité du terrain et des choses , que , en l’état, ça me laisse inquiet et en alerte . A minima , c’est totalement contradictoire avec le discours affiché de réelle prise en compte des réalités du terrain pour orienter les politiques centralisées . J’y vois , gros comme un porte avion , plutôt le moyen d’imposer au terrain la ” réactivité managériale” , lubie des années 80 , nécessaire à la gloire des discours centraux gouvernementaux . Bref , la conduite de l’état , comme on conduit AXA ou BNP Paribas .

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      2. Ben oui, par ‘grand’, Schopenhauer entendait une oeuvre disruptive. Le Code Napoléon est le fruit d’un travail collectif (du pouvoir en place) qui a mis sur papier des éléments contractuels et coutumiers, mais il n’est pas si disruptif que cela sur le fonds et reste bien ancré dans son époque (code noir, statut des femmes) et il suit le contexte révolutionnaire qui a apporté des grands changements la décennie précédente.

        Dans ce sens de grand, j’entends que votre travail sur les prix et la science économique apporte de idées nouvelles, ou remises en lumière, et pour lesquelles la pilule reste pour beaucoup difficile à avaler pour les ‘orthodoxes’.

        Mais bon, le vieux Schopenhauer a aussi connu son heure de gloire après avoir longtemps été seul …

        1. C’est très bien Schopenhauer, et être sur la même longueur d’ondes que les générations futures, c’est top. Mais comprendre les temps qui sont les nôtres, c’est déjà pas mal du tout.

          Hegel vs. Schopenhauer : 2-1.

        2. Affirmer que le droit était le même pour tous et ne s’arrêtait pas , ou changeait à la frontière de chaque province , n’était pas disruptif ?
          Et pour le coup , la patte de Bonaparte- Napoléon , disposant de l’autorité pour que ce soit écrit et acté , est bel et bien le point d’orgue d’une marche déjà engagée et dont il a emboité le pas pour marquer l’histoire .

          Tolstoï en était aussi arrivé à ce type d’appréciation ( à propos de Napoléon aussi dans “Guerre et Paix” !) : les grands événements ne sont pas grands et nécessaires par la qualité des grands hommes ( qui ne “font” pas l’Histoire ) , mais parce qu’une multitude de faits , pensées , produits … se sont développés antérieurement dans la durée , de façon pas clairement déterminante ou déterminée , et soudain convergent ou ” précipitent” pour qu’apparaissent un paradigme , une invention , des liens … nouveaux et structurants pour changer la vie ( ou autoriser la survie de l’espèce …)

          PS :Palestiniens et arabes israéliens aimeraient bien que le code civil soit le même pour tous dans la région .

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