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DEXIA : La réponse du Ministre

La réponse de Pierre Moscovici à la question du député Joël Giraud sur l’engagement de Bercy à ne pas revenir sur la décision du Conseil constitutionnel invalidant deux des trois paragraphes de l’article 60 (devenu 92) de la loi de finances 2014 (exonération des banques sur les contrats toxiques passés avec les collectivités locales en vue de réduire la garantie de l’État – identifié en l’instance avec l’intérêt général ; voir Dexia et les vaches à lait et Che sarà, sarà…).

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Che sarà, sarà … (article 60, devenu 92 de la loi de finances 2014), par Zébu

Billet invité.

Dans une décision récente, le Conseil constitutionnel a invalidé les deux tiers de l’article 60 de la loi de finances 2014, devenu entre-temps l’article 92, qui proposait rien moins qu’une amnistie pour les banques ayant délivré des emprunts toxiques aux collectivités locales, entre autres.

Cette invalidation ne remet pas en cause la création d’un fonds de compensation créé par l’État, un fonds ‘abondamment’ alimenté par l’État et les banques à parité à hauteur de 100 millions d’euros pendant 10 ans, quand dans le même temps le montant total des créances toxiques avoisine les (seulement) 15 milliards d’euros.

Par contre, les deux dispositions suivantes ont été invalidées (déclarées inconstitutionnelles) et c’est bien celles-ci qui permettaient l’amnistie des dites banques en question.

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« C’est seulement une affaire de 15 milliards ! », par Zébu

Billet invité.

« C’est seulement une affaire de 15 milliards ! »

A lire cette phrase, on se croirait écouter les propos de quelques nababs engoncés dans leurs fauteuils en cuir dans quelques salons d’hôtels forcément luxueux, discutant ‘bizness’ et jonglant avec les milliards comme les clowns sur la piste de cirque pourraient jongler avec des quilles au sujet d’une affaire mystérieuse mais somme toute banale, comme elles le sont toutes pour ces hommes un peu ‘particuliers’.

A la relecture, on s’aperçoit qu’en fait c’est bien un député, M. Christian Eckert, rapporteur général de la Commission des Finances, de l’Économie générale et du Contrôle budgétaire qui parle ainsi, en pleine Assemblée Nationale, réagissant aux propos d’un autre député (d’opposition) l’interpellant sur un article en particulier :

« M. Claude Goasguen – Vous savez aussi que, parmi les pouvoirs des parlementaires, il en est un qui est inaliénable : celui de saisir le Conseil constitutionnel – une législation récente l’a d’ailleurs étendu à d’autres personnes. Par conséquent, nous accuser de vouloir le saisir parce que nous sommes parlementaires, c’est surprenant. J’en ai entendu de belles, mais jamais celle-là. Le président Carrez a souligné la faille de votre raisonnement : c’est la notion de personne morale. Le Conseil constitutionnel validera peut-être cet article, mais parler d’intérêt général quand on interdit d’ester en justice, cela ne tient pas. »

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LE MONDE : « Amnistie financière », lundi 25 – mardi 26 novembre 2013

Amnistie financière

Dans un article daté du 12 novembre, intitulé : « Why Have No High Level Executives Been Prosecuted In Connection With The Financial Crisis ? », le juge américain Jed Rakoff pose la question de savoir pourquoi aucun banquier n’a été poursuivi à la suite de la crise des subprimes, huit cent d’entre eux l’ayant été, par exemple, dans le sillage de la crise des Savings and Loan, les caisses d’épargne américaines, au milieu des années 1990. Le juge Rakoff souligne qu’il y aura bientôt prescription pour les faits commis et rappelle que le rapport de la commission consacrée aux subprimes : la Financial Crisis Inquiry Commission, évoquait des faits de fraude pas moins de 157 fois.

Alors que s’est-il passé ? Pourquoi cette absence flagrante d’inculpations? Rakoff formule trois hypothèses.

La première est que les régulateurs ont l’attention mobilisée ailleurs. De nombreux agents furent déplacés des services financiers pour traiter des questions de terrorisme à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Des restrictions budgétaires sont intervenues et les effectifs ayant été réduits, les agents encore en place préfèrent se consacrer aux questions faciles à résoudre ou déjà amplement documentées.

La seconde hypothèse est que d’éventuels inculpés se dédouaneraient en affirmant n’avoir rien fait d’autre que suivre les politiques préconisées par le gouvernement. Qui en effet a voulu déréguler la finance ? Qui a prôné la « Owners Society », le modèle de société où chacun est propriétaire de son logement, sinon le Cato Institute libertarien à la demande de George Bush ?

La troisième hypothèse du juge Rakoff est que l’attention des régulateurs s’est déplacée de la mise en cause d’individus vers celle de firmes : au lieu de punir, l’objectif est devenu prophylactique : modifier la culture de l’entreprise pour prévenir toute récidive. Un autre type de considérations est alors malencontreusement venu interférer avec un tel objectif : la crainte que la condamnation d’une firme ne mette en péril l’économie. C’est cela qu’évoquait l’Attorney General, le ministre de la justice américain, Eric Holder, quand il déclarait qu’« il nous est devenu difficile de poursuivre [des firmes] quand on nous fait comprendre que si nous les poursuivions – si elles étaient accusées de comportement criminel – cela aurait un impact négatif sur notre économie, voire même sur l’économie mondiale ». Si bien qu’au final, ni les firmes, ni les individus ne sont plus inquiétés.

Ce serait donc, si l’on comprend bien, au nom de l’intérêt général que les responsables de la crise des subprimes ne passeraient pas en jugement.

Or, en mettant l’accent sur la fraude, le juge Rakoff néglige d’autres facteurs ayant joué un rôle plus capital que celle-ci dans l’étiologie de la crise financière. Mentionnons-en trois : primo, la dérégulation (à laquelle Rakoff fait allusion dans sa deuxième hypothèse), secundo, la non-mise en application de règles votées ou leur sabotage ensuite et, tertio, le dédouanement des responsables de la crise, sous forme de non-lieux implicites ou d’amnisties de fait.

Le Glass-Steagall Act de 1933, qui séparait activités bancaires d’intermédiation et autres opérations, fut abrogé en 1999, son maintien aurait empêché que la crise des subprimes ne dégénère en tarissement du crédit en août 2007. Les deux architectes de cette abrogation furent Robert Rubin, Secrétaire au Trésor américain et Larry Summers, son successeur à ce poste. Le maintien du Glass-Steagall Act interdisait la fusion envisagée de la banque Citicorp et de l’assureur Travelers. Ayant enclenché le processus de réforme, Rubin démissionna de son poste ministériel en juillet 1999. En octobre, il rejoignait Citigroup, produit de la fusion de Citicorp et de Travelers. Le mois suivant, le Glass-Steagall Act était abrogé.

Wendy Gramm, à la tête de la CFTC (Commodity Futures Trading Commission) de 1988 à 1993, interdit la réglementation des produits dérivés dans le secteur de l’énergie. Elle entra ensuite au comité de direction de la firme Enron, le principal bénéficiaire d’une absence de réglementation dans ce secteur.

Brooksley Born dirigea elle la CFTC de 1996 à 1999. Quand elle proposa une réglementation des produits dérivés, elle fut littéralement harcelée par une coalition composée d’Alan Greenspan, alors à la tête de la Federal Reserve, de Summers et de Rubin. Écœurée, elle démissionna. Dans un cadre réglementé, les CDO (Collateralized Debt Obligations) synthétiques, par exemple, qui précipitèrent l’effondrement financier de l’automne 2008, auraient été prohibés.

Un lobbying intense de la Mortgage Bankers Association, l’association des établissements accordant des prêts hypothécaires, empêcha que la loi votée en Caroline du Nord en 1999, interdisant les prêts sans amortissement (Interest Only) et les prêts à amortissement négatif (Pay Option), soit adoptée par d’autres États, ce qui aurait signifié l’arrêt de mort du secteur subprime au sein de l’immobilier résidentiel aux États-Unis.

Autant d’exemples de dérégulations et de sabotage d’éventuelles réglementations ayant permis le déclenchement de la crise des subprimes.

Enfin, dernière illustration, française celle-ci et d’actualité, celle d’un dédouanement des responsables de la crise sous forme de non-lieux implicites ou d’amnisties de fait, tel qu’on le trouve dans l’article 60 du projet de Loi des Finances 2014. Sous prétexte de défense de l’intérêt général, sous la forme très particulière de l’État garant de la banque en faillite Dexia, un projet de loi vise à attribuer à titre rétroactif un caractère légal aux « crédits structurés » vendus aux collectivités locales par Dexia et d’autres banques. Rappelons que ces contrats constituaient de véritables escroqueries puisque, présentés comme de simples prêts, ils transformaient en réalité les collectivités locales emprunteuses en assureurs des banques prêteuses, les couvrant pour des risques de change ou de taux auxquels elles pouvaient être exposées par ailleurs.

Le 14 novembre, Karine Berger (PS) déclarait en Commission des Finances : « Tout de même, si l’on adopte cette mesure, c’est l’ensemble des crédits actuellement accordés aux entreprises en France – soit 500 milliards d’euros environ – qui ne pourront plus faire l’objet d’un recours ! ». Charles de Courson (UDI) ajoutait : « Je maintiens que cet article [60] revient à blanchir des banques ayant commis une faute, ce qui n’est pas acceptable ». On ne peut mieux dire.

L’exonération des responsables de la crise financière a pris au fil des ans des formes multiples, toutes également scandaleuses.

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EMPRUNTS « TOXIQUES » : LE COMMERCE DES INDULGENCES POLITIQUES, par Zébu

Billet invité

« M. Henri Emmanuelli : Je peux comprendre que l’on juge ce dispositif insatisfaisant du point de vue moral. Mais la question n’est pas là. La crise de Dexia a déjà coûté 4 milliards d’euros à la Caisse des dépôts et consignations et à CNP Assurances, et je ne sais combien à l’État… »

« M. Charles de Courson : Non, car en tant qu’ancien magistrat, je me suis toujours opposé à de telles dispositions. On nous dit que cette jurisprudence va avoir un impact considérable sur les banques – estimé, compte tenu du nombre d’assignations en cours, à environ 1 milliard d’euros. Mais je suis choqué par un tel argument : le rôle du législateur est-il de défendre les banques lorsqu’elles font des erreurs ? Au minimum, il faudrait supprimer le point II de l’article. »

À la lecture du rapport de la Commission des Finances, de l’Economie Générale et du Contrôle budgétaire sur le projet de Loi de Finances pour 2014 (cf. ‘Article 60’), on comprend mieux quels sont les enjeux du vote de l’article 60 de ce projet de loi de Finances : rien moins que la morale et la justice d’un côté, la stabilité de l’État de l’autre.

De quoi parle-t-on en fait ?

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DEXIA : C’EST LA RÉPUBLIQUE QUI EST POIGNARDÉE…, par Zébu

Billet invité. Paul Jorion a eu l’occasion de traiter ce sujet également dans sa dernière chronique du Monde

Peut-on tout à la fois sauver des banques en faillite qui ont spéculé et perdu, respecter l’indépendance de la justice et garantir l’application des fondamentaux de la Constitution française, comme par exemple se protéger de l’arbitraire du pouvoir politique ou de l’intérêt privé ? C’est à une question à plusieurs milliards d’euros que l’article 60 du projet de Loi de Finances 2014 se propose de répondre, car celui-ci ne propose rien moins que de « sécuriser » légalement certains contrats de prêts dits toxiques pour des collectivités locales : plus clairement, de modifier rétroactivement la loi pour permettre d’éteindre un risque juridique que la justice – cette aveugle ! – fait porter non seulement à certaines banques mais aussi à l’État.

Pour savoir de quoi il s’agit, il faut remonter au 8 février 2013, jour où le Tribunal de Grande Instance de Nanterre se prononça sur les plaintes du Conseil général de Seine-Saint-Denis concernant des contrats d’emprunts toxiques de DEXIA et de sa filiale spécialisée dans le crédit aux collectivités (DMA, Dexia Municipal Agency). Le juge, bien qu’il statua en faveur de DEXIA (contrat de prêt et non produit dérivé, non défaut de conseil) prononça aussi un manquement sur l’affichage du TEG (Taux Effectif Global) sur les fax des contrats définitifs, comme doit le stipuler tout contrat de prêt. Ce faisant, il requalifia cette absence de TEG en taux légal, soit à 0,04 % d’intérêt et une perte sèche potentielle pour DEXIA de plusieurs millions d’euros, mais pas seulement pour la banque.

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Convoquer en 2014 les états généraux de l’Union Européenne, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Les emprunts toxiques des collectivités locales françaises et européennes sont une escroquerie constitutionnelle et systémique. Comme Paul Jorion l’a répété, les banques sont autorisées par la réglementation financière liberticide européenne et internationale à acheter des primes d’assurance déguisées en « taux d’intérêt bonifié ». Pour diminuer le taux d’intérêt nominal de l’emprunt, la banque fait prendre un risque non mesuré à la collectivité. La banque se déleste d’un risque sur la collectivité en versant une prime d’assurance qui est défalquée de l’intérêt nominal au lieu d’être déclaré comme contrat d’assurance légalement distinct du contrat de crédit. Dans ces abus de droit, la banque vend un risque qui est dans son coeur de métier et qui n’a rien à voir avec le besoin de la collectivité. Le coût de l’emprunt est falsifié qui leurre les électeurs et contourne les règles de comptabilité publique. L’escroquerie consiste à inverser les rôles constitutionnels d’une collectivité publique et d’une banque par un contrat apparemment légal mais foncièrement inconstitutionnel.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 25 OCTOBRE 2013

Sur YouTube, c’est ici.

Parlement européen 

Comité des affaires économiques et monétaires, le 5 novembre à 15h30
– Blog de PJ : Une conversation aujourd’hui avec John Dunn, le 18 octobre 2013

Relier les pointillés

– Blog de PJ : Le recul brutal de l’influence américaine, le 24 octobre 2013
– Blog de PJ : Tout est permis, le 23 octobre 2013

La fin de l’empire romain
La « bigger picture » : la vue d’ensemble

La collusion

– Blog de PJ : Y a-t-il un mot plus fort que nullissimme ?, le 22 octobre 2013
« Does the Rolodex Matter? Corporate Elite’s Small World and the Effectiveness of Boards of Directors », par Bang Dang Nguyen
– Le Monde : Dexia et les vaches à lait, par Paul Jorion, le 21 octobre 2013

Une période d’effondrement accéléré

L’observation que la zone euro ne peut pas fonctionner avec une croissance inférieure à 5% n’est pas mentionnée comme je le dis (après beaucoup d’hésitations) par Martin Wolf, mais par Wolfgang Münchau :
– Financial Times – Draghi is the devil in Weidmann’s eurozone drama, par Wolfgang Münchau, le 23 septembre 2012

Bigger picture

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LE MONDE : « Dexia et les vaches à lait », lundi 21 – mardi 22 octobre 2013

Dexia et les vaches à lait

Il y a dans Dexia, une banque toxique, le livre de Nicolas Cori et Catherine Le Gall (La Découverte 2013), un passage qui nous fait comprendre la nature même du mal qui a terrassé cet établissement bancaire né en 1996 de la fusion du Crédit Local de France et du Crédit Communal de Belgique, et mort en 2012, du moins pour ce qui touche à la nature des produits financiers que Dexia vendait aux collectivités locales.

Le passage en question est celui où les auteurs du livre rencontrent l’inventeur du « crédit structuré », le produit qui conduira plus d’une de ces collectivités à la ruine. Celui-ci, dont on nous dit seulement qu’il s’agit d’un ancien de JP Morgan, accepte de parler sous couvert d’anonymat. Si ses propos sont rapportés correctement par Cori et Le Gall, une telle attitude est sage car, comme on le verra, il justifie le crédit structuré par ce qu’il sait être un mensonge.

Rappelons le principe du crédit structuré : le client, la collectivité locale, contracte un emprunt auprès de Dexia à un taux « bonifié », c’est-à-dire moins élevé que celui qu’offre le marché des capitaux au moment de la conclusion du contrat. En contrepartie de cet avantage consenti à l’emprunteur, il existe pour lui une contrainte : si les circonstances changent, par rapport aux taux d’intérêt sur le marché des capitaux ou par rapport au taux de change de l’euro par rapport à une autre devise, ou pour une autre raison encore, tout cela dépendant des termes du contrat, alors l’emprunteur devra s’acquitter de versements d’intérêts à un taux plus élevé – et éventuellement beaucoup plus élevé – comme le taux flottant du marché additionné d’une marge, ou un taux calculé par rapport au différentiel de change entre deux devises, etc. Ou, dans les termes mêmes des promoteurs du crédit structuré : « Il s’agit d’un contrat qui comprend à la fois un prêt classique à taux fixe et un swap transformant le taux fixe en taux variable si les taux d’intérêt sur le marché augmentent significativement jusqu’à dépasser un certain seuil ». En fait, il ne s’agit pas à proprement parler d’un swap : le crédit structuré combine un prêt avec un contrat d’assurance, où c’est paradoxalement l’emprunteur qui joue le rôle de l’assureur, et c’est le montant implicite de la prime versée par le prêteur à l’emprunteur qui permet au premier d’accorder au second un avantage en retour, sous la forme d’une « bonification » du taux qu’il exige de lui sur le prêt.

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L’actualité de demain : INTERDICTION DES INVESTISSEMENTS PUBLICS DANS LES PRODUITS DÉRIVÉS, par François Leclerc

Billet invité.

C’est en Autriche que cela se passe : au terme d’un accord intervenu entre l’État, les Länder et les communes, il va être interdit de spéculer avec l’argent public, soit en empruntant dans des devises étrangères, soit en investissant dans des produits dérivés. Cette décision fait suite au scandale révélé début décembre dernier, le ministère des finances du Land de Salzbourg ayant perdu 340 millions d’euros depuis 2011 en investissant dans des produits à risque.

On attend désormais la réaction des autorités françaises, vu le nombre de collectivités piégées par Dexia avec des produits financiers avantageux les premières années, qui se sont révélés désastreux pour les finances publiques les suivantes. Et l’on se demande pourquoi les banques françaises devraient être autorisées, « dans l’intérêt de l’économie » dit le projet de loi consacré à la séparation de leurs activités, à investir dans ces mêmes produits…

De fil en aiguille, il serait plus simple d’interdire les produits spéculatifs…

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LE MONDE-ÉCONOMIE, Le choix du défaut, lundi 19 – mardi 20 novembre 2012

Le choix du défaut.

Français et Belges se sont mis d’accord le 8 novembre pour recapitaliser Dexia de 5,5 milliards d’euros, en sus des 6,5 procurés en 2011. Pendant ce temps-là l’Europe a pris la décision d’abandonner définitivement en 2014 le Programme Européen d’Aide aux Plus Démunis, dont le budget annuel est de 500 millions.

Le rapprochement est bien entendu choquant. Creusons cependant. Le fait que la somme ait été dégagée rapidement pour Dexia, ne signifie pas pour autant qu’elle ait été trouvée aisément. Cela ne signifie pas non plus qu’il soit beaucoup plus facile de dégager 5,5 milliards pour la finance que 500 millions pour les plus démunis, c’est que, dans le cas de ceux-ci, nos gouvernants estiment avoir encore le choix des sommes à allouer, alors qu’avec Dexia nous n’avons pas le choix. Un rapide calcul pour le pays le plus exposé des deux explique pourquoi. La Belgique vient d’avancer 2,915 milliards d’euros. En l’absence d’une telle décision, Dexia aurait fait faillite, les garanties de la France et de la Belgique auraient été activées, dont coût éventuel pour cette dernière : 54 milliards d’euros, soit un gonflement de sa dette publique de 15 %, entraînant une dégradation de sa notation de crédit, laquelle impliquerait une hausse du coupon réclamé par le marché des capitaux sur les emprunts qu’elle émet.

Absence de véritable choix donc. Si l’on cesse de venir en aide à Dexia, le risque systémique est immédiatement lisible en surface ; si l’on cesse d’aider les plus démunis, un risque systémique est là aussi présent, mais moins automatique, plus difficile à évaluer : plus souterrain, plus obscur. Il n’empêche : c’est bien la crainte d’un risque systémique de cet ordre qui avait conduit Bismarck à poser les premiers jalons de l’État-providence : assurance maladie-invalidité et système de retraites.

Si l’équation « 5,5 milliards pour Dexia = indispensable ; 500 millions aux plus démunis à l’échelle européenne = impensable » semble aujourd’hui aller de soi, il arrivera bientôt qu’iront également de soi : 5,5 milliards indispensables pour la banque Trucmuche … ou pour la banque Duschnock ou pour la banque… ; tandis que 500 millions sont impensables pour les classes de rattrapage … ou pour la médecine préventive… ou pour l’aide aux handicapés… la liste est longue ! On aura noté que dans le climat actuel, je me suis abstenu de mentionner de véritables noms de banques, de peur de provoquer une panique bancaire.

S’agit-il là d’hypothèses ? Hélas non : la Troïka (Union Européenne, Banque Centrale Européenne, Fonds Monétaire International), impose aujourd’hui à la Grèce – prétendument en notre nom à tous – de telles mesures dont on a pu constater dans les pays où elles furent mises en vigueur au cours des soixante dernières années, qu’elles font baisser le niveau d’éducation ainsi que l’espérance de vie.

Et c’est là la question essentielle que Dexia oblige à poser : jusqu’où ira-t-on dans de telles décisions « pragmatiques » qui, si elles apparaissent de simple bon sens en termes de comptabilité élémentaire, n’en minent pas moins, peut-être irrémédiablement, nos choix de société ?

Il est cependant possible de faire prévaloir les choix de société, sans même sortir pour cela du cadre capitaliste – si tant est qu’une telle condition doive être remplie impérativement.

Dans leur ouvrage Cette fois, c’est différent (°), Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff ont établi le catalogue de 750 ans de défauts sur la dette souveraine. Ils y notent que « la période de calme récente (2003 – 2008), durant laquelle les gouvernements ont en général honoré leur dette, est très loin de constituer la norme » (p. xxxi).

L’opprobre qui couvre la nation qui se déclare en défaut sur sa dette constitue le seul obstacle à ce remède pourtant très habituel. Le cas de Dexia souligne toutefois qu’il est temps d’y penser sérieusement, pas seulement pour la Grèce mais pour l’ensemble des pays membres de la zone euro, aucun d’entre eux ne se portant à moyen terme significativement mieux que la nation hellène. Un défaut simultané de l’ensemble de ces pays, accompagné d’une mutualisation instantanée de leur dette, permettrait de remettre l’Europe sur pied, tout en sauvant nos choix de société.

« Remède de cheval », dira-t-on. Sans doute, mais préfère-t-on assister au défaut l’un après l’autre de chacun des pays de la zone, scénario vers lequel nous nous acheminons en ce moment ? La France ne cause-t-elle, dit-on aujourd’hui, bien du souci à l’Allemagne ?

Le moment de la purge passé, un système robuste, prévenant l’éternel retour du défaut sur la dette souveraine, devra être mis en place. Si l’on en croit l’enquête de Reinhart et Rogoff, le capitalisme – sous aucun des visages en tout cas qu’il a pris au cours des 750 années récentes – ne constitue un candidat sérieux. Le moment est venu, mais il faut aller vite, d’offrir une seconde chance au projet d’une économie mondiale pacifiée défendu sans succès par Keynes en 1944 à Bretton Woods.

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(°) Carmen Reinhart & Kenneth Rogoff, Cette fois, c’est différent. Huit siècles de folie financière, Pearson, 2010

 

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LA PROCHAINE FOIS, C’EST-À-DIRE DEMAIN MATIN LUNDI

Dans La faillite de Dexia : un scandale plus grave que le Crédit lyonnais, l’article que Martine Orange consacrait avant-hier à la chute – et pire encore – de la banque franco-belge Dexia, la journaliste de Mediapart réclamait des sanctions contre les responsables de l’aventure calamiteuse dont les effets n’ont pas fini de se faire sentir (perte de 11,6 milliard d’euros en 2011, etc. etc. justifiant un appel au secours sans précédent en direction de la Commission européenne) :

« L’ancien dirigeant, Pierre Richard, inventeur de cette machine infernale, continue à couler des jours tranquilles comme conseiller de la Banque européenne d’investissement et parfois auprès du gouvernement sur la réforme des collectivités locales. Au titre d’ancien président de Dexia, il touche une retraite-chapeau, qui vient donc en supplément de sa pension normale, de 600.000 euros par an. Une provision de 11 millions a été constituée dans le bilan de Dexia pour assurer son versement. […]

Les autres anciens dirigeants de la banque bénéficient eux aussi de la totale impunité, reconnue au monde de la finance en général, aux inspecteurs des finances en particulier. Bruno Deletré, ancien responsable des produits structurés chez Dexia, est désormais directeur général du Crédit foncier. Gérard Bayol, ancien directeur général de Dexia Crédit Local, est devenu directeur général délégué en charge du pôle entreprises et institutionnels de Crédit Mutuel-Arkéa. Alain Delouis, ancien directeur Dexia SA, a trouvé refuge chez Natixis comme directeur des ressources humaines. Sans oublier Gilles Benoist, qui a présidé aux débuts de l’aventure de Dexia aux côtés de Pierre Richard, qui dirige maintenant la CNP et aspire à en devenir président. »

Cela m’a donné envie de relire d’une traite les excellents articles qu’elle a consacrés au fil des ans au cataclysme Dexia. Nulle grande surprise bien entendu, à part quelques errements dus à l’hubris personnelle : ces dirigeants ont mené Dexia à sa perte retentissante avec l’aval de tous ceux autour d’eux dont l’avis pouvait compter. Disons-le autrement : le Titanic a sombré dans l’enthousiasme général, non seulement de la classe financière mais aussi de la classe politique dans son ensemble ! Ce qui s’est passé, c’est en effet exactement ce qu’ils voulaient : privatisation à tout crin, dérégulation à toute pompe, pour faire place à une autorégulation dont on a découvert au grand regret de tout le monde qu’elle était morte à un moment difficile à préciser entre l’époque d’Adam Smith et la nôtre, sans qu’on s’en soit malheureusement aperçu en temps utile.

Le Titanic n’a pas sombré à la grande satisfaction des actionnaires de Dexia bien entendu, ni celle des contribuables belges et français à qui on demande maintenant de régler l’ardoise en leur disant : « C’est la faute à pas de chance ! »

Or, si ce n’est ni la faute à « pas de chance », ni la faute à ces individus particulièrement peu doués pour le métier qu’ils ont exercé chez Dexia – et qu’ils continuent d’exercer aujourd’hui ailleurs, à notre grande inquiétude – dont Martine Orange a dressé la liste plus haut, c’est bien la faute au fait que nous acceptons de nous lancer dans de grandes aventures comme Dexia sans avoir la moindre idée de la manière dont tout ce système financier fonctionne – c’est le « valideur de modèles financiers » que j’ai été à une époque, qui vous parle ici.

Pas la peine de convoquer d’outre-tombe M. Bérégovoy pour lui demander : « Mon pauvre ami, qu’est-ce qui a bien pu vous passer par la tête ? », pas la peine de convoquer tous ces « experts », dont la supposée « expertise » ne valait pas un clou à l’épreuve des faits, pour leur attribuer une responsabilité évaluée au pifomètre dans ce qui s’est passé.

Mais ce qu’il vaudrait la peine de faire – et je suggère qu’on s’en occupe toutes affaires cessantes – c’est de réunir tout ce beau monde pour leur faire dire devant un micro et une caméra – comme M. Greenspan dans ses petits souliers devant une commission du Congrès américain en octobre 2008 : « Je croyais ceci et cela et je me suis complètement planté : ce n’est pas du tout comme cela apparemment que ça marche », on apprendrait au moins quelque chose et – on peut toujours rêver – on pourrait peut-être tirer des leçons de toute cette ignorance, de toutes ces certitudes sans fondement, de toute cette arrogance d’apprenti-sorciers, la prochaine fois, c’est-à-dire demain matin lundi.

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