Archives par mot-clé : économie de marché

Le pouvoir est nu et le vide immense, par Dominique Temple

Billet invité.

Le taux d’abstention de ces dernières élections témoigne de la résistance populaire à la rhétorique libérale : hors le système capitaliste point de salut. C’est le contraire qui est vrai : hors du capitalisme est le salut. L’abstention n’est pas une solution, certes, mais c’est un symptôme de la disposition du peuple à tourner la page aussitôt que le principe d’une économie post-capitaliste sera reconnu de tous, et approuvé par une nouvelle Constitution.

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François Fillon, les sept péchés capitaux et le Marché, par Jean-Michel Servet *

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

François Fillon a-t-il chuté dans les sondages parce que les Français vêtus de tee-shirts ou de costumes fabriqués en série et achetés à bas prix désireraient porter des costumes sur mesure ? Parce qu’ils voudraient ne plus regarder l’heure sur leur téléphone portable ou des montres fabriqués en série mais posséder des montres à plus de 10 000 euros l’unité ? Parce qu’ils souhaiteraient habiter dans la Sarthe un château richement meublé et entouré d’un vaste parc ? Parce qu’ils voudraient que des membres de leur famille soient rémunérés pour des activités dont la justice recherche le caractère effectif ? Sans nul doute oui pour quelques contemporains. Certainement pas pour la majorité d’entre eux car peu désirent ce mode de vie.

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Transition effective, par Cédric Chevalier

Billet invité.

Depuis 3 mois dans l’administration, je découvre un nouveau pan instructif de la réalité publique. Après l’Académie, la Politique, maintenant, l’Administration. Du coup je concentre ma réflexion sur la transition vers un développement durable fort, c’est-à-dire qui réponde à la contrainte biophysique de la Planète.

1) Est-ce possible de gouverner cette transition ? Non, on peut seulement influencer la vitesse et le sens du changement (conclusions du courant de recherche du « transition management »). Le processus d’Alliance Emploi-Environnement en Wallonie et à Bruxelles est un bon exemple de comment il faut procéder.

2) Comment optimiser l’action pour accélérer et orienter de la meilleure manière le changement ? Il y a cette triade nolletienne (de l’ancien Ministre wallon Ecolo Jean-Marc Nollet) : sensibilisation, incitation puis législation, très bien illustrée par l’évolution des normes de construction en Wallonie : sensibilisation à la construction durable, primes et puis obligation légale portant sur toute construction neuve. On doit certainement y ajouter : construction de la capacité de mise en œuvre, c’est-à-dire formation, recherche et financement. Formation des corps de métier, recherche sur les nouvelles méthodes  de construction et outils de financement (banques, prêts, tiers investisseurs…).

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PIQÛRE DE RAPPEL : Le capitalisme et l’économie de marché en tant que dysfonctions

Ce billet a été originellement publié le 19 octobre 2010.

Le capitalisme est un défaut structurel que peuvent présenter certains systèmes économiques. La définition classique est bien entendu différente : le capitalisme y est présenté comme un système économique à part entière. D’où vient le malentendu ?

Le point de départ un peu paradoxal de mon ouvrage Principes des systèmes intelligents (1990) était que nos faibles progrès en intelligence artificielle découlent de la trop haute idée que nous nous faisons des processus qui se déroulent quand nous pensons. Il m’était alors possible, en combinant quelques principes très simples de reproduire des résultats qui nous apparaissent déjà très sophistiqués. L’équivalent, dans le cas qui nous occupe ici, d’un tel paradoxe un peu provocateur, serait de dire que des mots tels « capitalisme », « économie de marché », renvoient à des dysfonctionnements qui n’apparaissent constituer des systèmes qu’en raison des correctifs que nous apportons immanquablement à ces défauts. Ici encore, ce serait une représentation un peu surfaite de ce que nous faisons et de ce que nous sommes qui nous induirait en erreur dans la manière dont nous traitons les problèmes qui surviennent dans le cours de nos affaires au jour le jour.

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LE « MARCHÉ » ET L’ALTRUISME

L’autre jour, lors d’un dîner, mon voisin de droite se trouvait être le directeur d’un gros port européen et cette personne expliquait à ma voisine de gauche et à moi que le port dont il a l’autorité se trouve en concurrence avec deux autres ports européens, situés eux à l’étranger, quant à la desserte de la troisième ville du pays.

Comment faire pour l’emporter ?

La réponse est en réalité simple : relever le défi de la « compétitivité douanière ». Fait correctement, le contrôle douanier d’un container prend en moyenne six minutes ; il s’agit donc d’être plus rapide que la concurrence. Je m’enquis alors de la manière dont ces deux autres ports situés eux à l’étranger relèvent ce défi de la « compétitivité douanière », mon voisin me répondit qu’ils sont sur ce plan, « de véritables passoires ».

La réponse à la question de savoir comment assurer la compétitivité avec « de véritables passoires » m’apparaissait tout spécialement simple. Je n’importunai donc pas davantage mon voisin de table, mais la manière dont la logique commerciale sape nécessairement toute notion d’état de droit m’apparaissait néanmoins en pleine lumière.

Cette conversation m’est revenue à l’esprit hier au forum du Havre, lorsqu’un orateur, après avoir chaleureusement loué l’appel de Jacques Attali à l’exercice désormais de l’altruisme et de la solidarité dans le fonctionnement de la société civile, ajouta sur sa lancée « sauf pour ce qui est de la concurrence [commerciale], bien entendu ».

Ce « bien entendu », me laissa – bien entendu – songeur. C’est donc, pensai-je, l’altruisme qui présidera demain à l’« économie positive » mais en épargnant le sacrosaint « marché », qui lui continuera de fonctionner « bien entendu » selon le principe opposé et inconciliable de la concurrence ?

Passons sur le fait que l’invocation du principe lui aussi sacrosaint de la concurrence se trouve en général là pour masquer soit un monopole de fait (par le biais des filiales et du contrôle financier et donc décisionnel), soit une entente de fait (par le biais d’un cartel ou par accord tacite sur les prix), n’est-il pas vrai cependant que la révérence manifestée par l’« économie positive » pour le marché « tel qu’il est », s’apprête à reproduire la fameuse « extraterritorialité de la finance par rapport à l’éthique » sous la forme jeune et moderne de l’« extraterritorialité du marché par rapport à l’altruisme » ?

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VUB, Chaire « Stewardship of Finance », neuvième leçon, le 21 février 2013

La neuvième leçon : travail et capital, consacrée au partage de la richesse créée, aux différentes manières de conceptualiser celui-ci, aux choix politiques qui en découlent et aux différents éclairages des questions éthiques en économie et en finance sur lesquelles ces derniers débouchent.

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Changement de paradigme (5) : et maintenant ? que vais-je faire maintenant ?, par El JEm

5ème billet invité de la série par El JEm. La première partie est ici, la seconde ici, la troisième ici, et la quatrième, ici.

Aujourd’hui, dans une grande partie du monde, et en premier lieu en Europe, le paradigme de la démocratie a été abandonné au profit de celui de la société de marché. Le problème est qu’il s’avère que ce nouveau mode d’organisation de la communauté est dramatiquement inefficace : il crée des déséquilibres immenses, fait prendre des décisions erronées (crises financière, économique, sociale, environnementale, citoyenne, etc.) et conduit à la dégradation même de la communauté. Il ne s’agit pas de dérives que l’on pourrait corriger mais bien du résultat des principes mis en œuvre : la main invisible du marché, l’autorégulation, les meilleurs créateurs de richesse, l’effet de ruissellement, etc. : tous ces principes sont erronés (cf. CP1) et ont de plus été dévoyés, c’est à dire mis au service de quelques uns (cf. CP4).

De plus, qu’elles qu’aient été les organisations politiques, nous avons vécu littéralement en dévorant les ressources naturelles : la totalité de ce que nous avons développé ainsi que nos modes de vie nécessitent des quantités prodigieuses d’énergie et de matières et tout est organisé en flux tendus, interdépendants. Si ces ressources (: pétrole[1], eau, terre arables, minerais (ex. : terres rares), etc.) deviennent insuffisantes, que se passera t il ? Et il ne s’agit pas de prix mais bien de quantités.

Aborder la pénurie de ressources vitales avec le paradigme de la société de marché, prônant la concurrence, est suicidaire.

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LE CAPITALISME À L’AGONIE – mise à jour la plus récente

* Une cellule plus confortable et moins bruyante à la prison de Santa Ana (Californie) : 82 $ la nuitée.

* Bénéficier du statut « co-voiturage » à Minneapolis alors que vous êtes seul dans votre véhicule : 8 $.

* Une mère-porteuse indienne : 6.250 $.

* Un passe-droit à l’immigration aux États-Unis : votre promesse de créer dix emplois plus 500.000 $.

* Le droit de tuer un rhinocéros d’une espèce protégée en Afrique du Sud : 150.000 $.

* Aux États-Unis, le numéro du téléphone mobile de votre médecin traitant, assorti du droit d’être reçu par lui dans les 24 heures : entre 1.500 $ et 25.000 $, selon la région.

* Aux États-Unis, une inscription dans une université privée en dépit de très mauvais résultats scolaires : à négocier.

* Mercenaire en Somalie ou en Afghanistan : entre 250 $ par mois et 1.000 $ par jour, selon compétence et nationalité.

* Aux États-Unis, faire la queue pour une session parlementaire pour un lobbyiste : 15 $ – 20 $ par heure.

* À Dallas (Texas), lire un livre si vous êtes inscrit dans un lycée d’un quartier défavorisé : 2 $.

* Aux États-Unis, si vous perdez 7 kilos en quatre mois, votre mutuelle vous verse 378 $.

Source : Michael J. Sandel, What Money Can’t Buy. The Moral Limits of Markets, New York : Farrar, Straus & Giroux, 2012.

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Le capitalisme et l’économie de marché en tant que dysfonctions

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le capitalisme est un défaut structurel que peuvent présenter certains systèmes économiques. La définition classique est bien entendu différente : le capitalisme y est présenté comme un système économique à part entière. D’où vient le malentendu ?

Le point de départ un peu paradoxal de mon ouvrage Principes des systèmes intelligents (1990) était que nos faibles progrès en intelligence artificielle découlent de la trop haute idée que nous nous faisons des processus qui se déroulent quand nous pensons. Il m’était alors possible, en combinant quelques principes très simples de reproduire des résultats qui nous apparaissent déjà très sophistiqués. L’équivalent, dans le cas qui nous occupe ici, d’un tel paradoxe un peu provocateur, serait de dire que des mots tels « capitalisme », « économie de marché », renvoient à des dysfonctionnements qui n’apparaissent constituer des systèmes qu’en raison des correctifs que nous apportons immanquablement à ces défauts. Ici encore, ce serait une représentation un peu surfaite de ce que nous faisons et de ce que nous sommes qui nous induirait en erreur dans la manière dont nous traitons les problèmes qui surviennent dans le cours de nos affaires au jour le jour.

Le capitalisme ne fonctionne dans cette perspective que parce que, dans un premier temps, nous compensons le fait que le capital constitue un ensemble de ressources qui manquent à la place où elles sont nécessaires, où elles doivent être mobilisées comme « avances » pour permettre la production ou la consommation. Si les ressources manquent là où elles sont nécessaires, nous compensons cette distorsion en important le capital de là où il est vers là où il manque, et nous récompensons dans un cadre de propriété privée généralisée celui qui consent à ce transfert en lui versant des intérêts. La pratique des intérêts présente cependant un effet secondaire : une concentration de richesses en découle immanquablement qui fait qu’au bout d’un moment, le capital cesse d’être là où il est nécessaire dans la quasi-totalité des cas, et le système se grippe dans sa totalité. On en a vu des exemples criants au moment où se dessinent les plus grandes récessions : ce fut ainsi le cas de l’Amérique en 1929 et également, en 2007. Il nous faut alors, dans un deuxième temps, combattre cette concentration du patrimoine qui finit par gripper le système, par différents moyens redistributifs visant à la contrer, tels que l’impôt progressif, l’inflation délibérément provoquée ou, sur un mode involontaire, la guerre.

L’amorce du capitalisme, c’est l’hétérogénéité dans la distribution première des ressources que crée le droit du premier occupant. John Locke, le premier théoricien du libéralisme l’a justifié. Cette hétérogénéité est ensuite renforcée par la pratique des intérêts qui fait que l’argent appelle nécessairement l’argent.

Il en est pour l’économie de marché comme pour le capitalisme : son fonctionnement débouche automatiquement sur son dysfonctionnement : en effet, par un processus darwinien, les plus petits sont inéluctablement éliminés ou absorbés par les plus gros, qui trustent alors des positions dominantes en nombre de plus en plus réduit. Seul moyen de compenser ce mouvement inexorable : imposer une concurrence pénalisant les plus gros, restreignant leur marge de profit et protégeant ainsi les consommateurs. Encore une fois, comme dans le cas du capitalisme, c’est un mécanisme au dysfonctionnement inscrit dans son principe de base, combattu ensuite par une contre-mesure, qui constitue ce que nous appelons de manière un peu ronflante : « un système qui marche ». Dans ce cas de l’économie de marché, la situation se stabilise le plus souvent par l’action des deux forces contradictoires : celle naturelle qui élimine la concurrence et celle qui s’efforce au contraire de la maintenir en vie, par la mise en place d’une situation de compromis : une concurrence apparente mais feinte où les producteurs réalisent entre eux des ententes pour fixer les prix à des niveaux plus élevés que ceux qui résulteraient d’une concurrence authentique. Le consommateur est perdant dans ces situations de pseudo-concurrence dont on le convainc sans trop de mal qu’il s’agit de situations de concurrence parfaite.

Plutôt donc que d’avoir affaire à des « systèmes qui marchent », ce sont plutôt des systèmes bancals (c’est l’histoire à ses stades précédents qui a créé les hétérogénéités – les rentes, les « niches » – facteurs de déséquilibre à qui aucun remède ne fut jamais apporté) dont nous compensons les défauts par des moyens ad hoc, à l’aide de « rustines » qui ne manquent jamais d’amener leurs propres difficultés.

Ce qui fait penser que des systèmes comme le capitalisme marchent, c’est un double phénomène : premièrement le fait qu’il est objectivement très avantageux pour un petit nombre et que cette minorité dispose du fait-même des moyens financiers lui permettant de promouvoir l’idée que « cela marche » (on pense au financement aux États-Unis des facultés de sciences économiques par des établissements financiers et par des milliardaires), et deuxièmement, le fait qu’aux yeux de la masse à qui l’on réussit à cacher la quasi-impossibilité pour elle d’accéder au petit groupe des bénéficiaires du système, son exclusion du nombre des élus peut sembler attribuable à un simple « incident technique » aisément réparable, et dont l’initiative ne semble relever que de la volonté individuelle : « Si je faisais un peu plus d’exercice… si je me levais un peu plus tôt le matin… », autrement dit, le système tire parti de la prédisposition humaine à l’espérance.

Ce que l’on découvre aujourd’hui, c’est que la logique de tels mécanismes où les incohérences de situations antérieures sont compensées de manière ad hoc – sans volonté de véritablement les résoudre avant de passer à l’étape suivante –, les nouveaux grincements aux jointures étant ignorés à leur tour, rencontre ses limitations quand la complexité continue de croître. Quand on évoque la « main invisible » d’Adam Smith, qui assure que la poursuite égoïste de leurs intérêts privés par des individus contribue au bien commun, on oublie deux choses : premièrement qu’il s’agissait peut-être simplement d’un vœu pieux de la part du philosophe écossais, deuxièmement, que même s’il s’agissait chez lui d’un mécanisme réellement observé en son temps, la complexité croissante intervenue entretemps dans les sociétés humaines a dû entraîner sa disparition à un moment du passé difficile à situer avec précision.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Éloge du marché

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On vient de me communiquer la liste des revues de sociologie classées par l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur. On lit entre autres dans l’introduction de ce document : « Cette liste comprend tous les titres à prendre en compte systématiquement dans la détermination des chiffres de « produisants » (sic) lors de l’évaluation des unités de recherche. » Cela m’a inspiré la réflexion suivante.

Autrefois, la réputation d’un chercheur se bâtissait autour de son nom. Il publiait où cela lui chantait. Sa renommée dépendait des revues où il publiait et, symétriquement, la réputation des revues dépendait de la renommée de ceux qui y étaient publiés.

On a rationnalisé le système : la renommée des revues a été fixée administrativement, seule la réputation des chercheurs est encore flottante, à eux de se débrouiller. Autrefois, le pouvoir des mandarins était sans cesse remis en cause. Ce n’était pas drôle pour eux tous les jours. Ils se sont simplifié la vie : ils se cooptent désormais au comité de rédaction d’une des revues chien de garde, comme ils le faisaient déjà dans les départements universitaires.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Vérité et réalité du marché (*), par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Réalité incomplète du marché financier

Les tests de stress des bilans bancaires de la zone euro illustrent à la caricature les contradictions de la finance sans marché. Ils montrent d’abord que le marché financier européen n’existe pas. Bien sûr il y a liberté de circulation des biens et des services. Mais le marché n’existe pas faute de définition commune effective de ce qu’on échange. L’inconvénient est rédhibitoire en matière financière. Pour des biens et des services matériels, l’objet physique échangé exprime l’identité économique de la transaction. Une voiture est une voiture partout en Europe et même en dehors : après l’avoir achetée, elle démarre et avance une fois la clé de contact entre les mains de son propriétaire. Les normes européennes de sécurité, de performance et de maintenance améliorent la sûreté du service automobile mais ne produisent pas l’objet. En cas de litige, le juge ou l’expert d’assurance peut se prononcer sur le respect effectif des normes connaissables et accessibles. L’existence physique d’un objet marchand induit une différence matériellement limitée entre sa visibilité et sa définition normative.

En matière financière, la situation est radicalement différente. Non seulement les conséquences matérielles, physiques et directes d’une transaction sont toujours à terme, non visibles au présent, mais encore, la définition contractuelle de l’objet d’une transaction ne suffit pas à l’identifier ni à prouver son existence. La mention d’une réglementation européenne dans un contrat, quand elle est exhaustive, n’évoque qu’un élément d’une transaction. L’inscription de la propriété d’une action de capital chez un dépositaire européen soumis à une réglementation unique ne dit rien de l’entreprise sous-jacente, de ses projets, de son équipe dirigeante, de l’implication de son actionnariat, de la mesure de ses fonds propres et de son endettement. Même le prix qui fait partie de l’utilité-même du titre n’est pas identique selon les différentes possibilités de le négocier.

La différence fondamentale entre un objet financier et un objet non financier est la cause d’existence : métaphysique pour une anticipation financière et physique pour un bien ou un service comptant. Les causes d’existence d’un objet financier sont les décisions de celui qui emprunte et de celui qui prête, de celui qui établit ou constate le prix, de celui qui exécute le paiement et de celui qui assume l’écart entre la promesse d’origine et la réalisation à terme. Les réalités financières sont métaphysiques au sens où elles sont purs produits de la pensée, de la volonté et de l’ambition. Toutes les traces d’une opération financière sont artificielles, délibérément produites, jusqu’à l’échéance de l’opération qui n’implique pas nécessairement la livraison d’un objet physique. La conclusion d’une transaction financière peut être un simple règlement monétaire traduit par une écriture dans des comptes bancaires.

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« Contre-appel du 22 mars »

Il y a eu le vote protestataire, où l’on n’accorde pas sa voix en faveur d’un parti mais contre un autre. Il y a eu le vote blanc ou le vote nul, où l’on déverse sur le bulletin la rage que l’on a au cœur. Il y a eu enfin l’abstention, quand le pire ennemi de mon pire ennemi m’est lui aussi devenu à ce point indifférent, que lui non plus ne mérite plus que je me dérange.

Comment en arrive-t-on là ? Quand dans son ensemble la classe politique parle d’un monde qui a cessé d’exister. Nous aimerions tant qu’un de ses membres dise en public – et non comme aujourd’hui en privé, dans le creux d’une oreille – « La machine est cassée ! » Mais non, on demande aux vieilles recettes de continuer à servir, non sur la foi de leurs succès passés mais par simple habitude. En changeant, dans le meilleur des cas, les proportions de divers ingrédients rassis, rancis, voire franchement frelatés. Le monde a changé et la classe politique poursuit imperturbablement le bavardage d’une conversation qui n’évoque plus que l’ancien temps.

Nous vivons une période que l’on peut sans emphase qualifier d’historique : le capitalisme meurt sous nos yeux et nous entraîne dans sa perte. Toute tentative de rafistolage du système épuisé ayant implosé devant nous, sera certainement douloureuse et plus que certainement, vaine. Une finance fondée sur des paris sur les fluctuations des prix s’est nourrie sur le corps affaibli d’un monde ayant cessé de compter sur la richesse pour vivre à crédit, et s’est – comme il était à prévoir – effondrée. Après un temps de latence, elle entraîne désormais à sa suite les États qui s’étaient portés à son secours. Les peuples sont appelés à régler l’addition : il n’est question que de plans de rigueur et de luttes contre les déficits publics ; la protection sociale conquise sur un siècle, n’aura pas duré davantage.

On parle encore avec emphase de croissance, porteuse d’abondance et chargée de tous les bienfaits, mais ceux ayant ces mots à la bouche savent qu’elle s’alimente depuis toujours à la gabegie d’une planète pillée sans répit. La recette en est de toute manière perdue. À la place, la précarité et le chômage progressent d’une marche inexorable : les emplois perdus, le sont à jamais.

Cette fin d’un monde qui s’est cru éternel exige des actes, dès aujourd’hui. Le manque d’imagination, le manque de courage ne sont plus de mise désormais. Si rien n’est fait – et l’encommissionnement est une forme du rien – il n’y aura plus bientôt ni planète viable pour notre espèce, ni économie qui ne soit simple rapt par la finance de toute richesse créée, ni même aucun revenus, car les nations vieillissent, et les vieillards qui occupent les postes s’y accrochent à mesure que fondent leurs retraites, monopolisant la ressource devenue rare qu’est le travail humain.

Quelle initiative alors prendre ?

L’ Appel du 22 mars annonça le Joli Mai et le dépoussiérage que celui-ci opéra d’une société en voie de fossilisation avancée. Mais rien ne sert de convoquer les symboles au titre de fleurs ou couronnes : la soupe refroidie n’est au goût de personne. Nul n’a le droit de les évoquer s’il n’est digne d’eux : à la hauteur aujourd’hui de ce qu’ils furent en leur temps.

Il n’est question ici ni de nouveaux slogans, ni d’un nouveau parti : le cimetière des espérances déçues déborde de tous ces lendemains qui nous firent déchanter. Il s’agit au contraire de mettre en mots, en images et en actes, les prémices du monde nouveau qui se dessine à nos yeux. Toutes les mesures à prendre ne sont pas encore connues, certaines n’existent encore qu’à l’état d’ébauches à peine esquissées, mais qu’importe ! Le monde auquel nous aspirons est l’inverse de celui qui, petit à petit, s’est installé dans nos vies et pire encore, se trouve maintenant logé à demeure dans nos têtes. À l’égard de celui-ci, nous sommes déjà, au plus profond de nous-mêmes, des insoumis. C’est cette insoumission-même qui émerge aujourd’hui sous sa forme collective.

Le bourgeois a perdu son Dieu et l’a remplacé par l’argent. L’argent a tout envahi. Le « capital humain », un lobe de foie ou un rein, tout a désormais un prix : tout se vend, tout s’achète. On évoque aujourd’hui la « loi du marché » comme on parlait auparavant de la « gravité » : inscrites toutes deux désormais au même titre sur des tables d’airain. La plus grande richesse créée par les machines aurait dû signifier notre libération, mais aussitôt créée, elle se trouve confisquée et disparaît dans des comptes secrets.

Le temps n’est-il pas venu de désamorcer la machine infernale ? D’affirmer que le commerce humain n’est pas nécessairement celui de l’argent ? De faire advenir la solidarité là où la rivalité règne aujourd’hui en maître ? De promouvoir un double respect : celui des humains dans leur diversité, les uns vis-à-vis des autres, et celui d’eux tous réunis, envers la planète qui les accueille et leur dispense ses bienfaits ? « Penser global pour agir local » ont dit à juste titre, les écologistes. Le moment est venu d’agir aussi globalement : local et global, l’un ne va pas sans l’autre.

La démocratie se voit chaque jour un peu plus menacée par les manifestations d’un contrôle social envahissant. Les moyens qui s’offrent à nous pour la faire progresser, pour qu’elle s’approfondisse sur le plan politique et pour qu’elle s’instaure enfin au sein de l’économie, par le biais d’une constitution pour l’économie, définissent le monde nouveau qui pourrait être le nôtre.

Bien sûr, nous savons faire la part du rêve mais c’est pour mieux l’affirmer d’abord comme ce but auquel nous ne saurions renoncer. Nous nous inscrivons, de cette manière, dans la lignée de tous les résistants, « dissidents » de toutes les époques, dont on découvre plus tard qu’ils eurent raison d’avoir si longtemps tort, sans jamais renoncer.

Il y aura toujours de « prochaines élections », même s’il existe pour nous Dieu merci d’autres moyens d’exprimer nos espoirs. La manière optimale de les préparer – l’action politique sous son jour le meilleur – est de commencer par rêver à voix haute. Nous associons à notre rêverie partagée, un programme immédiat pour être sûrs qu’elle ne sera pas abandonnée aussitôt évoquée : les dix, cent, mille mesures qui devront être prises pour que les idées généreuses se traduisent en des réalités qui ne le seront pas moins. Ce catalogue, livre de doléances ou quel que soit le nom qu’on veuille bien lui donner, ne sera pas l’aboutissement de tractations entre partis, mais le produit d’une élaboration « apartidaire », fruit de la tenue d’États généraux, témoignage que les temps difficiles sont ceux où s’entend la voix des sans grade, guidés seulement par leur foi en la lumière et leur bonne volonté !

Paul Jorion et François Leclerc

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Capitalisme, économie de marché et libéralisme

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Capitalisme, économie de marché et libéralisme, voici trois termes qui sont devenus quasi synonymes aux yeux du public. Or il n’y a pas de rapport immédiat entre les trois. Le capitalisme est un système de répartition du surplus économique (la « croissance ») entre les trois grands groupes que constituent les salariés, les industriels et les investisseurs ou « capitalistes » parce qu’ils procurent le capital dont les deux autres groupes ont besoin pour assurer la production de leur industrie ou la consommation de leur ménage. L’économie de marché est elle le système qui assure la distribution des marchandises du producteur au consommateur, assurant au passage un profit au marchand. Le libéralisme est quant à lui une politique visant à optimiser le rapport entre les libertés individuelles et l’intervention de l’État dans les affaires humaines en vue de protéger ces libertés ; dans la pratique, partant d’une intervention de l’État a priori postulée comme excessive, l’atteinte de cet optimum consiste à réduire cette intervention autant que faire se peut.

Qu’est-ce qui explique alors que ces trois termes se soient trouvés rassemblés dans l’esprit du public comme trois manières équivalentes, chacune aussi bonne que les deux autres, pour décrire notre régime économique ? Ce qui l’explique, c’est le fait que ces trois ingrédients se sont trouvés combinés pour engendrer, dans une certaine configuration, la crise profonde qui débuta en 2007.

Premièrement, le capitalisme est un système de partage du surplus a priori déséquilibré : livré à lui-même, il débouche inéluctablement à terme sur la surproduction parce qu’il fait que, de manière tendancielle, des sommes de plus en plus grandes se libèrent qui peuvent servir d’avances dans le processus de production tandis que se restreignent en parallèle les sommes qui peuvent être consacrées elles à la consommation. En temps ordinaire, l’État est à même d’intervenir par une politique fiscale pour contenir cette tendance ; en temps de crise, quand la surproduction devient trop massive, l’État intervient d’une autre manière en combattant par des mesures de relance la récession qui en a découlé.

Deuxièmement, l’économie de marché est elle aussi a priori déséquilibrée : quand elle est livrée à elle-même, les marchands les plus talentueux – certains diront : « les plus chanceux » – éliminent les autres et ceux qui surnagent augmentent leur marge de profit jusqu’à ce que le prix des marchandises dépasse la capacité des consommateurs à les acheter. En réponse à ceci, l’État se voit forcé d’imposer un degré de concurrence entre marchands tel que le profit se stabilise à un niveau où le prix des marchandises n’est pas hors d’atteinte pour les consommateurs.

Troisièmement, le libéralisme visant à réduire l’intervention de l’État au niveau qui produira un optimum entre exercice des libertés et protection collective de celles-ci, il vient toujours un moment où la dérégulation – dont les effets liés n’apparaissent pas immédiatement en raison d’une certaine inertie dans le fonctionnement des institutions économiques – dépasse son objectif, permettant aux tendances au déséquilibre du capitalisme d’une part et de l’économie de marché d’autre part, de se manifester pleinement.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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« Capitalismes : en sortir ? »

La revue Cités me pose les questions suivantes. Elle publiera mes réponses dans un prochain numéro.

Le capitalisme vous paraît-il aujourd’hui sérieusement ébranlé par la crise ?

Oui, le capitalisme est sérieusement ébranlé par la crise. Le tournant symbolique a eu lieu le 23 octobre 2008, six semaines après la faillite de Lehman Brothers qui avait entraîné la première panique bancaire électronique de l’histoire, dont le coût devait se monter à plusieurs centaines de milliards de dollars, Mr. Greenspan, sur la sellette devant une commission du Congrès américain, avait alors admis qu’il s’était trompé quand il postulait que le capitalisme avait la capacité de s’autoréguler.

Autre aspect : le montant des sommes nécessaires à enrayer l’hémorragie dépassait désormais les moyens financiers dont disposent les États.

De manière plus générale, le contexte global est devenu celui d’une planète épuisée et endommagée par l’activité humaine, et qui s’accommodera de moins en moins d’un système de production et d’une structure de consommation que l’on cherche à faire coïncider par approximations successives.

Le partage du surplus (la « croissance ») déterminé par le rapport de force entre les trois grands groupes socio-économiques que sont les investisseurs (les « capitalistes » à proprement parler), les dirigeants d’entreprises et les salariés, est conçu de telle manière que les deux premiers groupes s’en approprient la part du lion, ne laissant comme revenus aux salariés que des sommes s’amenuisant au fil des ans. Dans un contexte de productivité croissante, ces revenus ne suffisent plus à épuiser la quantité des marchandises produites. On tente du coup de combler le déficit des ménages par l’allocation de crédits à la consommation qui forcent ceux-ci à hypothéquer leurs salaires à venir, lesquels seront grevés en sus par la ponction d’intérêts proportionnels aux sommes empruntées.

Un tel contexte fait que l’argent converge inexorablement vers le petit groupe des détenteurs de richesse. Ceux-ci le proposent alors sur les marchés de capitaux comme investissement (c’est-à-dire comme un moyen de doper la production) au lieu de le consacrer à l’achat de marchandises (c’est-à-dire comme étant au contraire un moyen de doper la consommation), contribuant à recréer en permanence des situations de surproduction.

La concentration de la richesse par le mécanisme de l’intérêt grippe de manière constante la machine économique tandis que le remplacement inefficace des revenus des salariés par le crédit la fragilise en créant de longues chaînes de créances entre agents économiques, chaînes où la défaillance de l’un quelconque des maillons les détruit dans leur entièreté.

L’idée d’une « moralisation » du capitalisme a-t-elle un sens ?

Non : le capitalisme est un système immoral, sa moralisation le métamorphoserait en tout autre chose.

Le capitalisme est, comme je l’ai dit, un système à trois composantes (capitalistes, dirigeants d’entreprises et salariés) caractérisé par la domination des capitalistes et la spoliation par eux des deux autres groupes. Cette situation traditionnelle a changé dans le dernier quart du XXe siècle avec l’introduction des stock options, mises au point dans l’intention précise d’aligner les intérêts des dirigeants d’entreprises avec ceux des investisseurs. Ce sont désormais les salariés seuls qui sont spoliés par les deux autres groupes étroitement unis contre eux.

Cette spoliation en soi rend le capitalisme immoral. Au sein de la triade « liberté, égalité, fraternité », les trois concepts sont également malmenés. Pour quiconque naît au sein d’une société capitaliste, la donne est immédiatement biaisée : le partage du monde s’est fait une première fois par le pouvoir des armes, et une seconde fois, par le pouvoir de l’argent. L’égalité est donc absente d’entrée de jeu. Et, conséquence immédiate, la liberté n’existe pas non plus : celui qui naît en position subordonnée n’a d’autre choix que de mettre son temps au service de ceux qui possèdent déjà la terre et la fortune.

Quant à la fraternité, n’en parlons pas : la définition-même du capitalisme comme système économique dominé par les investisseurs, signifie que la fraternité a été exclue d’office comme principe organisateur.

Fernand Braudel opposait « capitalisme » et « économie de marché » : cette dernière peut-elle avoir selon vous un avenir hors du capitalisme ?

Il n’existe en effet pas de rapport immédiat entre capitalisme et économie de marché. Le premier, comme il a été dit, est un principe de partage du surplus où les capitalistes dominent, alors que le second est un système assurant la circulation des marchandises, système fondé sur un double principe : celui du profit, autrement dit de la revente d’un bien à un prix plus élevé que celui auquel un marchand l’a lui-même acquis, et de la limitation du taux de profit par la concurrence, qui assurerait que ce taux soit automatiquement ramené au niveau le plus bas de la rentabilité.

Le capitalisme s’exerce au plan de la production tandis que l’économie de marché est un mode d’organisation de la distribution. Ils portent donc sur deux moments distincts du processus économique : le capitalisme s’exerce au niveau du « marché primaire », l’économie de marché ne portant elle que sur les « marchés secondaires ». Une marchandise est, dans un premier temps, produite. Elle accède alors à son marché primaire. Son premier prix comprend, outre les coûts de production, le surplus proprement dit qui se répartit entre les intérêts perçus par le fournisseur des avances, à savoir le capitaliste, et le profit qui revient à l’entrepreneur, une fois déduite la part du surplus revenant aux salariés. La marchandise ayant été mise à la disposition des marchands, ceux-ci l’acquièrent et se chargent de sa distribution sur un « marché secondaire ». Ils percevront en sus de leurs frais, leur propre part de profit : le bénéfice commercial. La concurrence – pour autant que son bon exercice puisse être assuré par la puissance publique – est censée maintenir ce profit au niveau de rentabilité le plus bas possible.

Il n’existe pas de rapport entre la logique du profit dans le secteur de la production et dans celui de la distribution et on peut donc imaginer que ceux-ci se développent de manière entièrement indépendante. L’économie de marché peut donc avoir un avenir en-dehors du capitalisme, de la même manière d’ailleurs que, symétriquement, le capitalisme peut avoir un avenir en-dehors de l’économie de marché.

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