LE CAPITALISME À L’AGONIE – mise à jour la plus récente

* Une cellule plus confortable et moins bruyante à la prison de Santa Ana (Californie) : 82 $ la nuitée.

* Bénéficier du statut « co-voiturage » à Minneapolis alors que vous êtes seul dans votre véhicule : 8 $.

* Une mère-porteuse indienne : 6.250 $.

* Un passe-droit à l’immigration aux États-Unis : votre promesse de créer dix emplois plus 500.000 $.

* Le droit de tuer un rhinocéros d’une espèce protégée en Afrique du Sud : 150.000 $.

* Aux États-Unis, le numéro du téléphone mobile de votre médecin traitant, assorti du droit d’être reçu par lui dans les 24 heures : entre 1.500 $ et 25.000 $, selon la région.

* Aux États-Unis, une inscription dans une université privée en dépit de très mauvais résultats scolaires : à négocier.

* Mercenaire en Somalie ou en Afghanistan : entre 250 $ par mois et 1.000 $ par jour, selon compétence et nationalité.

* Aux États-Unis, faire la queue pour une session parlementaire pour un lobbyiste : 15 $ – 20 $ par heure.

* À Dallas (Texas), lire un livre si vous êtes inscrit dans un lycée d’un quartier défavorisé : 2 $.

* Aux États-Unis, si vous perdez 7 kilos en quatre mois, votre mutuelle vous verse 378 $.

Source : Michael J. Sandel, What Money Can’t Buy. The Moral Limits of Markets, New York : Farrar, Straus & Giroux, 2012.

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171 réflexions sur « LE CAPITALISME À L’AGONIE – mise à jour la plus récente »

  1. Est-ce un problème du capitalisme ou une absence de morale ? Pour certains exemples cités, ce n’est pas si clair.

      1. Le dictionnaire Le Grand Robert propose cette définition pour amoral : « Qui est immoral par défaut de sens moral. »
        Cette définition est généralement réservée aux personnes, mais le capitalisme n’est-il pas un rapport social entre des personnes médiatisé par l’argent ?

      2. « il est amoral, précisément »

        Les coupables sont ceux qui commettent les actes, et ceux qui les permettent (corruption), partout où la notion de loi existe.

        Un individu qui achète un faux permis et percute un passant, c’est aussi la faute du capitalisme d’après votre raisonnement.

      3. Non car dans le cas cité , le fautif est soumis à des lois que l’on a le courage d’appliquer en général ( avec même la notion de circonstance aggravante ) et sanctionné . On peut débattre de la hauteur de la sanction, mais elle existe .

        Une des spécificités du capitalisme , c’est qu’il s’est mis « hors la loi » , soit en y échappant , soit …en l’écrivant .

        On attend le prochain billet de PSDJ .

      4. Ben non , c’est la principale difference tre liberalisme et capitalisme …Le capitalisme (de proximité) glissait vers l’immoral , la moralité le retenait un peu …..Alors que la distanciation entre l’exploiteur et l’exploité du liberalisme n’ a pas ce frein , …il est amoral .
        (ce peut encore une fois etre vu comme une conséquence structurelle)

      5. @Julien

        Oui, j’ai choisi cet exemple qui ne démontre rien de plus, rien de moins que la chasse au rhinocéros.
        Ce qui est sous-entendu par ces exemples, c’est que le capitalisme est une arme par destination, ce qui est vrai bien entendu, comme pour une arme qui une fois mise sur le marché peut tomber entre de mauvaises mains.
        Vous allez plus loin en sous-entendant qu’il est la motivation première de ces actions : c’est bien entendu faux puisque vous n’acceptez pas l’argument du faux permis.
        La discussion serait plus compréhensible en disant clairement les choses plutôt qu’en fonctionnant par non-dits. La morale est une affaire personnelle et très subjective, heureusement la société légifère en définir les contours acceptables pour la vie communautaire, et condamne ceux qui outrepassent les lois (normalement). Le pouvoir d’achat de certains les autorise à certaines lubies, il s’agit donc de la satisfaction de leur égo plutôt qu’autre chose : on retombe donc sur le problème moral de ces personnes qui peuvent s’imaginer être au dessus des lois ou d’autres individus pour envisager que leur orgueil doive être satisfait coûte que coûte.

      6. Pignouf, je ne vais même pas au-delà de la 2ème ligne si vous n’êtes pas capable de comprendre qu’un acte marchand dans un système économique n’est pas accessoire au processus sous-jacent mais constitutif du fonctionnement du système. Alors l’arme par destination, again, n’importe quoi.

      7. Pignouf premier :

        remettez de lodre et de l’intelligibilité dans vos frais faux permis , et vous trouverez la clarté tout seul , ainsi que la motivation de votre morale personnelle et subjective .

        « L’orgueil ne veut pas devoir , et l’amour propre ne veut pas payer « .

        « propre » … comme propriété .

      8. Ahhh Pignolle… T’en as décidément, du pain sur la planche… Don, contre-don, échange, commerce, contrat, propriété, droit naturel, Loi, marché, morale, éthique, Sacré, souverain, violence, monnaie, État, capitalisme, domination, pouvoir, politique, Histoire, etc. y’en a des trucs et des machins et des millions de pages à lire derrière une petite pratique anodine, légale comme illégale, pas vrai Pignolle ?

      1. Monsieur Julien Alexandre,

        Afin que nous puissions effectuer plus simplement ce don libératoire de 5 pesos, pourriez vous nous communiquer le numéro de votre carte bancaire ainsi que son code confidentiel.
        D’avance, merci. Vous serez bientôt un homme riche.

      2. Evidemment, comme personne n’a cliqué sur le smiley (en même temps, c’est con de ma part de mettre un lien sur le smiley), personne ne connaît véritablement le vrai prix qu’indique Julien … (enfin, dans le cadre d’un rapport de force social où sa rareté de modérateur induit un rapport plus que favorable pour sa personne : son vrai prix de Julien)

  2. Dans la série le Capitalisme à l’agonie,
    « Personne ne sait ce qui entrave l’économie », avoue un ponte de la Fed.

    Richard Fisher, président de l’antenne de la Fed à Dallas, ne cache pas son scepticisme face aux actions mises en oeuvre, à commencer par le nouvel assouplissement monétaire.

    LesEchos.fr ce matin

    Ainsi ils ne savent pas !
    Je pense plutôt qu’aucun de ces beaux messieurs ne veut cracher le morceau.

    1. Pour les insomniaques et les ferroviaires, comme disait J.P. Manchette,

      Toujours dans la série le Capitalisme à l’agonie, un roman de qualité qui met en scène plusieurs personnages aux destins croisés, de la chute de l’URSS à la crise de 2008 : La Fortune de Sila, par Fabrice Humbert aux éditions Le Passage, disponible en version poche (Le Livre de Poche, 7,10 euros)

    2. La sincérité n’est pas à exclure. Il y a bien des dénis de grossesses, il peut bien y avoir des dénis d’infirmation de ses dogmes économiques.

      1. @ fredo
        Tirage au sort , renouvelable par referendum annuel ,sur un panel d’une quarantaine de candidats désigné par le peuple (l’argent n’aime pas le hasard) .Regardez les élections des chefs du : PS , UMP, CGT, CFDT, MEDEF, ECOLO plus démocratique tu meurs 🙂

      2. @ardechoix?

        tirage au sort? j’ai pas même pris la peine de lire la suite le ridicule est déjà là.

        je ne tire pas au sort la personne qui va représenter mon pays, défendre ses intérets et être chef d’une puissance militaire détentrice de l’arme nucléaire et à ce titre peut être un jour en situation de devoir décider quoi en faire

        je CHOISIS la personne qui aura su me convaincre de ses qualités. Vous saisissez la nuance?

        un personnel politique, une capagne politique et des partis. c’est le minimum pour qu’un démocratie puisse porter ce nom. Vous pouvez trouver ça cher, je devine que vous êtes du genre à faire des économies en instituant le partie unique.
        grand bien vous fasse, ce monde là ne m’intéresse pas

        Ben oui, vous m’avez fait rire. Mais c’était facile sur ce coup

      3. En quoi choisir un candidat dans une liste fermée ( je ne peux pas voter pour mon voisin , même si je le trouve superbalaise comme président ) est plus démocratique que de tirer au sort ?
        Et puis , en quoi est-il moral que 51% puissent décider contre 49 autres %
        Je crois mon cher Fredo , qu’Ardechoix n’est pas plus ridicule que vous ( ou que moi ) dans ses arguments .

      4. @Fredodo, « je CHOISIS la personne qui aura su me convaincre de ses qualités.  »
        Elle a su te convaincre? C’est donc elle qui t’as choisi.
        Sur le « partie » de « capagne », rien à dire, j’adore ce film.

      5. @fredo
        Riez tout votre soûl. Ce que propose Ardéchoix, cela s’appelle la stochocratie. Je vous rappelle que les jurés d’assise sont tirés au sort, par chez nous, ce qui devrait vous fendre la poire jusqu’à l’aine. A Athènes, la désignation des juges ou héliastes parmi les citoyens se faisait par tirage au sort, à l’aide d’une machine appelée clérôtérion. Pour les affectations aux audiences, on introduisait par les fentes du clérôtérion des jetons de bronze portant les noms des héliastes et des dés noirs et blancs sortaient. Les anciens Grecs, pour les choses sérieuses, s’en remettaient au hasard, à la fortune (tuchê), car les hasards heureux et malheureux relevaient, selon eux, d’une décision divine. Les dieux savent généralement ce qu’ils font. Un petit mot d’Aristote, pour finir, que vous trouverez partout, mais qui donne à méditer. Il est extrait des Politiques : « Il est démocratique que les législatures soient attribuées par le sort et oligarchique qu’elles soient électives. » On rencontre quelque chose de semblable chez Montesquieu, dans L’esprit des lois. Qu’on se soit posé la question du tirage au sort à l’époque même où s’inventait la démocratie vous secouera d’hilarité jusqu’à vous crever la sous-ventrière.

      6. @ fredo
        Alors continué de voter pour celui à qui les lobbyistes ont donné le plus !!!!
        « et à ce titre peut être un jour en situation de devoir » et le reste du temps y fait un scrabble ?
        « en instituant le partie unique » il existe déjà résultat des élections 2012 , 1er tour 47.19% les 9 candidats 52.81% les deux autres , bonne démocratie à vous .

  3. des nouvelles de tepco….

    Par hasard je suis tombé sur ce site
    http://enenews.com/tepco-releases-badly-altered-image-unit-4-photo
    c’est assez grossier…. en matière de bidouillage photo

    puis je suis allé sur le site de tepco
    ils ont tronqué la photo et mis une explication…. japonaise
    http://photo.tepco.co.jp/date/2012/201208-j/120830-03j.html

    trad google:
    22 août, jour Heisei Photographie 24:
    • Du point de vue sur la protection physique des matières nucléaires, qui avaient fait partie du traitement photo, si la transformation est devenue perçue comme inapproprié, pour les photos, nous avons été remplacé.

    bizarre

  4. Si la FED elle-même ne sait plus quoi faire, c’est que ça sent franchement le roussi, non ?

    Dixit un dirigeant de la vénérable institution : dans Le Monde ce matin

  5. Markit PMI :On est à mi chemin du gouffre de 35 mais comme il est plus long il sera d’autant plus long à la remontée s’il y a une remontée , NS durant 5 ans à croqué 500 milliards , combien vont croquer ceux aux commandes?
    30 milliards de prélevements supplémentaires sur résultats lorsque les entreprises font 2,5% de profits = 1200 milliards de chiffre d’affaire = pas loin du PIB français de 1700 milliards , il faudrait donc travailler 2 fois plus.
    Complètement zinzin les socialos , c’est la mort assurée de l’économie française. Au secours fuyons………..

  6. « Je suis tenté de recourir à ce rapprochement éculé comparant notre Congrès dévoyé à un équipage de marins ivres, a lancé cet ancien élève officier de l’école navale américaine à son auditoire, mais ceux d’entre vous qui sont patriotes pourraient en prendre ombrage et faire valoir qu’une telle comparaison pourrait être perçue comme une insulte aux marins ivres. »
    ‘Selon l’un de ses dirigeants, la Fed est démunie pour répondre à la crise’
    Enfin, vu le pedigree du bonhomme, c’est plutôt un hommage du vice à la vertu …

    1. Comme j’ai cité ce jour (33) cet « aveu », je pense que les derniers assouplissements monétaires ont seulement pour objectif de ralentir la chute américaine, celles de l’immobilier et de l’immobilier commercial en particulier, et non de relancer l’économie.
      Ces dirigeants ont tellement peu de culture stratégique qu’ils ne savent même plus pourquoi ils décident telle ou telle chose et répandent autant s’écrans de fumée.
      Pour le dire vulgairement, ils croient les conneries qu’ils racontent, que ce soit au sujet de la reconstruction de l’économie ou du caractère inoffensif des manipulations génétiques, dans les plantes et ailleurs.

  7. —–> Voir Johnny Hallyday dans un Zenith : à partir de 200 €

    ——-> Voir Johnny Hallyday à l’agonie : somme des représentations de la tournée .

  8. Je suis toujours quelque peu désapointée lorsque certains d’entre vous parlent de l’Etat Providence. C’est Emile OLLIVIER un député républicain devenu bonapartisque qui aurait prononcé ce terme avec ironie. Ce député avait entre autre envoyé l’armée pour mater les ouvriers gréviste du CREUSOT. En réalité il me semble que tous les acquis sociaux ont été obtenus dans la lutte. La République de THIERS et celle de PETAIN n’ont guère été tendres avec leur peuple. Voici ce qu’écrivait Louise MICHEL : Je suis la vieille antropophage travestie en société Vois mes mains rouges de carnage Mon oeil de luxure injecté J’ai plus d’un coin dans mon repaire Plein de charognes et d’ossements Viens voir j’ai mangé ton père et je mangerai tes enfants; Bien entendu certains me diront la République d’aujourd’hui c’est tout de même autre chose. Oui mais pour combien de temps ?

    1. « État qui se prend pour la Providence » aurait écrit cet Ollivier politicien et chasseur des Internationaux de 1870 dans son Rapport fait au nom de la commission chargée d’examiner le projet de loi relatif aux coalitions. Voila une généalogie qui n’incite pas à succomber aux illusions et qui dit toute l’âcreté de ceux qui en usent avec ironie.

      Merci, je sais enfin ce que je sentais confusément. Voila donc d’où vient que cette expression pue de la gueule.

  9. Un exemple que chacun devrait croiser en allant chez son doc : 0,70 cts d’euro par patient dépisté pour le cancer colorectal est donné au médecin prescripteur et méritant par la securité sociale. Là l’ordre capitalistique est un peu modifié mais il me semble que le principe à l’oeuvre reste le même : l’interessement ou la cupidité à tout les étages.

    A nouveau nausées et vomissures.

    cordialement

  10. Trouvé ça ds  » Rue89  » :
     » Cette fois-ci, donc, François Hollande demande à Jacques Attali de positiver. Il lui a donné un an pour faire ses nouvelles propositions. Et pour aboutir à un résultat plus concluant que sous Nicolas Sarkozy :
    « Ce que je souhaiterais, cher Jacques Attali, c’est que vous puissiez donner une traduction concrète à vos travaux. »
    Pourquoi P. Jorion n’est-il pas convié ?

  11. Je reproduis ici tout un chapitre de L’art de ne pas être égoïste, de Richard Davis Precht, qui traite précisément des interactions entre argent et morale :

    Dans la toile d’araignée : Ce que vient faire l’argent avec la morale.

    La scène est émouvante. À deux reprises, l’homme aux bras chargés de livres tente d’ouvrir les portes de l’armoire. En vain ! Le petit enfant âgé de quatorze mois qui l’observait, immobile dans un coin de la pièce, se met alors en mouvement. Il se dirige résolument vers lui et ouvre les portes de l’armoire. Puis il dévisage l’homme d’un air affable. « Tu vois, semble-t-il dire, tes portes sont ouvertes, maintenant (1)! »

    La scène est extraite d’une série de vidéos expérimentales de Félix Warneken et Michael Tomasello (2). L’objectif des deux chercheurs du département d’anthropologie évolutionniste de l’institut Max Planck, à Leipzig, était de mettre en évidence le caractère spontanément secourable des enfants en bas âge et des chimpanzés. S’il fallait ramasser un crayon tombé par terre ou rapporter une éponge oubliée dans un coin, dans tous les cas les enfants en bas âge et les chimpanzés se montraient spontanément disposés à prêter secours.

    La propension de notre espèce et de ses proches parentes à coopérer ne saurait être démontrée de manière plus frappante que par ces vidéos. Une bonne leçon pour ceux qui pensent que nous portons en nous les gènes de l’égoïsme et que cela nous empêcherait d’envisager les choses autrement que sous l’angle de notre propre intérêt. Car le comportement des enfants en bas âge et des chimpanzés n’est en aucun cas motivé par la récompense. Mais, si la propension à coopérer et à secourir est aussi clairement inscrite dans nos gènes, pourquoi ne se manifeste-t-elle plus que de manière très circonstancielle et à petites doses une fois atteint l’âge adulte ?

    À cette question aussi nos chercheurs ont trouvé une réponse (3). Dans une autre série d’expériences, ils répartirent en trois groupes distincts des enfants âgés de vingt mois. Chaque fois qu’un enfant du premier groupe se montrait secourable, on lui faisait cadeau d’un jouet. Lorsque les enfants du deuxième groupe se montraient secourables, ils étaient chaudement complimentés. Quant aux enfants du troisième groupe, ils ne recevaient rien en récompense de leur aide. Que se produisit-il ? Les enfants du deuxième et du troisième groupe ne cessèrent pas de se montrer secourables tout au long de cette série d’expériences. Mais que se passa-t-il avec les enfants qui étaient récompensés avec des jouets ? Leur disposition innée à aider fut presque totalement abolie en très peu de temps ! Leur aide ne pouvait plus être obtenue par les adultes que contre une récompense. Faute d’être récompensés, les enfants n’aidaient plus. Leur disposition incon-ditionnelle à se montrer secourables était devenue une disposition soumise à condition.

    Vingt ans auparavant déjà, le psychologue du développement Richard Fabes (4), de l’Arizona State University, était arrivé à des conclusions analogues. Il avait invité un groupe d’écoliers, dont le niveau allait de la deuxième à la cinquième année scolaire, à trier un gros tas de papier de différentes couleurs. Fabes avait pris soin de souligner que cette tâche devait être accomplie au profit d’enfants gravement malades et hospitalisés. Il avait confié la même tâche à un second groupe d’écoliers. Mais, dans ce second cas, il avait promis aux membres du groupe un jouet pour les récompenser de leur aide. Les deux groupes avaient accompli leur tâche avec zèle. Quelque temps plus tard, Fabes sollicita une nouvelle fois l’aide de ces deux groupes d’écoliers pour qu’ils effectuent le même travail de tri, mais cette fois sans leur fournir de motif : au premier groupe, il s’abstint de parler du service que l’on rendrait ainsi aux enfants malades ; au second, il ne promit aucune récompense. Le résultat fut exactement celui qu’il avait prévu : le premier groupe accomplit sa tâche avec le même entrain que la première fois ; le second, en revanche, se montra tort peu zélé. Les membres de ce groupe ne paraissaient plus que faiblement concernés par leur tâche et n’en vinrent que difficilement à bout.

    Le sens du message ne fait aucun doute : les récompenses matérielles corrompent le caractère. Celui que l’on conditionne à faire les choses contre rétribution ne se résoudra plus tard qu’à grand-peine à faire ces mêmes choses sans être payé de ses services. Le lien entre la disposition à porter secours et la récompense matérielle n’est manifestement pas gravé par la nature dans notre cerveau. En revanche, nous sommes conditionnés dans ce sens dès l’enfance, tant et si bien que notre cerveau établit ce lien de sa propre initiative. Et une fois que le lien est établi, il se transforme en un réflexe presque automatique. En d’autres termes, nous ne naissons pas égoïstes : on nous apprend à le devenir.

    Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette évidence. Car tout notre système économique ne repose-t-il pas sur cette sorte d’échange ? Pourquoi nous rendons-nous chaque matin à notre travail, si ce n’est pour les récompenses matérielles qu’il nous procure ? Dans le monde des adultes, jeunes ou moins jeunes, l’argent ne fait en effet que se substituer au jouet qui, suivant qu’on le lui fait miroiter ou non, motive ou ne motive pas l’enfant à aider, à travailler.

    L’argent transforme le caractère et la société. Mais comment et dans quel sens ? Georg Simmel est assurément l’homme qui s’est intéressé, plus que nul autre, à la psychologie de l’échange et à l’effet de l’argent sur notre psyché et sur notre société. À ce titre, il figure au nombre de ces hommes perspicaces qui furent les fondateurs de la « science morale » (cf. Jeu d’échecs social. Quelle part d’égoïsme y a-t-il dans l’homme ?). C’est en 1900, soit sept ans après son ouvrage sur la morale, que Simmel fit paraître son imposante Philosophie de l’argent.

    Il s’agissait, à l’instar de L’Interprétation des rêves, de Sigmund Freud, publié la même année, d’un livre prophétique dont les vues pénétrantes s’enracinaient dans les profondeurs du siècle à venir. Et tout comme la première œuvre majeure de Freud sur la psychanalyse, il s’agissait aussi d’un ouvrage brillant qui n’avait pu être écrit que par un outsider de la science. Qualifier d’ambitieuse la somme simmelienne reviendrait à employer un euphémisme. Car Simmel considérait la philosophie comme l’art de comprendre et d’interpréter le savoir des autres sciences mieux que ces sciences elles-mêmes. C’est ainsi que la Philosophie de l’argent devint le plus important ouvrage allemand d’économie à côté du Capital de Karl Marx.

    La problématique de Simmel était absolument nouvelle. Simmel s’efforçait de comprendre l’influence psychologique que l’argent exerce sur nous et sur notre culture. Et, inversement, l’influence de la culture sur la signification psychologique de l’argent (6). Il lui importait de décrire les effets économico-psychologiques réciproques qui constituent la trame de notre vie.
    On ne s’étonnera pas d’apprendre que l’œuvre de Simmel, dont la problématique ne leur était pas familière, constitua pour les économistes de son temps une source d’irritation (elle le demeure aujourd’hui encore pour nombre de représentants de cette discipline). Leurs objections étaient déjà formulées avant même qu’ils aient lu l’introduction dans son intégralité. Primo, Simmel n’avait pas suivi le cursus qui lui permettait de se positionner comme un spécialiste en économie politique. Secundo, son ouvrage était écrit dans une langue difficile. Et tertio, la discipline économique était précisément en train de s’affranchir de toute référence d’ordre philosophique. La recherche en économie devait paraître aussi objective que possible : courbes, formules mathématiques, statistiques, données empiriques constituaient le corps linguistique de l’économie politique.

    Il n’y a rien de tout cela dans l’ouvrage de Simmel. C’était tout autre chose qu’avait en vue l’auteur de la Philosophie de l’argent, à savoir une économie comportementale, une psychologie de l’économie politique telle qu’elle a d’ailleurs été réinventée, il y a de cela une trentaine d’années, jusqu’à être très en vogue aujourd’hui. Mais, à l’inverse de l’approche de Bruno Frey, d’Ernst Fehr, de Dan Ariely ou de Daniel Kahleman, la star actuelle de la confrérie, celle de Simmel ne présente aucun caractère expérimental. Ses objectifs étaient d’une autre nature. Il cherchait à comprendre et à expliquer la transformation culturelle et morale de notre monde moderne par l’influence psychologique de l’argent. Tandis que les actuels psychologues de l’économie sont en majorité des microéconomistes, Simmel applique systématiquement à la macroéconomie les données d’ordre microéconomique dont il a pu prendre connaissance. Quant à la macroéconomie proprement dite, il estime qu’elle ne peut être approchée et comprise que comme une partie intégrante de notre culture.

    La transformation de la vie sous le signe de l’argent au cours du XIXe siècle constitue le point de départ de la réflexion de Simmel. Là où les règles du jeu étaient autrefois dictées par les inégalités sociales, les traditions, le milieu, la foi, l’appartenance à une caste, l’esprit corporatif, etc., il règne aujourd’hui (donc autour de 1900) une rationalité de l’argent exclusivement fondée sur le calcul. A lire cela, on serait presque tenté de s’assurer qu’il est bien question chez Simmel de l’Europe de l’Ouest en 1900 et non de celle de l’an 2000. La qualité de notre vie, d’après Simmel, est mesurée en termes d’argent exactement comme le temps est mesuré par la montre. La valeur des choses ne réside plus dans la signification qu’elles ont pour nous, mais dans leur coût. En même temps que Simmel publie sa Philosophie de l’argent, Oscar Wilde écrit dans L’Éventail de lady Windermere : « Le cynique est un homme pour qui la valeur de toute chose tient uniquement à son coût. » Selon Simmel, toute la réalité de notre vie, dans ce sens, est devenue cynique.

    A l’instar d’une araignée, l’argent tisse la toile sociale. Là où s’étirent ses fils gluants, le paraître et l’indifférence font leur lit. Tout peut être échangé contre tout. L’argent est une fin qui justifie tous les moyens. Et ce qui naguère était mesuré suivant sa qualité se mesure dès lors d’après la quantité d’argent. « Ce qui est cédé pour de l’argent va à celui qui en donne le plus, indépendamment des considérations relatives à la qualité du cessionnaire ; en revanche, là où interviennent, lors de la cession d’un bien, des paramètres tels que le sentiment de l’honneur, la gratitude, le service rendu, la qualité de la personne à laquelle le bien est cédé revêt une importance primordiale (7). » Seul a du prix sur le marché ce qui possède une valeur marchande. C’est ainsi que l’argent devient une nouvelle religion dans le monde moderne. Il procure sécurité, certitude, et représente aussi, sauf incident de parcours, la promesse d’un avenir serein. Et, à travers toutes ces fonctions, il contribue à donner du sens à la vie.

    Au lieu d’être uniquement un moyen d’atteindre tel ou tel objectif – ce qu’il est incontestablement -, l’argent prend sur nous un singulier pouvoir. Tandis que nous courons après lui plus qu’après nulle autre chose, nous perdons le sens des nuances qui constituent l’essence même de la vie sociale et, avec lui, le sens des qualités individuelles, du rare et de l’éphémère, du moment qui passe, de la proximité, etc. Là où l’argent bat la mesure, toutes les choses perdent leur couleur et sont vouées à l’indifférence. La vie paraît réifiée – au point que tout, hormis l’argent, accuse une perte de sens.

    Celui qui peut goûter aujourd’hui dans son salon, pour le prix d’un CD, une musique de Mozart autrefois réservée aux princes et aux gens de leur cour, celui qui peut acheter sans aucune difficulté des denrées en provenance du monde entier, naguère encore hors de portée, et celui qui, pour le prix d’un billet d’avion, sans avoir connu les fatigues d’un long voyage, se retrouve couché sur une plage des Bahamas, celui-ci réalise sans même s’en rendre compte des rêves encore inaccessibles voici seulement un siècle. Sauf que ces rêves sont loin d’avoir la signification qu’ils revêtaient autrefois.

    Le fait que presque tout devienne objet de commerce crée une situation paradoxale qui entraîne une déperdition de valeur, un « étiolement de l’être sensible », mais aussi, parallèlement, une « attitude conciliante résultant de l’indifférence envers les questions fondamentales de la vie intérieure ». Là où l’argent gomme les différences, tous les hommes deviennent frères dans le commerce. Ils se ressemblent toujours davantage et la méfiance, l’animosité à l’égard de leurs semblables n’est plus de mise : « Telles sont les conséquences positives de ce trait négatif que constitue l’absence de caractère (8). »

    Sous l’empire de l’argent, la société tout entière accuse une perte de caractère, et plus le caractère lui fait défaut, plus les hommes y vivent somme toute en bonne entente – voilà le fin mot de l’histoire. Mais cette entente a un coût, et ils la paient au prix fort, à savoir par un appauvrissement graduel de la signification des sentiments dans la vie publique. Ce qui compte pour moi, personnellement, n’est plus guère autre chose que ce qui compte pour la société en général – et cela se mesure en termes d’argent. Ma vie est cernée de choses qui me sont fondamentalement étrangères mais n’en deviennent pas moins importantes à mes yeux du fait de leur valeur marchande. Et plus je me sens cerné par ces choses, plus elles s’immiscent dans ma vie intime.

    La psyché de l’homme moderne regorge de valeurs symboliques. À mesure que les symboles susceptibles de nous aider à appréhender le monde – dieux, allégories, paraboles, rites – se
    vident de leur substance, nous nous fabriquons, en remplacement, une multitude de symboles matériels. Plus la finance progresse, plus se densifie le réseau des symboles matériels à l’aide desquels nous enrichissons notre vie intérieure. Des symboles qui nous aident à nous orienter dans ce beau monde nouveau des marchandises (9). Huit ans après la fondation de la société Coca-Cola et quatre-vingts ans avant l’apparition des premiers polos Lacoste à l’effigie du crocodile, cette évocation de la société actuelle du statut, de l’objet culte et des marques se révèle carrément prophétique.

    On imagine sans peine ce que cela signifie pour la morale. Avec l’argent, nous avons en main une arme totalement dépourvue de caractère. L’argent est la seule chose au monde dont la qualité se mesure uniquement en termes de quantité. Le fait d’évaluer quasiment toute chose sur la base de ce moyen sans caractère aboutit à un nivellement des autres valeurs. Vu sous cet angle, le défaut de caractère propre à l’argent ne peut que corrompre par contagion le caractère des hommes. La teneur même de la vie s’appauvrit à mesure que l’argent prend plus d’importance. Au heu d’être seulement un moyen, il devient le moyen des moyens, autrement dit une fin en soi.

    Simmel a-t-il raison ? S’il était besoin de démontrer d’une manière plus concrète à quel point le cerveau de l’homme occidental est programmé par l’argent, il nous faudrait chercher du côté de qu’il est convenu d’appeler la « neuro-économie ». La remnographie a permis à des chercheurs de nombreux pays d’étudier avec précision la manière dont notre cerveau réagit à la rémunération financière. L’un des pionniers dans ce domaine est le neuropsychologue américain Brian Knutson, de la Stanford Uni-versity. Knutson s’est intéressé en particulier à notre dynamique émotionnelle, dont le siège se situe dans le système limbique du cerveau intermédiaire(1)0. Il n’a pas lésiné sur les moyens pour en étudier le fonctionnement, provoquant délibérément de fortes émotions fondées sur des expériences d’ordre visuel. Il montra par exemple à ses sujets d’expérience des photographies de personnes nues et observa les réactions déclenchées par la vue de ces photos dans le cerveau intermédiaire des individus qui lui servaient de cobayes. Il leur présenta ensuite des photos de cadavres décapités. Comme on pouvait s’y attendre, les photos suscitèrent de vives réactions émotionnelles. Mais les réactions les pius fortes lurent obtenues quand il leur proposa de l’argent. Cette proposition eut pour effet une puissante stimulation du système mésolimbique et, plus particulièrement, du noyau accumbens, qui exerce une influence notable sur les comportements de dépendance. Sous l’effet de la dopamine agissant comme neurotransmetteur, ce noyau constitue également le centre du plaisir.

    De son côté, l’économiste Armin Falk, disciple d’Ernst Fehr, met en évidence de manière on ne peut plus convaincante le plaisir que la perspective de l’argent déclenche dans le système de récompense de notre cerveau intermédiaire (11). Un plaisir d’autant plus grand que la somme d’argent est importante. Le fait que l’intensité du plaisir généré par notre système mésolimbique soit en rapport direct avec le montant, et cela indépendamment de sa valeur réelle, est particulièrement significatif. Mille francs suisses déclenchent ainsi dans notre cerveau plus de plaisir que neuf cents euros – bien que ce dernier montant représente une valeur objectivement plus importante. Ce n’est donc pas seulement à l’argent, c’est aussi à l’«illusion de l’argent » que notre cerveau réagit : l’importance ressentie de la somme dépasse sa valeur réelle.

    Confrontés à l’argent, en particulier à des sommes élevées, la plupart des gens perdent le contrôle d’eux-mêmes. Des régions cérébrales gouvernant la satisfaction des instincts et les émotions primitives prennent le relais de la pensée et nous plongent dans un état d’avidité. Une appétence presque insatiable se manifeste brutalement – un mécanisme que Karl Marx décrivait déjà très précisément lorsqu’il écrivait : « L’instinct de thésaurisation (Schatzbildung) est par définition démesuré. Du point de vue qualitatif et formel, l’argent est sans limites : il est le représentant unique de la richesse matérielle et peut, à ce titre, être échangé contre n’importe quelle marchandise. Mais, en même temps, toute somme réelle d’argent étant quantitativement limitée, l’argent ne constitue qu’un moyen limité d’échange. Cette contradiction entre les limites quantitatives et l’absence de limites qualitatives de l’argent assimile l’acte de thésaurisation à un travail de Sisyphe. La thésaurisation s’identifie à une accumulation qui n’a pas fin. Celui qui thésaurise (le Schatzbildner) est comme ce seigneur de la guerre qui, parti à la conquête du monde, constate qu’une nouvelle frontière à franchir se profile systématiquement â l’horizon du pays qu’il vient de conquérir (12). »

    Les preuves sont accablantes. L’argent concourt notablement à stimuler notre avidité et à façonner notre comportement de dépendance. Mais l’avidité et la dépendance nous poussent essentiellement à gagner de l’argent. Sa possession, en revanche, ne procure que peu d’émotions plaisantes. Elle génère au contraire des sentiments d’une tout autre nature. À la place du plaisir qu’elle est censée nous procurer, de l’avidité qu’elle est censée assouvir, sa possession débouche sur des considérations sécuritaires qui se traduisent par des sentiments tels que la peur et la méfiance.

    Nombreuses sont les raisons qui font que l’argent nous détourne de nos principes et neutralise notre sens moral. L’avidité primitive et la structure de dépendance du noyau accumbens ne sont que deux raisons parmi d’autres. Parmi ces dernières, les conséquences sociales de la richesse et de la pauvreté jouent assurément un rôle déterminant. Une dangereuse perte de repères guette celui qui est brusquement arraché à son environnement habituel du fait d’un soudain enrichissement ou d’un basculement dans la pauvreté. Si Simmel voit juste lorsqu’il déclare que l’argent tisse une toile d’araignée sur l’édifice social, il est clair que cette toile est alors mise à rude épreuve. Car, si les valeurs matérielles qui me tenaient lieu jusque-là de repères se déprécient sensiblement en très peu de temps ou s’apprécient au contraire très vite de manière exponentielle, il y a fort à parier que cela aura pour conséquence un dérèglement plus ou moins profond de mon système interne de coordination. Plus les changements qui s’opèrent dans ma situation matérielle seront importants, plus le désordre résultant de ces changements sera grand et plus mon comportement social en sera affecté. Il n’est pas rare que des modifications significatives de revenus signifient la fin d’amitiés de longue date ou de mariages tenus pour indéfectibles.

    Notre vie normale se déroule selon deux systèmes de valeurs parallèles qui n’ont pas grand-chose de commun. Lorsque nous estimons la valeur d’objets ou de services, notre estimation se fait suivant des critères différents de ceux auxquels nous recourrons pour évaluer le prix de l’amitié, de l’amour, de la confiance. Proposer de l’argent à un ami afin qu’il apporte une bouteille de vin pour un dîner en commun serait une offense. Lorsque nous sommes invités à dîner par des amis, nous ne posons pas une somme d’argent sur la table après le repas. Nous ne payons pas non plus notre épouse ou notre époux pour manger, faire l’amour ou nous soutenir dans nos entreprises. Vue sous cet angle, notre vie quotidienne se déroule – du moins dans l’idéal – simultanément dans deux mondes distincts : le monde des normes sociales et le monde des normes de marché.

    Dans le monde des normes sociales, il existe également des formes de rémunération. Cependant, la monnaie d’échange, dans ce domaine, n’est pas l’argent (ou alors de manière tout à fait exceptionnelle) mais l’attention. Les choses deviennent particulièrement délicates lorsque les deux mondes interfèrent. Ainsi nous aventurons-nous sur un terrain mouvant lorsque, pour ne citer qu’un exemple, nous prêtons de l’argent à un ami. Si les normes de marché ne devraient pas prévaloir dans ce cas précis, nous nous attendons malgré tout, de la part de cet ami, à un comportement conforme au marché. Les amitiés qui n’ont pas résisté à cette sorte d’épreuve sont en réalité innombrables. (La conclusion à tirer de cela ne peut être que la suivante : ou bien ne pas prêter d’argent à un ami, ou bien – ce qui est quand même une attitude plus amicale -, lui prêter de l’argent mais ne pas attendre de sa part un comportement conforme au marché ! )

    Si l’on considère l’évolution des pays du monde occidental, on ne peut qu’être frappé par la régression des normes sociales au cours des deux cents dernières années. En revanche, les normes de marché y ont fortement progressé, exerçant leur influence jusque dans les domaines les plus intimes de notre vie privée (13). Les relations amoureuses ne nous tombent plus du ciel comme quelque soudaine pluie bénéfique, et ce type de partenariat est devenu un domaine d’« investissement » comme un autre. Comme la marchandise se déprécie rapidement, nous sommes aujourd’hui non moins rapidement disposés à investir dans une relation nouvelle dont le rendement nous paraît meilleur.

    Le psychologue de l’économie Dan Ariely du Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston en arrive à une conclusion analogue : « Lorsqu’il y a collusion entre une norme sociale et une norme de marché, la première est systématiquement abolie ». Il ajoute : « Or, le rétablissement d’une norme sociale n’est pas chose facile. Lorsqu’une rose tombe du buisson – lorsqu’une norme sociale est éclipsée par une norme de marché -, elle n est que rarement remplacée . » C est d autant plus regrettable « qu’une vie avec moins de normes de marché et plus de normes sociales serait infiniment plus satisfaisante, plus créative, plus riche, et qu’on y prendrait davantage plaisir (15) ».

    Les mondes séparés de la logique sociale et de la logique de marché rendent la question de la morale beaucoup plus complexe que n’auraient jamais pu l’imaginer Aristote ou Kant. Car, en présence de tout acte vertueux, de toute déclaration de principe, il faut aujourd’hui commencer par se demander de quoi il est question exactement et dans quel domaine on se situe. À cet égard, un exemple frappant nous est fourni par l’attitude d’un ex-bourgmestre de Cologne dont je tairai le nom car je suis persuadé qu’il lui déplairait d’être nommément cité ici. Cet homme, en sa qualité de citoyen animé par des considérations sociales, se positionnait publiquement en tant que défenseur des sans-abri et des pauvres en général. Et c’est ce même homme qui, en même temps, usait de son influence au sein du conseil d’administration de la Caisse d’épargne pour que les demandes d’ouverture de compte formulées par des personnes démunies soient systématiquement rejetées.

    Bien entendu, cela ne signifie pas que le comportement de marché ne réponde à aucune convention sociale. Mais, dans le monde de l’économie, le fair-play, la confiance, l’honnêteté ne reposent ni sur la sympathie, ni sur la compassion, ni sur aucune considération de cette sorte. Les conventions sociales ne constituent en l’occurrence qu’un consensus minimal visant à codifier les règles du jeu. Cela n’a pas plus à voir avec des motifs éthiques que la morale de rapace formulée en ces termes par Michael Ghiselin : « Gratte un altruiste et tu verras saigner un tartufe » (Cf. Loup parmi les loups. Ce qu’on appelle le mal).

    1. La vidéo correspondante se trouve sur http://email.eva.mpg./ ~ warneken/video.
    2. Félix Warneken et Michael Tomasello : «ALTRUISTIC HELPING IN HUMAN INFANTS AND YOUNG CHIMPANZEES », dans SCIENCE, 311 (3), 2006, pp. 1301-1303 ; « COOPÉRATIVE ACTIVITIES IN YOUNG CHILDREN AND CHIMPANZEES », dans CHILD DEVELOPMENT, 11 (3), 2006, pp. 640-663 ; Félix Warneken, B. Hare, A.P. Melis, D. Hanus et Michael Tomasello : « SPONTANEOUS ALTRUISM BY CHIMPANZEES AND YOUNG CHILDREN », dans PLOS BIOLOGY, 5 (7), 2007, pp. 1414-1420 ; Félix Warneken et Michael Tomasello : « HELPING AND COOPÉRATION AT 14TH MONTHS OF AGE», dans INFANCY, 11 (3), 2007, pp. 271-294.
    3. Félix Warneken et Michael Tomasello : « EXTRINSIC REWARDS UNDERMINE ALTRUISTIC TENDENCIES IN TWENTY-MONTHS-OLDS », dans DEVELOPMENTAL PSYCHOLOGY, 44 (6), 2008, pp. 1785-1788.
    4. Richard Fabes, J. Fulse, N. Eisenberg : « EFFECTS OF REWARDS ON CHILDREN’S PROSOCIAL MOTIVATION. A SOCIALIZATION STUDY », dans DEVELOPMENTAL PSYCHOLOGY, 25, 1989, pp. 509-515.
    5. Georg Simmel : PHILOSOPHIE DE L’ARGENT. PUF, Paris, 1987.
    6. IBID. : La première partie de l’ouvrage « vise à appréhender l’essence de l’argent sur la base des conditions et des circonstances de la vie d’une part, en termes d’efficacité d’autre part » et p. 14 : « La seconde partie, synthétique, traite de l’apparition de l’argent sur la scène de l’histoire et de ses effets sur le monde intérieur : sur le sentiment existentiel des individus, sur l’imbrication de leurs destins, sur la culture en général. »
    7. IBID.
    8. IBID.
    9. IBID.
    10. Brian Knutson, G.W. Fong, S.M. Bennett, C.S. Adams et D. Hommer : « A REGION OF MESIAL PREFRONTAL CORTEX TRACKS MONETARILY REWARDING OUTCOMES : CHARACTERIZATION WITH RAPID EVENT-RELATED FMRI », dans NEURO-IMAGE, 18, 2003, pp. 263-272. Cf. aussi : P. Winkielman, M. Paulus, J.L. Trujillo : « AFFECTIVE INFLUENCE ON JUDGMENTS AND DÉCISIONS : MOVING TOWARDS CORE MECHANISMS », dans REVIEW OF GENERAL PSYCHOLOGY, 11, 2007, pp. 179-192 ; ainsi que J. Bhanji, R.E. Cooney, L. Adas, I.H. Gotlib : « NEURAL RESPONSES TO MONETARY INCENTIVES IN MAJOR DEPRESSION », dans BIOLOGICAL PSYCHIATRY, 63, 2008, pp. 690-692.
    11. Armin Falk, Bernd Weber, Antonio Rangel et Matthias Wibral : « THE MEDIAL PREFRONTAL CORTEX EXHIBITS MONEY ILLUSION », dans PROCEEDINGS OF THE NATIONAL ACADEMY OF SCIENCES, tome 106 (13), 2009, pp. 5025-5028.
    12. Karl Marx : LE CAPITAL : CRITIQUE DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE, tome 1, PUF, 1963.
    13. Cf. aussi à ce sujet : Eva Illouz : DER KONSUM DER ROMANTIK. LIEBE UND KULTURELLE WIDERSPRIICHE IM KAPITALISMUS (« la consommation dans le monde romantique. L’amour et les contradictions culturelles dans 1er capitalisme »), Suhrkamp, 2007.
    14. Dan Ariely : DENKEN HILFT ZWAR, NÜTZT ABER NICHTS. WARUM WIR IMMER UNVERNÜNFTIGE ENTSCHEIDUNGEN TREFFEN (« penser aide mais ne sert à rien. Pourquoi nous prenons constamment des décisions déraisonnables »), Droemer, 2008, p. 105.
    15. IBID.

  12. heureusement il y a aussi des ilots de résistances :

    JUPITER & OKWESS INTERNATIONAL
    République démocratique du Congo / Le groove de 450 ethnies
    1ère partie : Magie Burlesque – Cie Carton Plein
    EN CONCERT / PRIX LIBRE
    sam 22 sept

    1. Il n’est pas écrit gratuit…Au Congo les consommateurs sont prudents et pour certains services plus ou moins incertains, ils payent après… c’est la coutume particulièrement dans les transports car les véhicules peuvent tomber définitivement en panne à tout moment ! Pour éviter les réclamations le paiement intervient à la fin du service….Il en va de même pour certaines prestations culturelles émanant de groupes peu connus…S’ils affichaient leur prix à l’avance personne ne se déplacerait

      Soyez sûr que le jour où JUPITER & OKWESS INTERNATIONAL sera célèbre, le prix ne sera plus « libre »

  13. « Les loups ne se mangent pas entre eux » (au XVe, « un loup ne mange point l’autre »), bien sûr, et chassent en meute…
    Asimus asimum fricat par contre, c’est du tout bon…

    on peut y inclure les journalistes
    militaires
    flics
    et vous

  14. L’effondrement de notre civilisation peut se résumer en une phrase. « Tout s’achète, tout se vend ».

    Lorsque vous raisonnez ainsi, vous êtes capable d’acheter l’immoralité. Or un système reposant sur l’apologie du mercantilisme et des pratiques immorales (contraires aux droits de l’homme, aux droits des animaux, au respect à la biodiversité, au respect des plus faibles que soit, au respect et droit à la différence, à l’entraide et au partage …) est un système condamné.

  15. faire la queue pour une session parlementaire pour un lobbyiste : 15 $ – 20 $ par heure

    Ils empêchent la démocratie directe en enfermant le dialogue au niveau des corporations pour leur prendre du fric, en gros.

  16. Je viens de lire une revue du livre de Sandel par The Guardian, qui commence par raconter cette histoire incroyable (je traduis) :

    En 1999, Michael Rice, 48 ans et employé de la chaîne de supermarchés Walmart, s’est effondré alors qu’il aidait une cliente à transporter un téléviseur jusqu’à sa voiture. Une semaine plus tard il était mort, et la compagnie d’assurance a payé $300000 pour son décès.

    Jusque là, cette histoire triste n’a rien d’étonnant ; ce qui est plus intrigant, c’est l’identité du bénéficiaire de l’assurance. Ce n’est pas la famille Rice – qui n’a pas reçu un centime – mais Walmart. Dans le procès qui a suivi, il s’est avéré que Walmart avait des centaines de milliers de polices d’assurances sur des salariés, de telle sorte qu’à chaque décès, l’entreprise géante recevait un petit profit.

    Je connaissais l’assurance « homme-clé » qui permet à un investisseur de s’assurer contre le décès d’un dirigeant ou d’un expert dont la disparition risquerait d’avoir un énorme impact sur l’entreprise et donc sur la valeur de son investissement. Dans ce cas, l’investisseur préfère payer quelques milliers d’euros de primes par an (? je ne connais pas les prix) plutôt que de perdre tout son investissement dans le cas improbable d’un sinistre.

    Mais c’est la première fois que j’entends parler d’assurance employé. Une idée de ce qui peut motiver Walmart à prendre une telle assurance ?

    Je m’empresse de dire que « ils le font pour faire un profit » est à la fois une réponse triviale et fausse.

    Elle est triviale, dans le sens où ils ne le font surement pas uniquement pour perdre de l’argent (peut-être que cela leur fait perdre de l’argent, mais ils obtiennent autre chose dont ils ont besoin (quoi ?)).

    Mais c’est aussi une réponse trop simple pour être vraie, car sur 100000 polices d’assurances décès, il n’est pas très difficile de connaître la sinistralité moyenne. L’assureur demandera donc à Walmart une prime plus élevée, afin de réaliser un bénéfice. Si le nombre de décès est prévisible, il n’est pas possible que l’assureur ET Walmart réalisent simultanément un profit. Sauf imprévu, c’est l’assureur qui réalise un profit, et Walmart paie pour se débarrasser d’un risque.

    Quelque chose nous échappe dans cette histoire. Une idée ?

    1. @ Fod

      Admettons : la société d’assurances appartient à Walmart, et si un employé décède Walmart se verse de l’argent à elle-même… Il n’y a pas de besoin de preuves pour voir que cela n’explique pas pourquoi Walmart assurait ses employés.

      Une autre (meilleure) idée ?

      1. @GSF

        Je ne suis ni comptable, ni fiscaliste, mais on peut émettre l’hypothèse que les primes d’assurance (il suffit d’imaginer la somme en multipliant 2 100 000 employés par la prime d’assurance) versées à la société d’assurances sont soustraites du bénéfice comptable, ce qui à la clé permet à Walmart de payer moins d’impôts . Quant aux sommes perçues après le décès, elles doivent certainement bénéficier d’un régime fiscal particulier. Même chose pour la société d’assurances qui sous couvert de provision doit pouvoir soustraire une partie de ses revenus à l’impôt.
        C’est donc tout bénef pour Walmart qui ne passe pas pour une entreprise philanthropique, mais au contraire pour être l’une des plus pingres des Etats-unis. A part un pur montage financier, je ne vois pas d’autres explications sinon celle évoquée par Jean-Luce Morlie d’une couverture du risque juridique.

      2. Optimisation fiscale, idée intéressante. Dans ce cas, il faut que la société d’assurance ne soit pas filiale de Walmart, sinon en compte consolidés il n’y a aucun économie d’impôt. Pour la société d’assurance, pour $1 de primes reçues il faut payer les frais de gestion qui se montent facilement à 20% (en France il faut payer en sus une taxe spéciale sur les cotisations d’assurance), et le reste peut être versé à Walmart sous forme de remboursements. Si les sommes versées à Walmart sont exonérées d’impôt, l’opération peut être gagnante pour Walmart et l’assureur. Est-ce le cas ? A vérifier. En tous cas, merci pour cette idée.

      3. Je confirme: dans son livre, Sandel évoque une niche fiscale négociée par les compagnies d’assurance dans les années 90 qui leur permettait de vendre des assurances-décès à des tiers, tandis que les remboursement étaient exonérés. Le fait est que certaines sociétés qui ont souscrit (AT&T, Dow Chemical, Walmart) n’avaient rien à assurer puisqu’elles sont si très grosses qu’elles ne pouvaient pas diminuer significativement leur risque en le mutualisant avec d’autres. Bien vu Fod.

    2. Arrêtez les frais les mecs. Pure provoc de Gus – qui a reproduit ce même post sur l’econoclaste. Faut vraiment nous prendre pour des billes pour pas saisir la combine de la Walton’s corporation.
      Observez au passage que notre Gus ne nous dit mot de la suite de l’article du Guardian sur le bouquin de Sandel, en l’occurrence à propos du business des « viatiques » offerts aux sidéens couverts sur la vie (sur la mort ici) contre le bénéfice de leurs contrats (les trithérapies ont dû leur faire bobo aux charognards)… Les pseudos-interrogations sélectives de notre Gus quoi.

  17. Il existe une petite assurance dite « gens de maison », utile lorsque vous payer au noir le lavage de vos carreaux. En effet, si la personne tombe et que l’affaire se sait, vous pouvez avoir des problèmes avec le fisc ; par contre, si l’accidenté se retourne contre l’assuré, c’est l’assurance qui paie les frais médicaux. L’assurance ne concerne pas le statut du travailleur, mais la personne physique (dont le nom ne doit pas être déclaré préalablement) . Compte-tenu de la judiciarisation aux USA, la démarche de Wallmart ne pourrait-elle être une forme de couverture du « risque juridique » ?

  18. Je viens de lire en diagonale le livre de Sandel, que je ne connaissais pas. Quelques notes de lecture pour ceux qu’elles intéressent :

    2012.09.23 Michael Sandel – What money can’t buy

    Intro
    Markets corrupt.
    Reply: what is his definition of ‘markets’ and ‘non-market goods’? It seems that Sandel equates markets with money. But when a zek in Kolyma offered Chalamov to escape in order to betray him to the authorities, no money and no markets were involved, and yet it was highly immoral. On the other hand, many monetary transactions are moral.

    1. Jumping the queue
    Markets allocating resources with prices have swamped another allocating mechanism: queues.
    Reply: making people pay with their times seems egalitarian because everybody roughly has the same amount of time, but everybody’s time does not have the same price. What sense does it make to ask an expert surgeon or a brilliant businessman to spend time lining up in a queue rather than doing what they do best: curing us or providing what we want?

    2. Incentives
    Some things should not be bought, e.g. corruption.
    Reply: in corruption, the corrupted agent had previously agreed not to sell! It is a local rule, not an universal rule stating that ‘certain things should not be up for sale’. In the end, Sandel says that the answer depends on the activity, so he basically accepts the idea of local rules. OK

    3. Markets crowd out morals
    Are there some things that money cannot buy (rather than: should not buy)? Friendship, the Nobel prize, cannot be bought because money would dissolve these goods. But not so for kidneys. What about apologies? Giving money in place of a gift? Diplomas or entry into an university? Fairness argument: market transactions are not always voluntary if one of the parties is very poor. What is the alternative but a utopia? Corruption argument: certain goods are diminished when being sold. OK. Both apply to sex and prostitution. Altruism is not a scarce good which gets depleted when used, it is more like a muscle which grows when exercised. Agree.
    Reply: what are we comparing ‘markets’ with? Voluntary barter or coerced ‘exchanges’. The former are morally fine, but rationally less efficient in many circumstances. If what you want is ‘good’ you will get less of it under barter than through monetary exchange and economic calculation. This applies to goods whose quality is not altered by the use of money. As for friendship and Nobel prizes, they already cannot be bought. This leaves the numerous goods whose quality is more or less altered by money, e.g. sex and prostitution. For those, the persons concerned in the exchange have to chose between efficiency and goodness. They can have more, but perhaps less satisfying sex, by paying ; or they can have true love by getting married and staying true to their spouse (or can they?).

    4. Markets in life and death
    Janitor’s insurance at Walmart explained by tax lobbying. Viaticle insurance to cash out life insurance on people struck with a deadly ailment. The discovery of anti-HIV drugs in the 1990’s led many investors to lose money.
    Reply: Sandel insists on the reluctance of people to commodify death and speculate on it since the beginning of life insurance. But he does not mention moral hazard and possible crime incentives.
    The initial moral reservations have faded away as life insurance spread, and as a result it has been difficult to contain gambling. Is that a fact?

    5. Naming rights
    Sponsors place their brand everywhere, baseball players sell autographs, memorabilia, etc.
    Reply: intellectual monopoly should have been mentioned in discussing this issue
    Luxury suites and skyboxes in stadiums: the elite strive to segregate from the crowd.
    Reply: le « paradis » existe depuis longtemps au théâtre, ça n’est pas nouveau
    Larry Summers praises the ‘moneyball revolution’ in using social science and econometrics to remove inefficiencies, but the more efficient new version of the game is less enjoyable to watch, has less action and suspense, etc.
    Reply: if this is the case, it can easily be changed by the sports authorities who have every reason to change the rules of the game to make it a great show.

    Markets do not degrade everything they touch, but they sometimes do although it is often a debatable issue about competing visions of the good life. We must deliberate in order to decide what should be in the realm of markets and what shouldn’t. If we keep our moral and spiritual concerns and our conception of the good life to us instead of bringing it into the public debate, ‘markets will decide for us’.
    Reply: markets are made of people, so the distinction between ‘we’ and the markets really makes no sense. Cf. Destutt de Tracy ‘society is exchange’. Also, government invasion of ethics and moral values has had consequences.
    Democracy requires that citizens of different conditions can encounter one another and negotiate to learn to care about the common good.
    Reply: I agree 100% as long as the means used are non coercive. Cf. Destutt de Tracy again. On the other hand, trying to achieve a sense of belonging to a community of values coercively, by forcing people to obey rules which they don’t want to respect is a recipe for disaster.

  19. Dans le même style, mais en France, j’ai expérimenté récemment des appels téléphoniques vers une clinique et une maison de repos pour prendre des nouvelles d’un malade et à ma grande surprise, le numéro à faire était surtaxé à 0,15 € la minute. Je trouve cela assez sordide.

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