François Fillon, les sept péchés capitaux et le Marché, par Jean-Michel Servet *

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

François Fillon a-t-il chuté dans les sondages parce que les Français vêtus de tee-shirts ou de costumes fabriqués en série et achetés à bas prix désireraient porter des costumes sur mesure ? Parce qu’ils voudraient ne plus regarder l’heure sur leur téléphone portable ou des montres fabriqués en série mais posséder des montres à plus de 10 000 euros l’unité ? Parce qu’ils souhaiteraient habiter dans la Sarthe un château richement meublé et entouré d’un vaste parc ? Parce qu’ils voudraient que des membres de leur famille soient rémunérés pour des activités dont la justice recherche le caractère effectif ? Sans nul doute oui pour quelques contemporains. Certainement pas pour la majorité d’entre eux car peu désirent ce mode de vie.

Avarice et envie

Pour ne pas subir la vindicte publique François Fillon aurait pu s’interroger sur les raisons de cette réponse massivement négative au désir de possession d’oripeaux d’une richesse peut-être mal acquise. Cela lui aurait évité de répondre à un journaliste l’interrogeant sur les costumes reçus d’un bienfaiteur : « Et alors ? » ; puis de se sentir obligé de les restituer.

Dans cette introspection, le candidat aurait utilement dû se remémorer les péchés capitaux. Parmi ceux-ci celui d’envie, car il occupe dans la situation de François Fillon une position paradoxale. L’envie, en tant que péché capital, provoque un mal-être à voir autrui jouir de certains biens. Elle est un regard mauvais porté sur les biens des autres. Une relecture du catéchisme pourrait donc rassurer le catholique Fillon : il serait victime de l’envie des autres.

Voilà donc ses soutiens de la Manif pour tous peut-être rassurés pour la pureté de l’âme de leur héros, sans nul doute aussi parce qu’ils apparaissent obsédés surtout par le péché de luxure dont il semble exempt. Passons outre le péché de gourmandise par le fait de vivre dans le luxe. Le péché d’avarice, par celui de ne pas payer certains biens que l’on consomme. Le péché de colère par l’emportement contre certains journalistes. Et le péché d’orgueil, en maintenant sa candidature.

Le Marché contre la paresse et la gourmandise

Mais un autre facteur joue surtout ici. Le programme de François Fillon a été construit autour de l’efficacité supposée du Marché. Il serait la solution aux problèmes du pays alors qu’une part croissante de la population paraît succomber à d’autres péchés capitaux qui y feraient obstacle. Le candidat se verrait bien investi de la mission de les combattre. Abaisser les coûts salariaux des entreprises, et elles trouveraient facilement des débouchés pour leurs productions. Ce serait simultanément réduire l’appât présumé du gain des employés, autrement dit une forme actuelle de gourmandise. Diminuer les allocations aux chômeurs, autrement dit lutter contre leur paresse supposée, et l’emploi augmenterait. La contrainte ou l’incitation pour y parvenir se trouve dans la soumission de plus en plus forte de l’économie à la seule logique du Marché. Les exemples abondent qui sont supposés en faire un sésame libérateur d’une bonne économie. Remplacer l’enfermement en prison des coupables de certains délits par des amendes, et cette incitation financière remplacerait les vices par la vertu des citoyens. Verser une prime aux enseignants et ils accepteraient aussitôt d’aller enseigner dans les quartiers dits « difficiles », etc. Si l’on résume ce type d’arguments, il présume que la meilleure incitation est une logique du « tout se paie » : négativement en pénalisant monétairement ; positivement en récompensant. Cette domination de l’intérêt privé réduit l’esprit de partage et de don. Tout devrait avoir une contrepartie. Aussi les électeurs peuvent se demander qu’elles ont été celles que ce candidat à la présidence a dû ou devrait offrir en échange des gratuités et des avantages dont lui et ses proches ont bénéficié. L’éloge du Marché pour discipliner et moraliser la population produit alors un inattendu effet boomerang.

* Les billets précédents de Jean-Michel Servet

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14 réflexions sur « François Fillon, les sept péchés capitaux et le Marché, par Jean-Michel Servet * »

  1. Merci Jean-Michel, pour ce magnifique billet.
    Vous auriez pu également ajouter à « ces gratuités et avantages », l’extraordinaire histoire de sa société 2F, juste créée à la dernière limite. Et les incroyables paiements reçus de ses « clients ».
    Cela dit, il reste de toutes façons que ce candidat a toujours sa base électorale — à 18/20 % ?, énorme ! Hier Bruno Le Maire nous a donné une clé : la bassesse des politiciens et l’effet cynique induit chez les électeurs. Il avait été le premier à lâcher Fillon (et je l’avais admiré pour ce geste!). Maintenant retour au bercail : il le soutient … Est-il trop impatient pour attendre son prochain poste de ministre ?
    Eh oui, Fillon c’est ça aussi, c’est cette nébuleuse « balkanyque « autour de lui cette France rancie, sans vraies valeurs, que vous décrivez indirectement dans ses hypocrisies sans fin.

    1. En 2003, le ministre des Affaires Sociales, François Fillon tire une première salve contre notre système de retraites par répartition pour diminuer le montant des pensions, allonger la durée des cotisations et introduire une dose de capitalisation pour le privé, le PERP, et passe en force sur le mouvement social d’ampleur opposé à cette loi.
      En 2010, le ministre du Travail et de la Solidarité du gouvernement de François Fillon, premier ministre, Eric Woerth, aujourd’hui porte-parole de sa campagne malgré les casseroles de l’affaire Bettencourt et autres, fait passer en force encore une fois, une deuxième loi régressive pour notre système de retraites, prolongeant et aggravant celle de 2003.
      En 2017 François Fillon candidat à la présidentielle, nous annonce une nouvelle régression drastique de notre système de retraite, et comme ça ne suffit pas il y ajoute une privatisation larvée de notre Sécurité Sociale pour son vorace ami et voisin châtelain en Anjou, le Comte Henri de Castries, récent ex-PDG du groupe d’assurances privées AXA, mais aussi du groupe Bilderberg-France, auprès duquel François Fillon est adoubé de longue date. Belle constance !
      Tous les sept ans cette obsession le reprend, on dirait… On casse des miroirs en série à la CNAV peut-être ?
      On apprend aujourd’hui, merci et bravo le Canard Enchaîné, que François Fillon était secrètement rémunéré de longue date par son voisin et ami dans la Sarthe (leurs châteaux respectifs à Solesmes et Fougeré sont à une trentaine de km l’un de l’autre), le Comte Henri de Castries, PDG d’AXA, soutien affiché de sa campagne et à qui serait promis un ministère important si François Fillon est élu, genre Bercy, Matignon ou le secrétariat de l’Elysée.
      Si ce n’est pas un cas d’école de forfaiture ça, alors qu’est-ce que c’est ?
      Saura-t-on un jour depuis combien de temps François Fillon est corrompu par AXA ? Au vu de l’historique ci-dessus on peut penser que cela remonte à une quinzaine d’année, quand il était le ministre des affaires sociales de l’époque qui jugeait le président Chirac trop mou sur ces questions de privatisation de notre protection sociale…
      Il nous reste à espérer que ce triste sire se fasse dégager au premier tour et que l’enquête policière puise aller au bout de ses investigations, tout au bout !

  2. En quoi offrir un chic costume ne serait pas conforme à l’éthique du don recevoir et rendre? L’éthique définit un comportement prédéfini selon l’intérêt commun, la morale se manifeste comme une interprétation à posteriori. Fillon peut être perçu comme un candidat éthique et d’une bonne moralité d’après les critères et pratiques de la société. Manifester son immoralité ne l’ empêche pas l’accès au second tour, ses affaires pourrissent la campagne, quelques-uns de ses directeurs et assistants de campagne le quittent et il en vient d’autres pour le soutenir et l’encourager comme Barouin, qui sont les porteurs de l’éthique citoyenne en étant élus et membres d’un parti. Les pratiques de Fillon sont tellement répandues, emploi fictif de la famille et cadeaux d’amis, que cette pratique du don qui en choque certains est admise par eux depuis toujours dans leur petite communauté de connivence public/privé. La distinction public/privé ne correspond à rien de rationnel sauf s’il s’agit d’attribuer les pertes aux plus grand nombre et les gains à quelques-uns. Les vices privés feraient le bien public, cela expliquerait donc tous ces dons aux amis et la famille.

  3. Thomas d’Aquin relatait que l’appellation de « vices » était plus appropriée au terme de « péchés ».
    Ce qui me permet de compléter la liste ne se limitant pas à 7 car à laquelle s’ajoutent à ce personnage l’arrogance, la désinvolture, l’égocentrisme, l’égoïsme, la grossièreté, l’hypocrisie, l’intolérance, la manipulation, le mensonge, la mesquinerie, l’obstination, la prétention, la sournoiserie, la vanité, la vulgarité…Et j’en passe !
    Mais sans doute que son dieu tout puissant lui a déjà tout pardonné…Ainsi que les 18% qui osent encore le soutenir.

  4. En effet, c’est une belle négation des premières valeurs chrétiennes que de mettre au premier plan bâton et carottes d’argent pour proposer une « vie bonne » et juste. On a là un marchand du temple qui a juste su faire semblant mieux que les autres d’être dehors, quand le patronat est devenu le vrai être immanent du monde d’aujourd’hui, présent au temple comme dehors, et sans doute, imagine Fillon, aux cieux de la présidence où il cuverait une paradisiaque immunité (sans Pénélope, qui devrait la quitter pour faire un beau voyage, ça ferait de la matière aux Homères du jour.
    Avec ce petit clin d’oeil de Birmingham pour se faire plaisir en vrai :
    https://www.theguardian.com/uk-news/2017/apr/09/birmingham-woman-standing-in-defiance-of-edl-protester-goes-viral
    (voir la photo entière en milieu de page)

  5. 1/ Depuis de longs mois, Fillon déclare à qui veut l’entendre – et l’antienne est reprise sans critique à la fois par ses séides et par une partie des médias – que son programme est excellent. Excellent au seul prétexte qu’il y a consacré de longs mois. Dès lors, il ajoute qu’une majorité de Français se sentiraient volés si un aussi merveilleux projet n’était pas porté sur les fonds baptismaux de la République. Orgueil ou prétention ?
    2/ Pour convaincre de sa proximité avec le peuple, Fillon a mis en avant son catholicisme et les commentateurs unanimes ont entendu humanité, générosité et bienveillance . Je suggère une autre interprétation. Une éducation catholique éprouvante qui pèse et conduit à la dissimulation, à l’hypocrisie, à inviter à faire ce que l’on dit mais non pas ce que l’on fait. A désirer une autre vie que celle que l’on n’a pas voulue, pas choisie et que l’on a subi sous la férule du père et des curés. Attendez-vous à savoir dirait Geneviève Tabouis : après les affaires de fric, à quand les affaires de jupons ?

  6. Quand on pense que Sarkozy avait réussi a nous extorquer de près d’un demi milliard pour se payer le soutien de Tapie en 2007, après avoir fait appel aux pires canailles imaginables en soutien de ses campagnes, pour lui (Kadhafi) ou Balladur (Manafort), sans parler des visites de courtoisie chez la Vieille de Neuilly…
    L’électorat de droite n’est pas prêt de lâcher l’idée que, quoi qu’en disent les Pères la Vertu de gauche, de droite ou d’ailleurs, dans le couple Sarkozy-Fillon, le bon gars c’était Fillon, et il le reste, seul, contre tous qui plus est.
    Une campagne chemin de croix comme simulacre de rédemption, une élection en guise d’absolution, et ego te absolvo a peccatis tuis in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen.

  7. La droite LR s’est tout autant discrédité que le PS, surtout en écartant A Juppé lors des primaires, entre autres et, d’autre part, en soutenant F. Fillon avec une indécence crasse.
    Vercingétorix a été défait par César, mais Fifi, martyr autoproclamé englué dans le pathos le plus glauque, ne s’en souvient plus. Dommage. Et pour consoler L. Ferry, que les trois poils de Poutou défrisent, lui offrir un marcel en soie rose et un caleçon en pur alpaga, ou comme dirait ZIzi mon truc en plume !

    En tout cas, les juppéistes y voient clairs.
    Avant le premier tour, Apparu appelle (déjà) Fillon à voter Macron au second.
    « Bloqué aux alentours des 17% d’intentions de vote, François Fillon veut croire qu’il peut créer la surprise. En témoigne sa déclaration au Figaro lundi: « Mon instinct commence à se dire que ça va bien se terminer. » Sauf que d’autres, chez Les Républicains, semblent déjà avoir un autre scénario à l’esprit. »
    http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/avant-le-premier-tour-apparu-appelle-deja-fillon-a-voter-macron-au-second_1895578.html

    « Les tenants de la « realpolitik »vont-ils encore oser nous expliquer que le régime de Bachar el Assad est un partenaire fréquentable ?
    – Alain Juppé (@alainjuppe) 5 avril 2017
    http://lelab.europe1.fr/syrie-juppe-flingue-les-tenants-de-la-realpolitik-comme-fillon-qui-veulent-discuter-avec-bachar-al-assad-3221552

  8. Le chemin de croix est en train de se transformer en champ de mines :
    « Le parquet de Paris a ouvert une enquête après que des magistrats du pôle financier et les rédactions du Canard enchaîné et de Mediapart ont reçu des « menaces de mort » qui jettent un nouveau trouble dans une campagne présidentielle, marquée par les affaires judiciaires, a-t-on appris vendredi 7 avril de source judiciaire »
    http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/07/la-justice-ouvre-une-enquete-apres-des-menaces-de-mort-contre-des-magistrats-et-des-journalistes_5107939_4854003.html

  9. Fillon , c’est comme qui dirait devenu la crise d’urticaire du blogueur de gauche , on gratte et ça va mieux, rien que pour ça qu’il en soit remercié

  10. « qu’il en soit remercié »

    Vouiche, assurément, l’urticant Fifi, c’est pas très joyeux , pas plus que l’imbitable Donald, mais ça ne doit pas nous empêcher de rire .
    Le ridicule ne tue pas, à ce titre, c’est donc eux qui devraient nous remercier. Je les remercierai quand ils seront hors-jeu. Ce qui ne devrait pas tarder. Ils s’y emploient à merveille, d’ailleurs de leur coté. M’enfin si on peut aider… Alors ? Via ! Mission de salubrité publique. 😉

  11. Fillon est avant tout un larbin, du genre de ceux qui piquent l’argenterie… l’idée même que ça envisage d’être président est en soi scandaleuse.

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