Archives par mot-clé : matières premières

Permissives contraintes financières : LA VOIE EST LIBRE ! , par François Leclerc

Billet invité

En prologue de son analyse des bilans de 128 banques européennes, la BCE vient comme prévu de calmer le jeu, confirmant qu’elle entend aborder ce périlleux exercice non sans complaisance. Dévoiler la réalité, c’est replonger l’Europe dans une crise aiguë, trop la masquer c’est perdre toute crédibilité.

Dans une lettre à Sharon Bowles, la présidente de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Mario Draghi donne des assurances à propos du traitement réservé aux obligations souveraines. Elles ne feront l’objet d’aucune dépréciation lors de l’examen, à la seule condition que les banques aient prévu de les conserver jusqu’à leur maturité, lorsqu’elles sont remboursées au nominal, si ni un défaut, ni une restructuration ne sont entre-temps intervenus, et si elles n’ont pas été apportées en garantie… à la BCE. On sait comment les banques jouent de ce classement entre banking book et trading book afin de ne pas dévaloriser leurs actifs et améliorer leur bilan, quitte à revenir dessus quand l’occasion se présente. Les actifs destinés à être détenus jusqu’à échéance sont rangés sur la première étagère et ceux qui font l’objet de négociations sur la seconde.

Continuer la lecture de Permissives contraintes financières : LA VOIE EST LIBRE ! , par François Leclerc

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

« GARDAREM LA TERRE ET LA MER » à Nant et sur le Larzac du 14 au 17 juillet 2011

Non, ce n’est pas la vidéo du vendredi : c’est un « hors-série », une édition spéciale. Je ne serai pas à Nant dans le Larzac pour le 40e anniversaire (ça ne nous rajeunit pas, mon bon Monsieur !) de la marche contre l’extension du camp militaire en 1971, et pour exiger le retrait de l’autorisation d’exploration en vue d’exploiter le gaz de schiste, mais je serai là par Skype interposé. Le programme des Rencontres « Gardarem la terre et la mer » se trouve ici.

Pierre Vuarin, de la Fondation Charles Léopold Mayer, m’a demandé d’expliquer à l’intention des participants mon projet d’interdiction des paris sur les fluctuations de prix. C’est ce que je fais ici, comme je l’ai fait il y a quelques semaines en anglais au Sommet de Zermatt.

Spéculation – Exception de jeu – Matières premières – Émeutes de la faim – Pascal Canfin à Bruxelles

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 6 MAI 2011

États-Unis
zone euro
Bourse
marchés des matières premières
Friedrich von Hayek (1899-1992)
« Le capitalisme à l’agonie » (2011)

P.S. : Quand je dis « centripète », c’est « centrifuge » que j’aurais dû dire !

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’actualité de la crise : EN TOTAL DÉPHASAGE, par François Leclerc

Billet invité

Il fallait à tout prix un accord, toute l’énergie des participants au G20 finances y a donc été consacré : quel piètre résultat ! Un compromis a été passé, écartant les réserves de change de la liste des indicateurs ayant vocation à diagnostiquer les facteurs de déséquilibres mondiaux, pour ne retenir que la dette et le déficit public ainsi que l’épargne privée, caractérisant les déséquilibres internes d’un pays, et la balance courante pour les déséquilibres externes. Une formule savante évitant de retenir au premier rang le taux de change et la politique monétaire. Voilà ce à quoi ont pu aboutir, en tout et pour tout, les représentants des vingt plus grandes puissances mondiales totalisant 85% du PIB mondial : un accord infinitésimal !

Tous les autres sujets à l’ordre du jour n’auront pas été traités, cet accord finalement obtenu à l’arraché augurant mal de la bataille suivante qui aura lieu en avril prochain, lorsque des seuils devront être fixés pour chacun des indicateurs retenus, permettant ensuite que des « recommandations » soient adressées par le FMI à ceux qui les dépasseraient. La régulation du prix des matières premières a été renvoyée à plus tard, l’adoption d’un code de conduite permettant de tenter de réguler la circulation des capitaux en folie également, les représentants du BRICS n’en voulant pas davantage.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : EN TOTAL DÉPHASAGE, par François Leclerc

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’EXPANSION, « Spéculation sur les matières premières : Sarkozy a-t-il raison ? », LE 25 JANVIER 2011

Spéculation sur les matières premières : Sarkozy a-t-il raison ?

Entretien avec Laura Raim

Le président de la République a vivement critiqué une étude de Bruxelles mettant en doute l’impact de la spéculation sur la hausse des prix agricoles. Qu’en est-il vraiment ? L’avis du sociologue et anthropologue Paul Jorion.

« L’étude montrant que la spéculation ne conduit pas à l’augmentation du prix des matières premières au niveau mondial, je recommanderais une date pour la publier, le 1er avril », s’est emporté Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse lundi. C’est sûr que le rapport de Bruxelles tombe mal alors que le chef d’Etat fait de la lutte contre la spéculation sur les matières premières agricoles l’un de ses chevaux de bataille pour sa présidence du G20. Encore faut-il s’entendre sur la définition de la spéculation et en comprendre les mécanismes. Les explications de Paul Jorion, sociologue et anthropologue.

Comment spécule-t-on sur les produits agricoles ?

La spéculation se déroule sur les marchés « futures » ou à terme, c’est-à-dire où les intervenants fixent un prix aujourd’hui pour une transaction qui interviendra dans quelques mois. A l’origine, cela devait permettre aux négociants de se couvrir contre les variations de prix. Mais aujourd’hui, entre deux tiers et 90% des transactions émanent de spéculateurs. Il faut distinguer deux approches spéculatives : les investisseurs « longs » et les traders opportunistes. Les premiers achètent en général des parts dans des « fonds longs » constitués de « paniers » de matières premières, comprenant en particulier des produits agricoles et misent sur une hausse à long terme des prix, comptant sur des facteurs structurels comme l’accroissement de la demande chinoise. Ces investisseurs peuvent notamment venir sur le marché des matières premières pour se couvrir contre une baisse du dollar. Cette stratégie de long systématique génère une tendance à la hausse des cours.

Continuer la lecture de L’EXPANSION, « Spéculation sur les matières premières : Sarkozy a-t-il raison ? », LE 25 JANVIER 2011

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

SPECULATION ET SEMAINE DES QUATRE JEUDIS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il ressort de l’allocution ce matin du Président français que des mesures seront proposées par la France dans le cadre du G20 pour tenter de juguler la spéculation sur les marchés des matières premières. Ce que seront ces mesures doit être deviné à partir des réponses qui ont été faites à certaines questions des journalistes. D’abord, pénalisation de ceux qui alternent les positions acheteuses et vendeuses sur les marché à terme des matières premières – comportement auquel on reconnaît les spéculateurs – par une taxe sur les opérations. Ensuite, « garanties financières » (marges substantielles ?) exigées des intervenants pour décourager ceux qui n’ont rien à y faire (d’autre que pousser les prix à la hausse ou à la baisse en vue de leur gain personnel).

On est encore loin bien sûr d’une authentique interdiction des paris sur les fluctuations de prix mais si les mesures mentionnées peuvent être imposées, ce sera déjà beaucoup mieux que rien du tout.

D’où viendra l’opposition ? De ceux qui financent des études tendant à prouver que la spéculation sur les marchés à terme des matières premières est une excellente chose, à l’aide des arguments de bonimenteurs de foire habituels : « elle apporte de la liquidité » (tout intervenant apporte de la liquidité : pas besoin d’être spéculateur), « elle ramène le prix vers son fondamental » (non : elle l’en éloigne en développant des tendances), « elle n’a aucune influence sur le prix… puisqu’il faut bien un acheteur et un vendeur » (de qui se moque-t-on ?). Un des journalistes a d’ailleurs évoqué une « étude menée à Bruxelles prouvant que la spéculation est sans effet ». Le Président français lui a répondu qu’elle avait sans doute été publiée un 1er avril. C’est en effet sur ce ton-là qu’il faut répondre aux défenseurs de la spéculation (comme de l’accaparement d’ailleurs, auquel il a aussi été fait allusion) : son innocence dans la prédation sur l’économie (pompant le sang du consommateur quand elle pousse les prix à la hausse et celui du producteur quand elle les pousse à la baisse) et dans la création de risque systémique (du fait que dans un pari, il y a toujours un perdant), sera établie une fois pour toutes durant la semaine des quatre jeudis.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

LE PRIX, par David Cayla

Billet invité

J’ai lu avec beaucoup d’attention l’ouvrage de Paul Jorion Le prix, et il m’est alors venu une première question : et si les « marchés », et tout particulièrement les marchés à terme où se négocient les prix des matières premières n’avaient été créés, contrairement à ce qui peut se dire, non pas pour protéger les producteurs des « fluctuations », mais bien plutôt pour supprimer les prix ? Supprimer le prix de l’or, de l’argent, du cuivre, du fer, du blé, du maïs, etc.

Et pourquoi supprimer les prix ? Pour briser les reins de l’URSS (à l’époque), sans doute, mais aussi et surtout pour permettre aux Américains en particulier et aux Occidentaux en général de continuer à mener grand train.

Se posent alors d’autres questions : comment forcer les producteurs à accepter ce marché de dupes ? Les producteurs étaient-ils crédules ? Et comment fonctionnent les « marchés », au delà de ce principe, « supprimer les prix » ? Comment y sont-ils parvenus ?

Prenons l’exemple de l’or et de l’argent, qui sont des métaux précieux et pour lesquels il y a (ou il y avait !) historiquement des stocks colossaux en regard desquels la production annuelle est peu de chose. On peut manipuler les prix à la baisse, mais sur ces marchés, le principe – jusqu’à tout récemment en tout cas – était que les acheteurs peuvent choisir indifféremment de se faire livrer leur or ou de déboucler leurs positions. Aujourd’hui, « on » sait ce qu’il en est : les banques centrales occidentales ont vendu ou « prêté » leur or en toute discrétion pour alimenter le marché… Ce qui fera la fortune de tous ceux qui se sont portés acquéreurs de cet or ou de cet argent une fois qu’il sera devenu impossible de continuer à alimenter le marché.

Le raisonnement peut être aisément transposé au cuivre ou au blé : pour maintenir les prix à un niveau artificiellement bas, il fallait être en mesure d’alimenter le marché en abondance. Et pour ce faire, rien de tel que de placer les producteurs dans une situation de surendettement chronique, que ce soient les agriculteurs pour le blé ou carrément des États tels que le Chili pour le cuivre. Car enfin, quel gouvernement sain d’esprit liquiderait ses ressources minières à un rythme aussi effréné quand il pourrait se contenter de produire moins, donc de sauvegarder ses ressources naturelles, mais en vendant à un prix plus élevé ?

De manière subsidiaire, on pourra ajouter que la tendance « naturelle » des marchés à sous-estimer les prix, telle qu’exposée dans l’ouvrage de Paul Jorion, n’a pas spécialement aidé les producteurs… Les contraignant à produire davantage pour s’assurer un minimum de recettes. Et donc à alimenter les marchés en abondance, permettant ainsi à la fois de satisfaire la demande et de maintenir les prix bas… La boucle ne serait-elle pas bouclée ?

Dernière remarque, un effet pervers particulièrement redoutable pour le monde occidental a été qu’en supprimant le prix des matières premières, le prix de la main d’œuvre est devenu LE facteur discriminant dans la « construction » du prix des produits finis. Dès lors, le mécanisme des délocalisations en masse était forcément inéluctable.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’actualité de la crise : PENSER GLOBAL POUR AGIR GLOBAL, par François Leclerc

Billet invité.

En ces temps où les économistes peuvent saisir l’occasion d’être modestes, d’autres ressources sont requises afin d’analyser une crise décidée à ne pas finir. Des concours sont déjà apparus, des anthropologues s’en sont même mêlés, sans avoir été dans un premier temps invités. Des philosophes et des sociologues aussi. On attend désormais la venue d’épidémiologistes, dont l’apport pourrait être également constructif, les mathématiciens étant priés de faire profil bas.

Si la maladie étudiée est tenace, sa propagation est redoutable. Tous ces bonnes volontés ne seront pas de trop pour la combattre, vu qu’il ne lui a été pour l’instant trouvé comme seul remède qu’une saignée sans fin, certains ayant le privilège royal d’en être dispensés.

Prenons d’abord le cas de l’Europe, pour examiner comment opère la contagion. A quoi bon s’inquiéter de taux obligataires déments, pourrait-on se demander, si les pays qui sont concernés n’ont pas à faire leur marché dans l’immédiat ? Sauf à prendre en compte la poussée de fièvre que les taux espagnols, et mêmes italiens, connaissent également, signal que ces deux pays pourraient, après le Portugal, à leur tour entrer dans la zone des tempêtes. A l’arrivée, cela ferait beaucoup à digérer pour la zone euro et son mécanisme de stabilité financière.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : PENSER GLOBAL POUR AGIR GLOBAL, par François Leclerc

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’actualité de la crise: Les hors la loi modernes (I),par François Leclerc

Billet invité.

LES HORS LA LOI MODERNES (partie I)

Mais où est donc passé le diable ? Une fois de plus, il est perdu dans les détails et les méandres de la régulation financière, faisant de toute tentative de cerner ses très relatifs progrès un exercice fastidieux, alors que s’annoncent de multiples grands rendez-vous internationaux: Assemblées du FMI et de la Banque Mondiale, G20 Finances, G20 Travail (une innovation), puis celui des chefs d’Etat…

Plus nous approchons du fatidique moment où des décisions devront finalement être prises, plus les discussions se tendent, les fameux détails pesant de tout leur poids. Ce qui n’implique pas, au contraire, que celles-ci se tiennent au grand jour, laissant à l’observateur comme principale ressource de scruter ce qui émerge, avec beaucoup de blancs à remplir et dans une grande cacophonie. L’ensemble étant proféré par une multitude d’intervenants ayant tous leurs mots à dire et le faisant savoir quand cela les arrange.

Le FSB (Financial Stability Board), le FMI, le Comité de Bâle, la Commission de Bruxelles et les commissaires européens had hoc, les nombreux régulateurs nationaux des deux côtés de l’Atlantique (dont l’impressionnante collection américaine), sans oublier l’IASB (International Accounting Standards Board) et le FASB (Financial Accounting Standards Board) chargés de définir les normes comptables – l’équivalent du mètre-étalon – le premier pour le monde entier et le second pour les seuls Etats-Unis, qui disposent de cet étonnant privilège. Ni bien entendu les innombrables lobbies et organismes professionnels qui font le siège des précédents et feu de tout bois non sans arrogance et détermination.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise: Les hors la loi modernes (I),par François Leclerc

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

« Allez, tous ensemble, on construit une cabane… »

Vous avez été jeune, voire même vous l’êtes toujours ! Vous avez été scout… ou vous avez regretté de ne pas l’être ! Vous avez été misanthrope toute votre vie mais devant la tournure que prennent les événements, vous avez compris qu’il était temps de changer ! Alors voilà un petit projet pour le weekend.

Durant la vidéo que j’ai enregistrée tout à l’heure, j’ai fait allusion à un mail que je venais de recevoir, me disant que je pouvais être utile. Je viens de le lire ainsi que la documentation attachée et je crois que c’est vrai. Mais il faut qu’on s’y mette tous ensemble. Ça peut être aussi amusant que de construire une cabane et je promets qu’il y aura feu de camp tous les soirs avec des gens qui chantent mieux que moi. Tout le monde ne coupe pas du bois aussi bien mais il y a aura des choses à faire pour tout le monde.

Alors voilà de quoi il s’agit : la CFTC, non : pas le syndicat français, la Commodity Futures Trading Commission américaine a lancé une enquête sur une règle qu’elle envisage d’instaurer, qui limite drastiquement l’accès des spéculateurs aux marchés à terme des matières premières. Comme vous le verrez dans l’article que je recopie ci-dessous, ceux qui répondent à l’enquête, ce sont essentiellement les spéculateurs eux-mêmes. On n’en sera pas surpris : ils ont les ronds, ils ont les équipes. Nous, on n’a comme financement que les donateurs du Blog de Paul Jorion, mais on a une fine équipe. Les commentaires sont ouverts aux étrangers, donc on n’a pas d’excuses !

Vous ne connaissez peut-être pas la finance mais vous savez peut-être traduire un texte anglais en français ? Quand je vous disais qu’il y aura du travail pour tout le monde !

Le site est ici. La copie doit être rentrée pour le 26 !

On commence. Un volontaire tout de suite pour traduire en français ce qui suit !

Un silence de mort accueille la consultation de la CFTC

Continuer la lecture de « Allez, tous ensemble, on construit une cabane… »

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’actualité de la crise : Coup d’avance japonais dans la régulation, par François Leclerc

Bilet invité.

COUP D’AVANCE JAPONAIS DANS LA REGULATION

Il est souvent difficile, étudiant longuement dans le détail tous ces mécanismes financiers et leurs effets, de ne pas faire une pause afin de se poser de temps en temps un peu naïvement la question : « Mais quand va-t-on se décider à arrêter ce jeu de massacre ? ». Pour replonger derechef dans ses savantes découvertes, ne sachant ni qui pourrait le décider, ni par quel moyen il y parviendrait.

Car tout concourt à ce qu’il s’amplifie, ce massacre. Les bulles en train de gonfler (dont celle des matières premières, à laquelle on ne prend pas assez garde, dont la montée en puissance vient d’être dénoncée par ThyssenKrupp, le leader Allemand de l’acier). Le carry trade, qui survalorise relativement les devises des pays émergents et pénalise lourdement leurs exportations, les déséquilibrant. L’achat par les banques des obligations d’Etat, grâce aux liquidités à taux presque zéro des banques centrales, avec l’espoir qui sera exaucé que leurs taux montent, en raison des déficits croissants causés par leur propre renflouement ainsi que par les plans de relance de l’économie en crise (dont elles portent la responsabilité).

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : Coup d’avance japonais dans la régulation, par François Leclerc

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’actualité de la crise: L’invraisemblable désinvolture, par François Leclerc

Billet invité.

L’INVRAISEMBLABLE DESINVOLTURE

Le capitalisme, déjà mis en cause pour sa logique financière dont le bilan des conséquences reste à faire, ainsi que pour sa contribution à l’utilisation irraisonnée des ressources de la planète, pour ne pas parler de celle au réchauffement de son atmosphère aux effets imprévisibles, est-il ou non en premier lieu responsable de l’impressionnante addition de ces méfaits, dont la liste s’allonge ? Si la réponse devait être affirmative – poser la question n’est pas y répondre pour les autres – il serait alors vraiment urgent de changer de modèle de société, sans attendre qu’il ne s’effondre de lui-même, sur nous, ou bien qu’il se réforme et s’amende, ce dont il ne donne pas de signal extrêmement convaincant.

S’il était décidé de lui donner une dernière chance, dans un accès d’insouciance ou bien d’inconscience, pourrait-il lui être proposé de régler un autre petit problème, dont on va parler à l’occasion de la Conférence de la FAO qui débute demain à Rome ? Jacques Diouf, secrétaire général de la FAO, vient d’effectuer une grève de la faim symbolique de 24 heures, rejoint a-t-il été annoncé par Ban-Ki Moon, le secrétaire général de l’ONU. Il a estimé que la production agricole devait augmenter de 70% d’ici 2050 et demandé aux Chefs d’Etats des engagements et du concret (ceux du G8 devraient briller par leur absence). « Les pauvres ne peuvent pas se nourrir de promesses », a répondu Francisco Sarmento, de l’ONG ActionAid. Car, pour la première fois, nous avons dépassé le cap du milliard d’êtres humains officiellement frappés de malnutrition. Les discours sur le recul de la pauvreté et de famine ne sont plus de circonstance et ne sont d’ailleurs même plus prononcés. Nous sommes également placés devant la perspective d’alimenter en 2050 (dans une génération et demie) les 9 milliards d’habitants que la terre devrait alors compter. Au regard de ce que nous constatons déjà, de la pitoyable comédie de la régulation financière qui nous est jouée, ainsi que de l’échec annoncé du sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique, que l’on tente de camoufler au dernier moment, est-ce qu’un tel pari de notre part serait très responsable ? Et pourtant…

Continuer la lecture de L’actualité de la crise: L’invraisemblable désinvolture, par François Leclerc

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Mes livres sur la crise : petit récapitulatif

La remarque d’Auspitz,

Pendant deux ans, Paul a recherché les éléments dont il avait besoin pour conforter ses intuitions ; aujourd’hui, tout cela est dans ses livres ; si nous voulons rester au même niveau de compréhension des phénomènes, nous devons les lire

m’a donné l’idée de ce petit récapitulatif :

La crise du capitalisme américain (La Découverte 2007 ; éditions du Croquant 2009)

Écrit en 2004-2005, publié en janvier 2007. « Le livre qui a annoncé la crise ». L’ouvrage explique pourquoi il y a aura une grande crise du capitalisme américain. Le surendettement des ménages américains. La disparité des revenus aux États–Unis. L’industrie du crédit hypothécaire et ses abus. La dynamique des bulles financières. Les États–Unis otages de la Chine.

L’implosion. La finance contre l’économie : ce que révèle et annonce la « crise des subprimes » (Fayard 2008)

Publié en mai 2008. Pourquoi les subprimes sont-ils à l’origine d’une crise majeure ? Les différents types de crédits hypothécaires et leur rôle dans la dynamique de la bulle. Pourquoi il était rationnel d’aider les pauvres à acheter des maisons. Pourquoi Greenspan n’y est pour rien. Une chronique au jour le jour : de la dépréciation des titres adossés à des crédits hypothécaires, au tarissement du crédit de l’été 2007. Une constitution pour l’économie.

La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire (Fayard 2008)

Publié en novembre 2008. L’année de l’explosion : une chronique au jour le jour. La spéculation sur les matières premières. Jérome Kerviel. Le salaire des traders et… celui des autres. Mon expérience chez IndyMac et Countrywide. La fin du capitalisme ?

L’argent, mode d’emploi (Fayard 2009)

Publié en octobre 2009. L’argent dans ma poche. Argent et dette. Les intérêts. L’argent dans nos esprits. D’où vient l’idée que les banques commerciales créent de l’argent ? Les banques centrales. La titrisation pour débutants. Madoff : la « cavalerie » ou « machine de Ponzi ». L’argent comme problème pour vous et moi. La spéculation. Pourquoi interdire les paris sur les fluctuations de prix ? L’argent d’Émile Zola.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Commission Spéciale sur la Crise Financière, Économique et Sociale (CRIS) du Parlement Européen, le 10 novembre 2009

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’étais hier après-midi, l’un des huit « experts » conviés par la Commission Spéciale sur la Crise Financière, Économique et Sociale (CRIS) du Parlement Européen, à Bruxelles, sur « Les causes de la crise financière, ses conséquences et ses défis pour l’Union Européenne ».

Depuis la rentrée en septembre, j’ai participé à une demi-douzaine de réunions de ce type, où une brochette d’orateurs est appelée à se prononcer sur un thème similaire. Spécificité de l’après-midi d’hier : la médiocrité des interventions de mes co-panélistes, accumulant les clichés, les propos convenus, ânonnant les directives – qui de sa banque, qui de son gouvernement –, tout cela dans une affreuse langue de bois bureaucratico-administrative. Autre spécificité de la réunion d’hier : le très faible niveau d’information des intervenants de la salle, émergeant parmi les quelques centaines de parlementaires présents et leurs assistants, et posant des questions dont la teneur suggère – pour utiliser l’expression consacrée – qu’ils ou elles « tombent des nues ». J’excepte intentionnellement du lot, ceux qui, s’adressant à moi, insistèrent pour entendre le point de vue spécifique d’un anthropologue.

J’ai présenté comme origine de la crise, cinq causes principales (le résumé de mon intervention devrait être mis en ligne sur le site du comité) : baisse de la part salariale dans le partage du surplus au cours des trente dernières années – soulignant le rôle joué par les stock-options dans ce processus –, remplacement des salaires déficients par une politique de crédit complaisante, montée en puissance des bénéfices financiers dans la création de richesse – jusqu’à dépasser aux États-Unis 40 % de celle-ci, médiocrité et insuffisance des modèles financiers, aussi bien dans la valorisation des produits que dans la gestion du risque, enfin, vice conceptuel de la titrisation, transposant abusivement une logique assurantielle à un secteur – l’immobilier – coutumier des bulles financières.

Concluant par une perspective géopolitique, j’exposais brièvement la dynamique du « G2 » – encore appelé « Chimérique » – l’illustrant d’une référence au principe « faire de la force de son adversaires, sa faiblesse », emprunté aux arts martiaux chinois aussi bien qu’à l’« Art de la guerre » de Sun Tzu. M’adressant à l’auditoire, je lui demandais de manière très rhétorique si l’Europe entendait suivre les États-Unis dans le gouffre qui s’est creusé sous elle, et où elle se précipite en ce moment avec un enthousiasme renouvelé, ou si elle entendait émerger dans sa spécificité propre, comme troisième voie entre la Chine et l’Amérique.

Le temps des questions m’offrit également l’occasion de défendre l’idée d’une constitution pour l’économie, ainsi que l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix.

L’apathie, la passivité, le manque d’un sens de l’urgence, qui caractérisaient les interventions entendues hier impliquent-elles que je devrais ignorer désormais les réunions de ce genre ? Non, car détonaient sur ce fond de médiocrité bureaucratique généralisée, les propos de Wolf Klinz, Président du Comité, et ceux de Pervenche Berès, son Rapporteur, les seuls à converger avec les miens. En m’invitant à témoigner devant ce comité, ils entendaient secouer le cocotier, tâche dans laquelle je serai toujours prêt à les seconder.

—————————–
Voici ma liste des cinq principaux facteurs à l’œuvre dans le déclenchement de la crise, liste communiquée à la Commission (elle sera affichée sur son site dans les jours qui viennent).

Hearing: The causes of the financial crisis and the consequences and challenges for the European Union

De nombreux facteurs ont contribué à provoquer la crise. Voici les cinq principaux :

1. la baisse tendancielle de la part des salaires dans la redistribution du surplus, constatée en Occident à partir du milieu des années 1970.

L’« alignement des intérêts » des investisseurs et des dirigeants d’entreprise grâce à l’invention des stock options, joua un rôle crucial dans ce processus : deux parties déjà très puissantes dans l’équilibre des forces étaient désormais alliées dans leur convoitise d’une part de gâteau leur revenant. Investisseurs et dirigeants d’entreprise conjuguèrent leurs efforts, l’accent étant mis sur la croissance du chiffre des recettes faisant s’élever le prix de l’action. Conséquence secondaire de cette évolution : le court-termisme, l’accent mis sur le bénéfice immédiat.

Continuer la lecture de Commission Spéciale sur la Crise Financière, Économique et Sociale (CRIS) du Parlement Européen, le 10 novembre 2009

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’actualité de la crise : Quadratures du cercle, par François Leclerc

Billet invité.

QUADRATURES DU CERCLE

C’est avec des mots choisis que les temps prochains nous sont contés. « USA : le patron de la banque centrale mise sur une reprise à court terme » titrait hier encore une dépêche d’agence, à propos de la réunion des banquiers centraux de Jackson Hole (Wyoming) ; mais seule la lecture de celle-ci nous apprenait toutes les réserves que Ben Bernanke mettait à la réalisation de cette perspective, ainsi que la modestie de la reprise pour laquelle il formulait ses vœux. Au fil de la lecture des titres de la presse internationale, il est flagrant de constater combien de nombreux journalistes, ces temps-ci, aimeraient bien pouvoir annoncer de bonnes nouvelles. A leur décharge, ces titres de leurs papiers ne sont généralement pas rédigés par eux-mêmes, mais par les secrétariats de rédaction, ou les desks pour les agences.

Au-delà des phrases alambiquées qui sont employées par les « décideurs » pour annoncer la suite des événements, que les médias reproduisent, effets de leurs recherches soutenues de la formule qui pourra signifier que cela repart, alors que ce n’est pas encore le cas, un fait est considéré comme assuré et ne fait l’objet d’aucun débat : l’économie devrait redémarrer, mais le chômage va encore progresser. Ne cherchez pas dans leurs propos une explication à ce phénomène singulier, vous n’en trouverez pas ! Tout au plus vous sera-t-il explicité qu’il y a un temps de latence (du à l’écoulement des stocks, nous disent-ils), que c’est normal et c’est comme cela, et puis que cela ira mieux ensuite. Nul part la croissance qui nous est promise est analysée. D’où proviendra-t-elle donc ? Mystère, son moteur n’est pas décrit, le secteur d’activité qui en sera responsable pas cerné. Les plus explicites des commentateurs procèdent par élimination et, après avoir en premier lieu tous biffé d’un trait la relance par la consommation, en arrivent à la même conclusion : ce sont des exportations que viendra la délivrance, sans hélas préciser quels seront les pays importateurs ! Dans un premier temps, la Chine avait été chargée de cette lourde mission, mais l’accumulation de ses propres problèmes a fait réfléchir. On en est à l’Amérique Latine, excusez-nous du peu ! En réalité, la seule croissance que l’on connaît est celle des services financiers, et l’on s’attend – des hausses notables étant déjà constatées dans le secteur des « commodities » (matières premières, dont les énergétiques et les alimentaires), alors que l’économie est en pleine récession – à une nouvelle flambée des prix. Une relation de cause à effet serait-elle envisageable entre les deux ?

Le discours sur le chômage fait donc l’objet d’une unanimité pas vraiment rassurante, mais le mot qui fâche n’est pas encore prononcé. Il n’est pas encore explicité que celui-ci va inévitablement être structurel pour partie, une manière de dire permanent ou, tout du moins, très difficile à résorber. Car ce n’est pas la « prime à la casse », dont le gouvernement américain vient d’ailleurs d’annoncer la fin, qui va régler durablement les problèmes (également structurels) de l’industrie automobile, par exemple. Et, d’une manière générale, rien ne va venir efficacement contrarier l’essor industriel des pays « émergents », ainsi que ses conséquences sociales dans les pays « développés », si la reprise est au rendez-vous, même faiblement. Par ailleurs, les économistes reconnaissent que les ménages vont continuer d’avoir des « difficultés d’accès » au crédit (une expression anodine qui signifie insolvabilité accrue des uns et durcissement des conditions de prêt des autres), ils disent craindre que les particuliers, par précaution, vont consacrer d’avantage leur revenu à l’épargne qu’à la consommation. Dans ce panorama peu engageant, le haut niveau persistant du chômage ainsi que la faiblesse de la consommation sont déplorés par des commentateurs navrés, mais il n’est pas encore parlé de la poursuite de la montée des « nouveaux pauvres ». Cela va venir, car on va vite reparler de la fracture sociale.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : Quadratures du cercle, par François Leclerc

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail