« Allez, tous ensemble, on construit une cabane… »

Vous avez été jeune, voire même vous l’êtes toujours ! Vous avez été scout… ou vous avez regretté de ne pas l’être ! Vous avez été misanthrope toute votre vie mais devant la tournure que prennent les événements, vous avez compris qu’il était temps de changer ! Alors voilà un petit projet pour le weekend.

Durant la vidéo que j’ai enregistrée tout à l’heure, j’ai fait allusion à un mail que je venais de recevoir, me disant que je pouvais être utile. Je viens de le lire ainsi que la documentation attachée et je crois que c’est vrai. Mais il faut qu’on s’y mette tous ensemble. Ça peut être aussi amusant que de construire une cabane et je promets qu’il y aura feu de camp tous les soirs avec des gens qui chantent mieux que moi. Tout le monde ne coupe pas du bois aussi bien mais il y a aura des choses à faire pour tout le monde.

Alors voilà de quoi il s’agit : la CFTC, non : pas le syndicat français, la Commodity Futures Trading Commission américaine a lancé une enquête sur une règle qu’elle envisage d’instaurer, qui limite drastiquement l’accès des spéculateurs aux marchés à terme des matières premières. Comme vous le verrez dans l’article que je recopie ci-dessous, ceux qui répondent à l’enquête, ce sont essentiellement les spéculateurs eux-mêmes. On n’en sera pas surpris : ils ont les ronds, ils ont les équipes. Nous, on n’a comme financement que les donateurs du Blog de Paul Jorion, mais on a une fine équipe. Les commentaires sont ouverts aux étrangers, donc on n’a pas d’excuses !

Vous ne connaissez peut-être pas la finance mais vous savez peut-être traduire un texte anglais en français ? Quand je vous disais qu’il y aura du travail pour tout le monde !

Le site est ici. La copie doit être rentrée pour le 26 !

On commence. Un volontaire tout de suite pour traduire en français ce qui suit !

Un silence de mort accueille la consultation de la CFTC

Deafening silence greets CFTC consultation

Londres, le 7 avril 2010

Après avoir vu la fureur et les clameurs qui ont accompagné la publication d’une proposition de limitation des positions pour tous les contrats importants touchant à l’énergie, vous auriez pensé voir les partisans et surtout les opposants se ruer sur les micros pour faire connaître leurs positions. Vous auriez eu tort.

La consultation que la “Commodity Futures Trading Commission” (CFTC) a mené pendant trois mois et qui est dans ses trois dernières semaines a été accueillie par un silence assourdissant. La liste des réponses publiées sur leur site web n’en comporte que trois provenant de l’industrie (producteurs, consommateurs, “traders” et “brokers”). Tout le reste représente le résultat d’une campagne faite auprès des citoyens leur demandant d’envoyer un formulaire traduisant leur soutien à ces limites.

Voir :
www.cftc.gov/LawRegulation/PublicComments/10-002.html

Seulement trois réponses substantielles

La première vient de “Futures Industry Association (FIA)”, qui se décrit comme le principal porte parole de l’industrie des “commodity futures and options” avec les 30 plus grands représentants du secteur aux Etats Unis.

FIA se montre hostile à cette limitation en mettant en cause leur rationalité, leur légalité et l’autorité de la CFTC pour les imposer de la manière décrite.

La seconde réponse substantielle provient de la “American Feed Industry Association (AFIA)”, qui représente l’industrie alimentaire (?) et ses fournisseurs. Elle soutient les efforts de la CFTC dans l’énergie pour obtenir le même cadre de référence en ce qui concerne les contrats de fermage (?)

Les contrats de fermage sont déjà soumis à des limites au niveau fédéral. Ils ont même servi de modèle pour les limitations en énergie. Mais les propositions de la CFTC sont plus complètes (elles incluent les “over-the-counter swaps” et les positions consolidées (?) sur les marchés associés). AFIA veut les limites pour l’énergie afin de pouvoir faire appliquer les mêmes protections aux marchés agricoles.

Finalement, c’est “Institute for Agriculture and Trade Policy (IATP)”, une organisation sans but lucratif, qui écrit son soutien aux limites pour éviter que la spéculation abusive et la volatilité induite par les marchés de l’énergie (illimités) dans les contrats de fermage (limités) au travers de “commodity index holdings (?)” lèsent “les deux tiers des pays en voie de développement qui sont dépendants de leurs importations de nourriture”.
IATP s’inquiète d’une liquidité dépassant largement ce dont les intermédiaires physiques ont besoin et d’une volatilité rendant la gestion du risque des prix plus difficile, pas plus simple.

Tout est dit jusqu’ici (7 avril). Pas un seul mot n’est venu d’une grande banque, d’un marchand de “commodité”, d’un producteur de pétrole et d’essence, d’une compagnie d’aviation ou d’un consommateur d’énergie du genre industrie.

Le Son du Silence

Quand on sait quelles passions ont été générées par ce sujet, la minceur des réactions publiques est décevante. Que les financiers de haut vol comme Goldman Sachs, Morgan Stanley et autres grandes banques traitant de “commodité” répugnent à défendre des positions illimitées est compréhensible, vu l’opprobre parfois irrationnel, dont ils ont été la cible à cause de leurs comportements dans le sillage de la crise financière.
La réticence des producteurs de “commodité” comme Exxon et BP et des consommateurs comme les cimentiers, les producteurs d’acier et les compagnies d’aviation est plus surprenante. Ils sont supposés être les principales victimes des changements de prix induits par les spéculateurs ou les grands utilisateurs de “hedges” géants pouvant souffrir des limites proposées selon votre point de vue.

Même les grands investisseurs institutionnels et les “hedge funds”, dont les holdings (?) géantes via des “massive passive” d’indices de biens de première nécessité (? commodités) ou des positions gérées activement sont restés silencieux.

Alors que quelques informations ont été diffusées lors d’auditions publiques de l’été dernier sur l’effet de la spéculation et à nouveau en janvier quand la CFTC a mis en consultations ses propositions de limites, il n’y avait pratiquement aucune information sur l’impact bénéfique ou non de la spéculation ou des limites.

Debout et comptez vous !

Ce manque de réactions publiques pose un problème car il signifie que les arguments pour ou contre ces limites n’ont pas été testés correctement. Les opposants affirment qu’elles vont excessivement restreindre les intermédiaires (? hedgers) commerciaux légitimes, particulièrement les prises de position spéculatives en plus des “bona fixes commercial hedges”. Mais aucun pétrolier, financier ou compagnie d’aviation s’est avancé pour expliquer comment ses opérations commerciales habituelles seraient prétéritées ou encore expliquer pourquoi ils doivent pouvoir faire du “hedge” et de la spéculation en même temps.

Les échangeurs (dealers) de swap ont aussi fait preuve de ce silence suspect. La FIA a argumenté en leur nom que leur droit à gérer des “bona fie hedges” illimités, à offrir de la gestion de risque et à spéculer est suffisamment bridée pour réduire l’efficacité de leurs activités. Mais aucun de ces contractants s’est avancé pour expliquer comment ces limites agiraient dans la pratique.

Dans quelques mois, la CFTC votera une seconde fois pour décider si elle adopte et applique les limites proposées (peut être avec des modifications). Mais selon les faits actuels, le débat n’aura guère avancé, en tous cas pas de façon constructive.

Le débat reste un dialogue très théorique mené entre des sourds. Il est certain que les membres de la commission et les comités du congrès sont soumis à des pressions aussi furieuses que discrètes pour adoucir ou renforcer les propositions de la CFTC. Mais ce type d’accord n’est pas un substitut acceptable pour un débat public ouvert et basé sur des faits observables.

Si les limitations de positions sont dignes d’être combattues ou soutenues plutôt qu’une distractions, alors il est temps que les pro et anti limites se lèvent pour être comptés et qu’ils expliquent leurs clairement les raisons de leurs opinions afin qu’elles puissent être mises à l’épreuve.
________________________________________
By John Kemp, Reuters columnist – for Commodities Now

(Merci Didier).

Partager :

49 réflexions sur « « Allez, tous ensemble, on construit une cabane… » »

  1. A la première question, je partage la réponse de Jorion et répondrais plus franchement encore par : non.

    A la deuxième : “Y a-t-il d’autres méthodes que la limitation par le pouvoir fédéral des positions spéculatives qui puisse être utilisée pour diminuer, éliminer, ou prévenir de tels surcoûts ?”

    En considérant que la réponse à la première question ne soit pas retenue – elle rendrait celle-ci caduque – oui, il existe un système qui diminuerait sensiblement la présence de positions spéculatives : le fixing unique. Au lieu de permettre un négoce en continu, rassembler tous les ordres jusqu’à un moment précis de la journée et régler l’ensemble d’un coup. Seul le solde entre l’offre et la demande ferait alors fluctuer le cours. Cette méthode implique la présence d’un commissaire, seul habilité à fixer le cours.

    On peut de surcroît limiter les positions de chaque négociant tant au niveau de sa direction (acheteur – vendeur) que de son importance (quota).

    Cette piste résoudrait d’un coup la plupart des autres problèmes évoqués dans les questions suivantes. De plus, elle éviterait à toute autorité de devoir distinguer une position spéculative d’une autre, ce qui faciliterait d’autant sa tâche.

Les commentaires sont fermés.